‹ Statistique générale, topographique, scientifique, administrative, industrielle, commerciale, agricole, historique, archéologique et biographique du département de la Gironde (volume 2)Chapitre 39 sur 701 · CHAPITRE IV. — LES EAUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — LES EAUX

niveau de la pleine mer va sans cesse en s'élevant depuis l'embouchure jusqu'à la limite d'action de la marée sur la Garonne.

Ce résultat est conforme aux vues tliéoriques développées par Brémontier dans sa théorie des ondes; mais il est en contradiction avec l'opinion émise par M. l'ing-énieur Pairier, dans son Mémoire sur l'amélioration de la Basse-Garonne. Il a été reconnu que le nivellement qui avait servi de base au travail de M. Pairier était entaché d'une erreur matérielle que de nouvelles opérations, faites avec le plus grand soin, ont permis de découvrir.

Le tableau n® 1 met en évidence le fait que nous avançons. . On remarquera que la surélévation est plus forte en morte eau qu'en vive eau; elle varie à Bordeaux de 80 à 90 centimètres. A la marée du 15 septembre 1873, elle a même atteint 96 centimètres; mais la surélévation de cette marée peut être attribuée à la persistance des vents d'O. ou de S.-O., qui provoquent, comme on le sait, un gonflement souvent très -considérable, tandis que les vents de N.-E. diminuent souvent la hauteur de la marée.

Les marées que nous avons choisies comme termes de comparaison correspondent à un moment où la Garonne et la Dordogne étaient voisines de rétiage.

En temps de crue, ces résultats seraient modifiés : ainsi, lors de la grande crue du nlois de juin 1875, la pleine mer du 26 juin a atteint à Bordeaux 5 m. 40 c, bien qu'elle corresponde à une morte eau. Il est probable que si cette crue avait coïncidé avec une vive eau et avec des vents d'O., elle eût atteint le niveau de celle de 1770, qui s'est élevée k 6 mètres à Bordeaux.

On remarquera également que cette loi de l'exhaussement constant de la pleine mer subit une exception sur la Garonne entre Langoiran et Arbanats. Le niveau de la pleine mer s'abaisse pour reprendre ensuite sa marche ascensionnelle. Nous pensons qu'il faut attribuer cet eifet à l'influence du coude trcs-prononcé de la Garonne à Langoiran. Les observations faites dans la Dordogne confirment pleinement cette hypothèse. A partir de Tressac, le niveau de pleine mer de vive eau cesse de s'élever : entre Liboume et Branne, la diminution eiit de dix à douzo centimètres.

Les sinuosités prononcées de la rivière, et probablement les variations brusques de largeur du lit auxquelles correspondent des diminutions dans la force vive du flot sont, suivant nous, les causes détenninantes de cette diminution.

Le niveau des basses mers est loin de présenter des variations aussi régulières que celui des hautes mers. On remarfiuera dans le tableau n« 1 que le niveau de basse mer est plus élevé à l'embouchure de la Gironde qu'à Richard, la Maréchale, Pauillac et Blayc. Ce résultat est surtout sensible en morte eau. A partir du Bec-d'Aiiibès, le niveau de basse mer se relève sans cesse en vive eau; le relèvement est très-brusque entre Portets et Langoiran. Le coude de Langoiran produit reflet d'un véritable barrage.

Le même phénomène se manifeste au Bec-d'Ambës, mais dans de moindres proportions.

En morte eau, le niveau de basse mer s^abaisse souvent du Bec à Bordeaux. Ce résultat est surtout sensible dans la marée du 15 septembre, mais il est confirmé par Tobservation d^autres marées qui ne figurent pas dans le tableau. U tendrait à faire supposer que le Bec-d'Ambès joue vis-k-vis de la portion de la Garonne qui s^étend entre la Gironde et Bordeaux le même rôle que la Pointe-de-Grave vis-à-vis de la basse Gironde, et que le débouché offert par la rivière au Bec-d'Ambès n'est pas suffisant.

L'amplitude de la marée ou la différence de niveau entre une pleine mer et la basse mer qui la suit ou la précède immédiatement, varie considérablement d'une morte eau à une vive eau.

En vive eau, l'amplitude est maximum à Richard et à la Maréchale. En morte eau, le maximum a lieu à Bordeaux et quelquefois à Quinsac.

Ce dernier résultat est dû, d'une part, à l'élévation constante de la pleine mer, et d'autre part à l'abaissement exceptionnel qui se produit dans le niveau de la basse mer, du Bec-d'Ambès à Bordeaux.

Les tableaux 3 et 3 àis font connaître l'heure de la pleine et de la basse mer aux jours qui correspondent aux syzygies et aux quadratures.

On remarquera que la vitesse de propagation du flot ou de la basse mer est beaucoup moindre que celle de la pleine mer. En effet, au moment de la basse mer, l'action retardatrice du fond se fait sentir avec beaucoup plus d'intensité qu'à haute mer. La vitesse de propagation de la haute mer paraît surtout être retardée par la courbure trop prononcée des rives.

Les tableaux n^" 4 et 4 ^ indiquent pour chaque station la durée du flot et du jusant. Au fur et à mesure que l'on remonte vers la source, la durée du flot diminue jusqu'à devenir nulle à la limite d'action de la marée.

La durée de la pleine mer, nonmiée étale, varie d'un quart d'heure à une demi-heure. Étant donnée la durée du jusant et de l'étalé d^une marée, on n'a qu'à retrancher ces deux sommes réunies de 12 h. 25 m. pour avoir la durée du flot, et vice-versâ.

Vitesse des courants. — La vitesse des courants dans nos grands cours d'eau est très- variable. La vitesse moyenne du jusant est un peu supérieure à celle du flot. Diaprés des observations faites récemment près de Saint-Estèphe, les plus grands courants de jusant atteignent 2 m. 57 par seconde. D'après M. Pairier, les vitesses maxima observées dans notre fleuve, atteindraient environ 2 m. au Verdon et 1 m. 50 entre Bordeaux et le Bec-d'Ambès.

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