‹ Statistique monumentale de la CharenteChapitre 103 sur 120 · D£ LA · texte numérisé non relu

D£ LA

Ce qui avait déterminé l'architecte du XII* siècle a ne pas porter son édilice plus loin vers l'occident, c'est que l'enceinte de l'abbaye étant de ce coté très-peu éloignée, il était naturel qu'il y eût une place devant (a porte de l'église. Le prolongement du XV siècle a pris une grande partie de cette place et l'a rendue trop petite en raison de l'importance d'un tel monument, Peut-être même la coupole de l'église en croix grecque se trouvait au centre de la coronelle où était construite l'abbaye.

Ou doit comprendre l'intérêt que j'attache à ce point de vue. Les moines de la Couronne laissant leur église inachevée à l'époque de leur puissance et de leur gloire, me paraissait un fait inexplicable. La chronique relatant minutieusement les plus légères additions laites à l'abbaye depuis la construction do l'église, Dom Vital admirant la beauté de l'édifice, faisant refaire devant la porte la chapelle de la reine, tout indiquait pour l'église un travail auquel on ne supposait pas la nécessité, la possibilité même d'une augmentation , tellement le plan primitif était convenable et satisfaisait les regards.

Ce point établi, parcourons l'édifice pour en étudier le style.

D'abord il n'a aucun point de ressemblance avec les autres églises du même siècle que nous avons déjà étudiées. Ce qui domine ici, ce sont les voûtes à nervures. Les fenêtres continuent à être en plein cintre, mais les arcs doubleaux des voûtes ont une grande tendance à l'ogive, tendance plus considérable que dans tous les autres édifices du pays, du même siècle. C'est donc le commencement de la transition. Des faisceaux de longues colonnes romanes appliquées aux murs latéraux et formant les piles centrales (seize par ebaque pile) indiquent ces mémos colonneltes du style ogival qui apparaîtront bientôt. Les nervures des voûtes sont des tores, mais très-saillants et ressortant au moyen de cavités, ce qui leur donne déjà la grâce des nervures «vidées du stylo ogival.

L'édiûce n'a point été construit par an architecte qui s'inspirât des au 1res momumenlB du pays; il a orné de feuilles les angles et bases des colonnes comme àSsinl- Germain-des-Prés et dans les édifices gothiques du Nord. Il a supprimé lesbases à toutes les colonneltes d'ornementation au dedans et au delwrs des fenêtres, et a sculpté des feuillages sur le socle carré qui les supporte, et avec lequel le fût se confond par un simplo biseau, ce qui est encore une bizarrerie qu'on ne retrouverait pointailleurs. Il a continué le système de ses devanciers, et n'a pas donné de saillie a ses contreforts. Il a conservé les demi-colonnes engagées surmontées de chapiteaux, ordinairement feuillages. Au dehors ses modillons sont nus; absence géné-

rale de symbolisme : seulement quelques monstres çà et là sur les chapiteaux. J'ai vu, il y a peu d'années, parmi les ruines, un des chapiteaux sur lequel était sculpté un abbé, tenant la crosse à la main, au milieu d'une auréole elliptique; très-probablement, le révérend Lambert, le fondateur. Ce chapiteau est précieux, il ne devrait pas être perdu.

Le genre de construction est puissant et hardi. Point de tâtonnements comme dans beaucoup dédirlces do la période précédente. Tout est construit avec une admirable solidité; les ciments sont d'une dureté extrême; on voit tous les progrès de l'art. Le XHI-sièclo n'est pas loin avec ses prodigieuses cathédrales, avec ses voûtes jetées dans les airs.

J'ai étudié avec soin les signes lapidaires ; je n'ai trouvé aucune ressemblance de ces marques avec celles des appareilleurs de nos autres monuments.

Voici ceux qui se trouvent fréquemment répétés.

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