‹ Statistique monumentale de la CharenteChapitre 5 sur 120 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

principal de la Charente. — Câlines. — Fluuve et ses affluents. —

-Forêts.

Le voyageur qui, partant dus bords de l'Océan Atlantique, en face de la pointe sud de l'Ile d 0leron, suivrait la crête des collines qui forment le bassin de la Charente et le séparent de ceux de la Seudre, de la Dordogne, de la Vienne et de la Sèvre, verrait d'abord en avançant sur le continent, prés de Marennes, une ondulation peu sensible de terrains s'élevaut vers Mirambeau et Montlieu, dans une direction parallèle a la Gironde. A Montlieu cette ligne se brise tout à coup; elle se rend à Test par une suite de collines jusqu'à Chai us, centre de jonction des chaînes qui séparent les trois bassins de la Dordogne, de la Vienne et de la Charente. De ce point culminant, la ligne de disjonction se dirige au nord vers Civray, et se recourbant vers Melle, descend par une pente insensible du côté de Surgères, jusqu'à ce qu'elle aille se perdre au bord de la mer, vis-a vis de l'Ile d'Aix. Le voyageur

qui aurait parcouru ce périmètre pourrait se le figurer 1 comme un lozange à contours sinueux dont les angles aigus seraient l'embouchure de la Charente, à l'ouest, et les hauteurs de Chalus, à l'est; et dont les angles obtus seraient, au nord, le plateau de Melle, et au sud les hauteurs de Montlieu.

La pente générale du bassin est du nord-ouest à l'est, et les collines sont la dernière ramillcation des montagnes du Limousin qui se joigneut au système central des pics du Puy-de-Dôme, du mont d'Or et du Cantal.

Le plateau sur lequel Angoulème est b&ti n'est point, comme on se le figure, une des collines élevées du pays. Il se trouve au niveau moyen du sol, étant dominé à l'est par le Puy Sainte- Catherine, dont il n'est lui-même qu'un prolon-

* Voir, a la fin du volume, la carte monumentale de la

Cliarcnte.

STATISTIQUE MONtMKN

geruent. Il doit son aspect de montagne à la d»'" pression du vallon où coule ia Charente, et à la pente très-abrupte de ses flancs qui l'isole lotit à coup de la basse plaine. La plupart des autres collines, ramifiées à la grande chaîne qui sépare le tassm de la Charente de celui de la Dordognc, présentent le même aspect : ce sont des roches saillantes, élevées à pic, décharnées par le battement des Rots à des époques géologiques inconnues.

La vallée la plus profonde du bassin que je viens de décrire est arrosée par la Charente qui, sous Angoulème , est d'un tiers moins grande qne la Seine à Paris «. Mais si la Charente, par son volume, ne peut être comparée aux grands fleuves, ello l'emporte sur tous par la belle transparence de ses eaux, rarement troublées pendant des mois entiers. Elle offre une des plus riches flores fluviatiles de la France. Sans citer les nymphéas qui aiment les lieux profonds où l'eau a peu de cours et qui les tapissent de leurs larges feuilles en cœur, et de leurs corolles flottantes, le damasonium, la ménianthe, l'épilobe et une foule d'autres plantes décorent ses rivages. En beaucoup d'endroits même, son lit entier est couvert d'une végétation dont la teinte sombre contraste avec la limpidité de ses eaux. Rien n'est gracieux comme le cours de ce petit fleuve qu'Henri IV appelait le plu» beau ruisseau de son royaume. Dans ses détours, il semble prendre plaisir à s'égarer longtemps dans la délicieuse contrée qu'il traverse, et à former à souhait des nappes d'eau qu'on dirait ménagées par l'art et alimentées par d'abondantes

1 Quelques écrivains ont voulu douter que la Charente , appelée Carantonut par le poêle Ausone, au quatrième siècle, soil le h'menulus de pioténuV. Ils donnent pour raison que ce géographe place ce fleuve au i"', *$, ce qui porterait l'embouchure de la Charente aux cotes du Bas-Poitou , visa-vis de Me de Noirmoiiliors. Mais il faut remarquer que Plolcmée ne donne souvent à beaucoup de lieux que des positions approximatives. Il n'y a pas d'ailleurs d'autre tlenve important enlro la Loire et la Gironde , auquel on puisse appliquer ce nom de A"«wn*«l<M.

fontaines. Depuis Yerteuil jusqu'aux limites du département, il offre une suite variée de paysages. Je mentionnerai Mansle et ses environs; Vars, domaine des évéques d' Angoulème au moyen âge; Balzac, qui adouué son nom au réformateur de la langue française; Chàteauneuf: Bassac, riche abbaye; Saiut-Brice, où le Béarnais résista aux artificieuses caresses de Catherine de Médicis; Cognac, berceau de François I"; Merpins, placé à la frontière de la province avec son camp romain ut sa motte féodale, double souvonir de deux grandes époques historiques.

Les affluents de la Charente sont nombreux et ont dû, a des époques reculées, lui apporter des masses d'eaux considérables ; mais, depuis que les colliues ont été dépouillées des bois qui les couronnaient, les rivières ont subi une notable diminution.

Les principales sont, sur la rive gauche : l'Àrgent-or, le Son, laBonnieore grossie de la Tardouère et du Bandiat. l'Argence, la Touvro , l'Anguienne, les Eaux-Claires, la Chatrau, la Boësne ou Boësmc, le Né et la Seugne. Sur la rive droite : le Transon, le Lien, l'Houme, l'Auge, la Nouère, la Soloire, l'Antenne et la Boutonue.

Les rivières dont les eaux donnent le beau papier de l'Angoumois : la ïouvre, les Eaux- Claires, la Char rau, la Bohème ont cela de remarquable que leur source et leur cours sont renfermés dans la zone des terrains calcaires.

Trois rivières présentent ce phénomène, qu'elles n'arrivent à leur jouction avec la Charente qu'aux époques des plus grandes pluies. Pendant plus de neuf mois de l'anuée, elles se perdent dans des gouffres profonds, et leurs eaux ne ressorte tH qu'à des distances très-éloignées des lits souterrains qu'elles se sont creusés.

La Péruse, qui prend sa source au nord au delà de Sauzé-Vaussais, se perd à Saint-Martiudu-Clocher, et ne va reparaître qu'à Ruffec, où elle change son nom en celui de Lien.

La Tardouère et le Bandiat sont très-considé-

rablcs et parcourent une grande étendue de pays. Les gouffres qui les absorbent sont formés de roches irrégulières, entassées pêle-mêle.

Lorsque les eaux ont détrempé les couches de limon qui couvrent ces rochers, elles les entraînent et se font jour comme à travers un crible jusqu'à ce qu'elles aient rempli des réservoirs souterrains.

Ces gouffres méritent d'être visités. Le plus effrayant est celui de Chez-Robi, au-dessus du pont d<' la Bécasse. C'est un large entonnoir capable d'engloutir, en cet endroit, toute la rivière si on ne la retenait, par une digue qui prolonge encore longtemps son cours.

Toutes ces eaux souterraines ont un dégagement commu n . El les sedé versen t dans un ruisseau qui prend sa source au Puy de Dignac. Ce petit cours d'eau n'a par lui-même, aucune importance. Mais comme il coule dans une vallée parallèle a celles de la Tardouèrc et du Bandiat, l'inclinaison générale du bassin y porte naturellement les eaux. Dans cette direction, elles s'échappent par une large et majestueuse fontaine qui a gardé son surnom celtique de Touvre.

(7b//, gouffre dont les Latins ont fait Tolvcra.) C'est la merveille de notre pays et de tout l'ouest de la France. Sortie tout à coup d'uuc colline escarpée, elle s'étend ensuite en une nappe immense, suit le lit paisible qu'elle s'est tracé, et va bientôt se joindre a la Charente. Tout est enchantement sur cette rivière improvisée par la nature. Nos ancêtres, en répétant qu'elle était lardée d'anguilles, bordée d'écrevisses, pavée de truites et couverte de cygnes, avaient exprimé par ce proverbe leur admiration pour ce réservoir qui pourvoyait si abondamment au luxe de leur table. On aime à remonter en canot jusqu a la source, à retenir la petite nacelle sur la surface de cet abîme dont l'œil ne petit sonder la profondeur, et à redescendre ensuite en se laissant guider par le courant, et en troublant dans les roseaux les nombreuses peuplades

d'oiseaux aquatiques qui y déposent leurs nids.

Son cours large, peu profond, ne débordant jamais, est rarement troublé, si ce n'est aux époques des débordements de la Tardouère et du Bandiat qui l'alimentent.

Le Né et la Boutonne parcourent deux larges bassins secondaires et arrosent un pays trèsfertile.

La Boutonne appartient au département de la Charente-Inférieure.

Le Né est sujet à de fréquents débordements, en raison de la faible pente de son lit, au point de sa jonction avec la Charente Aussi se partage-t-il en plusieurs branches.

Le département de la Charente occupe toute la partie haute du bassin dont je viens de donner la topographie. De plus il s'étend, au nord-est, sur une portion du bassin de la Vienne et, à l'est et au sud, sur les rives droites de la Lizonne et de la Dronne.

La Vienne entre dans le département au-dessous de Saint-Juniec, et en sort auprès d' A vailles, petite ville du Poitou. Elle a dans toute cette partie de son cours, qui est fort rapide, une largeur considérable ; et souvent son lit bordé de collines ù pic laisse voir d'énormes roches de granit sur lesquelles se brise le courant. Deux rivières dans cette partie du déparlement, arrosent les deux bassins secondaires qui forment la partie uord-est de l'arrondissement de Confolcns, l'issoire, grossi de la Marchadène et la Goire,

1 Un canal central qui couperait le large vallon que le Né parcourt, donnerait aux eaux leur pente naturelle et rendrait à l'agriculture de Mies prairies qui souvent ne sont que des marais.

Le même bienfait serait surtout nécessaire à la rivière des Goures, dans le canton d'Aigre. D'immenses marais, d'où se dégagent des exhalaisons méphitiques, pourraient élro facilemenl desséchés et se changer en terrvs arables d'une excellente qualité. Muis le mauvais vouloir des uns, l'indolence îles autres, la routine de tous, font qu'on se contente du produit médiocre de ces marais. Les plantes qu'on en relire, appelées roitthts (genre Iris), sont employées en litières dans les exploitations rurales.

qui se jette dans la Vienne a Confolens. Ce pays a un tout autre aspect que l'Angoumois proprement dit. Vous êtes là sur un sol élevé, dans les terrains de grèset de granit ; vous foulez des terres argileuses et froides; d'innombrables ruisseaux tombent des flancs abruptes des coteaux, souvent même en profondes cascades. Les rivières sont quelquefois encaissées entre des collines d'un aspect sévère. Vous êtes dans un autre climat et la nature n'est pas la même à vos regards. La vigne aime peu ce sol granitique; le maïs n'y balance pas ses longues étamines en panacbe.

Mais ce bassin rude et sauvage a des aspects délicieux pour le paysagiste. Des accidents de terrain rappellent les plus beaux sites du Limousin et de la Suisse. Saint-Germain-sur- Vienne est surtout remarquable par son château féodal en ruines, dont les larges tours ébréebées, déchirant les lignes du ciel à l'horizon, projettent leur ombre sur des collines à pic revêtues d'une sombre verdure. On aime cette vue de ruines à côté des gigantesques monuments de la nature.

Le département est limité au sud et au sudouest par la Lizonne et par la Dronne. Le versant de leurs bassius présente un aspect analogue à celui de la Charente. Il y a là de belles et riches coutrées. Les sites les plus pittoresques sont La Vallette, Aubeterre et leurs environs *.

* Le bon Corlieu décrit ainsi l'Angoumois, au XVI* siècle:

« Je n'obliray de dire d'Engolesme que le terrier sur lequel elle est bastie est tellement plain d'eau, que oultre vn bon nombre de puits qui sont en la Ville, il est encorcs arrozé par le pié d'vn nombre inflny de Fontaines, Comme aussi est presque tout le reste du paîs, lequel peut contenir vingt lieues de longueur, à les prendre de l'Orient au Poncnt, et seize de largeur (non partout) mais en quelques endroits, comme les pais adiacents entrent en iceluy plus ou moins, tellement qu'il est de fort petite estendue, toutes fois bon au resto et fertil de tout ce que l'homme peut raisonnablement désirer pour le plaisir et nécessité de la vie. Que s'il se trouue quelques contrées plus maigres que les autres, elles ne laissent pourtant d'apporter fruict à leurs maistre», les vncs de vins exoellens aucunes de Saffran, et les autres de mines de Fer.

Je ne dois pas omettre, dans ces détails hydrographiques, les eaux minérales du département. Les seules qui aient de l'importance sont celles d' A vailles 1 ctdeCondéon.

Les eaux d' A vailles, situées dans la commune d'Abzac, furent découvertes en 1623; elles n'ont été abandonnées que vers la fin du siècle dernier ; le manque de communications faciles en a été probablement la cause ; cependant, au rapport des hommes de l'art, elles possèdent d'excellentes propriétés médicales.

Les eaux de Coudéon (la Font Rouillée) sont ferrugineuses et contiennent de l'acide sulfhydrique. Il serait à désirer qu'on en fit l'analyse.

L'Angoumois possédait autrefois de magnifiques forêts qui n'ont plus aujourd'hui ni la môme étendue ni la même valeur. Les plus importantes étaient celles de la Braconne , de Bois- Blanc, de Saint-Amand-de-Boixe, de Marange,

il n'est ne du tout plat, ne grandement monlagncux. ains enlremeslé presque partout de planures et collines qui rendent toc variété fort délectable, et non moindre proflit. d'autant que oultre l'espace de la terre qui double par telles Collines, on peut vcoir les vallées plaines de bleds ou de ruisseaux et fontaines, les prci ioignant les ruisseaux, les bois et taillis aux pendants des terriers, et les vignobles sur le sommet J'iceux. De sorte que presque partout vous rencontrez d'vtte mesme veûc tout ce qu'ailleurs il se trouue de beau en vne bien grande eslendue de terre.

Au co?ur et milieu du pals, comme principal de la Prouince est la ville d'Engolcsme, siëgo Épisoopal et de la justice Rolalle, située en lieu aspre et rude, circule de Rochers, et mal accessible de toutes parts. D'vn coslé elle a la forest de Braconne, renommée en tout ce Royaume, qui contient de quatre a cinq lieùcs de longueur. D'autre costé deux plaisans buissons ou guaraincs qui donnent iusques dedans les fauxbourgs de la ville. A son liane, passe la Charantc, fleuue entre les premiers de la Guïenne, lequel prenant son origine, sur les nuages du pals, l'arrose tant qu'il est long, faisant partout où il passe la contrée merueilleusemcnt fertile et de bien belles ol grandes prairies. Et enfin après s'estre assez esbatu par le paîs, et faict grand d' vn grand nombre d'autres ritiiores et petits ruisseaux, se desgorge en la mer par Cougnac, Sainctes et Taillebour, a quelques trente lieues de sa source. »

Recueil en forme (Thifloire, pag. 3, 4 et 5.

1 II existe dans les manuscrits de Robert du Dorât une dissertation sur les propriétés des eaux d'Availlee.

de Chardin et de Ruffec. Aucune d'elles n'a en Àngoumois. L'époque de la glandée servait conservé de hautes futaies même, dans les actes publics, à désigner une

Les vieilles chartes nous ont conservé le sou- saison de l'année venir de la récolte de gland qui se faisait autrefois

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