LIVRE III
Le Congrès scientifique de France (Institut des provinces), a tenu sa s à Rochefort, en 1857 ; et parmi les questions posées se trouvait celle-ci : « La
• constitution médicale de Rochefort et des arrondissements voisins s'est-elle
• modifiée depuis vingt-cinq ans, et sous l'influence de quelles mesures
• hypiéniques est survenu ce changement î »
fTwt à la statistique qu'il faut s'adresser pour trouver la réponse à la première partie de cette question: les nombres seuls peuvent, en effet, préciser if degré de salubrité ou d'insalubrité d'un pays, et il semble, au premier abord, que rien ne soit plus facile que d'arriver à un résultat positif en alignant. rendant une longue période, les chiffres :
1" De la population :
3" Des décès.
Soit par exemple, une ville, X, de 15000 habitants qui, fidèles à leur patrie, '* quittent jamais le sol qui les a -vu naître et, jaloux de leurs droits, n'admettent point d'étrangers parmi eux : il y aura, dans ces conditions. matière à une statistique rigoureuse et l'État— civil fournira des chiffres certains ■lui, au bout d'une période de vingt-cinq années, mettront en pleine lumière "* modifications survenues dans In population. Il s'agirait uniquement de peser ■■<• nombre des naissances et celui des décès; l'équilibre des plateaux de la élance ou l'inclinaison de l'un d'eux donnerait d'un seul coup la solution du problème cherché.
Mais cette fixité des populations ne se réalise nulle part. L'homme est -sentiellement mobile parce qu'il obéit sans cesse à l'attrait du plaisir, au i>esoin de locomotion inné en lui ou aux prescriptions dû devoir ; de là surgit la nécessité de partager toute population en deux catégories : l'une dite Municipale, qui est fixe nu à peu près; l'autre flottante, essentiellement variable. On conçoit dès lors combien d'irrégularités doivent se glisser dans '** appréciations statistiques : les décès portent sur tons, les naissances l'appartiennent guère qu'à la fraction sédentaire des habitants, et, par unséquent, à mesure que la population s'accroît, l'écart augmente entre ces leui termes et les chances d'erreur se multiplient. Les différentes villes, sous p rapport, sont séparées les unes des autres par des nuances d'autant plus prononcées que le chiffre de la population fixe est lui-même moins élevé. Eh :«n, à ce point de vue, Rochefort est dans des conditions moins favorables ]ue toutes les villes de France.
Ainsi que l'indiquent les tableaux de recensement, la population se lécompoee ainsi:
1856 Population municipale: 21392. Population flottante: 7626. Total: 29028. 1861 ' — — 22819. — — 7395. — 30216.
.le ne mets pas en doute la vérité des chiffres qui se rapportent à la population fixe; mais ceux de ta population flottante me sont singulièrement suspects. > suis loin d'accuser de négligence ou d'inexactitude ceux qui en ont fourni et ceux qui en ont recueilli les éléments; je constate, au contraire, leur impuissance absolue à mieux faire et voici pourquoi : La population flottante est composée, â Rochefort, des troupes de la marine et de la garnison, des matelots et des ouvrier» de levée; les chefs de ces divers corps donnent à la Mairie le chiffre de leur effectif le jour même où il leur est demandé; mais re i-niffre ent paisible d'oscillations dont l'amplitude varie à chaque instant; il ne répond pas aux imitations du passé et ne peut prévoir celles de l'avenir; rela <-t m vrai que. puisant aux mêmes sources que la municipalité, je suis arrivé, en tenant compte de tous les mouvements de chaque année, à des résultais hier* antres.
f/«ffiwf if «lu personnel maritime, ou salarié par l'Etat, qui forme à lui seul le* 7 8 'le la population flottante, (le 8' restant se trouvant représenté par de' #mU étranger*) te compose :
[w- la Gendarmerie maritime;
h» 'T Hégiment d'infanterie de marine ;
[f'iirin: lîatterie d'artillerie de marine;
|i 'me Ormpagnie d'ouvriers d'artillerie de marine;
|x; la [liwiinn des équipages de la flotte;
t*- la (urwtion des constructions navales;
\#: \» Infection des mouvements du port:
fw- ,m l/irerlioii d'artillerie;
\i*. .* Infection deH travaux hydrauliques, à laquelle il faut ajouter 1<* ., t.4-.f » ta vilde des entrepreneurs ;
fr. Magasin général:
\*?* i.j«wlances ;
!*-<« Infirmier* de la marine:
{k-4 agent* divers des Hôpitaux ;
r*~ emody'-* el agents relevant du Contrôle des revue» ;
l«* tr»ufif <le la Guerre:
\*. \* '«i-i.'lîtrmerio impériale :
\*-t h\ .tpw des Bâtiments de la réserve.
t,t T,« > .* Mal des hommes fournis par ces diverses catégories
Ht. I«ffl 12956
v.uwea 10937
Y,„ i>CH 8680
Ka IKJO 12947
tu, \m\ 10637
y-, tme "344
y„ \mi 1H04
t,. tum lira»
En comparant cas sommes annuelles, on est tout d'abord frappé de leurs ■iivergences. Ainsi entre 1858 et 1803 il existe une différence de 4876. Et si l'on songe que les recensements de la population ne s'effectuent que tous les ■inq ans, quelle confiance peuvent inspirer les supputations des années intermédiaires ! Cest là une difficulté sérieuse qui fait prêter le flanc de la balistique à la critique, même la moins passionnée.
Je cherche si peu d'ailleurs à éluder les objections, que je les pose moi-même, et que je me borne à en repousser l'exagération.
Ainsi je n'hésite pas à admettre: l" que la moitié des ouvriers de l'Arsenal ,i vraiment son domicile réel à Rocheforf, et qu'il faut la reporter à la classe ■le la population fixe; 2° que les Gendarmeries maritime et impériale sont dans le même cas. Il y a donc une soustraction légitime à opérer sur le chiffre du personnel, tel que je l'ai indiqué, de la population flottante.
Mais à côté se trouve le correctif, et je présenterai comme témoignage à l'appui de cette assertion, ce qui se passe pour certains groupes professionnels. Choisissons l'année 1867, celle qui, précisément, comme on le verra plus tard, e»t la moins favorable dans le sens de la salubrité de Rochefort :
1" 3* régiment d'Infanterie de marine. — Le minimum de l'effectif présent au corps a été de 1046; le maximum, de 2139 ; la moyenne, astimée à 1400 {base de mes calculs), se tient dans une limite très modérée, surtout si l'on tait remarquer que les recrues annuelles fournissent toujours un contingent élevé 'le malades, et que les soldats qui rentrent au corps, après un séjour prolongé ■Uns les colonies, Cayenne, Sénégal, Oochinchine, sont anémiés et atteints, ou a peine convalescents, de maladies graves qui multiplient les admissions a l'Hôpital et le nombre des décès.
2* Division des Equipages de la /lotte. — Les mêmes considérations, et plus inslement encore, s'appliquent aux marins dont le chiffre est essentiellement mobile. Le nombre le plus élevé des gens de mer présents à la fois à la caserne a été, pour 1867, de 1162; mais en additionnant les 736 existants au 1" janvier et les 2816 portés sur les matricules de la Division, dans le courant de l'année, on arrive au total de 3552, qui reste encore inférieur au chiffre réel. En effet, je comprends, en bloc, dans ce total, les équipages des bâtiments armés, désarmés, de passage a Rochefort, dont l'ensemble fait plus que doubler le rhiffre ci-dessus. Ces bâtiments : Pandore, Constantine, Surcouf, Guichen. Travailleur, Chandernagor, Somme, Sibylle, Guienne, Surprise, Sémiramis. Entreprenant, Mégère, Castor, Argus, Comète, Victoire, Souris. Savoie, Inflexible, Foudre, Charente, Volta, Loire, Alceste, ont fourni 471 admissions à l'Hôpital.
y Régiments de ligne. — La garnison de Rochefort a été successivement fournie, en 1867, par les troisième et deuxième bataillons du 30 e régiment de ligne, le deuxième bataillon du 72', le troisième bataillon du 81% et enfin le premier et le deuxième bataillon du 40*. Le nombre total des militaires de la pierre affectés au service de la place a été, pendant l'année, de 2549; et comme le renouvellement de la garnison se fait tous les trois mois, en prenant 600 comme chiffre moyen de l'effectif, je n'atteins pas totit-à— fait le quart. Je dois, a cette occasion, faire observer que ce roulement à époques fixes augmente nécessairement dans une assez grande proportion le chiffre des admissions à l'Hôpital. Les militaires qui arrivent sont fatigués par la route et enclins à demander du repos ; ceux qui partent ne négligent aucune occasion de voyager isolément. . •
4* Ouvriers de l'Arsenal. — Leur nombre est nécessairement subordonné aux besoins du Gouvernement, aux prévisions de sa politique : les guerres de Crimée, d'Italie, du Mexique, le» appréhensions qu'a fait naître le conflit entre
STATlffnQPE MEDICALE DE ROCHEFOBT
l'AitfrMin nt In F*nw**, imprimèrent aux travaux du port une activité iiiniririiUiiimi, qui m traduit par les chiffres suivants de ces employés :
Kit 1854 4087
Kn 1«6 5614
Kn 1857 3916
Kn 1858 3743
Kn 1860 4195
Ku 1861 4034
Kn 1862 3927
Kn 1863 4039
Kn 1864 4629
Kn 1865 3646
Kn 1866. ... ; 4415
Kn 1867. 4223
t'A i'Nfon* faut-il noter que ce nombre d'ouvriers n'a pas toujours été |if'fj>"f1i<itiné a la somme d'ouvrage à accomplir, et qu'il a fallu souvent "f»if*:ii*«r Hiiti insuffisance par das heures supplémentaires de travail. (,;<iil/irité supérieure, soucieuse du bien-être et de l'avenir de ses agents, hésite ,i tum: dus levées, dans la crainte d'avoir à congédier, sous un bref délai, des iimiiiHi's <|ui seraient détournés, sans un profil garanti pour longtemps. d> leurs habitudes ou d'occupations à salaire assuré. Il y a bénéfice pour tous à >i>rijiJiid»r, en le rémunérant, un supplément de présence à l'atelier.
Ots réflexions préliminaires montrent ce qu'il faut de prudence et d'irapartiulM pour imprimer un cachet de vérité authentique aux chiffres que manie tu Mtatistique.
(Trait nous leur inspiration que j'ai adopté, chaque année, des estimation fi'flulto» do la population totale. Il vaut mieux, dans l'espèce, pécher par défunt que par excès, pour n'être point accusé de trop chercher à avoir raison. im tableau suivant fait connaître les termes auxquels je me suis arrêté:
nlhclel
flottant*
flottante
ileb deux
des deui populations
1 UNKk».
d.-la
populations
d'après
Aie
adopté
population
d après
d'après
l'effectif
(Maine]
pour ;
fil*.
kll.iri..
la Mairie.
dits corps.
flottante (Effectif.)
le présent