‹ Statistique médicale de Rochefort, Charente-InférieureChapitre 25 sur 125 · Août · texte numérisé non relu

Août

Il ressort évidemment de ces recherches la démonstration rigoureuse d'une amélioration sanitaire considérable coïncidant précisément avec les travaux de dessèchement. Il y a là, en effet, une relation très étroite de cause à effet, et je n'hésite pas à donner raison à M. Barth, agrégé à la Faculté de médecine de Paris, quand il affirmait, en 1840, que, grâce aux travaux de dessèchement complet, entrepris en 1820, des immenses marais qui couvraient la partie la plus méridionale de la plaine d'Hyeres, sur une surface de plus de 1800000 mètres carrés, toute affection endémique avait disparu. Aux environs de Rochefort, il en est de même, et l'on pourrait dresser une échelle graduée de salubrité, en se basant sur le chiffre des dessèchements Opérés.

Du reste, ces faits d'assainissement progressif jusqu'en 1854, ont été parfaitement mis en lumière par M. Lefevre, directeur du service de santé de la marine, par MM. Viaud et Philaire, secrétaires en chef de la Mairie, et par M. Ardouin, médecin vétérinaire à Rochefort. (1)

En réponse à un mémoire de M. Godelier, médecin militaire, M. Lefèvre a publié, en 1844, une brochure pleine de faits authentiques, dont je me bornerai a citer les principales conclusions :

1" « De 1821 à 1841, c'est-à-dire dans un espace de vingt années, l'accroissec ment de la population dans l'arrondissement de Rochefort, a été de 15098. € et si, dans la période quinquennale qui sépare le recensement de 1836 et « celui de 1841, la population totale du département de la Charente-Inférieure

professeur A. l'Ecole de médecine navale, Rochefort. octobre 18M.

Dt n, ' ■' .,,.,...,.-

Nota

Du daitcltement dei tnaraii, M. Ardouin, médecin vétérinaire. 185û,

De rinflttencr de* lieux marécageux sur laphthitie et la fièvre typhoïde, M. Lefevre, 1S&- *' ■■- - ' "'- deBot/ufbrt, M. Viaud, 1854 «18»; M. PbiUùre,

< s'est élevée de 449649 k 460245, ce qui donne une différence en plus de

* 10506 ; l'arrondissement de Rochefort y figure pour 5506, c'est-à-dire pour

* plus de la moitié.

2* < C'est la grande mortalité du bagne qui a toujours déteint sur la réputa- « lion de Rochefort. Est-il donc rationnel de juger la salubrité d'une ville

< d'après le nombre des décès qui ont lieu dans une maison de correction î

* Personne a— t— il jamais eu l'idée d'établir la mortalité de Nîmes, Limoges,

* Riom, Clairvaux, Gaillon, Loos, d'après les décès annuels de leurs maisons

< de détention! Et n'est-on pas fonde à dire, avec M. le docteur Chasinat, « que si la mortalité calculée d'après la captivité moyenne et suivant l'Âge

* moyen des forçats et des détenus était exprimée par 167 pour Rochefort, « pendant la période de 1822 à 1837, elle l'était par 189 pour les maisons « centrales ? de telle sorte que, sous le rapport de la durée de la vie, il vaut

* encore mieux être forçat dans un bagne que détenu ailleurs. »

En définitive, dans là pondération de la mortalité de Rochefort, le bagne représente une valeur réelle, mais qui ne doit être acceptée que sous bénéfice 'l'inventaire.

3* < De 1839 à 1844, le 2" régiment d'infanterie de marine, dont l'effectif

< moyen était de 1259 hommes, a compté 124 décès, en moyenne 24,80 par « an. C'est donc 1,90 0/0, à une époque où la mortalité de l'armée française

* était évaluée, par M. de Chateauneuf, à 2,25 0/0. (Annales d'hygiène et de

* médecine légale, tome 10, page 276.) D'après le même auteur, l'administra- « tion do la guerre estimait la mortalité de l'armée à 3 0/0.

4* «En résumé, Rochefort, justement incriminé jadis, vaut aujourd'hui

* infiniment mieux que sa réputation. » '

M. Viaud, mettant à profit sa position de secrétaire en chef de la Mairie, a Communiqué, à plusieurs reprises, à la Société d'agriculture, sciences et belles lettres de Rochefort, de très curieux aperçus sur le mouvement de la population ; il a démontré :

1° Que le rapport des décès à la population a été de :

1790 à 1799, de là 16,44

1800 à 1809, de là 19,30

1810 à 1819, de là 26,61

1820 à 1829, de là 26,36

1830 à 1839, de là 30,15

1840 à 1849, de là 34,85

1850 à 1854, de 1 à 36,08

2* Que le chiffre de la population va toujours croissant ; 3* Qu'il faut partager la population en deux sections : l'une dite fixe et productive, l'autre flottante et improductive ; qu'en attribuant les naissances à la première, et en défalquant les décès de la seconde du total des décès, on arrive a constater, chaque année, depuis 1848 jusqu'en 1854, un excédant des naissances sur les décès. .

C'est là, en effet, un point très important sur lequel j'insisterai plus tard. En 1858 , je disais a l'une des séances de l'Institut des provinces : « Il y a

* trente-cinq ou quarante ans, les émanations palustres exerçaient à Rochefort,

* sur la santé publique une influence désastreuse ; non-seulement les fièvres ' intermittentes étaient nombreuses et tenaces , mais elles se compliquaient ■ souvent d'accès pernicieux qui mettaient la vie en péril immédiat, ou elles

Tz STATISTIQUE' médicale de rochefort

« conduisaient les malades, à la suite de fréquentes récidives, à un état île

« chlore-anémie qui se traduisait par des engorgements viscéraux et îles

« hydropisies générales, principe d'un danger aussi sérieux quoique plu»

« éloigné. A cette époque, la nouvelle génération portait sur l'ensemble île sa

« physionomie l'empreinte d'une cachexie profonde, d'une débilité que lui

« léguait une hérédité funeste ; à mon entrée au service, 1819, l'Hôpital regor-

< geait de malades ; malgré le chiffre bien plus restreint qu'aujourd'hui de La

« population maritime, leur nombre, au moment de la canicale, s'élevait a

« 12 et 1500, et la succursale de Saintes était un diverticulum obligé ! Certes

« il serait inutile d'invoquer le secours des chiffres pour démontrer l'heurem

« changement qui s'est opéré depuis lors : dans les mois les plus chargés des plus

« mauvaises années, le nombre des malades en traitement à l'Hôpital n'excède

« pas 500, malgré l'accroissement de l'effectif maritime. Les fièvres pernicieuses

« deviennent de plus en plus rares ; l'intoxication paludéenne a perdu de sa puis-

* sance; les gros ventres et le teint jaune-paille sont passés à l'état de mythe et « les jeunes enfants font l'orgueil de leurs parents par leur robuste embonpoint « et la fraîcheur de leur carnation. Peut-être cependant ces affirmations ne « séduiront pas tout le monde ; on est sceptique, à bon droit, dans le siècle ni « nous sommes et la confiance ne va guère qu'à celui qui, preuves en main», « s'en montre digne. Prouvons donc » (Voir les chapitres suivants).

M. Ardouin , médecin vétérinaire à Rochefort, avait étudié la même question que mol ; c'est surtout au point de vue de l'agriculture et de la médecine vétérinaire qu'il s'était placé. Je ne puis résister, pour clore ce chapitre, au plaisir de consigner ici les détails pleins d'intérêt que cet habile praticien a communiqués, en 1856, à l'Institut dès provinces :

« C'est surtout depuis vingt à vingt-cinq ans, que les heureux effets du « dessèchement ont commencé à se faire sentir. Avant cette époque, les habi- « tants do Rochefort, ceux des cantons de Saint-Agnant et de Marennes étaient

* décimés par de terribles maladies : les grands animaux domestiques eux- « mêmes n échappaient pas aux influences funestes du climat.

« Mais do quelle nature étaient les affections qui sévissaient dans la contrée'

« Chez l'honune, îles fièvres intermittentes nombreuses, des désordres graves « des organes abdominaux, des ascites, des engorgements du foie, de la rate. « etc., un appauvrissement du sang, une débilitation générale de l'individu.

« (k«n causes agissaient avec une énergie telle, que, dans quelques communes, « eolltw du Rronnge et de Saint-Just par exemple, il y a eu, pendant longues « minées, un douzième de décès de plus que de naissances.

« Chez les animaux, les maladies étaient plus terribles encore ; elles sévis- « union! particulièrement sur les sujets les plus forts, les plus pléthoriques. « coux qui jouissaient en apparence d'une meilleure santé.

« L'invasion avait lieu de trois manières différentes. Elle débutait pari'ui- « brusquement : Ils étaient foudroyés : c'était l'apoplexie carbonculaire. D'su-

* lins lois, la maladie parcourait moins rapidement ses périodes; il y avait « quoique* symptômes précurseurs: un engorgement des ganglions lympha- « tlqiiiw du ttaiM* et do l'épaule : le pofl piqué, la peau rude et sèche ; la gaîté « dhquiril», le luit tari chez les vaches ; cependant l'appétit se soutenait, el il « liillmt encore un mit exercé pour reconnaître cet état. J'arrive immédiate- « mont, pour abroger, nux symptômes les plus importants : la marche devenail « ii'iito, l'anima) cherchait* In solitude; In tète lourde, l'air hébété, la rumi- « nation rare, le mutin sw, l'appétit diminué ou disparu, la soif augmentée. « la respira lion un p«i accélérée, le pouls fréquent sans être fort, l'air expiré « chaud ; toile était la première série des phénomènes.

< Si, à cette époque, des tumeurs volumineuses n'apparaissaient pas sur

< quelques parties du corps, l'animal courait le plus grand danger. Les yeux

• devenaient saillants, la conjonctive rouge ; il y avait un écoulement abondant

■ île salive gluante, la bouche était très chaude. Les animaux s'agitaient un « peu, il y avait quelques légers vertiges, la respiration devenait plus agitée ,

• le pouls filiforme, les déjections alvines noirâtres, liquides, très fétides, et

• La scène se terminait toujours par la mort au bout de trois à cinq jours.

« Enfin, un cas plus heureux, c'était celui dans lequel les tumeurs se déve-

• loppaient spontanément et restaient quelque temps stationnaires ; c'était un

• effort éliminatoire par lequel la nature tendait a se débarrasser du poison

■ qui l'opprimait.

< La nature, la forme, le volume et le siège de ces tumeurs étaient variés.

« Par rapport à leur nature, elles étaient emphysémateuses, œdémateuses,

• phlegmoneuses ou dures et indolentes, et constituaient, dans ce dernier cas, t ce que les auteurs ont appelé le charbon blanc.

c Les lésions cadavériques étaient nombreuses et caractéristiques. Je vais « Indiquer seulement les principales ; elles suffiront, assurément, pour caracté- « riser l'affection.

« Les cadavres se putréfiaient avec une grande rapidité ; la muqueuse gastro- « intestinale était d'un rouge livide , parsemée de taches noirâtres ; le foie et

• la rate énormément développés ; la rate surtout avait acquis un volume

• considérable et s'élevait quelquefois au poids énorme de quinze kilogrammes.

• Son parenchyme était gorgé d'un sang noir et poisseux. Le cœur était fias-

• que, ses cavités conservaient aussi un sang épais et comme boueux.

< Je ne pousserai pas plus loin l'examen de cette affection. Qui ne reconnaît « là une maladie infectieuse ï

« N'y a-t-il pas une analogie frappante entre ce qui se passait ici et ce qui

• s'observe encore sur les bords du Nil, du Gange, dans les marais Pontins,

• aux Antilles? Partout, des inondations, des chaleurs et des miasmes ; là, la « peste, le choléra morbus, des fièvres pernicieuses ; ici, des fièvres intermit-

• tentes, graves pour l'homme, et le charbon pour les animaux.

« Cest la même cause qui produit toutes ces maladies ; aussi ont-elles entre

• elles la plus grande analogie.

< Cest que la première condition d'une bonne santé pour l'homme et nos « grands mammifères domestiques, c'est un air pur. Ils ne peuvent vivre

• impunément au milieu d'une atmosphère chargée de miasmes ; des matières

• végétales et animales laissées à sec ou recouvertes d'une légère couche d'eau « impure, au milieu de l'été, fermentant avec uue grande rapidité , des mias-

• mes nombreux se répandaient dans l'atmosphère, s'élevaient dans le jour « et retombaient en rosée la nuit avec la vapeur d'eau qui les tenait en disso-

• lution.

* Alors les animaux étaient entourés d'un épais et méphitique brouillard

• qui imprégnait toutes les plantes ; le poison était ainsi en contact avec toutes

< les bouches inhalantes ; l'agent toxique absorbé et transporté dans le torrent

< de la circulation promenait sa funeste influence dans toute l'économie.

« Une cause puissante aussi de maladie chez les habitants voisins des marais

• à cette époque, mais principalement pour les animaux, était l'insalubrité des

• boissons.

< Moins l'eau est abondante dans un réservoir, plus tôt sa masse se met en

• équilibre de température avec les parois du réservoir et avec l'atmosphère i ambiante.

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