‹ Statistique monumentaire dressée dans la ville de Ravenne [microform]Chapitre 4 sur 8 · EPI · texte numérisé non relu

EPI

On se figurerak difficilement, sans l'avoir vu , TelTet profondément religieux de ces peintures de marbre, de ces poses si majestueuses, si larges, si fermes, de ces figures si graves etsi imposantes, de cette mystique histoire si merveilleusement

exposée aux yeux des fidèles. Il est>à remarquer que les sujets

tirés de l'ancienne loi, sont plus nombreux que ceux empruntés au nouveau Testament. La grande figure de Moïse est après

celle du Christ, celle qui domine toutes les mosaïques byzan-

(i) On appelle tribunele fond du sanctuaire : ce mot est à peu près sjjnonyu»* . Se apside.

tines : on retrouve le législateur du Sinaï, dans tous les actes de sa vie, et avec lui, Ezëchiel, Jérémie, Élie, Isaïe, etc. — Je ne puis faire passer dans celte rapide description, les magnificences de détail du monument; ce que j*en ai dit suffira pour les archéopliiles , car ils sauront ce qu'est l'œuvre, ce qu'est le plan, ce qu'est le caractère delà basilique. — Inutile

donc de leur parler d'une foule de travaux antiques et modernes qui concourent à rornementation du temple, du tombeau de l'exarque Isaac , des chapelles, de la sacristie qui, ainsi que

toutes celles d'Italie, est un objet important de décoration. — Dans la douce et belle pe'ninsule, il se pratique dans toutes

les églises un excellent usage : elles sont vides de bancs et de chaises, et le monumentalisle peut, tout à son aise, jouir de la vue d'ensemble et des détails des édifices religieux; et puis

chaque chose y est à sa place, dans son ve'ritable jour, et cela

est beaucoup. — Je n'ai jamais parlé de la forme des arcs, parce que personne n'ignore que le plein-cintre et quelquefois

l'arc surbaissé (en anse de panier) régnèrent exclusivement chez les Byzantins.

Bien que l'église de Saint- Vital ne soit p?^s complètement vierge, qu'elle ait été modernisée par un zèle mal entendu, ce temple n'en est pas moins la gloire byzantine la plus pure de

rOccident.

A deux pas de ce monument, après avoir jeté un coup-d'œil à l'église autrefois byzantine consacrée à la Sainte-Vierge, par saint

Ecclésius, aujourd'hui reconstruite , et dont il ne reste d'oeuvre primitive que le campanille circulaire, arrivons en toute hâte

à la chapelle funéraire que, vers la moitié du V® siècle, Galla Placida, fille de Théodose-le-Grand , mère de Valenlinien III, empereur d'Occident, fit bâtir pour elle et les siens, et qu'elle

consacra aux saints Nazaireet Celse. Ce petit vaisseau, dont

l'extérieur bâti de briques, comme celui de Saint-Vital , est absolument dépourvu d'ornementation, de profils accentués, est pavé de marbre jaune antique, à taches sanguines, et autres marbres précieux de Grèce et d'Egypte. Sa figure est celle d'une

croix latine au centre de laquelle s'élève un autel de forme antique, composé de trois grandes tables d'albâtre fleuri oriental, transparent, avec quatre colonnettes soutenant la table horizon* taie, ouvrage évident du VP siècle. — Celle forme était aussi celle de l'ancien autel majeur de Saint- Vital, contemporaia de la fondation. — Ainsi , nous voilà fixés sur le type le plus constant d'autels des V^ et VP siècles, qui régnait concurremment avec l'autel à coffre plein, et moulure en S sur le retable»

Un grand tombeau de marbre grec, avec couvercle, autrefois décoré de lames d'argent, et offrant une petite ouverture qui permettait de voir le corps de l'impératrice vêtue des habits impériaux, renfermant les dépouilles mortelles de Galla Placida; un autre tombeau orné de divers symboles chrétiens, contenant les restes d'Honorius, empererr latin, frère de Galla Placida;

un autre de Constance III, époux de Galla, et père de Valenlinien III; divers autres tombeaux incrustés dans les murs,

renfermant les cendres de Valentinien et d'Honoria, fille de Galla Placida , appellent l'attention de l'artiste. Tout le petit temple est tapissé d'immenses tables de marbres choisis , à sa partie inférieure , et de mosaïques du V® siècle, à ses portions

supérieures. — Ainsi, on le voit, quand j'ai dit que dans les basiliques byzantines, tout ce qui n'était pas marbre était

mosaïque, je n'ai pas compromis la vérité historique, et l'exemple vient confirmer le précepte. Quel que fut le plan du

temple, octogone, rectiligne, en croix grecque ou latine,

c'était toujours le même système d'ornementation. — La coupole représente un ciel étoile, avec une grande croix au centre, image du labarum : les parois offrent les Évangélistes figurés avec les symboles de la vision d'Ezéchiel, des prophètes, des colombes, le Christ Bon Pasteur, des cerfs, des troupeaux, etc.

Les arabesques et les frises en mosaïque sont d'un goût exquis. L'ancienne église métropolitaine de Ravenne a été remplacée par un édifice tout moderne, et de la vieille basilique, le campanille seul, de briques, et de forme circulaire , isolé du temple , a survécu, avec le baptistère isolé aussi. — Ce bap-

tistère du V* siècle, oITre à peu près, en petk, Fimage de

Saint- Vital, seulement un portique n'y règne pas autour de la. portion inférieure de la coupole. — C'est toujours la figure octogone , le tombeau grec, la division en deux ordres superposés. D'abord, huit colonnes de marbres divers avec chapiteaux très variés (i), et liuit arcs subdivisés en trois arca-r turcs, puis vingt-quatre colonnettes, au rang supérieur, supportant la voûte coupolaire. Tout cet édicule est tapissé de

mosaïques à fond noir, représentant Jésus-Christ au Jourdain,

saint Jean-Baptisle , les apôtres , des trônes et sièges épisco-. paux antiques; il est vêtu d'arabesques d'or à la voûte, d'in-

crustations précieuses de marbres, de porphyre, de serpentin,, de vert antique, etc. Au centre, posée sur le riche pavé en compartiments , s'élève une grande cuve octogone de marbre grec et de porphyre, avec son ambon du même marbre; elle servait au baptême par immersion. Il existe deux chapelles en

cul de four, sur les pans de Téglise et ^e suppose qu'autrefois

il y en eut quatre. Parmi les légendes écrites au dessous des représentations mosaïcales, j!al remarqué celles-ci.:

( Voir la planche n° 7. )

IBI . DE50SVIT . VESTI MENTA

MISIT . AQVAM

SVA . BT

BEATI . QVORVM . H E M I S S A E . SVNT . INIQVITATRS

ET . QVORVM . TECTA . SVNT . FECCATA

Les inscriptions byzantines ne sont pas comme celles des,

XIIP X1V*= et XV* siècles , exprimées avec des signes barbares; elles ne forcent point le monumentalisle à s'arracher les yeux pour les déchiflfrer ; toujours elles offrent la lettre

onciale, le beau caractère romain légèrement alte'ré, il est vrai,

et la langue augustale légèrement corrompue. Tout ce qui, dans le petit temple , comme dans tous ceux du règne byzantin primaire, n'était pas mosaïque, était marbre: les grandes dalles de marbre ont presque toutes disparu, et on les a remplacées par l'application de couleurs triviales, ou badigeon. Ce monument est enterré, comme Saint-Vital , par suite de l'exhaussement du sol , et son pavé représente des rosaces , des

festons , etc. On y remarque un tombeau de marbre de Paros ,

provenant d'un ancien temple, chargé de sculptures symboliques païennes, et au dessus de son comble octogone; est implantée une croix de cuivre, haute de soixante-trois centimètres, et large de quarante-huit, que je suppose du VIP siècle.

(Voir la planche n° 8.)

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