IV. Histoire des monuments
Histoire générale des mouuments : Histoire de l'art aux différentes époques; art indigène; souvenir de l'art oriental; églises à coupoles ; règles de l'architectonique au moyeu âge; écoles particulières ; avenir de l'architecture.
Histoire particulière des monuments : Période celtique, ses monuments; période romaine, ses monuments; période romane et période ogivale, leurs mouuments. religieux et féodaux; période de la Renaissance, ses monuments religieux, féodaux et civils; période moderne, ses monuments religieux et civils.
Tel est le cadre que j'ai à remplir. Toutefois l'histoire des monuments en occupera la plus grande partie. Je ne considérerai l'histoire du sol. des hommes et des faits que dans ses rapports avec celle des monuments.
Mon travail perdrait son unité si j'agglomérais sans but toutes nos richesses historiques. Ce vo- . trop restreint pour l'élude des édiOces
qui servent de périmètre à ce bassin ; le fleuve et que possède l'Augoumois, ne suffirait pas au déles affluents qui l' arrosent; les zones des roches veloppemeot des faits conservés par nos anqu'on peut regarder <
12 STATISTIQI'E MONUMENTALE
Celte contrée monumentale n'avait jamais été de ce qui fut grand autrefois dans le monde et
explorée ; pourtant elle est digne de toute l'atten- des hommes avec une injuste défiance d'une ère
lion des archéologues. nouvelle, dans laquelle tous les enfants de la
Si l'époque romaine ne nous a pas laissé, mére commune ne pourront être heureux qu'en comme ailleurs, des ponts, des aqueducs, des se serrant la main comme des frères, amphithéâtres, le moyen âge nous a légué, en Chaque siècle a son auréole de gloire; pourcompensation, une foule de monuments. Les uns quoi le méconnaître? Le mouvement social a sont debout, conservant encore toute leur frai- changé; les masses ont gagné en bien-être; elle» cheur, comme s ils n'étaient que d'hier; d'autres, n'ont plus à trembler, chaque jour, dans la mutilés par le fer, noircis par la flamme, gardent crainte de ces terribles invasions qui ne respecdes pans de murailles qui s'inclinent, des arceaux taient pas même la vie d'hommes faibles et qui s'entr'ouvrunt. Parés de verdure à chaquo désarmés.
printemps, ils semblent rajeunir sur ce manteau Mais ne soyons pas ingrats envers des institu-
de fleurs, pour ne pas nous attrister de l'aspect do tions qui sauvèrent l'ordre social. La féodalité
leurs ruines. Debout ou à demi écroulés, tous ces protégea les peuples comme les nourrices allai—
vénérables restes des âges ont droit à notre inté- tent les enfants et veillent sur eux pendant qu'ils
rèt. a notre amour. grandissent. Plus on s'éloigne de l'âge féodal,
L'Angoumois est surtout la terre classique des plus les hommes émancipés s'effraient d'une églises à coupoles et des façades à sculptures époque où la tutelle était rude, parce que la prosymboliques. La longue traînée orientale qui tection reposait sur le droit illimité de la force, nous a porté sa lumière au moyen âge ne s'est Ils ont peur qu'on leur redonne des langes et arrêtée qu'à l'Océan. Elle a tracé, au milieu de qu'on les étende encore dans leur berceau, la France, comme une zone archéologique dont Nous avons cru que, pour échapper à jamais on ne retrouve plus les types ni au nord ni au aux dangers d'une semblable tutelle, il fallait midi : singulier phénomène de l'art qui jette lés démolir les vieux édifices, abattre leurs terribles monuments à tels degrés de latitude, de même créneaux, briser des écussons, combler des fosque la nature sème sur la terre des fleurs qui ont sés, niveler les hautes tourelles. Notre frayeur est besoin de soleils différents pour éclore! puérile; néanmoins elle explique notre vanda-
Ce livre est l'œuvre d'une plume indépen- lisme contre les monuments qui couvraient le sol
dante. I n écrivain parle de trop haut pour que de la France; nous nous rassurons contre le
des considérations privées lui puissent permettre passé, lorsque nous eu mutilons l'image comme
d'atténuer les hommages ou le blâme de l'his- les enfants qui jettent au feu les verges qui les
loire. Je sais ce qu'il a à gagner en faisant taire ont frappés.
ses convictions, mais je sais aussi ce qu'il perd Et nous aussi, vos contemporains, hommes de
dans l'appréciation de ses contemporains et de la la France nouvelle, nous ne voulons pas vous
postérité. ramener au temps des Taillefers et des Lusi-
J'aime le passé parce qu'il a fait de grandes gnans. Quand il n'y a plus qu'une nation des
choses; j'aime mon siècle parce qu'il est l'aurore Pyrénées au Rhin, «les Alpes à l'Océan, nous ne
d'un bel aveuir social. A l'exemple des Sabines, demandons pas que vous reveniez aux institu-
qui se jetèrent entre leurs pères et leurs époux, tions des vieux âges. Mais nous vous demandons,
je voudrais qu'il n'y eût pas en France deux à deux genoux, de ne plus mutiler les saintes
camps et deux patries; des hommes avec la haine images de nos pères, les pierres vénérables que
le ciseau a sculptées, de ne plus rien abattre de épée qui vous a valu de la gloire, lorsque vous
ces tours féodales qui furent tant de fois l'asile accompagniez le conquérant dos temps modernes
du pauvre peuple contre le Normand farouche, dans ses courses victorieuses, à travers l'Europe
contre l'Anglais envahisseur. Ces écussons sur tremblante? Songez qu'il est des petits -fils dont
lesquels votre œil ne sait plus lire l'emblème do les aïeux allèrent, avec un saint qui fut aussi un
la vaillance, dont vous ne reconnaissez pus les grand homme, combattre noblement dans les
couleurs, ne les touchez jamais avec le marteau; champs égyptiens où vous fîtes peut-être vos
ils sont innocents des malheurs passés; nous premières armes. Cet héritage date de six siècles;
les aimons comme des souvenirs. Tout cela est laissez-le à ces familles qui ont raison d'en être
aujourd'hui l'héritage de la France. fières, comme d'un encouragement à la vertu et
Qui oserait, un jour, ôter à vos fils la vieille à l'honneur!