‹ Statistique monumentale de la CharenteChapitre 50 sur 120 · CHAPITRE IL niSTOIRE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL niSTOIRE RELIGIEUSE

* * » • • ai .

PrwJicàtioii cvangylique. — Ilérfeie arienne. — Êvûclic. — Chapitres. - Monastères — Hommes célèbres ' ' ' . . . dans l'Église.

11 y a deux opinions sur rétablissement du plan en était imaginaire , il n'en était pas de

Christianisme dans les Gaules. Cette question même des faits sur lesquels elles portaient. Le

historique fut vivement débattue par les savants, Tasse a tiré sou épopée merveilleuse des Croi-

au siècle dernier; des écrits sans nombre nous sades, comme Homère son Iliade delà guerre de

sont restés de la discussion , mais le débat existe Troie. Jérusalem délivrée, Troie réduite en cen-

encore. dres, n'en sont pas moins des faits historiques,

Les traditions des églises donnent à la plupart quoique embellis plus lard par la poésie,

des diocèses, des contemporains des Apôtres pour Au lieu donc de rejeter au III* siècle la mission

premiers évèqucs. Au moyen Age on se faisait des premiers prédicateurs dans la Gaules, ce qui

peu de scrupule de fabriquer des légendes. C'é- est contredit par une multitudo de documents,

taitlapoésiedcrépoque,etronsaitque les poêles >1 était plus raisonnable d'accepter la tradition

ne se gênent pas dans leurs fictions. Lorsque la des églises sur le fait de la prédication êvangé-

critique historique se porta sérieusement sur ces h'que dans les Gaules, sous les successeurs des

légendes, on ne larda pas à s'apercevoir qu'elles . apôtres. Etait-il possible que celle partiedo l'cm-

se ressemblaient toutes. Le héros de ces drames pire si voisine de l'Italie, qui entretenait avec

religieux venait dans une cité idolâtre; il couver- Rome des relations si directes par son commerce,

tissait a la foi la fille du roi qui prenait le voilo par les rapports journaliers de l'administration

des vierges ; le roi irrité faisait traucher la této militaire et fiscale, restât en dehors du mouve-

au pontife; une fontaine jaillissait aux pieds du mcnl immense de la prédication évangélique?

martyr. Tel était le thème général. Tertullien n'aurait-il fait qu'une hyperbole, en

L'histoire évidemment ne pouvait adopter tou- disant au Sénat, dans son Apologétique, que si

tes ces conceptions naïves. On les rejeta, mais ï° u retirait les chrétiens de l'empire, il ue serait

peut-être avec trop de sévérité, parce que si le P ms W désert? Cet écrivain nomme formel-

lement les Gaules parmi les provinces qui out où le nom même de chrétien semblait disparaître,

reçu l'Évangile. D'ailleurs, au U' siècle, l'église Maximien, Dècc, Valérien, Aurélien, Dioclétien

de Lyon a ses martyrs; deux conciles se réunissent remplissent le III* siècle tout entier. On ne peut

clans son sein : l'un sur la Pâque, l'autre contre pas supposer que ce soit pendant ce temps-là

l'hérésie de Valentin. Comment ces conciles se môme où la terre n'avait pas assez d'antres et

tiennent-ils à Lyon, au centre de la Gaule, si les de déserts pour cacher les pontifes dispersés,

provinces voisines n'ont pas leurs évéques? Les que la prédication évangélique ait eu lieu

Gaules, alors sillonnées de voies romaines, entre- dans les Gaules. L'on sait qu'au II* siècle plu-

tenaiont avec la métropole des communications sieurs empereurs furent favorables aux chrétiens,

trop multipliées et trop rapides', elles étaient le Du moius les premières persécutions n'eurent ni

centre d'un trop graud mouvement intellectuel la durée, ni la cruauté des dernières, dans les-

par leurs écoles (c'était la patrie des rhéteurs), quelles le paganisme déchaînait toute sa rage ,

pour admettre que le Christianisme n'y ait été parce qu'il se sentait vaincu,

prêché qu'au III' siècle. Le martyre de saint Ausone est le seul nioou-

II faut donc reconnaître qu'à la fin du 1 er siè- ment véritable que la tradition nous ait conservé

clc, ou au plus tard au commencement du 11% de la première époque du Chirstianisme dans

saint Martial fut l'apôtre de l'Aquitaine. Une tra- l'Angoumois. Les édite sanglante des empereurs

dition, trop constante pour laisser sur ce point le vinrentsansdouteyatteindrelespremiersGdèlcs.

moindre doute, nous apprend que ce saint, tra- Ausone n'arrosa pas seul de son sang cette terre

versant la cité des Ecolimiens, y prêcha la foi et y jusque-là idolâtre : beaucoup d'autres durent

laissa, pour évêque, Ausone qui était Santon d'o- souffrir pour la foi.

rigincV Mais si l'on est forcé de reconnaître que Pendant que les catacombes protégèrent, à

c'est au moins au II e siècle que la foi fut annon- Rome, dans leurs labyrinthes impénétrables,

cée dans nos provinces, d'un autre côté on ne tou,e une génération de chrétiens, les grottes

peut se dissimuler qu'il y eut longtemps man- sauvages, les forêts silencieuses durent recèler,

que de pasteurs dans les diocèses. Les cala- dansles Gaules, le Christianisme naissant. Il reste

logues des évéques se trouvent interrompus. Nul encoredansl'Angoumoisquelques cryptes qui ont

fait, nulle tradition ne viennent remplir cette dû smir > da » s le temps des persécu lions, à la

lacune. C'est le tempsde ces cruelles persécutions célébration des saints mystères. On en voit de fort

belles creusées dans le flanc des rochers, à une

, , . .... . ,„ . . . „., grande hauteur, près de Saint-Marc, au sud-est

» U colonne milliairo (Musée tles antiques de Perigucux) j,. IA . , , ' , ,

élevée à rcmpereurFlorien. sur la voie romaine de Vfeune d An g0^me. La crypte de Gurata été également

à Sainles. est une preuve de la rapidité avec laquelle tout une église primitive, ainsi que celle d'Aubelerre;

rayonnait du centre de l'empire dans les provinces les plus reculées. Cet* empereur ne régna au plus que deux mois et demi, et encore il se trouvait en Orient quand il fut élevé à l'empire. Cependant la nouvelle do son avènement était parvenues! rapidement cher les Pélrocoriens, qu'ils eurent le temps de le reconnaître en lui dormant les titres les plus t. Peu de jours après, il était vaincu par son com- Probus.

» Voyez sur S. Ausone le Gati. Chrùt., la Cbron. des évoques d'Angculèine que j'ai puMiée récemment dans la vie de feu M. Guïgou, évêque d'AngouWme.

mais cette dernière a été agrandie dans la suite, et est devenue une des plus belles églises souterraines du monde chrétien.

Cependaul la croix triompha. Trois siècles de persécutions acharnées avaient prouvé l'impuissance de l'homme contre l'œuvre de Dieu. Le sang des martyrs était une semence de nouveaux chrétiens. Les plus cruels, comme les plus habiles des empereurs, avaient épuisé tout ce que la

pensée humaine put suggérer de moyens pour gles de ses drapeaux. Des hommes qoi n'avaient étouffer la religion du Christ. Un jour, cette pas tremblé, au milieu des amphithéâtres, devant croix, naguère instrument d'un supplice ignomi- les bêtes féroces et les bourreaux, devaient-ils nieux, se trouva portée, à la place des aigles, au fuir devant les hordes indisciplinées des Barsommet des drapeaux des légions romaines, bares?

L'Église Tut libre ; elle respira. On peut donc dire que le Christianisme sut

Le Christianisme vainqueur apportaitau monde plutôt jouir que profiter de sa victoire, et qu'il se d'inappréciables bienfaits : il replaçait l'homme soucia peu des destinées de l'empire, parce qu'il dans sa condition primitive; abolissait l'esclavage, savait que les siennes étaient éternelles. Une cette odieuse exploitation de l'homme; plaçait la autre raison qui arrêta une organisation sociale pudeur dans le foyer domestique; resserrait les ebrétienno, ce fut la pensée instinctive des predoux liens de la famille; rendait le vieillard m iers chrétiens qu'une terrible vengeance devait sacré; émancipait la femme devenue la compagne être tirée, môme dès ce monde, de cette Rome de l'homme; et, par uue juste et sévère disci* païenne qui avait bu le sang de tant de marpline, repoussant do ses mystères quiconque ne lyrs.

pratiquait pas la loi, dounait une sanctionné- Si maintenant nous portons nos regards sur les cessaire à sos commandements. Mais il se trouva provinces que la conquête seule, c'est-à-dire le impuissant pour sauver le monde social. L'em- droit de la force, avait réunies à Rome, oppripire était épuisé; c'était un vaisseau vermoulu, niées depuis plus de quatre siècles, accablées de craquaut de toutes parts, que la première tempête vexations et d'impôts, torturées, dépeuplées, allait briser sur un écueil. humiliées, elles ne tenaient guère à honneur de

L'Église était forte par son organisation spiri— sauver un empire qui ne leur était connu que tuelle; mais elle s'était mise constamment hors par l'oppression.

du mouvement politique. Elle avait dit avec le Les chrétiens gaulois n'aimaient pas plus diviu Mattre : Mon royaume n'eu pat de ce monde, l'empire que ceux des autres nations. Le fisc im ■ Elle u'avait rien organisé pour un déchirement pénal avait sucé les provinces. Les exactions des social, pour ces temps de crise où les populations agents de Rome ne leur donnaient pas le goût effarées jettent le cri: Sauve qui peut! Il eût été de se dévouer, comme les sentinelles perdues beau alors pour l'Eglise d'avoir prévu l'alarme, de l'empire, en se jetant au-devant des masses d'avoir préparé le monde civilisé aux luttes contre innombrables des hommes du Nord, auxquelles la barbarie, et, quand la tète tournait aux chefs les faibles légions romaines n'avaient pu réde l'empire, de s'être montrée, contre les fléaux sister.

de l'humauité, forte, invincible comme elle l'avait 11 n'y avait pas de lieus qui attachassent notre été sous dix persécutions. Quand les dêcrels des pays au peuple conquérant du monde, et les desempereurs condamnaient leschrétiens à mort s'ils cendants des fiers Gaulois qui avaient vendu si ne sacrifiaient pas aux idoles, il fallait être prêt au cher à César la liberté de leur patrie, se crurent martyre. Les simples femmes, les enfants deve- peut-être vengés lorsqu'ils surent que Rome naient des héros. Quand, depuis deux siècles, les n'était plus qu'un amas de cendres, et que les frontières de l'empire étaient constamment me- Barbares emportaient, sur les bords du Danube et nacées, il fallait donner un démenti formel aux dans leurs marais, tout l'or que la conquête avait païens qui prétendaient que la victoire abandon- entassé dans la ville éternelle. Après tout , les uerait Rome, le jour où elle détacherait les ai- hommes du Nord étaient plutôt leurs frères que

ceux de la nation portant la toge. Qu'avaient ils par Grégoire de Tours, se trouve mentionné, au

à perdre en changeant de maîtres t commencement du V" siècle, comme cvèquc

Le silence de l'histoire est profond sur le mou» d'Angoulême. Bientôt Y Arianisme triompha daus

vement religieux dans notre province pendant le midi des Gaules avec les Visigotbs qui avaient

quatre siècles. Un seul ôvêqne, nommé Dynamius établi a Toulouse le siège de leur empire.

Nous donnons ici une chronologie abrégée des évèques d'Angoulême, en y rattachant les événeles plus importants de l'histoire religieuse du pays.

Il Ait martyrisé devant la por:e orientale de la ville, c'est-à-dire près de la place, appelée aujourd'hui Marengo. qui alors était hors de l'enceinte murée. Son corps fut <u<u u top* t»h»m enseveli à l'occident de la ville. $. Am*»i- L'Ordinarium officii, ms. de l'abbaye de Saint-Ausone contient la légende du saint et

celle de sainte Calfagie qui reçut de lui le voile des vierges. Dans une des leçons de la légende de S. Ausone.'il est fait mention d'une jeune fille appelée Caliaguc, sœur du gouverneur d'Angoulême, qui fut guérie par S. Ausone. Hais celte Caliague n'est point honorée comme une sainte.

Claude Estiennot ' remarque qu'aucun légendaire Angoumoisin ne parle de sainte Caliague : on D'en faisait point mémoire dans la fête qu'on y célébrait, ebaquo année, en l'iionneur des saintes reliques possédée* par l'abbaye. Le précieux manuscrit cité mentionne uniquement les SS. Ausonc, Aptone, Césaire, Cybard et Calfagie». Claude Estiennot parle d'un S. Amator, vénéré à l'abbaye de Saint Ausone , qu'il conjecture avoir été le compagnon de 8. Martial , dont on voit la vie dans Labbo, n, Ub. de gut. Epitc. Lemov. Notre manuscrit ne nomme pas plus ce S. Amator que

S. aptoxe sainte Caliague.

' ' s. Aptone csi honoré comme confesseur pontife». La tradition dit qu'il succéda à

8 son frère.

r '* Nous devons placer S. Césaire », premier archidiacre d'Angoulême, au même

siècle que S. Ausone et S. Aptone, si nous nous en rapportons & la tradition conservée <tans YOréinarium de l'abbaye de Saint- Ausonenr rT iv« s nhoxj* . u absolument fait mention d'aucun évoque pendant ces deux siècles.

400. DTXAMIUS. D est mis par Grégoire de Tours (£x Paulin Grtg. Tut. hùt. Franc. /.Il, cap.

m, au nombre des prélats qui honoraient alors l'Église par la sainteté de leur vie, réclat de leur foi et leur vigilance sur les peuples dont ils étaient les pasteurs. 308. aitone n. ce fut lui que Clovis fit élire évèque d'Angoulême, après avoir chassé les Ariens.

Quelques bagiograpbes le mettent an nombre des saints*. Il avait été chapelain do Çlovis, et c'est delà que dérivait sans doute le privilège des évéques d'Angoulême d'être chapelains-nés des rois de France, dès que ces derniers entraient en Aquitaine.

Selon l'historien des évoques et des comtes d'Angoulême, il retint près de lui le solitaire S. Cybard, Eparchiui, et lui donna pour retraite des grottes naturelles, , les rochers, au nord de la ville.

• Dom CJjuJl* Eatianoxil. Jmiiquiiaàu BcmtdictiiL. Af>, aVatcrv. Bmfot. Vol. n6.

• Le rnjrmm iwlra EaUi. £■*•(., fvUti ta ttll, n parla pat dt aaiaat CalCafi*. Aiyowd*a>u t*tf»t > ciltbrt 1* tHe da crtle talala le 1 J aoé», « lui donnant )• (<tr* da proniire abbeaae dt S. Aaaaoa.

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