‹ Statistique monumentale de la CharenteChapitre 2 sur 120 · PLAN DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

PLAN DE L'OUVRAGE

La statistique monumentale d'un pays est l'histoire de l'art chez un peuple aux différentes époques de sa civilisation. Celte histoire, du moment qu'elle se renferme dans les limites de l'archéologie pure, n'offre de charmes qu'à l'homme spécial qui étudie les monuments pour l'art luimême.

Pourle plus grand nomhre,elle est sans attrait, si elle ne rappelle rien de ces souvenirs qui semblent s'attacher à la pierre ciselée, en lui prêtant un langage et de la vie.

L'histoire archéologique doit donc placer a coté d'elle les scènes religieuses ou politiques dont les monuments ont été les témoins. Ce tertre arrondi ne vous paraît qu'un monticule vulgaire; mais si vous apprenez qu'il est fait de main d'homme, que c'est un souvenir de cet Orient d'où sont parties les migrations primitives, qu'une grande gloire dort peut-être là dans sa poussière,

ce tumulus prendra sa place, dans votre pensée, parmi les œuvres de l'homme destinées à transmettre le passé à de longues générations. Bientôt l'imagination vous transportera aux rivages chantés par Homère; vous venez s'élever devant vous le tombeau d'Achille, qui n'est lui-même qu'un monticule couvert de gazon.

Soit que la civilisation druidique, tout empreinte des traditions orientales, en élevant ses énormes autels de granit que le ciseau n'a point touchés, nous rappelle les autels des patriarches; soit que des murs romains viennent nous dire que la nation conquérante posa le pied sur le sol des flères populations gauloises, et marqua sa domination par^ces travaux qui ont bravé les siècles, ne trouverons-nous pas que les récils de l'histoire remuent, dans ces ruines, tout un monde qui n'est plus, et nous font assister au grand drame ■ qui s'est joué sur ce théâlre où

le rôle de l'homme est si rapide et où pourtant

11 se complaît à laisser quelques traces de son passage, comme s'il devait par là *• rendre ici bus immortel t

A des époques moins éloignées de nous, le château féodal aura ses vieilles chroniques; la silencieuse abbaye, placée sur une colliue, au milieu d'une petite théhaïde, ou abritée dans un vallon, nous dini ses époques de splendeur et do décadence; les louis îi créneaux. k?s bastions de nos villes murées auront leurs annales de lutte contre l'étranger on do désastres dans les guerres civiles. Jusqu'à nos portes, maintenant ouvertes, et aux longues avenues qui remplacent les fossés profonds, creusés aux pieds des citadelles, tout nous retrace des temps, îles nueurs, des événements dont les générations contemporaines demandera un compte (idéle à l'histoire monumentale.

On le voit donc, l'histoire est la lumière qui dore les monuments. Isolée et prise dans son sens le plus restreint, l'archéologie n'est pins qu'une étude de vues, de profils, de coupes d'architecture, laissez s'envoler les souvenirs devant l'édifice le plus majestueux, il ne reste h vos yeux que des assises entassées, des pierres fouillées par le ciseau.

Delà, par une dernière conséquence, le double travail, imposé a l'écrivain, d'esquisser d'abord h grands traits l'histoire générale d'un pays, et de grouper ensuite autour de chaque monument sa pelite histoire, souvent riche par l'intérêt des détails, quoique sans valeur pour les faits, la plupart empruntés à de vagues traditions.

Il faut le reconnaître, notre époque s'attache fortement à cette étude du passé. Les hommes laborieux, qui vont recueillant les chroniques locales, fouillant les cartulaires, secouant la poussière des archives, confrontant les dates, publiant les pièces inédites, trouvent partout encouragement et sympathie. Il y a peut-être la, pour notre patrie, un présage de bien que nous

devons recueillir avec bonheur. Ce noble mouvement portera ses fruits dans l'avenir. Nous ne lirons pas qu'il y a eu bien des grandeurs daus cette Tiédie Franre, placée depuis longtemps à la tête du monde civilisé, sans nous sentir un peu battre le cu-ur, et sans chercher à lui continuer sa prépondérance et toutes ses gloires.

L'histoire des provinces, si dédaignée depuis deux siècles, a enfin pris le rang qu'elle doit occuper dans la grande histoire nationale. On sait aujourd'hui qu'après la couqwMe, lis Francs opérèrent peu ces salutaires fusions qui assurent la durée des empires. L'unité passagère de l'Occident sous le sceptre de Charlemagne est à peine brisée, qu'on voit les nationalités disparaître, et les Gaules s'éparpiller en |>ctites monarchies sur lesquelles les rois de Paris, jadis rois des Francs ou empereurs, ne conservent plus qu'un droit de suzeraineté, frêle puissauce à des époques de force matérielle où l'on bravait les hommes derrière d'épaisses murailles.

Les écrivains, qui. au grand siècle, avaient voulu faire notre histoire, s'étaient trouvés dans un embarras, né de l'idée qu'ils s'étaient faite de la royauté. Ils assistaient aux scènes de splendeur de la monarchie absolue. Us voyaient la France une sous un roi qui avait le droit de prendre le soleil pour emblème et de dire : « L'Etat, c'est moi! «Tant de majesté fascinait les regards. Ee» provinces étaient muettes, elles aussi éblouies de l'éclat et des magnificences de Versailles.

Quand les fils de ces superbes comtes qui autrefois traitaient d'égal h égal avec les rois, ta mettaient noblement au bas des chartes leur sceau il coté du sceau royal, vendaient leurs domaines pour venir étaler a la cour leurs habits dorés, portant, comme avait dit Henri IV, leurs moulins et leurs hautes futaies sur leurs e'jtaules, qui se fiH douté que la France n'avait pas toujours été prosternée devant ses rois, et que cette silencieuse obéissance avait coûté dix siècles de luttes opi'-ialres à la royauté victorieuse?

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