‹ Statistique monumentale de la CharenteChapitre 7 sur 120 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Rao< s. —Immigrations. — Émigrations. — Caractère. — Délimitation »ln territoire.

Les indigènes, qui onl occupé le Iwssin de la Charente, sont désignés, par les écrivains de l'antiquité, sous le nom do Santonts; leur ville capitale est appelée Mediolaninn Saulonum; mais on ne trouve pas dans ces auteurs le nom des habitants de l'Angoumois. Stralion, Pline. Ptolémée n'en font aucune mention dans les détails géographiques qu'ils donnent sur les Gaules.

Pline indique une peuplade , limitrophe du Poitou, qu'il appelle Ayninaus; le P. Hardouin et quelques modernes oui cru qu'il désignait les Angoumoisins; mais d'Anville a prouvé que ce nom ne peut convenir qu'aux habitants d'Aizenai, un des anciens arihidiaeonés du diocèse de Luçon.

Le Raiiuiim, ou RaiiautiM de Ptolémée n'est pas non plus l'Angoumois, mais le pays de Hctz à l'embouchure de la Loire.

Il est facile de conclure du silence de ces écri-

vains que les Angoumoisins n'ont jamais formé un peuple particulier. Lorsqu'ils ont été séparés politiquement par Honorius, vers la tin du quatrième siècle, et qu'ils apparaissent alors avec leur nom ù' Loj'ismrnse*, ce n'a été qu'une délimitation artificielle, imposée par les besoins de l'administration impériale : Le sang, la race, étaient les mêmes. Les rxolimiens ne peuvent être qu'un grand rameau de la famille Santone On n'en peut douter lorsqu'on réfléchit qu'au temps de la première occupation du sol, les indigènes ont du suivre le cours du fleuve et de ses affluents, dresser peu à peu leurs tentes sur les versants intérieurs du bassin qu'ils avaient oc-

1 L'Angoumois a plutôt passé chez les anciens pour une portion et une dépendance de la province de Sainlonge, qui était lors lort grantle et l'oil considérable, que pour une province oislir.cteet siparée.

Arxa>p Maicbi.i, Ai'**- de Sainlungt, ch. 54.

STATISTIQUE MONl'MF.NT

cupé, toutefois fraucfaissant rarement les collines les plus élevées pour s'établir au delà.

Du reste, ce qui trancho la question, ce sont les analogies de langage et de mœurs. Les habitants de l'Angoumois ne pouvaient tenir par aucun lion de parenté aux Lemonicrt et aux Petrocwrii, dont ils ne comprenaient pas la langue, et avec lesquels ils n'avaient aucun point de ressemblance par les habitudes sociales. Encore aujourd'hui, dépassez la limite de l'Angoumois vers le Périgord, vous voyez de suite que vous n'êtes pas chez le môme peuple; descendez au contraire vers la Saintongc, vous serez aux portes de Saintes que vous vous croirez encore dans le centre de l'Angoumois, taut les ressemblances sont frappantes entre les habitants des deux pays, pour la langue, la physionomie, les coutumes locales, le genre de vie, les habitudes domestiques.

On s'explique donc le silence de César 1 et des géographes anciens sur l'Angoumois, en adoptant que ce pays faisait partie intégrante de la Saintonge. Du reste, César en fournit une preuve qu'on n'a pas assez remarquée. Il dit que les Santones, dans la confédération générale des Gaules, armèrent douze mille hommes de troupes, pendant que les Lmmices ne furent taxés qu'à dix mille, les Pictones, les Turones, les Htkrlii, chacun à huit mille seulement, et les Ptirotorii à cinq mille. Mais s'ils eussent été renfermés dans les limites étroites de la Saintongc, qui dans l'hypothèse n'eut pas compris l'Angoumois, il n'y aurait pas eu de proportion entre leur contingent et celui des autres peuples dont le territoire était évidemment d'une plus grande étendue que la Saintonge proprement dite *. L'auteur des Commentaires, en disant ailleurs que \vsSantant» sont peu éloignés des coulius de Toulouse, se

1 Desbrandes soutient que les Angoumoisins étaient un des peuples dont Osar ne donne pas 1>- nom , mais qu'il dit alliés aux Lemovicts. (Mit. d'Ang., liv. I, ch. 1.)

» Voy. dans les Annot. II. Ctareani in iib. Vit. de Bell. Gall. Francofurti, M. DC. VI in-4', pog. 121, 1». la supputation du contingent fourni par les peuples de la Gaule.

iLE DE EA CHARENTE. *7

trouve être d'accord avec lui-même. L'expression dont il se sert, prise dans son sens général, est vraie, et indique combien le territoire des Santones devait s'avancer vers les frontières des /Vfrocorii et des Ih'turigrs-Yiiisei (le Périgord et le Bordelais), peuples qui tenaient aux Tolosatrs par la langue et par les iutérèts politiques ! .

Immigrations. Si maintenant on se demande quel changement les invasions ont du apporter à la race primitive, on doit penser que le type général de la population a peu varié. Les immigrations successives n'ont laissé dans le pays que des individus, et tout au plus quelques familles, dont le mélange avec la masse n'aura pas altéré le caractère général de la nation. On sait combien étaient vivaecs, dans l'antiquité, les habitudes particulières des peuples, surtout dans des siècles d'immobilité où les idées n'avaient pas le flux et le reflux de nos temps modernes, et se perpétuaient, d'une génération à l'autre, constantes et uniformes.

L'occupation romaine n'ayant pas été une invasion momentanée, mais une incorporation de chaque province au vaste empire qui embrassait le monde connu , attira dans notre contrée un grand nombre de citoyens de la Ville-Reine.

Conduits à Saintes par les emplois de l'administration civile et militaire, attirés par le commerce, ils durent se mêler aux familles du pays. Le nombre considérable de villas qu'on trouve dans le bassin de la Charente, autour de Saintes, et qui s'étendent jusqu'aux pieds d'Angoulême, indiquent clairement des établissements flxes dans cette riche contrée, que César avait représentée comme très-fertile. Cette fusion du sang romain et du sang celtique a été assez importante pour que les historiens donnent aux hommes de cette époque le nom de Gallo-Romains.

1 Cesari rentinciatur llclvetiis esse in animo per agrum Sequanoruin et .«duorum iler in Santonum fines facere, qui non longe a Tolosatium flnibu» absuut.

( Comment., ub. I. )

Je ne désignerai pas ici les points principaux de cette occupation du territoire par les Romains : c'est le sujet d'une partie importante de mon travail archéologique. J'ai dû seulement constater ce que l'élément national s'est assimilé de l'élément étranger, pendant plus de quatre siècles de contact. Cependant cette idée d'une population Gallo-Romaine serait une erreur complète si elle était prise dans sou sens rigoureux. L'élément . primitif a dominé; et, tout en acceptant du peuple vainqueur les bienfaits de la civilisation, la race a gardé son caractère national et son type indigène.

La domination des Wisigoths dura moins longtemps que celle de Rome. Ces peuples, fixés a Toulouse, devenue leur capitale, ne possédèrent iwtre pays qu'à titre de concession des empereurs. La masse de celte nation, que quelques écrivains ont calomniée, eut toujours une prédilection marquée pour le midi. Quoique maîtres du pays jusqu'à la Loire, les Wisigoths se mêlèrent peu aux provinces éloignées du centre de leur administration, ou du moins n'y laissèrent que do petites colonies; leur mélange avec les indigènes a été surtout arrêté par une forte opposition religieuse, car ils étaient Ariens.

Clovis profita avec habileté de ces dissensions au sujet de l'orthodoxie. Le clergé, qui

. haïssait les Wisigoths, prépara les peuples à l'invasion des Francs, en les présentant comme des libérateurs. Quand le succès eut constaté le droit du vainqueur, l'Église, qui alors gouvernait le monde, se chargea de civiliser cette race belliqueuse. Elle préféra le joug des Francs à celui des Wisigoths , qui n'avaient pas respecté les

. croyances dans les provinces soumises à leur empire, et avaient même plusieurs fois chassé de leurs sièges les évêques orthodoxes pour leur substituer des évêques ariens.

Cependant, aux yeux des populations vaincues, les Francs n'étaient que des barbares. Lorsqu'elles eurent oublié le bienfait de la délivrance, elles

ONliMENTAI.E

virent bientôt en eux des oppresseurs; le pays avait changé de maîtres : c'était tout.

On s'accorde à penser que les Francs ne s'établirent pas en grand nombre dans leurs conquêtes d'outre-Loirc. Cette nation aimait trop la guerre et la vie indépendante pour aller tout à coup s'attacher au sol et s'occuper de colonisation. Les essaims do jeunes Francs qui composaient les armées de Clovis ignoraient les éléments des arts; ils ne savaient manier que la francisque. L* agriculture devait passer à leurs yeux pour un métier d'esclaves.

Leurs établissements se concentrèrent entre la Loire et la Meuse; ils restèrent les hommes du nord. Cette large Loire a été l'immense fossé de circonvallation qui a limité, pendant dix siècles, les hommes du nord et ceux' du midi Chaque fois qu'il y a eu lutte entre les deux nationalités rivales, le Poitou, l'Angoumois, la Saintongc et le Limousin ont été le champ de bataille; mais toujours le nord a été vainqueur.

Les sympathies des peuples civilisés du midi dc\ aient être bien faibles pour ces Sicambrcs, encore dans leur barbarie, parlant une langue sourde et sifflante , pendant que les gracieux idiomes, formés du mélange de la langue celtique et de la langue romaine, rappelaient aux méridionaux leur noble parenté avec la grande nation ». Aussi voyons-nous éclater des révoltes

1 Jusqu'à I» fin Ou XVI* siècle, ce fait a été constalé dans te langage même. Corlicu parle toujours des j>aï* de par dreà pour indiquer le midi de la Franc* el en particulier l'Angoumois: « L'irs premièrement, descendirent ès pais de par deçj't, les Danois... » Recueil, page 7i7>. Les liiires du roi Henri II a M. de Sansac, gouverneur et lieutenant-général d'Angoumois, désignent ce gouvernement parmi ceux des l>aïi île jxir delà. (Lettres du roi Henri H à M. de Sansac, conservées dans la famille de Sansac de Touchimbrrl.)

* Tous les i oms de l'époque sont Gallo-Romains ; trèspeu sont Germaniques. On n'adopte rien des mœurs du peuple vainqueur. Les vêtements demeurent les mêmes. La toge est l'habil des rieurs, des magistrats, i'es évêques, des prêtres. On alla jusqu'à prendre la robe de pourpre des sénateurs. Elle était portée avec orgueil dans lo midi; le concile de Nai bonne, tenu sous l'évtquc Yjgilius en 3$8.

DE LA Cil

continuelles dans le midi : c'est le trait caractéristique de cette forte opposition. Elle cède à l'épée de Charlemagnc ; mais à peine le sceptre languit dans les mains de ses petits-fils, que les peuples consacrent leur indépendance et se jettent avec joie sous le joug féodal qui leur assure une nationalité.

Il résulte de ces faits que le sang franc se mêla peu avec celui des peuplades Santones et Ecoliinienues. 11 n'y eut pas même, comme au temps des Romains et des Wisigoths, dos colonies établies dans certaines localités; quelques grands possesseurs de terres confisquées furent les seuls représentants de la nation conquérante

avait été obligé de défendre aux clercs cette couleur trop relatante, et peu convenable à la modestie religieuse. Le monde dans le midi demeura Romain.

' L'Angoumois fut, au XV11« siècle, le sujet d'une singulière controverse. Ravaillac venait dVsassiner Henri IV. Un des professeurs de droit a l'Université do Poitiers, nommé Mcinard , jaloux d'un Angoumoisin qui lui avait disputé sa chaire, voulut se venger de so:i antagoniste, en attaquant le pays oiice dernier avait pris naistance. Le crime de Ravaillac Tut l'occasion qui- le fougueux professeur ne manqua pas de saisir. Il publia à Poitiers, au moisdejuin 1610, un écrit avec ce titre: REGICID1UM DETESTATUM, QL'.ESITt'M, PB.K- CAL'TUM. La thèse qu'il entreprend de prouver est celle-ci, que Je meurtrier de Henri IV u'eM pa* FrancaU. puisqu'il est Anyoumoisin. Les actes de l'Académie de Bordeaux |contiennent une analyse pleine d'intérêt du factum de Meinard. Pour démontrer le fait qu'il avance, il établit hardiment qu'il y a dans la nation deux races bien distinctes, les Francs et les Gaulois; que « nos rois prenaient le titre de roi des « Francs et non de roi des Gaulois, quoique ceux-ci fussent » les plus anciens habitants des provinces qui ont formé le « royaume; qu'autant les Francs leur étaient soumis et dé- « voués, autant les Gaulois leur étaient infidèles et hostiles.»

Il avance, en particulier, ce qui, du reste, e>t contredit par l'histoire, que les mœurs des Gaulois étaient pleines de cruauté et de barbarie, pendant que celles des Francs étaient pleines de douceur et d'humanité ; et qu'enlln, au milieu de cette race, qu'aucun commeicc n'a pu civiliser, comme des oiseaux sauvages qui ne s'apprivoisent jamais, les habitants du pays d'Angoumois tiennent le premier rang. Il conclut qu'on doit s'occuper de ramener au même degré de civilisation des autres Français ces débris de l'ancienne population des Gaules. {Vit igitur omnis nur impurtr diciioni* in •'o sila est ut indigena» Galloi ab adeenit Francis naturd et uwribui nuiK et oliro dissidtre otttndat : illis ferot et cm-

VltF.SrE. 2'J

Ce que nous avons dit des Francs, il faut l'appliquer, à plus forte raison, aux Sarrasins et aux Normands. Bien peu, après leur défaite, se fixèrent dans le pays. Cependant, il existe encore quelques villages en Augoumois dont les habitants descendent des Sarrasins. Le nom de Mouvins leur est resté ; il est devenu , plus tard , un nom de famille ; il on est de même de celui de Sarrazim qui se trouve assez fréquemment ». On

drles animox, his mansuetudini* tt humanitati* ptrnot exlitissf : ab tlli* lnnquam a malis ueii tnalos cort os prugeni- /i« qui mdlo tnorum humaniorum commtreio componi aut in ordinem cogî nunquàm potuerint : inter quoi prweipui siyniferi Inculhmensis tractût incuUr. Civit. InculiSlD. def. M.DC.X.)

L'écrit de Meinard contre les Angoumoisins, plein de passion, inspiré d'ailleurs par une haine individuelle, au fond ne prouvait rien et n'était qu'une mauvaise chicane, mais il n'émettait pas moins la théorie féconde de la persistance des races gauloises et de leur antipathie pour les vainqueurs, théorie que les historiens des deux derniers siècles n'ont pas connue, et qui jette maintenant tant de lumière sur les travaux historiques.

Trois écrivains de i'Angoumois réfutèrent la dissertation de .Meinard : Thomas des Maisonnettes, de Villoutreys et Victor de Thouard.

L'écrit de Victor de Thouard est intitulé : APOLOGIA PRO FRANCO-GALLIS. On pense que ce nom de Thouard est un pseudonyme. L'ouvrage parut en novembre IttlO.

J'ai sous les yeux la réponso d'un des deux autres antagonistes de Meinard ; elle a pour titre ; CIVITATIS 1NCUL1S- MENSIS DKFENSIO U'lver»ù$ Mainardi Frisii chminatione$ falsas. M.DC.X, sans nom d'auteur. Ccst un petit in-12 qui manque de pagination. Cette pièce très -rare est dans la bibliothèque de M. Alexis Callaud d'Angoulëme.

Les apologistes Angoumoisins ne comprirent pas ce qu'il y avait de profond et de généralement vrai dans le système de leur adversaire. Comme il arrive ordinairement, ils restèrent a coté de la question, et se contentèrent de montrer le faible de l'argumentation de Meinard, qui représentait les Gaulois, et en particulier les Angoumoisins, comme une race féroce et peu civilisée. Il leur fut facile de triompher sous ce point de vue ; mais aucun d'eux i. 'aborda sous son vrai jour cette question des races se perpétuant jusqu'aux temps modernes. Meinard seul avait entrevu le grand lait historique; mais il en avait tiré une déduction fausse et injurieuse aux Angoumoisins. (l'or/. Examen d'une dissertation de Meinard, sur la persistance des races dans l'ancienne France, par M. Rabanis. Actes de t'Aead. ro,j. de Burdeaux, 18i9, pag. 49 et suiv.)

' Les anciens litres et les mutations d'immeubles so::l la

a remarqué que ces faibles colonies se sont toujours isolées de la population et qu'elles ont en iiiènie temps manifesté une grande opposition à l'orthodoxie religieuse; on cite particulièrement comme ayant été un «le ces établissements de Sarrasins, la commune du temple et quelques villages des environs de Sigognc *.

Quant aux landes dévastatrices des Normands, l'histoire ne nous a laissé aucun indice de leur mélange aver les habitants du pays. Il est probable que leur expulsion fut complète. Refoulés peu à ]*>u par les comtes, ils purent l'acilement, à l'aide de leurs petites barques, descendre jusqu'à l'Océan, et remonter ensuite, en doublant la pointe de l'Armorique, vers l'embouchure de la Seine, centre de leur principale occupation.

Les invasions s'arrêtent au dixième siècle. Les guerres anglaises n'avaient pas pour but une colonisation. D'ailleurs l'Angoumois placé sur la frontière de l'Aquitaine anglaise, tour à tour pris et repris par les rois de France, demeura trop peu de temps sous la domination étrangère pour que des familles songeassent à s'établir sur le théâtre même de la guerre 1 .

preuve ilec* nombre assez consili rablc île familles qui ont porté le nom «le Sarrasins et «Je Muurins.

' Celte ilén"ciinalion île Ti raple nV,i pus ancienne; elle ne remonte pas au «lelA «le l'irelil itiori «les ordres religieux militaires. Plusieurs lo ulit 's qui portent ce nom ne l'ont même pris qu'au XVI' siècle. Toutef u-; il no faudrait pas en conclure que la communauté d'habitants «lonl ces villages tout formés ne remonte pas à un temps plus nrulé. Il parait «ju»' le Temple dont nous (tarions a «Hé primitivement une bourgade celtique. On va liouvé un cimetière plein d'ossements avec des bracelets el des anneaux de fer à l'usage Ai* Gaulois.

' Je puis citer encore uni; localité- des environs de Pcreuil, Chi>z-le-Haurf t el te village «/'» Surrazcnn près de Dirac.

• Sous François I", au moment «le la révoluiion «le Genève, plusieurs familles catholiques se réfutèrent en France. François I", dmit l'Angoumois étail le domain»particulier, leur lit dis contcisimis «le terrains dans la cbàtellenic de Monlmoreau. Ces réfugiés occiii>ère nt spécialement Saiiit-Laurenl-de-Belzagot ot Sainl-Eulropo-oe-la-

MONU MENTALE

Émigrations. L'histoire se tait sur les noms des peuplades confédérées qui émigrèrent à diverses époques, et allèreut former des établissements jusque dans l'Asie Mineure; nous ne pouvons donc assurer quelle part les Santons prirent à ces courses aventureuses qui, du reste, étaient dans l'instinct des peuples primitifs. Pltit.M campés qu'établis, il leur en contait peu de laisser là leurs huttes de feuillages, et d'aller chercher un autre ciel où ils pouvaient facilement dresser leurs tentes. Les idées de patrie, telles que nous les a faites la civilisation, n'étaient |«is celles de nos aï.-itx; il n'y avait pas pour eux tous ces prestiges qui mais rendent sacré le foyer paternel, cl nous représentent une longue suite de générations paisibles se succédant avant nous et foulant, depuis plusieurs siècles, le seuil domestique, sur lequel nous voyons grandir leur image. Les saintes illusions que l'art attache aux monuments, que l'histoire de chaque famille transmet du vieillard à ses petits-fils, les peuples à l'état primitif ne les connaissent pas; ils n'ont d'antres monuments que les ossements de leurs pères; c'est là leur histoire. Lorsqu'ils les ont chargés sur leurs épaules, et que, suivis de leurs épouses, ils tiennent leurs enfants par la main, ils emportent avec eux toute la patrie.

A des temps plus rapprochés de nous, mais dont la date n'est pas connue, une petite colouie d'Augoumoisins, suivant toujours celte direction vers l'Orient , qui semble avoir attiré nos pères jusque dans les temps modernes alla s'établir aux pieds des Alpes. On a conjecturé que cette émigration dont l'établissement principal fut Ovsans, à l'extrémité du département do l'Isère, pouvait avoir en pour cause le siège de cinq aus que Chàleauncuf eut à soutenir sous Charles VI. On a même remarqué que les émigrants ont

Lande. Ij* familles Ar^oullon , Chauvin et autres marquantes descendent de ces proscrits.

• A toutes les époques d'un grand mouvement militaire, l'Italie voit les armées de k France : Charles VIII, Louis XII, François I", Napoléon.

DE LA

donné à plusieurs localités des environs d'Oysam les noms de leurs villages angoumoisins.

l'ne seconde émigration eut lieu en Gascogne. La colonie se fixa dans les euvirons de La Réole et de Montségur. Une des localités dont les habitants ont le mieux conservé lours rapports de physionomie avec la mère patrie, est la Motte-Landeron. Ils avaient encore, il y a quelques années, un vague souvenir de l'époque de leur émigration et du lieu d'où ils étaient partis. Ils venaient des environs de Blanzac; leur langage a une grande similitude avec celui qui se parle entre Blanzac et Montmoreau 1 .

La dernière émigration d'Angoumoisins eut lieu en Hollande, après la révocation de l'édit de Nantes \1685). Les hommes qui conseillèrent à Louis XIV, au déclin de sa glorieuse carrière, d'enlever aux églises réformées de France les bienfaits de l'édit de pacification donné par Henri IV, servirent très-mal le catholicisme en le rendant persécuteur. Les miuiotu botieet et les dragonnadet ne furent pas heureuses. Un a conservé dans l' Angoumois le triste souvenir de cette époque où Ton avait cru cou venir des hommes par des décrets et des confiscations. Les disciples tle saint Vinceut de Paul et le grand Feuélou. l'apôtre de la Saiutonge, avaient pensé autrement que M"' de Maintenou et le conseil de Versailles. L'Église ramène ses enfants égarés pur la vertu de la parole ; elle ne peut tirer le glaive «•outre eux sans renier les trois beaux siècles de sa gloire et sans déclarer qu'elle fait alliance avec les païens persécuteurs*.

Cette tempête, inattendue au milieu d'un régne paisible, porta la désolation dans les riches campagnes de l'ouest de l'Angoumois. Beaucoup île familles partirent pour l'exil, et lirent noblemont

1 On a imprimé, dans los Mélanges sur les dialectes ol palois, des fragments en langue du pays <lu la Motle-I^nderon, appelée langue Uurache, qui démontrent celle parenté de langage avi c les Angoumoisiu*.

1 On doit attribuer, en grande partie , l'opposition religieuse des populations angoimK»i*ines, aux impressions que M sur elles l'exécution violente des ordonnances delGSS.

JI.UIENTE. 31

à leurs convictions le sacrifice de leur fortune. Le nombre des habitants de Jarnac. de Cognncet de Segoniac, qui quittèrent le pays, fut assez considérable *. On trouve encore en Hollande beaucoup de familles.dont les noms sont Angoumoisins.

Caractère des Angmunonint. Nous avons regardé la famille des Santons, dont celle des Èoolimicns n'était qu'un rameau, comme une de ces grandes populations qui ont leur type à part et se distin guent des autres par des caractères tranchés. Ces contrastes sont d'autant plus faciles à saisir (jue les habitants des provinces voisines ont euxmêmes leur physionomie bien marquée. Au midi se trouve le Bordelais : population vive, remuante, mélangée d'Aquitains et de Gascons dont la parole et les allures vaniteuses sont devenues proverbiales. A l'est, le Périgord : peuple tonace, parfois colère, aux habitudes pleines de rudesse , mais au cœur fortement trempé. Au nord-est, le Limousin : race lourde, honnête et simple, qui rappelle la Suisse par ses mœurs, connue ses montagnes en rappel lont les paysages. Au nord enfin, lo Poitou qui offrirait moins de contrat s avec la Saiutonge et l'Angoumois. si ut» caractère plus naïf, des mœurs plus champêtres n'annonçaient un peuple particulier.

Considéré sous le rapport physique, la rare Ecolimienne est belle, les hommes sont grands et robustes. Il est faux que la culture de la vigne qui demande que l'homme se courbe sur le sil Ion, rapetisse, comme ou l'a avancé; les vigne rons de la Champagne, ertre Se?onzac et Cognac, ont une haute stature; j'y ai vu de grands et beaux vieillards, dont tout l'extérieur annonçait de la force et du bien-être.

Envisagée sous le rapport moral, la race des Êcolimiens n'a pas la pétulance des populations méridionales: mais elle conserve beaucoup de la légèreté qu'on reproche aux Aquitains. Son ca-

• V JMinuim tl*i intmdmtt. Muralite de LaR'xhrllr, par M. de Ifc'pon , 1008.

ractère le plus saillant esl peut-êtrele développement de l'intelligence. La population est spirituelle. On est quelquefois surpris de trouver dans beaucoup d'hommes du peuple, un sens droit, un parler Tacite et expressif. Les formes sociales sont polies, les manières douces, enjouées, les mœurs éminemment hospitalières. Les habitudes sont paisibles, jamais de rixes dans les grandes réunions populaires. L'ivrognerie, si commune dans les contrées îles provinces voisines qui ne sont pas vinicoles, y est peu connue, et c'est peut être à cet usage modéré du vin qu'il faut attribuer cette tenue réservée des habitants, qui, sous un vètementeommun, paraissent des hommes de bonne éducation.

Trois écrivains nous ont laissé le portrait des habitants de l'Angoumois : au XVI e siècle, Corlieu ; au XV1P, M. de Beruuge, dans les Mémoires des Intendants ; et au XVIII*, Munier, dans son Recueil d'observations. On ne comparera pas sans intérêt ces jugements tracés à trois époques importantes.

Voici ce que dit Corlieu d.ms ce vieux style naïf qui nous plaît tant dans Montaigne : « Mais

■ il n'est rien plus louable en Angomois que la « salubrité de l'aer qui est partout mcrueilleuse- « ment bon et tempéré, chose qui subtilie non- « seulement les esprits, mais encores contem • « père les humeurs és corps humains, d'où « prouient que les hommes y viuent assez lona guement, surtout és champs où la sobriété est a plus grande. Et pour parler des mœurs et

■ complexions des habitants : ils sont de leur na- « turel tendante à simplicité , sans fard et ambi- « tion, mais assez rudes, mal sociaulx et disci- « plinables, secontentansd'euxmesmcs et de leur a fortune. Ils ne sont pas si prompts que les Pé- « rigordins, mais plus que les Lymosias, Poic-

■ tevins et Sanctongeois. Ceux qui par mes- « lange des autres nations s'affinent l'esprit, se a rendent auecques peu de peine des plus abilles. « Le peuple des villes vit la plus part de ses

MONUMENTALE « moyens, celuy des champs s'adonne à l'agri- « culture et ne trafiquent gueres les uns n'y les « autres auecques leurs voisius non plus que les « vieux Gaulois. Les gentils-hommes suivent les « armes et le plaisir de la chasse »

M. de Bernage, intendant de la généralité de Limoges, laquelle comprenait I Angoumois, s'exprime ainsi dnns le mémoire qu'il adressa à la cour, sous Louis XIV, mémoire destiné h faire connaître au jeune «lue de Bourgogne l'état de chaque province de la France :

« Voilà, en général, le commerce des habitants « d' Angoumois; on voit qu'il tire davantage sa <t source de la bonté et de la fertilité naturelles « du pays que de leur industrie. Aussi, générale- « meut parlant, sont-ils paresseux, adonnés a « leurs plaisirs et ne travaillant que quand la né- ■ cessité les y force. Ils ont assez d'esprit, plus « de politesse qu'on n'a coutume d'en avoir dans a les provinces, sociables et capables d'affaires. « s'ils voulaient y vaquer; mais leur vice domi- « nant l'emporte, et l'oisiveté les empêche de « mettre leurs talents à profit. Du reste , pré- « somptueux, voulant dominer, et ennemis de la « subordination; décidant souverainement des « défauts d'autrui et se corrigeant peu; légers et « peu solides en amitié; arrêtés dans leurs opi- « nions et abondant dans leur sens-, assez sincères, « mais indiscrets, en disant ce qu'ils pensent sou- « vent mal à propos; fort sujets à la médisance « et très- portés à la vengeance; souffrant impa- « tiemment le joug des impositions, ne s'y souci niellant que par la force et après avoir mur- « muré ; fidèles néanmoins à leur prince, comme « il a paru quand ils se mireut sous l'obéissance « du roi Charles V*. »

Ce tableau des mœurs de nos pères, vrai sous quelques poinls de vue, me parait exagéré. Il faut ou que M. de Bcrnage ait mal observé le

* Recueil en forme d'Histoire, page 9.

« M* Mémoires des Intendant!; Généralité de Limoges, par H.<> Bernage, 169*.

DE LA Ci

pays, pour lui reprocher si vivemeut le viet dominant de la paresse, ou que les mœurs aient bien changé depuis 1 698, car une merveilleuse activité régne maintenant dans le département entier.

L'industrie, si négligée dans le siècle dernier, a pris un essor prodigieux. En peu d'années le sol s'est couvert d'établissements qui devront enrichir le pays, si l'on peut assurer pour longtemps des débouchés à leurs produits. Quant aux travaux agricoles , il est difficile de trouver une population qui s'y livre avec plus d'ardeur que la nôtre.

Le reproche d'être vindicatifs, adressé aux Angoumoisins, n'a pas plus de fondement. Mais l'assertion de l'auteur du mémoire sur l'opposition qu'on porte à l'établissement des impôts est pleine do justesse ; elle est confirmée par des faits.

Munier, assez judicieux observateur, avait ainsi décrit les mœurs de l'Angoumoisau dix-huitième . siècle :

■ L'Angoumoisin est naturellement vif et ré- « joui; son teint annonce la pureté du sang, et « la vivacité du beau sexo anime ses attraits « séduisants. La province d'Angoumois n'ayant « pas beaucoup d'étendue, chacun s'empresse de « connaître la capitale pour s'y former l'esprit et « le cœur. Elle est donc la source des vertus ou « des vices de chaque individu. Mais quelles im- « pressions peut-on prendre dans une ville où « les sujets, aussi vifs que l'air qu'ils respirent, « n'apprennent point a réfléchir, où l'amour du « plaisir et du faste sont au moins tolérés? La « jeunesse d' Angoulème a les dispositions les plus « heureuses*, mais ce don de la nature étant mal « cultivé, produit difficilement de bons fruits. « Livrée à elle-même dès l'enfance, elle contracte « rarement l'habitude du travail; elle produit des « hommes pétillants dans l'âge viril, difficiles à « fixer et inconstants. Il suit de là que l'Angou- « moisi n doit être- naturellement porté à l'euthou- « siasme. Toujours en action et prêt à s'enflam-

AKENTE. 35

« mer, il doit éviter tout ce qui peut engager sa « liberté, concentrer sa vivacité et contraindre sa « gaieté, voler d'un plaisir à l'autre, regretter de « ne pouvoir jouir de tous a la fois, aimer les « fêtes bruyantes et les cercles nombreux, préfé- « rer les armes, une littérature superficielle et « les arts inutiles aux sciences abstraites et pro- « fondes qui l'obligeraient a penser. 11 doit

• rechercher les étrangers comme des êtres « extraordinaires qui portent toujours avec eux « de nouveaux amusements, et les oublier lors- « qu'ils cessent d'être magnifiques.

« La province d'Angoumois est fertile en pro- « duetions délicieuses. La vivacité de l'air que « l'on respire àAngoulême excite encore l'appétit: « il est donc dans la nature que ses habitants « s'occupent davantage des plaisirs seusuels que

■ de ceux qui sont purement intellectuels ; d'où « il résulte que cette ville, quoique petite, eu « égard au nombre de personnes qui la compo- « sent, peut être comparée, en hiver, aux prin-

• ci pales villes du royaume par les assemblées « que chaque jour renouvelle.

* Chacun se traîne avec effort vers la classe de « citoyens qu'il croit supérieure à la sienne; et, « pour y parvenir , on néglige quelquefois ses « parents et ses anciens amis. 11 est aisé d'ima- « giner que l'ambition et l'envie doivent remuer «sourdement l'esprit d'un tel peuple; mais « quelles sont ailleurs les sociétés exemptes do « ces passions? Dans toutes les monarchies, les

■ conditions sont inégales : l'aspect d'un citoven « riche et accrédité humilie l'amour-propie de « celui qui ne l'est pas, et allumera toujours dans « son cœur le désir d'être au moins son rival.

a Si le tableau que je viens de faire a des « ombres imparfaites, il préseutcaussi desnuanecs « que l'on est forcé d'admirer. Nous voyons à a Angoulème quelques ménages qui, en concen- « tranl leurs pensées et leurs désirs dans le sein « de leurs familles, goûtent les agréments d'une « charmante solitude, instruisent leurs enfai fs

a par une conversation douce et familière, leur « apprenucnt à juger les folie» du monde, à tirer m du temps un parti raisonnable, et à mettre à ■ prix ces âmes basses qui ne pensent qu'à ourdir « la trame de leur vie d'un luxe et d'une pusilla- « nimité méprisables. Nous y voyons d'anciennes « maisons qui savent concilier l'honnêteté, la « modération et les talents avec les grandeurs a tumultueuses du monde, et qui ne perdent > jamais de vue que la fortune sans la vertu n'a « qu'un éclat ridicule »

Si nous comparons lo tableau naïf des mœurs de nos pères au moyen âge, tel que le bon Corlieu nous l'a tracé, à celui que présentent les Mémoire* des Intendant* et X Euai de Munier, nous serons peut-être tentés de regretter les vieux âges. Nous envierons pour nos contemporains, et plus encore pour nos neveux, la rudesse de ces hommes mal sociaulx et diaeiplinables , mais de leur naturel tendaiilz à (implicite, tant fard tt ambition.

Déjà, au dix-septième siècle, après la longue corruption qui, sous différents règnes, de la cour comme du cœur de la monarchie, s'était répandue dans la société française, on ne retrouve plus cette bonne complexion morale dont parle notre vieil annaliste. Les mal tociaulx sont devenus sociables, polis, et, en même temps, léger», prètomptueux, paresseux et adonnés aux plaisir».

Ce gout effréné de jouissances ne ût que s'accroître dans le plus immoral de tous les siècles de notre histoire, le dix-huitième ; et Munier jette le dernier coup de pinceau en déclarant que la jeunesse de l'Angoumois, livrée a elle-même, ne trouve, dans la ville où elle vient se former l'esprit et le cœur, que de funestes exemples d'une vie sensuelle et inappliquée, d'amour du faste et des amusements futiles, et d'une ambition oui se traîne avec effort pour atteindre la considération et les richesses. Cette inapplication aux affaires, ce goût des plaisirs sensuels, ce désir de s'élever,

« Ev-iai ou rccuw'l .rolservalions, par Munkr, tome I,

ont été rendus en trois mots par on adage populaire qui résume, dans sa simplicité énergique, les passages des écrivains que j'ai cités.

Pour faire une juste application de ce que nous avons dit plus haut du caractère angoumoisin, il faut éliminer par la pensée un arrondissement presque entier et une longue lisière de pays sur les confins du Périgord. Le nord-ouest et l'est du département sont occupés par un peuple de caractère et de mœurs qui diffèrent essentiellement du caractère et des mœurs des Angoumoisins. I n œil un peu exercé saisit facilement ce passage d'une race à l'autre, comme le géologue reconnaît le changement du sol qu'il parcourt. Or, pour peu qu'on observe les habitants du nord-ouest du département, on reconnaît facilement qu'ils n'appartiennent point à la race Êcoliniienne. La langue n'est pas la même, et ceci déjà donne un caractère nettement dessiné; et pour tout le reste, genre de vie, usages domestiques, costumes, habitations, culture des champs, commerce, relations sociales, croyances surtout, phvsionomie même, il y a différente avec l'Angoumois, et similitude frappante avec le Limousin.

Dans les temps primitifs, les races ont suivi le sol. Les Écolimicns se sont arrêtés aux limites des terrains calcaires; ils ont redouté le sol froid et élevé des terrains granitiques. Les Limousins, au contraire, attirés par un plus doux climat, se sont rapprochés tant qu'ils ont pu des plaines chaudes où fleuril la vigne. Il s'est formé une zone mixte d'habitants dont on reconnaît la parenté avec les Limousins. Ce lien d'union se perpétue par le langage, et les populations conservent leur vieil idiome avec une inviolable fidélité aux instincts qui les rattachent à leur première patrie.

L'arrondissement de Confolens occupé par cette famille, est doue un pays à part dans la circonscription administrative du département de la Charente. Il est bien évident que le temps, les

relation» d'affaires, l'instruction propagée parmi le peuple, le mouvement de la civilisation qui nivelle les conditions de la société et fait disparaître les nuauces de raocs, amènera plus tard une fusion complète; mais aujourd'hui cette fusion n'est qu'apparente. Il y a dans le fonds attrait pour Limoges, centre vers lequel gravitent les intérêts du pays. Le langage, qui est une expression si vraie des idées générales, peint très bien cette prédilection des masses pour le Limousin, et proteste contre le lieu administratif qui attache le pays a PAngoumois. On dit sujgairemcnt, comme si l'on parlait d'un département étranger : « YAngoutnoit. — Aller en Angou- « mois.— -Ou faitde telle manière en Angaumoit. » Je ne doute pas que le Confoleutais ne demandât sa réunion avec le Limousin, si l'on revenait sur la circonscription départementale de la Franco.

Délimitation du territoire. Le sol compris aujourd'hui dans le département de la Charente était occupé par quatre peuples, au moment de la conquête des Gaules par les Romains. Au nord et au nord-ouest, les Piéton occupaient une grande partie de l' arrondissement de Ruffec; au nordest, un cinquième du département appartenait aux Ltmovicn. A l'est, les Petrocorii avaient la partie haute des bassins de la Tardouère et du Bandiat, et le versant dos rives droites de la Luoone et de la Dronne. Le reste du pays dépendait des Santotut.

Les Ecolismenses unis aux Santons, tenaient comme eux à la Gaule Celtique. Jusqu'au temps d'Auguste, leur sort est commun avec la citémère dont ils avaient toujours dépendu; mais sous cet empereur, quatorze peuples furent retranchés de la province Celtique, et incorporés à l'Aquitaine. Je conjecture qu'à cette époque, l'Oppidum des Ecoliimemet ayant par son admirable position attiré les regards des Romains, devint uno ville importante, et fut choisi pour centre d'un administration particulière. Si cette hypothèse était admise, les Êcolimiens seraient

un des quatorze peuples qui, Celtes d'origine, furent ajoutés à l'Aquitaine.

Vers la fin du IV siècle, les Gaules Turent divisées en dix sept provinces, et chaque province en cités ou départements secondaires placés dans la dépendance d'une métropole. Les Êcolimiens apparaissent alors au premier rang dans le dénombrement des cités de la seconde Aquitaine, dont la métropole était Bordeaux 1 . Leur existence comme cité, leur indépendance des Santons se trouve ici solennellement proclamée. Ils prennent leur place & côté des autres peuples limitrophes. Le décret impérial ne fait qu'énoncer en droit ce qui sans doute, de fait, avait son existence depuis Auguste. L'agrandissement de la capitale des Êcolimiens comme ville secondaire des Santons, était antérieur à ce titre de chef-lieu qui consacre la séparation de territoire.

Quelle fut celte limite précise qui sépara les Êcolimiens des Santons et des autres peuples voisins? Il serait impossible de la donner d'une manière rigoureuse ; cependant des documents précieux nous sont fournis sur ce point par nos archives ecclésiastiques. On sait que le nom de cité, ciVi'to, donné aux circonscriptions administratives sous les empereurs, ne désignait pas une ville, un chef-lieu, comme de nos jours, mais une étendue de pays que nous appelons aujourd'hui département, mot, dans ce sens, exactement synonyme de cité. Or, les gouvernements ecclésiastiques eurent la même circonscription que les gouvernements civils. L'Église établissait des évêques sur toutes les cités de l'empire. Lorsque le christianisme devint la religion dominante, les évêques eurent une grande influence dans les cités par leur éminente dignité d'abord, et surtout par la sainteté de leur vie. Les ordonnances

* Provjnoia Aquiuwica secunda : Melropolis Civitas Burdipalensium , Civitas Ecolismensium , Civitas Santonum , Civitas Pictavorura. Civitas Petrocorion-u. ( Notit. Proe. ëtCimt.GaU.).

des empereurs allèrent jusqu'à leur accorder une honorahle et paternelle magistrature, celle de défenseur de la cité, ttrfnùor eidiaiÏM.

Depuis l'établissement des sièges des évèques dans les villes de l'empire, leur juridiction spirituelle s'est perpétuée de siècle en siècle sur le territoire primitif de la cité, sans éprouver de notables variations. Ileùt fallu, pourdislraired'un diocèse quelques églises particulières, le décret d'un concile ou du souverain pontife '. Alors les chroniques religieuses mentionnent ces changements*. On peut donc aujourd'hui connaître l'étendue des anciennes cités désignées par la notice des provinces, telles qu'elles furent limitées au IV"" siècle, eti suivant le tableau des églises qui composent un diocèse s .

Les archives du chapitre Saint-Pierre d'Angoulême, nous ont conservé plusieurs états des bénéfices du diocèse. J'ai sous les yeux ceux de 1 323 et do 1 597. Le dernier est signé par l'évèque de Bony, et par les députés du clergé <witmblé» ctmui. wis epiitopalts, pour répartir une somme de 6,670 écus, 2 sols, 7 deniers, taxée en vertu d'une commission du clergé de France assemblé a Paris, le 10 mai 1596 ».

1 Au XIV' skcltî. If pape Jpan XXII fil plusieurs dérnembremcnls ili' ce genre. IV l'évéché de Périgueux il lira celui de Sui lat ; de lïvéclié de Poitiers, ceux de Maillewiis et de Luçmi; de l'évéclié dr Limons, celui de Tulles, etc.

* Quelques écrivains oui avancé i|iie le diocèse d'AngouWme avait été démembré au XII* siècle, pour punir J'Ovéque Gérard II d'avoir soutenu le schisme d'Anaclct. (MuniT, A'v-ai, Umif I, f»»r 51 >. Deslrandes remarque avec raison q-ic eel'e opinion n'a pus le moindre rondement. Il n'y a ni lilres ni cliatl.s duiisle*qinls ce prétendu d> iiu jubremen: -mt constat* '. {IM>ramlrs,Hhl.f Angoumoit.liv.V).

Le GtilUn Christiana. qui d nue le détail d.'S excommunications et des autres pein. s qui frappèrent le mallituieux Géiard, nt dil rien île c* d-WmW'-nienl, 'ail pourtant «sse* grave pour être recueilli par Us • avants nutcuisde ce giand o.ivrage.iGiil!. airist.T.lli.Pierre li Saint-rtiiiiiiialili<;i»r<in. a-:. 1135. png. fil) n'eii l'ail également aucune nli iilioti.

» M. ilcCaunio.H, que je citerai souvenlnvcchouliturdans cet ouvrage, indiqiifi ce moyen de livr 1' s ai tiennes limites des peuples «le la Gaule, suri oui lorsqu'un même diocèse ne comprend ras plusieurs peuples réunis. (Cours d'Auliq. mocuin. Hi-t. de l'art dai s l'ouest delà Frai. a 1 . Tome 11,

2 rartie, page 86).

» M' Taxe du d' partrmenl de la S. -mne de 0670 écus

L'État de 1523 nous donne les noms latins que portaient encore au moyen âge les localités du territoire des Écolimiens. Sous ce poiut do vue, ce manuscrit est un document archéologique d'une grande importance'.

Voici cet état des bénéfices : il nous indique à la fois les limites de l'administration ecclésiastique depuis l'établissement de la religion dans l'Angoumois, jusqu'au Concordat de 1802, qui a donné & l'ancien diocèse plus d'étendue, et celles de la cité des Écolimiens sous la domination romaine.

On sait qu'un bénéfice était autrefois, soit une terre possédée en propre, soit une redevance attachée à un fonds possédé par autrui, donnée au piètre à la charge d'une fonction sacerdotale*. Ce ne fut que vers la fin du XI"' siècle que les biens donnés aux églises furent divisés, et que les parts immobilisées commencèrent à se transmettre à des titulaires bénéficier qui en avaient la jouissance viagère. Jusque là l'évèque avait été l'économe, le dispensateur des biens que l'Église avait reçus, peut-êtreavec trop d'abondance, de la piété des fidèles, comme l'honoraire du service de l'autel. En bon père de famille, il assignait a chaque clerc, par les mains de l'archidiacre, sa part du revenu commun. C'était l'esprit de l'Eglise primitive: et les conciles, les Pères virent toujours avec douleur l'accroissement temporel des biens du clergé, parce qu'ils n'apercevaient pas un accroissement corrélatif

2 sols «deniers, sur les Uétiéliciers du . i. ir -cil'Angoulémc, conîiïlniaMes aux «Vu.h.s et subventions. iArchiret du chiij'itre S<iti>t-Pnrrr d' An/joiiUm,-).

• Il a pHirtilre: Dr Tu\ca et CoUizatiour oMiiium et sinauhruui Brueficiotuth Epist'H'ntn* En<)'>ti>nt*nsi* tu/ter M/ir m H srptem inilliuM duernlorum lihranim. /<ro donn qra~ tutti> per ftrrni'simttm rer/em petita, ah A'fnVf.yNi/u et Clero En<foli>memi ttu ata utf.cr Beneficiatott diovrsh Engulhmen- »».«, .sedr vacante, die 12" mensis Julii, ai'uo drnniui 1323. Carolo de Lyr^ne. de Cro*o, Grurnj, Cortieu, iiurandi, Muntymir-, eammici. Ruzard, Syreou, F, Martintau, BartauU.fte^iyteri curât i in pranvnti diVce*/. (AldiiviS du chapitre Saint-rierre irAng.).

• Voy<z M. Lafornérc, llisl. du Omit Fiançais , tome I, m 2-13.

de sainteté et de vertu : Diviiiis major, disait saint Jérôme, ted virtutibus mù'or.

Les bénéfices avaient différents noms : Êvéchés, collégiales, ou chapitres, abbayes on couvents, archipréverés, prieurés, cures, prieurés-cures, vicairies perpétuelles, chapelles, annexes, aumôneries, préceptoriales.

Le diocèse d'Angouléme était divisé en treize

archipréverés ou aichiprétrés, qui avaient dans leur juristliction un nombre illimité de petites circonscriptions appelées paroisses. Une grande inégalité existait dans l'étendue des diverses paroisses. On regrette aujourd'hui que la limitation des communes de France qui a remplacé celle des paroisses, n'ait pas été faite avec plus de soin.

Je donne dans ce tableau l'orthographe des noms français selon l'état de 1597.

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