DENREES ALIMENTAIRES
L'augmentation des consommations en viande et en vin, dans les trois dernières années, est en rapport direct avec l'augmentation de la population.
En prenant la moyenne des années 1865, 1806 et 1867, chaque habitant, sur une population de 30000 âmes, consomme à Rochofort :
Par an : 4°>338* de viande. . . . par jour : 135 grammes.
— 184 litres de vin ... . — 0'505
— 11 litres de bière ... — 0,030
— 2 litres 12 d'eau-de-vie . — 0,006
— 4* sucre raffiné ; 3* Bucre brut. — 0,017
— 1* de café — ' près de 3 grammes.
D'après M. Dumas (Hygiène publique, par M. Michel I.évy), la ration normale comporte 125 grammes de viande fraîche, représentant 70 grammes de matières azotées sèches.
La quantité de sucre consommée en Angleterre, chaque année, est de 10 kilog. par télé.
Au point de vue des denrées alimentaires principales : viande, vin, sucre, Rivhefort est donc dans d'excellentes conditions hygiéniques. Il est très importent de noter qu'ici l'octroi ne frappe d'aucun droit d'entrée ni le poisson, si abondant, en raison de la proximité de la mer, ni les volailles et le gibier, ni les légumes et les fruits, dont des quantités considérables sont, chaque jour, «induites au marché, parce que le département de la Charente-Inférieure est un des plus fertiles et des mieux cultivés de la France. Il occupe, en effet, le •wnd rang dans la grande carte de M. Dupin.
Une saine et suffisante alimentation, accessible aujourd'hui à toutes les classes de la population de Rochefort, doit contribuer pour sa part à a l'action des effluves palustres.
La commune de Rochefort (ville, faubourg, banlieue) est, au point de vue des habitations, dans de bonnes conditions d'hygiène : les maisons sont aérées, bien éclairées ; l'espace qu'elles occupent est dans un rapport favorable avec les populations qu'elles abritent ; à de rares exceptions près, surtout en ville, les rez-de-chaussée sont assez élevés au-dessus du niveau du sol ; partout, chez le pauvre comme chez le riche, règne la plus exquise propreté ; il y a à peine quelques logements insalubres par eux-mêmes.
La partie nord de la commune repose sur un fond de grès vert; la partie sud a pour charpente les alluvions marines du bri. Cette différence de constitution du sol a probablement sa part dans la production de l'écart de mortalité que nous avons signalé en faveur du canton nord.
n n'y a point d'égoûts creusés dans l'intérieur de la ville, ni du faubourg; les eaux ménagères s'écoulent dans les ruisseaux qui les conduisent dans des aqueducs à ciel ouvert, aboutissant, à leur tour, dans la Charente. Ce grave inconvénient est atténué, en partie, par les bornes-fontaines qui, s' ouvrant deux fois par jour, distribuent, mais trop parcimonieusement, dans divers quartiers, l'eau de la rivière.
Le fait le plus important à signaler dans la topographie de Rochefort est relie vaste étendue de marais qui trace autour de lui un cercle fatal ; mais nous avons vu que du Sud à l'Ouest, en passant par le Nord, les marais syndiqués s^nt aujourd'hui dans un bon état d'entretien et qu'ils ont été convertis en prairies salubres et d'une grande fertilité ; quant a ceux du Sud à l'Ouest, a Marennes et à Brouage particulièrement, ils ont été l'objet d'immenses travaux de dessèchement et d'assainissement qui ont changé la face du pays ; ce sont eux cependant qui donnent encore à la constitution médicale sa physionomie caractéristique.
Les eaux laissent énormément à désirer : l'eau de rivière, trop chaude en été, trop froide en hiver, toujours trouble en raison de la vase qu'elle tient en ^pension, révélant enfin, à l'analyse chimique, des traces de matière organique, ne peut être utilisée comme boisson.
L'eau de pluie qui serait d'un si grand secours n'est point recueillie dans des citernes; c'est a peine si elle sert aux besoins du blanchissage.
Presque tous les puits n'ont qu'une eau chargé de sels calcaires et de chlorure de sodium à doses variables. Cette eau ne dissout pas le savon, cuit mal les légumes, et cependant, en raison de la pénurie de l'eau de source (moins de trois litres par jour et par habitant), c'est elle qui, le plus souvent, est
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annuellement par l'intensité ou la faiblesse de ces agents réurris ou séparés; de la, lea variations que nous avons signalées, pages 312 et 3î3.
Comparons maintenant les résultats du passé et du présent.
Des marais infects; des logements homides, à rez-de-chaussée en contre-bas du sol, sans air, sans lumière ; la misère des ouvriers aui^uels c'é'iiiî é'ri-gnée aucune privation ; l'absence de toutes précautions bjgiir^i'ss ; L'inci'.i'sance des établissements hospitaliers et des secours médicaux, vci'à çuel'es étaient autrefois les causes de l'insalubrité réelle, irrécusabla, de Hocke'ort, çaa rendait
S lus saillante encore l'excessive mortalité du bagne. Agglomérés la nuit dans es salles basses et étroites, condamnés dans la journée aux p!-;s nu'es travaux de l'Arsenal, exposés à toutes les intempéries des saisons, manquai de vêtements, réduits à une nourriture malsaine, aux prisas 8795 l'action dépressive qu'exerçaient sur leur constitution le souvenir de leurs crimes et la sé-érité de l'expiation, était-il étonnant que les forçats succombassent en grand nombre t Or, cette mortalité exceptionnelle, bien qu'on la retrouve à un degré plus élevé encore dans toutes les maisons de détention et de correction de la France, était ici portée exclusivement au passif du pays, et ce chiffre insolite de décès dans un établissement spécial, est resté, dans l'opinion publique, le point de départ du mouvement de la population totale.
Cest une erreur dont il importe de faire justice. S'il est vrai rue jusqu'au moment où ont été exécutés les travaux de dessèchement, la proportion de la mortalité à la population a été considérable, il reste acquis que ces travaux ont exercé sur l'assainissement une influence heureuse et progressive qui est mise en relief par tous les tableaux du livre II et particulièrement par le résumé du rapport des décès à l'effectif de la population de 1780 à 1854 (pages 64 et 65) ; l'amélioration, en effet, va toujours croissant.
De 1815 à 1825, de 1826 à 1836, de 1837 à 1847, nous constatons une décroissance régulière dans le chiffre des admissions des forçats à l'Hôpital, dans le nombre des admissions de chacun d'eux dans l'année, dans le chiffre total et proportionnel de leurs décès :
Dans la 1" période: 145 décès sur 1000 forçats. Dans la 2* période: 101 —
Dans la 3* période: 62 —
Quand, en 1790, il mourait 1 individu sur 16,44 habitants, il n'eu mourait plus, en 1853, que 1 sur 36,08 ; et de 1854 à 1867, nous n'avons que 1 décès sur 39,84 habitants.
Ce dernier chiffre cependant nous laisse encore en arrière du chiffre normal de la France qui est: 1 décès pour 41,48 habitants. Mais nous avons prouvé que cette différence de 1,64 était compensée et au-delà: 1° par le nombre relativement considérable de décès d'étrangers survenus à l'Hospice civil et à l'Hôpital de la marine ; 2* par l'origine coloniale d'une foule d'affections qui, contractées au loin, viennent se terminer ici par la mort. Nous avons même, à ce sujet, lait un rapprochement entre la mortalité de Rochefort et celle de Paris, d'une part, d'autre part, entre Rochefort et les quatre autres arrondissements maritimes, et nous avons pu conclure que nous n'avions rien à leur envier. L'élément flottant des ports militaires modifie profondément l'ensemble de la population totale au triple point de vue des mariages, des naissances et des décès ; une comparaison n'a de valeur qu'à la condition de porter sur des données analogues; Rochefort ne saurait donc être jugé que lorsqu'il est mis en parallèle avec Cherbourg, Brest, Lorient et Toulon. Or, le tableau de la page 126 montre que le nombre proportionnel des décès sur 100 habitants est plus faible à Rochefort que dans les quatre autres ports.
\, . n«n!ii!^ni(*nt« officiels accusent, à Rochefort, une augmentation constante :<• ■ [jii[.t;!;ih'>n iiiiKiidjinle. Dans l'espace de 41 ans, de 1826 à 1867, cette i. rli'.n n monté df lï'.iiîi û 2."(710. Cet accroissement de près du double est ,;;., d-mto li' Tait •'■•■ l'un migration plutôt que de la production sur place; ci. ,'l.iiit il li'-.ii»i^;io, jusqu'à un certain point, des progrès directs de la -,.i. il.-fi 'il .*K<\ '"*" ""ils avons vu que In population flottante était presque
v ,, ■ \\i ut fonuiV par le «*xe masculin ; or, le st»xe féminin, dans la com-
;, , (h- n <l • !a p:<;niUili<>ti m un ici pale, dépasse de 1/11 la population du sexe
!..■ i lulViv ili't nni-saiieiw vient, à son tour, a l'appui de cette assertion : nous
1V , tu n.:-. li" i-l ivt) i|ti';i lin -i ut ii Toulon, où ont été recensées à part
!,.., |,.,|„,: ,ij ii\ t - .-i il..: .■!:(.•. ivtlo dernière n'atteignait qu'un chiffre tout à
[,,ii n- .: M.i.inî i":.r l< l'i-iii"!*' ■> ta vît; qui s'étend de la naissance à 12 mois: li- iv|<|biri -i i':v*l '-t .1.- 1 à :i;-f; il i>t, à Toulon, de 1 à 1017; en prenant un U'i i.i< m -■! ■'. il s,'r.iil ;i K-'fho.i-rt, de 1 à 600. Le chiffre des naissances, qui ,.V-.| i \.-\, .i • "lS ci 1 1 .■•.-. ne -'ibiraît donc, pour être rapporté à la popula- M.'ii iK'\ i|'i':nu' ili:.iiui:f: n il» Ai: ce n'est certainement pas la peine d'en tenir [■■■iniiti-. M :i ""»" .ix.':-- .i -inn.iUT l'ie réduction plus importante: tandis que lu iih'|>.'rli"ti ■!•■" i'i*r*iii- ii.iN.ivls aux enfants légitimes est, en France, del à IV "II. r •-■ a ■ l. ■ .» >• r'u'.'t't. ilf l à 8.62. Cette différence est due à l'excès du M*\i' nu-'i. "i «i -i '• -i."'<' piv-qiio à lui seul la population flottante; il en r. ...u • -i i.- c ■- .tx." * «-i li 1 "'" uiîissincea d'enfants naturels en 14 ans, tandis (].;.■, .i .■ i • :■■ ■•' ;.l'iv .'■• 'i • -.ni. "i"ii fixe, notre part n'aurait dû être que de i-,, i: \ ,i . ■• ■ i:r .»v : i- 1 .. -v^t naissances; en d'autres termes, il n'y aque , .-- i ., ,. . -., v à .-::n' ;er û ta population fixe. Eh bien, si l'on consulte le IV '.• -u .!.• ! ' r ■ ■■ '■•'••■ >'" s*.:|»'nvx-ra que, la moyenne de notre population fixe , ■'• : i il '.'.> >. : • ■ '•• i nulle des naissances devrait être de 627, tandis
,.'.,., ,. , . ,-. •-,■ ", ,; ■ .• ■*„'. -■ ! -i no tit'iit pas compte de l'excédant des nais- >,■:- .-•> i ■ ... '■■■■■■■; - ' "•• • s - r -i t.'iuVs les naissances.
1 ■• "i." ■'*-•. ■ :■ •' •" *!•*•' t ' .»-v.r.(v sur 34.81 habitants; nous avons trouvé à II. •,■"■.-.. ri, l • .■ --• .*' - r :**.\!»1 habitants; avec la réduction que je viens il r . ■ r. i r. ' "-' -'"•'• iv l :*. i-.-s.mcv sur 34. 18 habitants, proportion plus tu ■'• .. * -• i ••' * v - " ' »! "•'■' •"*' |-""la population de la France entière.
|\.ii: *.-. •:...—•. -, t;.v r* a sur la France et sur les autres ports, une |i.,. : -,-i ,ii-:' >•; — ,c ■■ *:; .<• les causes probables à la page 196; mais le , -., i i ù • | • , ri . - :- - * vu* >uient influencé. Le tribut payé à la mort nW |"v • :.> i ;.tvl . ii -»• »\ <■ p".u* lot. et la part, pour les autres âges, devient
I i ir ■. i-.' «i-r. *" • •' ■* rrri.'rt» à Rivhefort a été de 237. C'est un chiffre ,i\.v.-ii i .*•* I'*}" i."v ■"•• . . :;t i» la (>• filiation fixe qui, d'après la pn>
., ,, ■; ),, (i f 5 v ;• i m-.'. « •• iW.rtvrter que l"8; mais l'élément flottant
i.i.i.Ji..'-.. i.i i — '. •-.-' '■•"■".. •'• ''■'>'■ i» ; r '■ , '~ ) 1"e dans tous les ports de mer. I .,„ „,, ,i, , m ■ . , ; ^' • r "vrî: "'::t\Y:::e:il siijvrieur à celui de la France.
Ilt.l n i" i>: • v*x** '• * •»' '*- '-'■''■ '.redt- mariages à Rochefort, qui
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,,.,, |, ... , i- ■.. - ■ -< In >"• .i îv :. n'es4 plus que de 615. Par le
I.-..UI ...t ,. .i ■■■ lu \.» .*•.'».'.* ('■ V tv: :. r.N- r-fci de toutes les denrées, le iii.ii i s"' ,. i ,|.... .. ■■ u".* ww -. 'i.- :: : ..s ; . .*.: . r*unhi co?ur et de nombreux
„ M i , „,„i „„„ ,-iv» vi» (-.***■ ti'ju .J-c itirv j.;.»«etrocpieil des parent».
La mortalité à Rocbefort est de 25,10 pour 1000 habitants; elle donne donc un chiffre inférieur à celui de Paris (page 107), à celui des quatre autres arrondissements maritimes (page 116). C'est là un fait capital qui se passe de commentaire et qui démontre victorieusement quels immenses progrès a faits la salubrité du pays.
La mortalité infantile est excessive, je le reconnais; mais elle n'est pas moindre à Brest, Lorient et Toulon (pages 111 et 112) ; elle existe pour ainsi dire partout au même degré, et c'est là ce qui explique et justifie l'ardeur des investigations qui se multiplient de toutes parts pour trouver un remède à ce mal déplorable.
C'est surtout dans les premiers mois de l'existence que la mort fait le plus de victimes (page 189) ; la résistance se manifeste progressivement avec l'âge, et bientôt, par compensation, se rétablit le niveau de l'égalité : de 5 à 10 ans le chiffre des décès est très restreint, et quant à l'âge adulte je n'ai qu'à reproduire les chiffres du mouvement de l'Hôpital pour les principaux corps organisés.
Les décès ont été de 0,57 sur 100 marins ;
— 1,08 sur 100 hommes d'infanterie de marine ;
— 0,79 sur 100 hommes d'infanterie de ligne ;
— 1,07 sur 100 ouvriers de l'Arsenal.
Les marins sont, comme on le voit, le mieux partagés de tous. Cette sorte d'immunité mérite d'être expliquée. L'homme de mer est un homme à part ; il ne ressemble ni aux soldats ni aux ouvriers ; il est bien, comme eux, soumis à une discipline sévère, mais il a plus de liberté; ses obligations de service sont rudes, pénibles, fatigantes, mais il a souvent des moments de repos et de tranquillité ; il affronte les dangers des climats les plus divers, mais il se retrempe à l'air vivifiant de la mer; sa nourriture, aujourd'hui surtout, grâce à la rapidité des traversées par le secours de la vapeur, est saine et fortifiante ; il a presque constamment sa ration de vin. Le caractère du marin porte l'empreinte du milieu dans lequel il vit, des occupations variées auxquelles il est astreint, des incidents pleins d'intérêt dont il est témoin quand il n'y est pas acteur lui même. Le matelot est tout à la fois doux et énergique, vif et patient, actif à propos, un peu paresseux à son heure, gai toujours, insoucieux du péril, mauvaise tète et bon cœur ; il supporte stoïquement les privations par l'espérance d'un dédommagement qu'il savoure d'avance; essentiellement subordonné, il se pique d'honneur pour deviner les ordres et les exécuter plus tôt ; robuste et agile, il est merveilleusement propre à exécuter ce qu'on appelle un coup de main. En résumé, son moral et son physique se cuirassent en même temps, et il est certainement moins accessible aux causes morbides que les hommes des autres professions.
Les longs séjours à terre, dans les colonies, imposés aux soldats d'infanterie de marine expliquent leur plus grande part de décès comparativement aux troupes d'infanterie de ligne.
Celles-ci (page 246) ont eu 50 décès en 12 ans pour un personnel de 6321, ce qui donne comme moyenne annuelle de la garnison 526 hommes et comme moyenne des décès 4,16 ; soit, en définitive, 0,79 décès sur 100 hommes ou 1 décès sur 126 hommes.
Si maintenant nous comparons cetle proportion de décès de la garnison de Rochefort avec celle de l'infanterie de ligne en France (page 248), nous constaterons un avantage en notre faveur. En effet, au lieu de 0,79 décès sur 100 hommes, nous trouvons pour toute la France :
En 1862 0,97 décès sur 100 hommes.
En 1863 0,95 —
En 1864 0,92 —
En 1865 1,21 -
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Nous avons calculé sur un effectif de garnison de 526 hommes; en prenant la moyenne indiquée par la Statistique de V Armée pour les années 1865 et 1867, cet effectif devrait être réduit à 510. Dans ce cas, au lieu de 0,79. nous aurions 0,81 décès sur 100 hommes, chiffre toujours inférieur à celui de la France.
Enfin la comparaison de l'état sanitaire des garnisons dans les cinq ports de mer pour ces deux années 1865 et 1867 (pages 249 et 250) montre :
1* Que le rapport des décès aux malades est plus favorable, à Rochefort, que dans les quatre autres ports de mer ;
2* Que le rapport des décès a l'effectif doit être établi dans l'ordre suivant :
1. Cherbourg . 2950 hommes de garnison ; 14 décès ; 0,74 décès pour 100.