CHAPITRE IV. — MAISON CENTRALE DE CADILLAC
à peu près équivalentes, nous trouvons que la population moyenne a été : 378 détenues de 1868 à 1870, 458 détenues de 1871 à 1874, 411 détenues de 1875 à 1877.
La conduite de la plupart des détenues est assez bonne.
Frappées vivement de leur condamnation, livrées à des réflexions amères, leurs passions, leurs ressentiments s^amortissent et font souvent place au repentir, grâce aux secours spirituels, aux conseils, aux encouragements dont les entoure une administration sévère, mais paternelle.
De véritables regrets et une conduite constamment bonne leur valent souvent une abréviation de la durée de leur peine.
En vertu d^une ordonnance royale du 6 février 1818, le directeur signale tous les ans, par Tintermédiaire du préfet, à la clémence du chef de rÉtat, les détenues non récidivistes, qui, ayant subi la moitié de leur peine (ou dix ans sur les condamnations à perpétuité), paraissent les plus dignes de grâces, réductions ou commutations. Le nombre de ces propositions, autrefois limité à 5 0/0, a été, depuis peu, porté à 10 0/0 du chiffre de la population.
Les condamnées à des peines de peu de durée sont, du moins pour la plupart, les moins corrigibles. La statistique des récidives le prouve; aussi cette catégorie de détenues a-t-elle grande part aux punitions, qui sont suivant la gravité des infractions commises : les privations de dépenses accidentelles, de cantine, de soupe ou de pitance, de matelas (pendant la nuit), de correspondance ou de visite, la mise au pain et à Teau pendant trois jours au plus, en cellule avec ou sans travail, au cachot de la camisole de force dans les cas prévus par Tarticle 614 du Code d'instruction criminelle.
Le plus grand nombre de ces punitions sont infligées pour infraction à la règle du silence qui doit être observée, le jour et la nuit, dans toutes les parties de rétablissement.
Hégime de vie, — Les détenues couchent dans 14 dortoirs qui peuvent contenir 400 lits, à raison de 15 mètres carrés d'air par individu. Quinze sœurs. Filles de la Sagesse, sont chargées de la surveillance et couchent dans des cabinets pratiqués à l'entrée des dortoirs ; ces cabinets sont pourvus de guichets mobiles. La surveillance est encore exercée, la nuit, par des prévôtés qui se relèvent à tour de rôle, après deux heures de faction. Elles rendent compte de l'attitude des femmes de leur dortoir aux deux sœurs qui, chargées |du service de nuit, circulent dans toutes les parties intérieures de l'établissement et appellent, au besoin, le gardien de service au corps de garde.
L'heure du lever est celle du point du jour dans toutes les saisons; les détenues, après les soins hygiéniques de propreté, se rendent immédiate- ^ ment à l'atelier, ou elles font la prière en commun avant de commencer le ^. travail. Les veillées d'hiver durent ordinairement jusqu'à huit heures du
soir, du 10 octobre au 10 mars.
^i- Le régime alimentaire des valides se compose d'une soupe et d'une
pitance de légumes le matin, d'une pitance seulement le soir. Il y a deux .j." services gras par semaine: le jeudi et le dimanche; le premier doit
862 LIVRE IX. — ADMINIS^ntATIONS.
fournir des rations individuelles de 60 grammes, et le second de 75 gramme^ en viande de bœuf ou de vache cuite et désossée. Le pais est donné à discrétion. Une boisson hygiénique amère est distribuée en été pendant trois mois, de juin à septembre.
Indépendamment du régime ci -dessus, les détenues, non punies, peuvent se procurer les vivres supplémentaires de la cantine. Il leur est interdit de dépenser plus de 30 centimes par jour. La vente du tabac, de la bière et du vin est rigoureusement prohibée. Les repas sont immédiatement suivis d'une promenade d'une demi-heure, sur le préau, en raog et en silence.
Travauûs industriels. — Les détenues de la Maison centrale de Oadillte, à l'exception des malades, des infirmes et des femmes attachées an service intérieur, sont toutes occupées par l'entrepreneur général des travaux (M. Hayens, de Paris) à la confection des faux-cols et manchettes pour hommes et pour dames. Cette confection est divisée en quatre grands ateliers, qui sont : la couture à la main, la couture mécanique, ramîdonnage, le repassage. Une machine à vapeur met en mouvement les divers appareils de l'amidonnage, ainsi que lapompe alimentaire de l'établissement
L'entrepreneur des travaux a seul le droit de faire travailler les détenues et n'en doit laisser aucune oisive, sauf les cas de force majeure, de vieille^e, de maladie ou d'infirmité reconnue par l'administration; autrement, il aurait à payer à l'État une indemnité de chômage. Il surveille la confection des travaux ; toutes les fournitu^s d'atelier, d'éclairage et d'outillage sont à ses frais.
Le Trésor ne garde à sa charge que les dépenses occasionnées par: 1° les traitements des fonctionnaires ou employés et des sœurs; 2^ les constructions et travaux de bâtiment; 3" le prix des journées de détendant aujourd'hui réduit à 14 centimes, mais que les progrès, les bénéfice da travail et diverses circonstances de prospérité industrielle peuvent encore faire diminuer.
Produit du travail, — Le produit de la main-d'œuvre des condamnées* réglé par des tarifs qui ont été soumis aux Chambres de commerce et approuvés par le ministre de l'intérieur, est partagé entre les détenues^ l'État et l'entrepreneur, ainsi qu'il suit :
1*^ Part des détenues : 1, 2, 3, 4 ou 5 dixièmes, suivant la catégorie pénale déterminée en raison de la nature de la peine actuelle et du nombre des condamnations antérieures ;
2° Part du Trésor : 3 dixièmes fixes;
3° Part de l'entrepreneur : les dixièmes restant disponibles (soit 3 en moyenne).
La part revenant aux détenues est scindée en deux portions ^rale^ prenant le nom, l'une de pécule ou réserve, l'autre de pécule disponible. Le pécule-réserve est conservé pour être remis intact au domicile de la détenue aussitôt sa libération. Le pécule disponible se compose non seulement de la moitié des sommes gagnées, mais encore de celles apportées ou reçues; il est inscrit tous les mois, ainsi que le pécule réserve, à l'avoir de^ détenues sur les livrets individuels et le registre des comptes-courants.