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On voit qu'il n'y a aucune exagération dans le relevé des Annales mariUmi'M, *'\ nous verrons bientôt que les dernières années du xviir* siècle et les prvrni'trett années du xix* justifient complètement les doléances de la coramistum spéciale dont nous avons rapporté le procès-verbal.
Qwil qu'il en soit, cette excessive mortalité doit être rapportée à deux
causes : 1" à l'extrême insalubrité du climat ; 2" aux conditions anti-hygiéniques de la chiourme. Je passe volontiers condamnation sur le premier Iwint, tout en faisant observer l'heureuse influence qu'a exercée l'assainissement progressif et que démontrera le tableau suivant. Quant à la situation ■les forçats, à tous les points de vue : logement, nourriture, travaux, action ■lu moral sur te physique, elle était déplorable. Le bagne était situé dans l'intérieur de l'Arsenal; il ne se composait que d'un rez-de-chaussée, bas, humide, mal éclairé par de petites fenêtres garnies d'énormes barreaux de 1er, par conséquent mal ventilé ; la nuit, les hommes enchaînés étaient entassés sur .des lits de camp et, le matin, quand on entrait dans ces salles, où l'air avait été vicié par tant de respirations, on se sentait asphyxié par une température à la fois chaude et humide, imprégnée de miasmes dont l'odeur impressionnait péniblement et l'odorat et le fond de la gorge. Dans la journée, les forçats étaient employés aux plus rudes travaux du port, exposés a toutes les vicissitudes atmosphériques, au vent, à la pluie, au froid, pendant l'hiver; à un soleil brûlant pendant l'été. Et quel régime alimentaire 1 A peine un peu de vin et pour ceux seulement qui allaient à la grande fatigue ; les haricots secs, les fèves, le fromage, le lard salé formaient la base de leur nourriture ; c'étaient eux qui consommaient les vivres ' avariés, revenus de lointaines campagnes. Les vêtements eux-mêmes laissaient tout a désirer. Je dois a l'obligeance de mon excellent ami et collègue Letevre, communication d'un rapport bien enrienx, adressé à l'intendant de la marine, en 1777, par M. Segondat, commissaire des chiourmes : à cette époque, et quelle que fut la saison, les forçats avaient pour tous vêtements une casaque, appelée houy, en drap grossier, qui devait durer deux ans ; une chemise et un pantalon en tuile ; pour coiffure, un bonnet couvrant à peine le sommet de leur tête rasée ; pour chaussure, une paire de sabots fragiles dont la durée était invariablement fixée, en sorte qu'ils marchaient nu pieds le plus souvent ; chargés eux-mêmes de l'entretien de leur misérable garde-robe, ils restaient déguenillés, et ces haillons en lambeaux portaient la marque de la plus dégoûtante malpropreté. Ajoutez à cela l'influence dépressive d'une étroite et douloureuse captivité, celle de la démoralisation qui avait provoqué les crimes expiés au bagne, et vous ne serez pas étonné de ce nombre considérable de décès. En vérité, en présence de pareils résultats, on serait tenté de médire des circonstances atténuantes qui substituaient les galères à l'échataud ; mieux vaut une mort rapide qu'une longue agonie.
Cependant le dessèchement, sur une grande échelle, des marais de Rochefort et les mesures philanthropiques qui sont l'honneur de notre époque ne tardèrent pas à améliorer cette déplorable situation : celle-ci resta toutefois assez précaire et insuffisante encore pour que la suppression des bagnes fût arrêtée en principe ; une première expérience de colonisation à Garenne ne fut pas heureuse ; aujourd'hui, c'est sur la Nouvelle-Calédonie, pays sain, que sont dirigés les condamnés.
De 1789 à 1815, les renseignements me manquent tout à fait ; de celte dernière époque à 1847, je n'ai pu me procurer l'effectif de la chiourme ; mais, d'après les documents officiels indiqués plus haut, la moyenne annuelle des forçats présents au bagne peut être évaluée à 1000, et d'ailleurs sur les registres de l'administration de l'Hôpital de la marine j'ai pu recueillir le nombre des admissions et celui des décès des forçats ; or, une longue habitude m'a appris que chaque condamné, dans les mauvaises années, entre deux a
trois l'ois à l'hôpital, en sorte qu'il devient facile, par la pensée, de mesurer, par le rapport des décès aux malades, le rapport des décès à l'effectif.
Dans le tableau qui suit, j'ai voulu rapprocher le bagne des hommelibres ; il en ressort cette conclusion importante que la mortalité de ceux-ci est à la mortalité des forçats : 1,97 : 4,68. L'hygiène du pays a évidemment profité à tous, mais dans une mesure inégale.
COMPARAISON ENTRE LES HOMMES LIBRES ET LES FORÇATS, «OIS LE DOUBLE RAPPORT DBS ADMISSIONS ET DE LA MORTALITÉ A L'HÔPITAL.
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