‹ Statistique monumentaire dressée dans la ville de Ravenne [microform]Chapitre 6 sur 8 · EGO · texte numérisé non relu

EGO

ET

PATER . VNVM . SVMVS

Les murs latéraux du sanctuaire, tapissés de mosaïques aussi^

laissent apercevoir saints Cosme et Damien , Jésus-Christ qui bénit d'une main, et, de l'autre, supporte le livre des évangiles, des anges sonnant de la trompette apocalyptique, etc. — Cette église avait autrefois un plan basilical magnifique: elle était à trois nefs soutenues par des colonnes de marbre

grec; il n'en reste que la irihune du Sanctuaire.

L*antique baptistère des Ariens , aujourd'hui : Oratoire de Sainte-Marie in Cosmedim^ est encore un petit octogone, bâti dans le VI* siècle , et consacré au culte catholique, quand on eut chassé les Ariens , par l'évêque saint Agnellus, qui fit orner sa voûte de mosaïques du même VI^ siècle. On remarque dans le riche pavé de marbre , un grand morceau de granit oriental que l'on croit un reste de la cuve baptismale des Ariens. La

voûte offre le Sauveur, baptisé par saint Jean-Baptiste, par immersion, dans le Jourdain, symbolisé par la figure d'un vieillard qui tient à son flanc une aiguière. L'Esprit-Saint, sous la forme d'une colombe, couronne la tête du Christ; puis, les douze apôtres, tenant chacun une couronne à la main, excepté

saint Pierre qui a les clés du paradis et saint Paul qui porte deux volumes ; puis encore un trône sacré couvert de tapis précieux, composent la mosaïque.

L'e'glise de Saint-Apollinaire nouveau, fut e'rigée, toujours

dans C« VP siècle qui est vraiment l'âge monumental de

Ravenne, par le roi Goth Théodoric qui le destinait pour

cathédrale à ses pontifes ariens» — Ce seul fait, entre mille , est caractéristique, et prouve que les Golhs n'ont jamais eu

d'architecture nationale propre, puisque voici un roi goth qui bâtit une église byzantine: que devient l'appellation d'architecture gothique?...

Ce grand monument, précédé d'un pérystile, est parallélogramme et à trois nefs. Toute la partie supérieure des murs, qui

constituent la maîtresse-nef, au dessus des cintres, est vêtue de

mosaïques les plus précieuses et de la plus haute importance pour l'histoire de Ravenne. Elles représentent sur un fond noir,

la vieille cité telle qu'elle était lors de la fondation royale; on y remarque le temple de Saint- Vital et le palais de Théodoric indiqué par le mot PAiiATivM, inscrit sur la façade. — Ce palais est si ressemblant aux restes nommés encore aujourd'hui \q palais de Théodoric^ et que j'effleurerai tout-à-l'heure, que je crois fermement à la vérité historique de la dénominationt

Le portique extérieur du palais est orné de rideaux , antique usage oriental qui s'est conservé de nos jours encore en Italie et dans le midi de la France. A droite du spectateur, sont vingtcinq figures de saints martyrs, tenant tous une couronne à la main , puis le Christ assis sur un trône parmi les anges. A gauche, en face du palais , l'on voit la ville de Classe ^ avec une perspective de la mer chargée de vaisseaux, qui annoncent le port; ensuite, une série de vingt-deux vierges,

séparées entre elles par des palmiers et d'autres arbres , tenant

toutes une couronne à la main. Rien de poétique et de pieux comme cette galerie historique de saintes; rien de suave comme le nom qu'elles portent, nom tout romain et tout musical, tel que :

SANC . PVLCHERIA, etC.

Après les vierges, vient l'adoration des mages. Le reste des

murailles jusqu'au plafond entièrement doré, représente en

mosaïques, divers Pères du vieux et du nouveau Testament éi

différents miracles opérés par Jésus-Christ. — La décoration du sanctuaire ayant été altérée et cette portion ayant perdu son caractère originel, il n'y reste de curieux que le pavé

formé de vert antique, de porphyre rouge oriental, ect.

Tout ce nionument, indépendamment de sa chaire de marbre grec, regorge de tombeaux des premiers siècles, d'inscriptions, d'ouvrages d'albâtre jaune, de porphyre, de cipolin, de marbre de Paros, de serpentin, de jaspe, de noir et de blanc

antiques, de toutes les époques, depuis l'âge d'or du ciseau grec, jusqu'à l'âge de plomb de l'art au IX® siècle. Je recommande aux observateurs la dernière chapelle obscure , à main gauche , vers le sanctuaire , sous le collatéral du côté de

l'évangile 5 là, sont réunies d'immenses richesses de détail, dont le granit oriental , le gris antique, etc. , sont la matière , derniers enfants du goût classique, ou d'un faire moins châtié, plus ou moins purs, plus ou moins corrects, débris d'édifices bâtis

par les Gentils, car la dépouille des temples païens de la plus

belle époque de l'art, se mêla toujours aux offrandes de la piété byzantine. Vous y verrez des chapiteaux mollement sculptés

dans le serpentin , comme si ce marbre n'était pas le plus compact et le plus dur des marbres. — Il faut observer aussi un vieux siège abbatial, de marbre, du X® siècle, parfaitement intact.

Cette grande basilique, pillée et brûlée par les barbares

( les traces de la fumée et du feu sont encore visibles), est loin d'offrir l'orabre de son ancienne magnificence. Parmi les mosaïques historiques dont plusieurs sont détruites, il en est une

qui donne le portrait précieux de l'empereur Justinien. —

J'avoue que cette église, malgré les ravages qu'elle a subis, a produit sur mon ame une émotion profondément religieuse, car elle est calme et grave, et elle me rappelait un temps plein de la foi la plus ardente, la plus sincère, la plus courageuse. Je me souviens avec quelle extase je voyais le ciel bleu-noir d'Italie , à travers les vitres incolores des fenêtres basilicales ;

•é'était à croire que ces fenêtres étaient munies de verres dé couleur. — Ajoutons que Saint-Apollinaire nouveau a conservé son campanillc primitif , toujours de forme circulaire, et bâti de briques.

Le temple consacre h. sainte Agathe , était une des plus anciennes églises de Ravenne; car elle fut terminée en cccc xvii. Ses trois nefs sont soutenues encore aujourd'hui par vingt colonnes de granit, de cipolin, de gris obscur antique, de marbre blanc avec tache imitant la peau de serpent ; mais elle n'a gardé de byzantin que le plan, tant sa physionomie primordiale a été dénaturée. Sur l'autel majeur, formé d'un tombeau de marbre grec, du V* siècle , et qui renferme les corps de saint Sergius, martyr, et de saint Agnellus, évêque, on remarque le

monogramme suivant :

( Voir la planche n° 9. ) SEHGIVS DIACONVS

La Rotonde est aussi un monument de la royale somptuosité de Théodoric. Destinant cet édifice à son mausolée , il envoya à Rome un architecte fameux , pour s'inspirer de la vue

du Panthéon, et le faire romain bien plus que le faire byzantin, respire dans son œuvre. Cette rotonde, construite dans le VP siècle, toute de marbres du plus grand appareil, couverte en coupole d'un seul bloc de marbre, d'un immense diamètre,

ornée de modillons h l'extérieur, offre l'austérité et la solidité romaines dans toute leur énergique et solennelle expression de durée. Elle est à deux étages , le premier , en forme de croix grecque, le second, circulaire. L'ancien dallage de marbre a disparu. Situé hors de la ville actuelle , qui était autrefois divisée en plusieurs groupes nommés classe , cet édifice présente peu de profils, et par son type tout romain, est étranger à nos études. Il existe au cimefière de Loyasse, à Lyon, un monument funéraire qui résume assez bien la Roionda

et le Panthéon, c'est celui de la famille Cautliier. Voici l'inscription qui se lit sur la frise de ce monument :

SIBI . ET . SVIS . HOC . MONVMENTVM EHEXIT . STEPIl . GAVTIER

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