‹ Statistique monumentale de la CharenteChapitre 37 sur 120 · A RENTE · texte numérisé non relu

A RENTE

donner le langage de l'Angoumois à cette époque :

a Au nom dau Père et dau Fil et dnu Saynt- « Esperit. Amen. Ge Guy de Lcsignen, sires de « Compnac, en ma sane mémoire et en ma bone « conessence, establis et ordene mon derrier teste tament et mon derrier devis en cette mauere. « Au comencement voyl et cornant quely execu- « tor de cet mien testament tyengent et reçoivent « et prcgnenl les rendes et les fruys et les issues « et les profies de ma tero. De ci que a tant que « mes amandes soyent feytes et mes deptes payées « et mes laysses aeomplies entièrement. Premie- « rement per la salu de larme mon seguor mon « père et de la moyc. je lays mil et cinc cens

« livres a la tere de outremer Encore lays a

« frère Guy de lordro daus frères menors mon « frère cent sous, tant com il vivra, a payer cha- « cun an pour ses vestures et pour ses autres be—

« soyns Et laysse a pouvres maynagiers et

■ a pouvres puccles maries pour la salu de « inarme mil livres a payer et départir par les « mayns de mes cxequtors, par enssi com il ve- « ront que sera profies a la salu de marme, de ma « tere de Compnac et de Bor et de la chatelanie « de mon demeyne et de ma tere de Merpins et

« de la chatelanie de mon demeyne Encore

« voyl et cornant que mis héritages et mi bien « tuyt viengent et relorgent a mon sire Hugues « lou brun mon chier nevou, comte de la Marche « et de Engolemc seignor de Fougères 1 »

En comparant ce document aux monuments nombreux de la langue française à la même époque, je trouvai qu'il avait avec eux une analogie frappante. J'étais surpris de ne rien voir de ce vieil langage engomoisin. Enûu j'eus le bonheur de découvrir aux archives du royaume une charte

1 Testament dcGuy de Lusignan, sire de Cognac, charte de «81, scellée de neuf sceaux. Archives du roy. carton J.«70, n* 19. ( Voy. le sceau de Guy, planche IV des sceaux, n* 18.)

du XIII* siècle qui fit cesser mes incertitudes. C'est l'aveu que font au comte d'Angoulême Landry de Vilhonneur et Hcrmengiarde de Saint- André sa femme , de tout ce qu'ils possèdent à Angouléme et aux environs. Ils exceptent de leur hommage leur maison de ville dont ils donnent la confrontation, ce qui indique ou qu'elle relevait d'un autre fief ou qu'étant comprise dans la ville, elle participait a des franchises de commune et n'était pas dans la dépendance du comte. Mon problème était résolu ; j'avais trouvé ce dialecte qui formait transition entre celui du Nord et celui du Midi.

C'est un langage hybride qui conserve les désinences accentuées du romau, niais qui prend l'allure plus dégagée du français. Plusieurs mots latins s'y trouvent conservés : talus, amor, villa honor, nos, vos. L'a muet, terminaison de la plupart des mots des dialectes du Midi, n'est pas encore changé pour IV muet. Les traces de l'influence romane sont visibles :

« A lus ceals qui hycetes letres veyront ne

« A tous ceux qui ces lettres verront et

« orront, Landrix de Yila honor chevaliers e

« entendront, Landry do Villioiineur, chevalier et

« Hcrmengiarde de Saint-André, sa fema salus

" Hcrmengiarde de Saint-André, sa femme, salut

« c amor. Nos vos fazoui a savoer que nos avom « et amour. Nous vous faisons savoir que nous avons « et tenom de nostre sire le comte de Engo- » et tenons de noire aire le comte d'Angou- « lesma tôt tant que nos avom et tenom on la >• lèmo tout ce que nous avons et tenons en la « vila de Angolesma c denviron, san nostres u ville d'Angoulême et aux environs, excepté noire « meysons en que nos estom. Ce est asavoer «■ maison dans laquelle nous sommes. Cesl à savoir « des la mcyson Johan le Faura enduche a la

« depuis la maison de Jean le Faure jusqu'à la

« meyson Peyra de Lohent. Et urnom e avom « maison de Pérotlc de Lohent. Bt nous tenons et avons « deu davant dich comte tôt tant que nos avom « du susdit comte tout ce que nous avons h e tenom des Engolesma duché que a saint « et tenons depuis Angouleme jusqu'à saint

ONUMENTALE

« Geneys de las Molieres. E tôt tant que nos

« Genys des Molièrcs. Et tout ce que nous

« tenom o avom des Narsac enduche a Engo- « tenons et avons depuis Narsac jusqu'à Angou- « lesma, a homanage plan e cinq sous de achapt.

« lême, A hommage plein et cinq sous d'achatement. « E por quoy ce sia plus ferme c plus estant, nos o Et pour que ce soit plus ferme et plus durable, nous

« avom doue a mon sire le comte de Engolesma

« avons doDué à mon sire le comte d'Angoulême « hycetes presenz letres selchees de nostres

« ces présentes lettres scellées de notre

« sehal. E ce fu done le samadi davant le mey « sceau. Et ce fut donné le samedi avant la mi- <- quaresma en lencarnacion de nostre Segnhor

« carême de l'Incarnation de notre Seigneur « mil e dous cens e septante anz »

• l'an mil et deux cent et soixante et dix. »

Cette première découverte était pour moi du plus haut intérêt. Je poursuivis mes recherches et je trouvai dans un des cartulaires de l'abbaye de Saiut-Cybard une charte où l'influence romane était encore plus prononcée. Les Rampnou do Narsac confirment la vente faite à Rampnou Masoicr du quart de la cllme du mas de Vcrlene, à Saiut-Médard, près de Barbezicux :

a A tous ceus qui verrait equesta charta,

« A lous ceux qui verront celle charte,

« Aruauz Rampnou de Narccac et Rampnou de » Arrwiud Rampnou de Narsac et Rampnou de « Narecac, soz faira, saluz et paz, Nos vos fazcm

« Narsac, son frère, salut et paix. Nous vous faisons

« assaber que Arnauz Masoyers de Yerlena, filli

• savoir que Arnaud Masoyer de Vcrlene, fils « deu Rampnou Masoyer qui fut, ha et te et « de Rampnou Masoyer défunt, a et tient et « deven teuir eu et ssues her durablament de

• doit tenir lui et ses hoirs à toujours de « nos et de nostres berz la quarta part de la « nous et de nos hoirs le quart de la

1 Archives du royaume. Aveux du comté d'Angoulême, vol. 1, cote 212. — Dans un acte de cession passé en latin Tannée suivante, 1271 , Landry est nommé Landriciu de Villa honoris et sa femme Ermmgardii d» sancto Andréa ( même volume).

diema dcu mas de Y«rl<>na eu la parrosi de dlme du mas de Verkaio daas la paroisse de Saoht-Méart, ha sieis deniers dobliez que eu Sainl-Médard, à six deniers d'oblies que lui et ssues ber deven redra durablement a nos et el ses hoirs doivent rendre à toujours à nous et a nostrez berz a chaqua an diuz loptava de la

i nos hoirs chaque année dans l'octave do la

festa de Sanht-Micheu, et fazem assaber que

fôle de Saint-Michel; et noua faisons savoir que

nos avem outreiat et conformât durablament ou doua avons accordé ot confirmé à toujours au diçh Arnaut Masoyer la venda que en * Peira dit Arnaud Masoyer la vente que Pérelte de Yibrac, nostra serorgez, fît ou dicb

de Vibrac, notre belle-sœur, fit au dit

Rampnou Masoyer qui fut, de la quarta part Rampnou Masoyer défunt, du quart de la dieba diema et navem agut et receubut de ladite dlme et avons eu et reçu bt venda et loutrei et los dreeburages que nos la vente, les lois el les droit» que nous deviam aver de la veuda de la dicha diema, et devions avoir de la vente de ladite dlme, et avem promez ou dich Arnaut Masoyer agarir avons promis audit Arnaud Masoyer garantir

: durablament eissy cuni drechz ez la quarta part à toujours ainsi que droit est le quart

i de la dioba diema. En testimoni de vertat nos de ladite dlme En témoignage de vérité nous

i lea avem donat equesta ebartra seilada deu seu

lui avons donné celle charte scellée du scel

« En Peira pour Peira, Pérelte, et plus bas en Robbert pour Robert. Cette particule euphonique en placée avant les noms propres est ires-remarquable dans ce dialecte. Elle a pour analogue dans le roman du Midi la particule na. On trouve de celle-ci des exemples sans nombre dans les poésies des troubadours. Ainsi dans les sirvcnlcs de Bertrand de Boni, Tlsbars, dame de Montausier, de Cbalais et de Berberil, est appelée na Tisbars. M». Sainte- Palaye, extrait des Point* des troukwiourt, tom i et i.

La particule en est encore usitée aujourd'hui, dans le langage du peuple, avant les noms de lieu : Je voit à en Veuil, pour : je vais a Veuil. Engigtt pour Giget, bourg au midi d'Angouléme, se trouve dans les vieilles chartes : « De Vaotio et Angiatto. * Charte de 1273, liasse 11 400, archives du département de la Charente.

« mossenborenRobberl, ondrablaabatdeSai.lit-

« de monseigneur Robert, vénérable abbé de Sainl- « Chibart Deugolesma, decui senboria noz

« Cybard d'Angouléme, de la seigneurie duquel nous

« avem et tenem lo drechurage que nos avem

« avons et tenons le droit que nous avons « sobra la diecha diema. Loquauz diebz abbaz i

• sur ladite dlme. Lequel dit al>l>é a

« pouset son seu a la noslra preieri san son « posé son sccl h notre prière sauf son « dreeburage et sa senboria et loutrui drecb. « droit et sa seigneurie et lo droit d'aulrui. a Eycco fut facb lau de lcncarnacio Jbuz Crist

• Ce fut fait l'an de l'Incarnation de Jésus-Christ « mil et dos cens et seyssanta, lo dielus avant « mil deux cent soixante, le lundi avant « la festa de tos sanhz 1 . »

• la fèie de la Toussaint. »

Il fallait conclure de ces deux chartes qu'au XIII e siècle, dans l'Angoumois, à Angouléme, a Narsac, en deçà des limites actuelles des langues romanes, un dialecte de transition avait été la langue dominante*.

> Archives du département de la Charente, liasse H 338, cartulaire BBB de S. Cybard, n"4t.

> Pour mettre le lecteur à même de comparer notre vieux langage avec celui des poésie» des troubadours, je citera deux stances d'un sirvente de Bertrand de Born. Ce sirvente fut fait à l'occasion de la paix conclue entre Richard, roi d'Angleterre, et Philippe, roi de France. Les deux armées, campées sur les bonis de la Sèvrc, près de Niort, étaient sur le point d'en venir aux mains, lorsque les évéques, s'élaot mis entre les deux rois, ménagèrent une paix de dix ans. Soit intérêt, soit opposition contre le Nord, les Limousins, les Poitevins, les Sainiongeais, les Périgourdins, étaient dans l'armée anglaise. Tous les barons furent affligés de cette paix. Bertrand de Born fil un sirvente pour rallumer la guerre:

Twmiml—a far taintr-Falarr.

a fat U baroa mm irait lo» fna i*uiaqi»c le* turMii mmj l fictif» ie

• PaqattU paxam a* /ailatiJnf rry, La paix ont la déni rt>» ont lulc. « raraickaoMUlamiauanJtrapma jecsmpoicraiuoecliaeMiiqai, loro-

• 4 f aadaam i«a fart aat amrrtj ; qu'un l'aura appriae, doaacra i an . F. «on i\ M nVI rtj qm'tm /mit ettry eltacun riaiaalieorxde recomaieacer « Oethenùtf* ttatuperia ton drtj la çuam. Il n'y a point itc ranoa

• Trr't itmanAa qat/ai na evam atta. an an ni d«pouilM mie ta pjii <t

laîaK perdre are droit» Ma» I» défendre, jusqu'à « qu'il ail r»»B»«»

raajelda ladeiaiade-

« Ad mMu In kam aat «vain* 0* la regarde leai deu ce m ne

La lecture des poésies des troubadours ne laissa plus le moindre doute dans mon esprit sur l'existence de ce vieil langage. Je vis clairement que la langue romane avait été la langue noble, la langue du bon ton du monde féodal ; c'était celle des seigneurs et des châtelaines. Je trouvai qu'à l'époque où les institutions de la chevalerie étaient dans tout leur éclat, l' Angoumois avait ses cours d'amour, ses. court du J'uy, rendez-vous brillant des gentilshommes, des dames, des poêles du temps. Tous les vers qui s'y chantaient étaient en langue romane. Les dames qui Tonnaient le jury de ces assises galantes, de retour dans la solitude des castels , chantaient ces poésies gracieuses.

Nous avons encore les sirventes romans de Richard deBarbezicux, notre troubadour, « pau- « vrc vavasseur, dit le manuscrit traduit par m Sainte-Palaye, mais bon chevalier d'armes et « do belle ûgure, qui chantait bien, faisait de « bons vers et de jolies chansons '. » Guillaume, comte de Poitiers, écrivait aussi ses vers en lanpio, romane; et l'on sait la prodigieuse puissance des chants de Bertrand de Boni qui, de son château d' Haut «fort, remuait une noblesse ardente ne .wspirjintque.les combats. Les paroles du Tyrtée dû; Midi volaient de donjon en donjon et soule- 'vaienl.lc Quçrçy, lePérigord, l'Angoumois, le Poitou , la Bretagne et toute cette (îaule méridionale qui s étendait jusqu'à la Loire.

-'Comment concevoir le succès de ceschants, si la langue tlans laquelle ils son t. publiés n'eût pas • :: i rtt >. •> :.r ...l & «> :s : ;r l -:r.

• <lu<ârén fmjJtinjwx i lui inntey. îles IJtrWt ll'.tviMr f*il un A/eoenmo- « t'ttii Jtiiyititrs «i lit r&*»n* fnMmf\a, iji-titrol qui «lr -hnonre l'un et l'jil Ire.

• 17 .Mi • t>iuhlti «in» «rfitr II trry, Ll coilfoaiM Ar r'raltcc a citvj • llKht* m K i/r \inrt prtl fa rrn.t * Vetfitrj; tt perd imi* Comte*, la «tuf? rt

• /: fWnin rvaitan pm i mtëier, lit cru. rt |"i ip-tri^l J c y toit j cl te « F. t ntaotim e /* flrrru f n^tmeia. • OiMty't itrowtorr h 1.1 mprii H <îant

M. r>ii«nou;ir<l, r«*W« itei tm»lm- ropprf^iofl île m^mn | N Jtcc- Jm,r,, trnnr IV, page i;o. U t »e tt l'Anptnimju.

M.. Sainlu-C..!»,-, clln.l ,1 i f..,- .ici de, truHUJtotr, , uto. I cl ll , lutte, A <l 11.

1 Ms. Sainle-Palaye, extrait des Boètiet det troubadours, lom.VIIel Vnt, h tire ll.

IU.>1 Mfc.'M Al.h

été la langue des populations que le fougueux troubadour appelait aux armes?

Toutefois cet idiome vacillant trahit son origine ; on voit qu'il cherche à se fixer. Langago de transition, il mourra et fera place au français moderne. Dans la lutte des deux langues, celle du Nord sera victorieuse ; mais celle du Midi sera inviolablement conservée par les peuples voisins qui nous sont antipathiques de raee, de génie r d'habitudes. . . .

Les fragments d'Élio Vinet 1 , de François Corlieu , d'André Thevet, qui se trouvent dans cet ouvrage, indiqueront l'état du langage air XVI* siècle. Ce style, qui a vieilli, est néanmoins plein de grâce : il donne,- surtout aux chroniques, une naïveté de description dont le charme nous attache. A part quelques locutions particulières au pays, surtout dans Élie Vinet, on voit que le style de nos écrivains d' Angoumois est le môme que celui des auteurs du temps.

Je pourrais donner dé nombreux monuments de la langue romane parlée dans l'est du département. Les cartulaires périgourdins renferment une foule de chartes écrites au moyen âge dans la langue vulgaire *. Je citerai seulement un passage du registre de comptes intitulé : Recettes de la f revête d'Aubeterre de l'an mil trois cent cinquante et un. Cette citation renferme- un document historique; elle nous apprend que la guerre et la mortalité arrêtaient la perception des revenus du comté d'Angoulème :

1 Êlie. Vinet, un des commentateurs les plus féconds du XVI* sitVln, nous a laisse des recherches sur les antiquité* de la Guyenne! Jh donnerai la description qu'il a faite de Barliczieux . II était né au village des Planches, paroisse «ic Saint-Méard(Saint : M< l dar<l),sur lHnMère du Né, en ladul- U llenicdcBarbMieux. II raconte lui-même comment du petit village OÙ il avait premièrement reu te soleil, il s'était trantporte' à liarbezieus, ailé et venu cent mille foi* }wur savoir quelque petite choie. (Antiquités de Saintes et Barl*zieus, N« Oi).

« Les plus belles que j'ai vues sont dans les archives de la maison de Bourdtille, famille ancienne qui a donné aux lettres le célèbre Brantôme.

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