‹ Statistique médicale de Rochefort, Charente-InférieureChapitre 6 sur 125 · TOPOGRAPHIE · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE

Rochefort, situé par 45° 58' 37" de latitude N. et 3° 18* 4" de longitude 0. et dont le point culminant (Hôpital de la marine) est à 16'" 581 au-dessus du niveau moyen de la mer, a été fondé par Louis XIV, en 1666, à litre d'établissement militaire. A une époque où la gloire de nos armées de. terre était ilans toute sa splendeur, Colbert, le grand ministre, créateur ou tout au moins restaurateur de la marine de l'État, désireux de prendre une part active dans la lutte sur mer de la Hollande et de l'Angleterre, avait bien compris qu'entre Brest et l'Espagne, il fallait, pour la prospérité de notre flotte, créer un port de refuge, de ravitaillement et de constructions. La Charente, dont le lit est profond, dont le régime n'a jamais varié, qui parcourt un pays riche en denrées de toutes sortes, qui aboutit à une rade excellente, formée et défendue par les îles d'Aix et d'Oleron, réunissait toute» les conditions favorables. Le seul inconvénient du point choisi était son éloignement de l'embouchure, 13 kilomètres à vol d'oiseau, 22 en suivant le cours du fleuve ; mais des difficultés de toute nature ne permirent pas de se rapprocher davantage de la rade, et il y a lieu de s'en féliciter, puisque, d'un coté, des remorqueurs, mus par la vapeur, abrègent maintenant la distance et font éluder tous les dangers de la navigation aux bâtiments de guerre qui remontent ou descendent la rivière, et parce que, d'un autre cote, les progrès accomplis par l'artillerie enlèvent toute sécurité aux arsenaux que leur proximité de la mer expose aux canons et aux bombes ennemis.

Rochefort et les établissements qui en dépendent présentent les diman- 'ions suivantes :

Longueur. Largeur. Superficie.

Ville 1.200". 550-. «1*0000

Faubourg 900 700 «3 0000

Arsenal 1.800 250 45 0000

Fosse au mâts et aux bois. 550 700 38 5000

Hôpital maritime 330 230 7 5900

Bassin à" flot » » 2 7000

Soit un ensemble de 222* 79000

I( VIATISTIQL'E MEDICALE DE ROCHEFoHT

• Hin-twti>H compte dix rues dirigées du N. au S. et traversées de TE. a ■ I'" |tur quatorze autres, composant soixante-et-une îles et trois place».

• UnyiUw- de maisons bien alignées. Toutes ces rues sont spacieuses; quatre

• liiiuUt; «lien oui de 18 à 20" de largeur; aussi, dans le double but de raréfier

• | utr ■-' ''« procurer aux habitants un ombrage protecteur pendant la saison

• '|i» rbaJeurs, ont-elles été garnies d'une double rangée d arbres. > (Viaud ut fûfàry.) [Voir le plan de Rochefort].

(juelqu* moderne que soit la ville, elle a, depuis son origine jusqu'à nos jour», subi bien des transformations; le tracé des rues seul n'a pas varié: malt aux logements à rez-de-chaussée, consacrés d'abord à la population outriôni. ont succédé des maisons plus confortables, élevées de deux à trois étagu». occupées par les classes aisées, par les fonctionnaires d'un grade élevé qu'appelait et fixait dans nos murs l'activité toujours croissante de l'Arsenal : UutnUil l'enceinte de la ville ne suffit plus, et eii 1686 commencèrent les (instruction)» du faubourg. Alors les lois de l'hygiène n'étaient guère observées, et il reste encore quelques-unes de ces masures, composées de une ou deux pièces à peine éclairées par une étroite fenêtre, situées en contrebas du sol. •lit ne pénétraient ni l'air, ni la lumière, et. où vivait toute une famille dans une atmosphère saturée d'humidité. Depuis quelques années, l'aspect du faubourg n est plus le même ; des maisons salubres se sont élevées de toutes parts; H. Félix Leps, qui a, sur une grande échelle, fourni le modèle de ces constructions, compte de nombreux imitateurs, et, aujourd'hui, la population du faubourg, dont le chiffre monte toujours, a du moins de l'espace, de l'air et du soleil.

L'aspect de Rochefort et de ses faubourgs révèle, de la part des habitants, l'habitude d'une extrême propreté; l'extérieur et l'intérieur des maisons laissent peu à désirer sous ce rapport; l'usage adopté de tout temps veut que, chaque semaine, les corridors d'entrée soient laves à grande eau ; partout, à de rares exceptions près, les planchers sont cirés ou briqués avec du sable sec ; les ferrures des meubles, même dans le logement des classes malaisées, indiquent, par leur éclat, des soins assidus d'entretien : malheureusement, comme nous le verrons plus tard, l'eau n'est pas assez abondante a Rochefort : elle tie-coule dans les ruisseaux de la ville qu'une couple d'heures par jour, il en résulte que les eaux ménagères ne sont pas entraînées avec assez de rapidité. Les égoûts auxquels elles aboutissent sont à ciel ouvert, au pied des murs d'enceinte dans le sud, et le courant vers la Charente est trop lent encore, malgré l'amélioration obtenue par un aqueduc de construction récente, dû à l'initiative des travaux hydrauliques.

La ville rie Rochefort est bâtie à l'extrémité sud de la colline du grès vert qui, partant du Breuil-Magné, vient se terminer à peu de distance de la Charente. Cette colline forme, au milieu des alluvions marines du biï, un relief de 15 à 20 mètres d'altitude. Il résulte île cette situation qu'une moitié de la ville, le côté nord, se trouve dans des conditions hygiéniques bien préférables à celles de l'autre moitié établie sur le bri. L'air, l'humidité, la nature du sol, l'influence de certains vents ne sont pas évidemment les mêmes dans la partie haute et dans la partie basse de la ville.

A ce point de vue, il devrait exister une grande différence de salubrité entre les casernes de l'infanterie de marine et de l'infanterie de ligne, situées à l'extrémité le plus nord de la ville, et la caserne de la division des équipages de la flotte placée dans la partie sud la plus déclive, près de l'égout de Martrou, exposée aux effluves des marais du S.-O., les plus dangereux de

tus ceux qui forment la ceinture de Rochefort. Nous verrons cependant que '.* statistique ne justifie pas ces prévisions, et nous aurons à en rechercher les motif*.

En résumé, on doit reconnaître que Rochefort ne contient point dans ses murs de sources d'infection. Il faut donc rechercher dans la banlieue les causes d'insalubrité, réelles quoique bien amoindries depuis une cinquantaine il années.

Une observation avant d'aborder cette question d'un si haut intérêt. — Les plus petites choses ont leur importance. — Il y a peu de temps encore, toutes les rues étaient pavées avec les pierres blanches du pays ; toutes les maisons étaient blanchies périodiquement à la chaux ; il en résultait, dans ces voies largement ouvertes, une réverbération incessante du soleil, horriblement incommode pour la vue et ajoutant quelque chose encore aux fâcheux effets ■le la violente chaleur de l'été. L'édilité a adopté naguère, pour le pavage, le granit de Bretagne ; les propriétaires, — déjà plus de la moitié — ont substitué .1 la chaux, pour la façade de leurs maisons, la peinture a l'huile avec des nuances douces. C'est un progrès qui mérite d'être encouragé, il réunit l'agréable à l'utile.

Marais (les environs fie Rochefort. — En jetant les yeux sur la carie n° 2, que M. Guillemain, ingénieur des ponts-et-chaussées, a bien voulu fa ira dresser pour moi, on se convaincra facilement que Rochefort est de lous les (■'■tés environné de marais.

Oux-ci peuvent être divisés en deux grandes classes : les marais syndiqués ■-1 ceux qui ne le sont pas, Les premiers représentent une surface de '£ï£îi hectares, les autres une superficie de 2008 : auxquels il faut ajouter 1000 hectares de marais salants et 270 hectares de lais de nier.

Pour tout le département de la Charenle-Iiil'érieuiv, le- marais d'origine marine occupent, d'après M. Manès, une superficie de 70000 hectares. Nous ne tenons compte ici que de ceux placés dans un rayon de 12 kilomètres, négligeant ceux plus éloignés dont l'action sur Rochefort est douteuse.

Une division plus pratique consiste a admettre les marais doux, les marais •alants et les lais de mer.

< Les marais d'origine marine se divisent eu marais doux, consacrés à « l'agriculture, et en marais salants, destinés à l'extraction du sel contenu

* dans les eaux de l'Océan.

< Les marais doux du bord de la mer, incomplètement desséchés, forment

* le sol de la plupart de nos prairies naturelles. Ce sonl de vastes plaines, «-ans aucun ombrage, d'un aspect triste et monotone, dont le sol coui- « jjacte et brûlant se gerce profondémenl après la récolte des foins et se recou-

* vre, après les pluies, de flaques d'eau stagnantes.

« Les marais doux de l'intérieur sonl ou mouillés, c'est-à-dire inondés ! « pendant six mois de l'année, ou complètement desséchés.

< Les marais desséchés l'ont élé au moyen de canaux, de ceintures et de

* 'ligues qui les garantissent des eaux supérieures et de celles de la mer,

* ainsi que par de grands canaux de dessèchement qui conduisent à la ' " mer le superflu des eaux pluviales, et jjui sont garantis du flux de l'Océan

i*ar des écluses à portes busquées vers leur embouchure. Ces grands canaux '■"ramumquent avec des canaux d'un ordre inférieur, et ceux-ci avec les fusses de clôture de divers domaines.

* Les marais mouillés sont situés hors des ceintures des parties desséchées. L«s endroits les moins bas y sont ensevelis dans les eaux, depuis la mi-

< octobre jusqu'à la mi-juin, et quelquefois plus lard ; les bas fonds n'y dessèc chent jamais.

4 Les marais salants, quand ils sont bien entretenus, contribuent à la « salubrité d'un pays, eu ce que, recouverts d'un faible courant d'eau de mer « pendant l'été, et complètement noyés pendant l'hiver, ils ne dégagent aucun

< des miasmes délétères qui se forment sur les alluvions marines abandon -

< nées à elles-mêmes.

« Mais il n'en est plus ainsi quand on laisse s'envaser les canaux, quand

< l'eau de mer ne vient plus alimenter ces marais salants, quand l'eau plu-

< viale ne peut plus s'en écouler ; ils se convertissent alors eu ce qu'on « appelle marais-gâts, c'est-à-dire de véritables cloaques où croupissent le» c eaux pluviales, où se décomposent les substances végétales et animales, où « des vases pestilentielles répandent au loin les miasmes les plus dange- « reux. » (Mânes.)

Les marais mouillés, les marais-gâts et les marais incomplètement desséchésont Jonc les foyers d'où s'exhalent les émanations paludéennes qui engendrent la lièvre intermittente et tous ses dérivés. « Mystérieux laboratoire de la vie « et de la mort, » dit Michel Lévy, « les marais servent à la fois de berceau et t de sépulture a d'innombrables générations Je plantes et d'animaux. Us pré- « sentent le contraste de l'immobilité de leurs eaux dormantes avec l'agita- « tion de tant d'êtres divers qu'ils abritent ; et, comme pour protéger l'orgie « d'une création immonde , ils repoussent l'homme, et font autour de leurs « bords la solitude par l'infection et la maladie. »

C'est particulièrement à Brouage que les plus défavorables effets furent la conséquence de l'abandon des marais salants ; aussi est-ce vers ce point qu'ont été dirigés les principaux travaux d'assainissement.

Quoi qu'il en soit, si l'on reporte les yeux sur la carte u" 2, on voit :

1* Dans le N.-O. de Rochefort, les marais incomplètement desséchés du Vergeroux, de Saint-Laurent de la Prée, de Charras ;

2 e Dans le N.-E., les marais desséchés, mais laissant encore à désirer, Je Chartres, de Saint-Louis, de Genouillé, de Murai ; celui de Saint-Louis est peut-être le mieux entretenu ;

3° Dans le S.-E., le cours de la Charente, qui parcourt de belles prairies salubres ; puis la prairie de Rosne, assez sèche, mais dont cependant les fossés sont mal entretenus ;

4" Enfin, dans le S.-O., région la plus malheureuse, les marais de Sainl- Agnant, de Brouage, de Marennes, de Saint-Jean-d'Angle et de Saint-Just, tous marais salants abandonnés, véritables marais-gâts.

C'est là surtout que l'on rencontre toutes les conditions d'une fatale insalubrité. Des flaques d'eau stagnante recouvrent un fond de vase ; le? roseaux, les joncs, les renoncules, et mille autres plantes aquatiques j forment une végétation luxuriante ; à la fin de la saison, quand toute l'eau a été évaporée, elles se putréfient sur place, et leurs détritus élèvent successivement le fond où elles ont pris naissance. Au milieu de ces eaux et Je ce» plantes naissent, pullulent et meurent des myriades d'insectes, d'infusoires. de vers, de zoophytes, dont les débris se mêlent à ceux des plantes eu décomposition. 11 en résulte une atmosphère infectieuse qui étend ses ravage* à de grandes distances.

La cause du mal étant ainsi touchée du doigt, le remède infaillible est indiqué sûrement : il faut dessécher tous ces marais. Les essais partiels ont déjà démontré que ce dessèchement non-seulement purifie l'atmosphère, mai* aussi contribue aux progrès de l'agriculture et enrichit ceux qui le pratique"!-

Dans les environs de Charras, des mardis mouillés, vendus au commencement de ce siècle, à raison de 300 Ir. l'hectare, ont été desséchés par un propriétaire intelligent et s'afferment, aujourd'hui, 200 à 250 fr. L'hygiène , la prospérité du pays, la plus-value des terrains, tout monte donc a la fois. Aussi, cette opération d'intérêt public a éveillé la sollicitude générale, et l'État est venu souvent en aide à l'industrie privée.

Dés 1635, avant la fondation de Rochefort, on tenta le dessèchement des marais de Brouage ; de nouveaux essais se produisirent en 1781, puis au commencement de ce siècle.

Les travaux ne furent sérieusement entrepris que sous l'administration de M. l'intendant de Keverseaux, vers 1783. C'est alors que fut commencé le '•anal de Brouage, artère centrale de dérivation, sur la rive gauche de la Charente. On construisit aussi quelques digues pour arrêter le débordement de cette rivière.

Sur la rive droite, on creusa en partie le canal de Charras pour déblayer le terrain compris entre l'embouchure de la Charente et les marais de Saint-Louis, dits la Petite- Flandre.

L'orage de la révolution qui devait éclater en 89 grondait déjà dans le lointain ; un malaise général se faisait sentir à l'avance ; l'argent devenait rare dans le Trésor public comme dans les transactions privées ; alors l'activité qui avait d'abord été imprimée aux travaux se ralentit peu à peu, et bientôt ils cessèrent complètement. Les ouvrages abandonnés tombèrent en ruine.

Plus tard, quand le calme et la confiance rentrèrent en France, M. Leterme, sous-préfet de Marennes, mit au service de la contrée qu'il administrait son énergie et son intelligence ; à la même époque, le vénérable Cochon-Duvivier, médecin en chef de la marine à Rochefort, membre du Corps législatif, entant que le moment était venu de reprendre et de compléter l'œuvre projetée, sollicita et obtint du premier Consul une allocation d'un million.

Ce fut alors (août 1805) que M. Masquelez, jeune ingénieur des ponts-etrbaussées, fut envoyé à Rochefort, avec l'importante mission de réaliser la pensée des Dulaurens, de Reverseaux, Leterme et Cochon-Duvivier. Il était impossible de choisir un homme qui comprit mieux les besoins du pays, qui ^'identifiât davantage à ses intérêts, qui consacrât à cette œuvre immense plus de zèle, de science et de désintéressement.

Pendant quarante ans, M. Masquelez a été constamment sur la brèche, disputant à l'eau le terrain qu'elle envahissait, creusant les canaux, élevant des digues, fertilisant le sol inculte, substituant aux émanations marécageuses un air salubre, rendu plus vivifiant encore par de nombreuses plantations ; et, dans cette longue lutte, jamais son courage n'a faibli, jamais ne s'est ralentie 'fille ardeur des conquêtes pacifiques qui tournaient toutes au profit de l'humanité. M. Masquelez n'en demandait le prix qu'à sa conscience ; mais les marques de gratitude des populations, sauvées par lui des étreintes de l'épidémie, ne lui manquèrent pas. Le Conseil municipal de Pont-1'Abbé lui a voté des remerciements et des félicitations ; celui de Rochefort, au nom de bus ses concitoyens, lui a décerné une épée enrichie de diamants; et quand la mort est venue terminer cette glorieuse carrière, un monument a été élevé a sa mémoire aux Irais de la ville reconnaissante. Ma voix, écho du passé, ne ■aurait rien ajouter à ces distinctions ; mais citer les travaux dirigés par cet habile ingénieur sera encore faire son éloge et remplir en même temps le programme que je me suis tracé.

Voici, et à peu près dans l'ordre où ils furent exécutés, les travaux d'assainissement dus à M. Masquelez :

il» STATISTIQUE MEDICALE DE ROCHEFORT

Digues de la Charente. — Sur la rwe droite, les digues partirent du fort Vasou et vinrent aboutir au port militaire, en contournant le chenal de Charras. Sur ia rive gauche, elles s'étendirent de la fontaine de Lupin à la Bridoire ; plu» tard, une digue beaucoup plus forte fut construite entre Fouras et le fort Vasou, et enleva ainsi a la mer une vaste étendue de terrain dont l'agriculture profita. Cet ouvrage fut complété par un large fossé intérieur aux digues, destiné à recevoir les eaux des marais, et par des chenaux avec ponceaux à vanne, déversant dans la Charente.

Canal et havre de Brouage. — Le canal de Brouage, proprement dit, est compris entre les deux écluses dites de la Bridoire et de Brouage ; sa longueur est de 13000 mètres, sur une largeur moyenne de i7 mètres et une profondeur de 2 mètres 50 centimètres. Le navre, qui va de l'écluse de Brouage à la mer, a une longueur de 5500 mètres environ, avec une largeur et une profondeur variables. L'écluse de la Bridoire est précédée d'un chenal de ôOO mètres, se jetant dans la Charente. Le canal de Brouage établit donc une communication entre la Charente et la mer ; il reçoit dans son parcoure les eaux du canal de Pont-l'Abbé, celles d'une partie des marais de Brouage et celles des marais de Beaugeay. La navigation y est possible dans toutes les

Il existait, à l'est de ce canal, un marais qui remontait vers Pisauy, dans une étendue de plus de 20 kilomètres. L'ancien canal de Pont-l'Abbé, comblé et devenu inutile, fut entièrement creusé, et le dessèchement transforma le marais compris entre Pont-l'Abbé et Soulignonue en prairies de première qualité, en jardins fertiles, en superbes plantations.

Le canal de Broue , creusé sous M. de Heverseaux, et qui reçoit à droite et à gauche les eaux des marais voisins, fut rétabli, à la même époque, parles soins des sociétés syndicales auxquelles M. Leterme imprimait, de son coté, une vigoureuse exécution.

Outre ces travaux gigantesques dont le but est particulièrement le dessèchement et l'irrigation des marais de la rive gauche de la Charente, un autre travail , projeté et commencé par M. Masquelez, fut continué et achevé par M. Guillemain, qui apporta à cette œuvre utile le même zèle et la même intelligence que son prédécesseur : c'est le canal de Marennes, destiné à établir une voie de communication entre le chenal de Lindron et le canal de Brouage, pour rattacher ainsi la Charente à la Seudre.

Indépendamment du débouché nouveau qu'il a créé, ce canal apporte à la plaine marécageuse qu'il traverse, les eaux douces de la Charente pendant la saison d'été. C'est un progrès agricole immense qui, en développant l'élève du bétail, a permis d'augmenter les produits de la terre et d'en consacrer les bénéfices au perfectionnement du sol.

Dessèchement des marais de ta rive droite. — Commencé dès l'origine du xvii' siècle, H fut poursuivi, puis abandonné par M. de Beverseaux. En 1808, M. Masquelez en refit le nivellement général et le projet. En 1810, le travail fut entrepris; il était terminé en 1812. Le canal, qui s'étendait du pré Charron à Charras, sur une longueur de 19420 mètres, devait avoir une largeur de 8 à 14 mètres et une profondeur de 2 à 3. Ces dimensions devaient le rendre navigable ; mais le projet fut modifié et il devint simplement un canal de dessèchement.

Remarquons toutefois que le but a été dépassé : avec l'endiguement de la Charente, qui arrête l'invasion des eaux refoulées par la marée, avec le déboisement des coteaux qui appauvrit les sources d'amont, avec l'utilisation de ces sources pour l'agriculture avant leur arrivée dans la plaine basse,

DES LIEUX • ii

l'appauvrissement en eau douce, pendant la saison d'été, a toujours été croissant. On cherche à y remédier aujourd'hui en provoquant parmi les intéressés, l'exécution d'une artère d'irrigation qui jouerait, sur la rive droite, le rôle du canal de Maronnes sur la rive gauche, et répandrait, soit directement , soit par le canal de Charras, les eaux douces de la Charente dans tous les terrains bas qui nous entourent au nord.

Ce n'est qu'au moment où l'irrigation et le dessèchement se succéderont ainsi judicieusement à l'embouchure de la Charente; quand les parties basses du sol, au lieu de conserver une eau longtemps croupissante pendant l'été, pourront évacuer leur réserve et la renouveler à des périodes rapprochées, ce n'est qu'à ce moment, dis-je, que les dispositions adoptées auront un caractère définitif et de haute utilité.

Nous verrons, quand nous ferons l'historique du mouvement de la population à Rochefort , quelle heureuse influence les travaux exécutés ont exercée -nr la santé publique. Les résultats obtenus sont le plus puissant encouragement pour les progrès à réaliser. Et, sans parler de cette irrigation qui est le simplement nécessaire du dessèchement, sans parler de ces points du territoire de Marennes et de Brouage, où des marais envoie de transformation créent encore aujourd'hui un véritable danger, il faudrait opérer aussi le dessèchement des marécages traversés par la Boutonne.

En un mot, l'ère des améliorations n'est pas fermée ; non-seulement il reste des dessèchements à entreprendre, mais encore il faut ne pas oublier que, même dans les marais les mieux dirigés, les réparations hygiéniques ne doivent jamais souffrir aucun retard; enfin, il conviendrait d'arrêter les déboisements et de multiplier les plantations.

L'Eucalyptus globulus , originaire de l'Australie, introduit en Europe par les soins de M. Ramel , et dont M. Pasquier, pharmacien à Chàteau-Gontier, vient de publier l'histoire complète, est un arbre qui réunit toutes les qualités hygiéniques au point de vue de l'assainissement des marais : il croît , en effet , aver une prodigieuse rapidité; il absorbe, pour son active végétation, d'énormes quantités d'eau puisée dans le sol, et il dégage enfin dans l'atmosphère des émanations camphrées salubres. L'heureuse influence des plantations de cette essence s'est déjà fait sentir en Algérie, en Espagne, en Italie, dans le midi de la France, et particulièrement dans une localité des bords du Var, ravagée jusjue-Ià par une endémie palustre, et qui n'a rien à envier aujourd'hui aux contrées les plus favorisées. Malheureusement, YEucalyptus est d'une constitution sensible et délicate, qui ne s'accommode pas des rigueurs de l'hiver; il lui faut les mêmes conditions climatériques qu'à l'oranger, ainsi que l'ont prouvé les essais infructueux de naturalisation, à Paris et dans l'Anjou. M. le professeur Peyremol, lui aussi, n'a obtenu qu'un demi-succès dans ses tentalives au Jardin botanique de la marine, à Rochefort : quoique entouré de précautions extrêmes, YEucalyptus n'est arrivé qu'à un développement médiocre, qui ne saurait réaliser les espérances fondées sur la communication faite récemment à l'Académie des sciences.

Le Paulownia impêrialis, qui grandit si vite, qui a de si larges feuilles, et Tui s'acclimate si bien dans notre pays, rendrait probablement, d'immenses services à l'hygiène.

Peut-être enfin ne faudrait-il pas dédaigner le secours du tournesol commun, dont on pourrait, sans autre dépense que celle de la graine, couvrir tous les têts dm fossés qui entourent nos prairies.

Il est essentiel, au premier chef, de combattre, par les bienfaits de la végétation, les effets des miasmes paludéens.

kuvCoo^Ic

La salubrité de Hochefort est à ce prix.

Dans la séance du 20 juin 1864, M. Grimaux (de Caux) disait à l'Académie des sciences : « Des trois éléments constituants du climat d'Hippocrate. « l'élément représenté par les eaux est le seul qui soit réellement dans la « main de l'homme. Nous pouvons recueillir l'eau, l'assainir, l'aménager, « la dériver pour l'amener où elle manque, etc., tandis que directement c nous ne pouvons rien sur l'air et que très peu sur les lieux. Mais les trois « éléments ont entre eux des liaisons tellement intimes; ils exercent les uns « sur les autres des influences réciproques tellement positives, qu'une modi- « flcation dans les conditions de l'un d'entre eux, entraîne inévitablement des « changements consécutifs dans les conditions des deux autres. »

Dans les pays à marais, on peut beaucoup sur les lieux et, parsuite, sur l'air. A Rochefort, par exemple, le jour où vous aurez réussi à dessécher el à irriguer tous les marais, vous aurez assuré la pureté île l'air, souillé jusque là par les effluves palustres ; si vous mettez en même temps sous la main "1" la population de l'eau potable en quantité suffisante pour tous les besoins de la vie, vous réaliserez ainsi tous les desiderata au point de vue des trois éléments d'Hippocrate, et vous aurez bien des chances pour que la salubrité fl> Rochefort ne laisse plus rien à désirer.

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