S IV. — LA GIRONDE
Nous commencerons Pétude des cours d^eau qui arrosent notre département par le point où ils aboutissent presque tous, c^est-à-dire par rembouchure de la Gironde et après Pétude de ce beau fleuve, nous passerons de proche en proche à celle de toutes ses ramifications.
Ce fleuve, que forment à leur confluent la Garonne et la Dordogne pourrait être regardé comme un bras de mer, car il offre le même phénomène qu^une mer resserrée entre deux terres, et Funité dd hauteur des marées y croît à mesure qu'on remonte dans les terres, effet contraire à celui qu'on remarque dans les fleuves et les rivières ou cette unité décroît à mesure qu'on les remonte. (Voir les tableaux 1 et 1 bis),
La Gironde décrit, jusqu'à son embouchure, une grande courbe dirigée du S.-S.-E. au N.-N.-O., entre le Médoc sur la rive gauche, le Blayais et le département de la Charente-Inférieure sur la rive droite,
La Gironde traverse, du Bec-d'Ambès à Mortagne, le terrain éocène ; de Mortagne à Royan, elle suit la ligne de jonction du terrain de craie formant les coteaux escarpés de la rive droite, et du terrain éocène formant le fond des petites vallées de la rive gauche. Enfin, de la Pointe-de-Grave à la mer, ce fleuve a creusé un passage au milieu des roches crayeuses qui paraissent avoir autrefois rempli tout le golfe.
Son cours a 75 kilom. de long, du Bec-d'Ambès à la Pointe-de-Grave.
Sa largeur est de 3 kilom. devant Blaye; 5 kilom. devant Pauillac; 7 kilom. devant Saint-Christoly. Elle atteint environ 10 kilom. devant Talais ; mais au Verdon, les rives se rapprochent brusquement, et entre la Pointe-de-Grave et Royan, la largeur se trouve réduite à 4 kilomètres environ. Alors les eaux, plus resserrées, courent avec plus de vitesse, font chasse à l'embouchure et y maintiennent une profondeur de 20 m. .
A la Pointe-de-Grave, la terre tourne subitement vers le S., tandis que sur la rive droite elle continue à suivre la direction N.-O. jusqu'à la pointe de la Coubre, qui est à 20,000 m. de la Pointe-de-Grave.
Le lit de la Gironde n'est pas sans obstacles pour la navigation; plusieurs îles et de nombreux bancs, dont plusieurs sont mouvants, détournent les courants et forment des écueils qui nécessitent le concours de pilotes habiles, très-expérimentés, et connaissant à fond les passes de notre fleuve.
Bancs de la Gironde. — Nous énumérons plus loin, p. 69, les bancs obstruant plus ou moins les passes extérieures qui forment l'entrée de la Gironde.
Les bancs qui se trouvent dans le bas de la Gironde peuvent se diviser en trois catégories et se présentent dans l'ordre suivant aux navigateurs qui entrent dans notre fleuve :
1° Bancs situés au milieu du fleuve, et séparant les passes de la Saintonge et du Médoc : banc des Marguerites, bancs de Talmont, de Goulée, de Saint-Louis et de Saint-Estèphe.
2^ Bancs situés sur la côte du Médoc : bancs de Talais, de Saint Vivien et platin de Richard.
3^ Bancâ situés sur la côte de Saintonge : bancs de Saint-Qeorgres et de Saint-Seurin. -
Iles de la Gironde. — De Pauillac au Bec-d'Ambès, on rencontre plusieurs îles qui, dans le principe, ne furent que des bancs vaseux.
A la fin du siècle dernier, on ne connaissait au milieu du fleuve dans tout ce trajet que Vile Pâtiras, en face Pauillac; Vile du Pâté, devant Blaye; VUe terte, en face de Lamarque et d'Arcins; VUe du Nord, en face de Soussans et de Margaux, et VUe Cazeau, en face de Cantenac et de Labarde. Depuis, ont surgi en face de Blaye et de Saint-Genès, Vile Nouï>elle et VUe Bouchaud; en face de Saint-Androny, Vile Saint-Louis ou Ue PhiVppe.
A la même époque il existait sur la côte du Médoc les îlots de Mons, de Fumadelle, dlssan et de Macau. Alors tous les ports du Médoc étaient accessibles et les navires avaient deux passes pour remonter à Bordeaux : Tune entre le Médoc et Pîle Cazeau, Pautre entre cette île et le Bec d'Ambès. Aujourd'hui, ces îlots sont presque entièrement réunis à la terre ferme, les ports sont tout à fait impraticables, et il ne reste plus aux marins que la passe du Bec.
Le sol de ces îles est à la cote 4 m. 50 c, et leurs digues à 6 m. 40 c. au-dessus de Pétiage.
L'Ilb Saint-Louis ou Philippe, située à 30 kilom. du Bec-d'Ambès, fait partie de la commune de Saint-Androny. Longueur, 2,100 m., largeur maximum, 280 m. Elle n'existait pas en 1825; elle n'avait en 1842 que 3 hect.; aujourd'hui elle en compte 42, mais la surface cultivée, entourée de digues, n'est que de 9 hect. On y récolte des artichauts, du blé et de Pavoine. Les prairies en dedans et en dehors des digues servent de pacages. Cette île appartient à M. La Fonta. Population, 3 personnes.
L'Ilb de Pâtiras, située à 18 kilom. du Bec-d'Ambès, fait partie de la ftommune de Saint-Androny. Longueur, 3,600 m., largeur maximum, 600 m. Sa superficie, qui était en 1752 de 125 hect., en atteint aigourd'hui 280, dont 110 hect. de vignes et 100 de terres labourables entourées de digues qui n'ont pas moins de 10 hect. de superficie, et en dehors desquelles on trouve 60 hect. de prairies. Elle est habitée par 25 familles et 40 à 50 personnes de population flottante. Elle appartient à MM. Lorois, de La Monneraye et Dollet. L'État possède aussi une petite parcelle sur laquelle est établi un phare.
Un projet de barrage du bras compris entre l'île Bouchaud et Itle Pâtiras a été déclaré d'utilité publique par un décret du 13 novembre 1863 qui a affecté une somme de 220,000 fr. à ce travail. On a consacré à cette entreprise, en 1867 et en 1868, 151,460 fr. 69 c. En 1869, les crédits ont tous été employés à relever les digues du bras de Macau, et ce travail est depuis lors suspendu faute d'argent. La question de la fermeture de ce bras fait l'objet d'études nouvelles. On va probablement commencer les travaux sous peu.
L'Ilb Bouchaud ou du Grand-Fagnard, située à 15 kilom. du Bec d*Ambès, dépend de la commune de Saint-Genès. Longueur, 2,000 m., largeur maximum, 400 m. Sa superficie, qui était en 1812 de 44 hect.,