CHAPITRE II
Langage. — Limite des dialectes.
Le langage suit les races. La partie est et nordest du département de la Charente étaut occupée par des peuples Lémoviqueset Pétrocoriens d'origine, parle les dialectes romans du Limousin et du Périgord. La partie ouest étant d'origine Sanlone. parle français. En sortant du bassin de la Gironde pour entrer dans celui de la Charente, on voit disparaître les dialectes méridionaux. De même que cette langue du Midi (langue d'Or), se sulidivise en autant de dialectes particuliers qu'il y a de provinces et presque do districts dans chaque province, de même la langue du Nord, le français langue d'Oi/), a ses dialectes et ses sous-dialectes.
Pour ne parler que des dialectes français dans celte partie de l'ouest, nous nommerons le haut
poitevin et le bas poitevin, l'aunision, le saintongeais et l'angoumoUin. Au XVI* siècle, les nuances entre ces différents dialectes étaient encore bien tranchées. Rabelais, dans le chapitre de Pantagruel intitulé : Comment PatUagrutt rencontre une «aii/ 1 devoyagiers retournants du payt de Lanlermit, dislingue formellement le français de Touraiue du français de Saintongc.
« Nous rallians avecques eulx, congneusmes « qu'ils estoient François Xantongeois. Devisant « et raisonnant ensemble, Pantagruel entendit, « qu'ils venoient de Lanternois *. Dont eut nou- « veau accroissement d'allégresse. Aussi eut toute
» Navire.
• CYst Ir nom que Rabehis dunne plaisamment u la Saintongo, rar allusion à la lenteur du parler tics habitants.
DE L V C
» l'assemblée mesmement, nous enquestans du « pays et meurs du peuple laoternier *. »
Corlieu est encore plus explicite en parlant du dialecte angoumoisin : « C'est la dernière des « contrées de la France du costé de la Guiene où ■ l'on parle François, ayans les natious plus loin- « laiues chacune son adioiut particulier, com- « bien que le vieil langage engomoisin ne fust par « pur frauçois : mais eust retenu beaucoup de « termes des langues voisines, priucipalementdu « Limosin *. »
Un de nos compatriotes, qui s'est livré à l'élude de la linguistique, a fait sur la langue du Çays des recherches fort curieuses. Il est parvenu à composer le dictionnaire des locutions particulières usitées dans l'Angoumois, et il est couvaincu que ces vieux mots, restés encore daus le langage du peuple, sont les débris d'un idiome primitif, formé de la langue celtique et de la langue romaine après la conquête, idiome qui n'existe plus, mais qui aurait été parlé dans le pays.
Je n'avais d'abord regardé ce travail que comme un système ingénieux, et quoique j'eusse remarqué que le français vulgaire de l'Angoumois renferme beaucoup de locutions indigènes qu'on ne retrouve pas dans nos autres provinces de langue d'oil, je m'expliquais ce fait par le voisinage des dialectes romans; mais j'étais loin d'admettre que ces mots, isolés maintenant daus notre français campagnard, eussent appartenu à un dialecte de tradition dont je n'avais pas trouvé jusquelà le moindre monument écrit.
Nos plus anciennes chartes sont en latin. Les chartes françaises, dont la date est la plus reculée, ne sont pas antérieures au X1IT siècle. Je pris, parmi les plus remarquables, le testament de Guy de Lusignan, sire de Cognac et de Merpins. Écrit par un clerc solon l'usage, il devait me
» Pantogrvtl, liv. IV, chap. 5.
* Recueil eu fonno d'histoire, page t.