I A RENTE
put pas s'accomplir. Avec les guerres incessantes de la rivalité ou de l'ambition, le luxe de la cour, la dilapidation du trésor public entre les mains des favoris et des maltresses, il était difficile qu'on s'occupât d'améliorer le sort du peuple.
Dans son testament politique, Colbert ne dissimula point à Louis XIV que c'était la plaie de son règne. C'était à la fin du dix-septième siècle, à l'époque de la gloire de celui qu'il appelle le plus grand roi de la terre, et il ne craint pas de lui dire : « Dans plusieurs endroits de votre « royaume, beaucoup de terres demeurent in- « cultes par la misère des peuples qui n'ont ni « bestiaux pour les engraisser, ni les autres « moyens qu'il faudrait pour les faire valoir. « Pour subvenir à une chose si nécessaire, il est « à propos que Votre Majesté diminue les tailles « dont le faix les accable et qu'elle leur prèle de « l'argent pour avoir des vaches et des mou- « tons 1 . »
Les malheurs qui frappèrent le grand roi ne lui permirent pas de suivre le conseil du sage ministre. LeXVHl' siècle y pensa encore moins. Le vertueux Louis XVI qui connaissait la maxime de Sully : « Labourage et pasturage sont les deux mamelles de la France » avait compris la lâche royale. Il avait lui aussi rêvé le bonheur du peuple, mais il se trouva seul pour l'accomplir. Tant d'abus s'étaient accumulés et tant d'intérêts vivaient de ces abus, que le premier coup donné au vieil édifice le fit crouler dans sa poussière. Il eût fallu de longues années, des améliorations patientes et laborieuses pour donner à la nation des conditions normales de prospérité et de vie. Le travail de paisible émancipation, hâté par des philosophes brouillons, combattu par les partisans aveugles des idées d'immobilité et de privilège, se trouva arrêté. Les hommes de sens, les esprits calmes et éclairés de l'époque qui voulaient de salutaires réformes, ne furent pasécou-
> Te$t. polit, de Colbert, enap. xn, pag. 104.
tés. Placés, ainsi que le roi in fortuné, entre deux plosion et ses terribles ravages, adonné au peuple
factions également ennemies du bonheur publie, ce qu'il devait attendre, dans un ordre normal,
repoussés par les hommes de mouvement comme de sages et lentes améliorations '. Replacé dans
d'inutiles temporisateurs, odieux aux hommes le droit commun avec ses titres imprescriptibles
de la résistance, comme réformateurs d'un ré- d'homme et de citoyen, chaque membre de la
gime dont ils se trouvaient bien, ils cédèrent grande famille s'est trouvé, dans sa condition,
bientôt dans une lutte où ils avaient contre eux partageant des chauces égales, appelé aux mè-
ceux mêmes dont ils voulaient prévenir la ruine, mes bienfaits.
Aussi, quand cet équilibre salutaire, qui doit Malheureusement celte révolution violente
maintenir toujours chez un peuple la masse des dont on aurait dû lui épargner les secousses, a
esprits modérés, fut rompu, le prti conservateur ravi au peuple le plus précieux de ses biens, ces
livré à ses fanfaronades et à son ineptie, aban- principes de religion et de morale qui avaient
donua les destinées de la France à la démagogie fait sa consolation au temps de sa servitude et
la plus honteuse. Nous donnâmes au monde dont il aurait bien besoin à l'âge de la liberté. Les
l'exemple des saturnales populaires, et si la gloire, peuples ne vivent pis seulement de pain. C'est
sur la froulière, n'eût pas entouré le drapeau beaucoup de se dire en regardant dans son petit
français de son auréole, nous eussions cessé de domaine : ces champs sont à moi. Mais il est triste
compter parmi les nations européennes dignes de ne pas porter plus haut sou regard et de ne
d'être regardées. plus savoir bénir celui qui répaud sur ces coteaux
L'orage politique, après son effrayante ex- de douces rosées et qui en fécoude les sillons.
S II. Communes, — Leur institution, — Leurs statut?, Leurs privilé^s.
vicissitudes des temps, depuis l'époque romaine.
1 Aujourd'hui qu'après un »l..-mi-!«i<Vt«t les pâmions politique se sont calmée», et que les faits ilu grand mouvement de 1181» sont du domaine de rinMoire. elle a le droit d'être a?vere contre les hommes imprudents qui ont amené cette pei tut liali.m \ iolenle. It sutlit de lire les cahiers donnés par l>s assemblées provinciales aux députés des Étalfeftcuéraux pour se convaincre des n. tentions sainte et pures «Tune nation qui a hien droit de panier h» place a la tète de toutes les autres, par la nohlesse i l l'éli valiotide ses sentiments. Nous sommes heureux de pouvoir ci ti -r comme un modèle de sag.-ss.' ceux des trois États <le ta sénéchaussée d'Angouiuois et de Cognac Quand on u lu « e ..me l'expérience avait appris a nos |>cii*, ce qu'ils sollicitaient d'améliorations légitimes, ce qu'ils proposaient d'utile et de pratique pour servir à l'émancipation sans desordre, nn ne i*ut s'cmpécher de maudire à la fois ces esprits ardents qui ne revent que de folles ntopies, et ces intelligences obtuses qui se traînent avec an st upide orgueil dans l'ornière du passé. Je regrette de ne pouvoir donner ici l'analyse des trois cahiers du clergé, de la noblesse et du tiers-état de l'Angoumois. Certes, avec de tels hommes et de telles pensées, une nation peut être fière d'elle-même ; elle doit être grande dans l'avenir.
Quand on lit la Charte d'institution de la commune d'Angouléme, octroyée par Charles V, en date du mois de janvier 1T72', on est porté a croire que les habitants ne jouissaient auparavant d'aucunes libertés municipales, tellement ses termes sont ménagés pour ne pas faire allusion à une commune déjà existante. Cependant une étude sérieuse de la question me permet d'avancer que la charte d'une commune a. Angouléme n'était que la confirmation d'une institution municipale subsistante dans la cité, à travers les
' L'original de cette charte, qui se trouve aux archives du royaume {Ttàar </« tkarifn, rep. Cl Y, pièce est du mois de janvier 1372. LVxpédition que possèdent h* archive:: de la municipalité d'Angouléme, et qui se trouve publiée dans la seconde édilioo de Corliea, ne fut envoyée aux hahitants d'Angouléme qu'au mois de mais l"r>; il y ades différences entre l'une cl l'autre, niais seulement dans le style. L'original est daté du Louvre : in ro*(ro n<»«/ro de Lut ara, ce qui esl oints dans l'expédition.
DE LA CI1ARENTE. 4il
Je commencerai d'abord par citer l'opinion de Le gouvernement de la cité organisé par les
Vigier de la Pile, qiii a du poids dans cette ques- Romains, s'appelait Municipe. C'était une ad-
tion, comme tradition de l'idée qu'on se Taisait, minisiration qui avait son petit sénat, ses uiagis-
de son temps, de l'institution de la Maison corn- trats, sa justice, ses revenus, sa milice. Quand le
mune : christianisme fut devenu dominant, les évôqucs
« On ne saurait fixer l'époque de cet établis- eurent leur place dans ce corps, et recurent des sèment qui doit être fort ancien. Les villes, sur- empereurs le titre de Défenseurs de la cité, toutout celles qui étaient frontières, se trouvant chante magistrature qui sauva plus tard la liberté obligées de se défendre par elles-mêmes, se sont des villes municipales. Ni les Wisigoths ni les fait des statuts, tant pour la police que pour le Francs, maîtres de l'Aquitaine, ne changèrent militaire. Cet ordre établi a donné l'origine des rien à l'administration des cités. Les Francs, surcommunes. Quelques villes les avaient fait con- tout, trop barbares pour avoir des idées d'orgaflrmer par nos rois dès le XII* siècle, ou peu do irisation, et, du reste, pleins de respect pour les temps après. On ne peut pas douter qu'Angou- évèques qui avaient favorisé leur conquête, no lême, place alors forte par sa situation, n'ait été virent dans l'occupation des provinces que le attentive à pourvoir à sa conservation pour se droit de la domination militaire qui allait à leur maintenir dans sa fidélité inviolable envers nos génie. Ils placèrent doue dans les cités, des rois. 11 ne lui suffisait pas que ses habitants fus- comtes ou gouverneurs chargés de représenter le sent braves, il fallait qu'ils fus>eut bien conduits; peuple vainqueur, mais ils laissèrent a la cité sa elle avait besoin d'un chef. C'est ce qui a donné puissance, ses lois, sa justice, lieu aux élections des officiers municipaux, et a Celte forme gouvernementale de la cité subh formation de la Maison commune. On ne sait sisla sous les deux premières races, sans de bien point quelle en était la forme ni les statuts, avant notables modifications. Les comtes ou gouverles privilèges accordés par Charles V. Peut-être neurs étant amovibles, n'avaient aucun iutérèt à n'étaient-ils que de simples usages non écrits, détruire un ordre établi dans lequel leur puis- Cependant on est persuadé qu'il y avait un chef sauce ue trouvait point d'entraves, et une compagnie préposée pour veiller aux af- Nous pouvons donc penser que le Municipe foires de la ville 1 .» romain, placé d'ailleurs sous la tutelle de l'é-
En adoptant complètement la pensée de Vi- véque, se perpétua dans notre cité jusqu'au mogier, je lui donne beaucoup plus d'extension ; et ment où les comtes, profitant de la faiblesse des bien loin de restreindre comme lui l'institution rois et des malheurs de l'invasion, se rendirent de la commune au besoin des habitants de se dé- héréditaires. Dans beaucoup de villes, les liberfendre en temps de guerre, j'en fais remonter tés du vieux Municipe romaiu disparurent saus l'origine aux institutions muuicipales des cités laisser de traces. Les comtes organisèrent autreromaines, ment leur administration. Les magistratures plé-
Nous avons dit ailleurs qu'Angoulêmc fut la béiennes firent place à des dignités qu'ils confé-
première des quatre grandes cités, qui, avec rèrent à des officiers nommés vicomtes, vigiers,
Bordeaux, leur cité métropole, formèrent, vers vicarii, prévôts. Les guerres continuelles des
la fin du IV e siècle, une des dix-sept proviuces comtes, d'abord contre les Normands, pendant
des Gaules, sous le nom de seconde Aquitaiue*. un grand uotnbre d'années, puis contre les sei-
• v igier (le la Pile, chap. n, pag. «o. gneurs, que fit surgir l'organisation féodale, lais-
• Sout. prov. h eirit. GaU. sent à penser que chaque comté devint un petit
état gouverné militairement. II ne nous reste pas le moindre document, dans notre histoire locale, qui puisse nous apprendre ce qui subsista des vieilles coutumes municipales de la cité, sous la domination des comtes héréditaires d'Angoumois.
Je ne donnerai donc que bien timidement, et comme une conjecture, qu'ils ne détruisirent pas entièrement Ira formes administratives du passé. L'historien des évêques et des comtes d'Angoulèuie qui vivait au milieu du XII* siècle, racontant avec la simplicité d'un chroniqueur les événements qu'il avait recueillis, donne constamment aux comtes les noms de comtes, de princes*, jusqu'au chapitre XXIX' de son histoire. Mais à partir de cette époque qui répond à 1028, il leur donne indifféremment le nom de comtes et de consuls : « Aldoin, après la mort de son père Guillaume, tint le Consulat pendant quatre ans, et mourut*. » Au chapitre XXXII, en parlant de l'évéque Guillaume qui était Dis de GeofTroi, comte d'Angoulème, il dit qu'il eut pour père GeofTroi, consul*. Ce terme lui devient tellement familier, qu'il l'emploie presque constamment : o Idem consul magnas guerras habuit cum Fulcone et Gaufrido fratribus suis... * » Les villes voisines, Périgucux, Limoges, avaient alors leurs maires, leurs consuls, leur communauté indépendante de la puissance des comtes. Celui d'Angoulème n'aurait-il pas consacré dans sa personne, sous ce titre paciGque de consul, la première charge de l'administration municipale, et toujours comte, c'est-à-dire gouverneur militaire pour le dehors, n aurait-il pas tenu a honneur d'exercer la magistrature municipale dans l'intérieur de la cité? Le langage de l'historien doit avoir sa signification ; car il est conlempo-
' Hht. font. H corn. Engol. possim.
* Ipso vero Auduinus i>osl morlcra Guillermi patris sui quatuor «aiinis consulatum lenuit et mortuus est. » Hisi. pont, et eom. Engol., cap. XXIX.
' « Paire Gaufrido consulc. (W., cap. xxxu.,1
* Hist. pont., cap. xxxnii.
rain, et ce serait bien peu connaître l'esprit formaliste du moyen âge, que de supposer que celte dénomination de consuls, de consulat, ait été employée concurremment avec celle de comtes et de eotnlé, sans un motif grave tiré des fonctions mêmes dont ces noms rappellent l'idée. l*ne charte de S. Cybard, vient à l'appui de cette opinion ; elle porte qu'elle a été faite du temps de l'évéque Guillaume et do Foulques, son frère, consul du consulat d'Angoulème 1 . Une donation de Gcoffroi de Kancogne, de 1147, est datée du règm-* de Louis, roi de France et duc d'Aquitaine, Guillaume Taillefer occupant le consulat*.
Si je n'avais eu que cet indice, je ne l'aurais pas mentionné, mais je le corrobore par d'autres faits.
Nous trouvons dans Corlieu le passage suivant d'une grande importance : « J'ay leu que les habitants d'Engolesme firent entrée à la royne (Ysabcl), et que leur maire nommé Hélie d'Aurifont, lui présenta les clefs de la ville 8 . » Quoiqu'il soit positif que dans aucun monument écrit antérieurement a la concession des privilèges de 1372. le nom de Maire ne se trouve employé, le fait du chef du corps municipal présentant les clés de la ville n'en subsisterait pas moins.
Il est tellement probable que l'organisation communale était en vigueur en 1218, lors de l'entrée de la reine Isabel dans la ville d'Angoulème, que je trouve vers ce même temps un grand nombre de chartes dans lesquelles les habitants d'Angoulème prennent le titre de citoyen. Tue transaction du mardi après la Toussaint, 1247, commence ainsi : Petrus Minia civis engùlismensis cl Barthnlnmeus filius ejus. unirenis présentes litteras inspecturis... 4 .
Dans un dénombrement de 1264, sous le pe-
1 Carlul. S. Cyb., pièce 158.
» Cartul. S. Cyb., pièce 15!).
» Recueil en forme d'hist., pag. 73, * cdii.
'Cartul. AAA S. Cyb.. pièce 1».
fit— fils d'Isabel, il est Tait mention de Guillaume raconte avoir vu démolir. La porte par laquelle Martin, citoyen dAnyouléme 1 . on sortait de la cité au levant, s'appelait Périmai recueilli plusieurs de ces qualifications gorge. Le nouveau quartier bâti en dehors de antérieures et postérieuresaux privilèges de 1372. cette porte s'appela la ville, et plus tard fut à son Commeut des habitants d'Angoulème eussent-ils tour entouré de murailles. La vieille ville conpu recevoir la qualification de civis dans des actes serva le nom de Cité. De môme que l'on distinpublics, à côté des autres habitants qui ont celle guait à Périgueux la ville de la cité, de mémo de miles, donzenu$,parochianus, si la cité, c'est- on désignait séparément la ville et la cité d' Anà-dire une administration intérieure avec ses gouléme. Outre toutes les Charles qui disent privilèges, n'existait plus? constamment « la ville et cité d'Engolesme, » Jean deTyradoset ItierEyraud, citoyens d'An- j« P uis rapporter le traité de Breligny du 8 mai youléme, font une donation à S. Cybard, datée 1360 : " La citée et le chastel d'Kngoiisme 1 » du lundi après la sainte Catherine de l'an 1354*. Postérieurement aux privilèges de 1 372, dans Pierre Serment et Laurencie, sa femme, ci- une donation faite a S. Cybard, de 1377, il est loyens d'Anymilême, font une donation à S. Cy- fait mention de Hélie de S. Laude, citoyen d'Anbard, scellée du sceau aux contrats pour le roi, youléme. *.
en date du 25 août 1 36 1 ». Pierre Serment u'csl Ce n ' cs t qu'à la fin du XIV» siècle que je com
qu'un simple artisan, seclor pannomm , mais il est monce a trouver le titre de Bourgeois d" Angou-
membre de la cité, par conséquent homme libre, Iftme > Buryenses Englme*. Jusque-là c'est tou-
ne relevant que de la communauté dont il fait j<> urs t,m
partie. Ils habitent la vieille ville, le terrain pri- 11 n 'v ai,ra P>»s de doute sur l'existence de la mitif de la cité, près de la Petne, in Pagina corporation de la cité au moyen âge, si nous la commoruntes. Cette vieille ville a été distincte de trouvons recevant des lettres de convocation du la nouvelle jusqu'aux derniers temps. La cité roi de France, et lui envoyant des députés. Or, d'Angoulème, la cité Romaine, c'était tout le en 1308, avant que Philippe-le-Bel fût entré eu plateau depuis Beaulieu jusqu'au château, et au possession de l'Angoumois, du vivant du dernier Chàtelet. L'enceinte de cette cité, a larges as- comUi Guiart, une lettre de convoc ation est adressises romaines placées sans ciment, telles qu'on »* e aux habitants d'Angoulème, au sujet de la en voit encore des fragments à la base des rem- K me affaire des Templiers. Onze des principaux parts du Nord, après avoir suivi l'escarpement citoyens, qui probablement composaient le coucirculaire des rochers depuis le Chàtelet jusqu'à sei! de villt '' 50 réunissent, et donnent procural'entrée de la place du Parc, se joignait au cbà- lion a dcux députés. Voici cette pièce dont l'oriteau par une muraille épaisse, dont Desbrandes a P nal 681 aux archives du royaume : vu des fragmente en 1775, et du château se con- * l'niversis présentes litteras inspecturis F. de tinuait au levant jusqu'au Chàtelet, par une autre « Monleberulphi », P. Bernardi, J. de Bardomuraille de construction romaine que Corliéu * nello, J. Aysconis senior, AymericusPoscaldi.
1 Cartul. AAA S. Cyt».. pièce Ï9.
1 Jolianncsde TinnIoKio et Vlherius Eyraudi cives Engol. Cartul. JJ S. C>j>: pic-c-iti.
* l'niv. pr. s. lin. ir,s|». îvirus Sermeniis seclor pannurum Eugte et Laureix ia ejtis mur cives Engto, in Pagina commorantes. Cartul JJ, pièce S30.
' Rymer fW.. loin, vi, pag. 2-1 S.
• liiu r domos Helic de Sartclo Laudo, civis Englm. Cartul. JJ. pii'.rc 9.
' Cartul. JJ, pièce 8.
» Je trouve dans une chai le île 131 : V< »ru» ( /e MvhtrU rulphi ciris Engol.
« Amaldus Chounelli. P. de Broccia. Nicolaus « de Tyrados, Beniardus de Manhaco, Helias « Parenlis et Artialdus Garnerii cives Engolm. «Salutem iu domino. Noveriut uuhersi quod « nos pro nobis et concivibus nostris. ad instan- » teni convocatiouem Turoo. faolani per illust. « dominum nostrum regem Francorutn super « facto Templariorum..., Procuralores noslros « facimus Mag. Petriim Mororii clcricum et Pe- « trum Verdel concives uostros... Datum die « marlisin festo beatiEutropiimartyris, M.CCC. « octavo 1 . »
Les onzes citoyens d'Angoulème qui envoient leurs députés à Tours, auprès de Philippe-lc-Bel, doivent avoir pour chef un maire ou consul qui reçoit la lettre de convocation, et réunit les membres du corps administratif. Alors les conseillers en leur nom, et au nom de leurs concitoyens, choisissent leurs fondés de pouvoir. C'est la forme antique du Municipe romain se perpétuant a travers le monde féodal jusqu'au XIV* siècle.
La réunion de l'Angoumois à la couronne, sous Philippe-Ie-Bel, dut favoriser le retour de la cité a ses institutions primitives. L'ancienne organisation reprit toute sa vigueur. Mais elle avait à redouter les empiétements des gem du roi, comme ou disait alors : sénéchaux, prévôts, gardes du scel, qui, par leur charge même, devaient tendre à accroître leur puissance au dépens de celle de la corporation des hommes libres de la cité. Il n'y avait qu'un seul moyen de se maintenir contre les légistes, c'était une dépendance immédiate de la Couronne. Quand tous les grands possesseurs de fiels relevant immédiatement du roi trouvaient dans ce litre seul leur
« Arcli du roy, carton 1 41 S, pièce i!H. Elle est scellée du sceau do Jean Doyen d'Anpoulemc, et du sceau aux contrats du comte (iuiart ; le sceau de ce dernier consiste en un écusson à 9 bui elles, entouré de branches de chérie à gauche et de fougèns à droite. Légende fruste : + CONTRA S. AD CONTRACT....
omjmkstalf:
liberté, il est naturel que les villes cherchassent cette égalité avec les grands vassaux, et conservassent leurs lois, leurs coutumes locales, leurs privilèges, au pris d'un hommage qui, ayant un caractère noble, les exemptait des tailles et des impôts autres que le service noble, c'est-à-dire le servico militaire. Si la couronne acceptait ce vasselage, les lettres émanées de la chancellerie royale devenaient un titre précieux qui les mettait à l'abri des tentatives des gens du roi contre les libertés municipales. On conçoit dès lors combien les villes devaient tenir à cette dépendance noble qui consacrait leurs immunités, leur droit de corporation.
Les habitants d'Angoulèmc obtiennent du roi Jean cette charte appelée grâce, G BATI A ; elle est de 13S4. Leur existence de corporation désignée par le mot univenHas y est formellement promulguée. Placée immédiatement sous la protection royale, la ville ne relève que do lui, traite avec lui, sans intermédiaire, par ses députés et par conséquent demeure, pour tout le reste, maltresse do son administration intérieure, de ses revenus, de sa milice.
Voici cette charte importaute dont aucun de nos historiens n'avait fait mention et qui achève de nous faire connaître l'état de la ville d'Angoulèmc avant l'organisation communale sous Charles V.
« Johannos Dei gratià Francorum rex, ad per- « petuam rei memoriam. Regalem exccllentiam « decet illis inquibus fidelitas et pure devocionis « conslaucia inviolabiliter experitur se red- * dere graciosam et corum petitionibus preser- « Um quas a liminc gratie factibilis débita con- « sideratio non excludit inelinare bénigne. No- « tum igitur facimus univtrsis presenlibus et « futuris quod ad supplicationcm dileclorum et « Gdelium nostrorum uuiversitatis et habilan- « tium civitatis et viltarum comitatûs nostri Enk golism. Quibus premissa novimus suffragari « affectantes suh nostro successorumque nos-
DE LA
« trorumregum Francorum regimiue perpctuo « gubcrnari. Nos pro nobis et suwessoribus « nostriset noslri délibérations consilii, nostra ci « regni ooslri ulilitate pcnsata, conccssimus at- « que concedimus aucloritatc regia, de gratia « speciali, per présentes, quod ipsi et successo- « ressui ac prediclus coniilatus cum ejus perti- « nojiciis universis et singulis sub nostro el sur> « cessorum noslroiuin regura Francorum se- « nescallorumque et aliorum justiciariorum « uostorum regiorum reginiine immetliale per- « petuis temporibus guberoentur, quodque dic- « tuin comitatum seu ejus domitiium et juris- ■ dicliouem in toto vel iu parte iu aliam vel alias « personani seu persouas qualescumque cujus- « etimque coudiliouis aut status existant nullis « utiquau temporibus transferainur. Quod ut « firmum et stabile perseveret in futurum, si- « gUlum nostriun presentibus litteris duximus « apponendum, nostro in aliis et alio in omni- • bus jure salvo. Datum Parisus, anno Domini « M". CCC. quinquagesimo quarto, uieuse Maîi. « Per regem in consilio suo quo vos oratis. P. « -Blanche! *. »
Ces lettres do gràco avaient une haute gravité pour la ville d'Angoulèrae. Elles sont surtout dipiesde remarque, on ce que les rois do France mettaient ordinairement ù prix leur protection, et ne l'octroyaient qu'à la condition de redevances mentionnées dans les lettres elles-mêmes. Jci rien de tout cela. Les habitants de la cité .ainsi que ceux des villes du comté se trouvent placés par rapport au roi, dans le même rang quo les grands vassaux de la couronne * ; les faits ne
1 Arcb. du roy, Trésor des Cuart., reg. txxxn, pièce ix, xx, irn.
•On ignore quelles furent les villes rie l'Angoumois qui proûlèmH de ta charte du comle Jean, en h? plaçant sous son vosselage immédiat; ce qui est certain c'est que, jusqu'au seizième siècle, plusieurs localités étaient organisées avec des franchises communales. Il serait impossible d'entendre autrement plusieurs passages de Corlieu et de Jean Bouchet, qui parlent « de* eommmet du pays. » (Corlieu,
IARENTE. HS
tardent pas à se trouver conformes à ce droit. Quand, par le traité de Bretigny, Angoulême fut comprise dans les villes cédées aux Anglais, les habitants refusèrent formellement d'obtempérer aux ordres du roi, se fondant sur leur privilège de ne jamais être transportés sous une autre domination que celle du roi : il fallut des lettres spéciales de jussion auxquelles ils obéirent
En li>67le prince de Galles, ayant voulu lever un impôt sur toute l'Aquitaine, tint diverses assemblées où les barons et les députés des villes comparurent. Dans celle de Niort, les barons du Poitou, de la Saiutonge, de l'Aimis, du Limousin et du Kouerguc paraissaient disposés a consentir à la taxe demandée par l'Anglais, mais il trouva de l i résistance dans les autres seigneurs, particulièrement de la part des comtes d'Armagnac, de Comminges et de Pèrigord. Dans une autre assemblée tenue à Angoulême, au sujet de cette taxe : « ceux de cette ville, dit Froissart, maintenoient que jà n'en payeroient, ne jà en leurs terres souffrir ne le pourroient, et mettoicut en avant qu'ils avoienl ressort en la chambre du roi de France. » On sait que malgré cette opposition des États et les conseils de ses serviteurs les plus Odèles, le prince de Galles no laissa pas de lever cette taxe qui Tut appelée fouaye, parco qu'elle était un impôt de dix sols tournois par chaque feu, ce qui fut l'occasion du soulèvement général de l'Aquitaine contre les Anglais.
Tel fut le sort do la cité d' Angoulême jusqu'au moment où, libre du joug étranger, elle obtint de Charles V, en récompense de son empressement à se remettre sous la domination de
pag. âG, V édit.; — Bouchet, Annal. JtAquit., récit de l'insurrection au sujet de la gabelle.)
1 Kt saiyvant ce traité, manda le roy de livrer les villes aux Anglois; mais les habitant d'Kngolesmc disoient que ja rien n'en broient, et fallut que le roy leur en escrivist île rechef, et enjoignis! très expressément do ce faire : les lettres patentes adroissanlz aux maires jurez université et habitants sont au trésor de ladite ville. (Corlieu, Aecueti, |>ugo 110.)
116 STATISTIQIEJ
la Franc»*, une charte île commune sur le modèle de celle qui avait été accordée aux villes de Rouen et de Saint-Jean d'Angély en 1201.
La charte communale de Charles V apportait à Angoulême un douhle bienfait : d'abord la confirmation de sa corporation municipale , ensuite des privilèges particuliers. Les plus importants de ces privilèges, soit qu'ils fussent déjà en coutumes, soit qu'ils fussent nouvellement octroyés, étaient les franchises de la banlieue le droit de contraindre les seigneurs et les hommes de leurs fiefs à deux lieues autour de la Ville, « au guet, garde et réparations des murailles » , la justice criminelle, la police intérieure 4 , la liberté des mariages et des testa ments. .
, Quant au privilège de la noblesse, accordé . plus tard aux échevins et aux conseillers, Yigier fait Ja remarque suivante : « Les habitants qui composaient ce corps n'avaient pas besoin de s'informer s'ils acquéraient la noblesse héréditaire par l'échevinage, ils en avaient une per- , sonnelle; aussi voyons-nous qu'ils demeurèrent , là-dessus dans l'ignorance de leurs droits, con- . lents de travailler. à transmettre leur fidélité et . leur vertu à leurs descendants. Ils ne cherchaient point d'autres titres d'honneur : ils commencé-
' La Hgo<: servant de délimitation à la banlieue «'-lait marquai; par quatre croix et d'une c roix <i une autre. Sur
- deux de ces rroix se trouvaient sculpté»* l.s armes de la • Tyiç, et, au-d<*-ous, unévusson portant un pal chargé de
trois hermines. Sous la souche d'une autre il y avait celte inscription : u Jusqucs icy sVU-tidenl les lionics et limites des franchises de la ville d'AnR»ulesme. » Oit- croix était entre la commune d'Angouléme et la pamissr dePuyux ver», sur les Chaumes, et s'appelait la Cn.is de la Nauve tu Cragc ; celle .le S. Cybard s'appelait la Croix - Maillaux. (Arch. de Thoicl-dc-ville d'Ang.. caïf^ n. n< 5.) ? le puis citer comme un chef-d'œuvre d'oiduiinana: de
- police les statuts du S7 mars 15i9, portant ce titre : « Slatuz et ordonnances sur le laict de la pollico de la ville, cité, laulxbourgs et banlieue d'Angoulesmc. qui ont e é publier par commandement de MM. les maire, eschevins, conseillers et pers de la dilte ville. (Arch. de l'hôlel-de-ville d'Ang., reg. II.)
JOSt'MLNTALE
rent à se réveiller sous Louis XII. Peut-être voulut-on les inquiéter là-dessus. Ce prince, par ses lettres du 10 juin 1507. accorda, autant que besoin serait, à vingt-cinq de ce corps, la noblesse héréditaire sans psi ver smeune finance, avec pouvoir de tenir fief et de parvenir à l'ordre de chevalerie »
Le corps-ile-villc se composait de cent membres : un maire, deux échevins, douze conseillers et quatre-vingt-cinq pairs (ou pers, comme portent les registres). — Les assemblées du corps-de-ville s'appelaient mczées; le maire et les douze échevins, selon les statuts, devaient se réunir deux fois la semaine pour les affaires de la Mlle; en matière douteuse ils devaient appeler autant de conseillers qu'il leur plairait. Le maire, les échevins, les conseillers devaient se réunir le samedi de chaque semaine , et ce même jour, chaque quinzaine, le corps entier devait tenir mezée. Quiconque, avant l'heure de prime, manquait de se rendre aux jours indiqués, payait 5 sous d'amende s'il était échevîn, 3 sous s'il était conseiller, et 2 sous s'il était pair. Même amende pour celui qui sortait sans la permission du maire et sans une raison légitime. Celui qui voulait s'absenter devait en demander la permission en mezée, et l'on choisissait un suppléant jusqu'à son retour. Si quelqu'un interrompait le maire pendant qu'il parlait ou le troublait pendant qu'il écoutait quelqu'un, le maire devait lui imposer silence ; et s'il continuait à troubler celui qui parlait, il était condamné à 12 deniers d'amende.
Je ne m'étendrai pas sur une multitude de poinîs curieux de ces statuts qui reflètent les mœurs du moyen âge ; on peut les lire imprimés à la suite de Corlieu. Le plus important est celui-ci : Si une femme est convaincue d'être chicaneuse et médisante, elle sera liée par une corde sous les bras et plongée trois fois dans
1 Voir le chap. vi de Yigier de la Pile sur le corps-de-vUle d'Angrtulëme; il contient des détails irès-inléressants.
DE LA Ct
l'eau '. Je mentionnerai seulement la forme de l'élection du maire :
« Chascun an, le dimanche devant Pasques fleuries, que l'on chante en la saiucte église Judcca mk, le maire, iceluy jour, par le commandement qu'il fait à ses sergens, font sonner, à journée baulte, le grand sain de la commune bien lalent d'une lieue ; ct, sain sonnant, tous les esche vins, conseillers et pairs do la commune, viennent en escbevinage, et quand le sain est achevé de sonner, le maire, les escnevins , conseillers et pers s'en vonl en eschevinage en leur lieu secretère, et illecques assis ainsi que les sièges le portent, c'est à sçavoir le maire en son siège, les eschevins au plus près de luy et les conseillers emprès et les pers en leur ordinaire ; le soubs maire devant le maire, au milieu de tous, convient en droit nombre pour faire maire.. Ceux cent ainsin assemblés, le maire... prend le papier de la commune où sont tous les noms dudit nombre de cent, et devisent à tous la manière qui se peut faire, en trois manières : la première par la voix du Sainct-Ésprit , c'est-àdire que, s'il y a aulcun preud' homme qui, de la volonté de Dieu et de son mouvement, dit :
Beaux seigneurs, s'il vous sembloit à tous que bien soit, le Sainct-Esprit m'a donné en volunté de vous nommer trois personnes pour être de trois l'un Maire. . La seconde manière de faire élection est par voye scrutive, c'est à sçavoir que chascun en devise trois, tels comme bon luy semblera, et les mette en escript ainsi comme chascun les devise, sauf tant seulement le maire qui encore est ; et le maire qui a esté l'année paravaut et le soubs maire tant scullemeut sont en un lieu privé où u'a ames fors que eux , et viennent à eux illecques l'un après l'autre et quand chascun en a dit sa volunté ct il est mis par escript, lesdits.... regardant leur escript bien et
1 « Si fa mina com incatur etse Utigiom tt maledica alli~ ifabitur funt aubier wictlltu tt ter in aquam projicietuf. » l'rivilùge» de la ville d'Ang., a la suite de Corlteu, pbr. 8.
IRENTE. H7 diligemment et ceux trois à qui ils ont donné plus de voix, ils prennent ceulx trois noms et rompent alors l'escript qu'ils ont fuit alin que nuls ne puissent avoir haine, et ce fait s'en viennent arrièro à leurs sièges, et reprend adoniques le maire le parler en disant : Beaux seigneurs, nous avons élection ; loué soit Dieu ! c'est a sçavoir tel ct tel.... La tierce manière d'élection est par voye de compromis, c'est-à-dire que le maire prend d'iceux pers tels quatre comme il lui prend à plaisir et ceux quatre.... lui font serment sur les Saints Evangiles Nostre Seigneur, que bien et loyaument ils nommeront t t ordonneront trois bons hommes suffisans pourquoi l'un puisse être maire,.... ces quatre prennent deux conseillers comme bon leur semble.... qui prêtent aussi serment.... Ces six ensemble prennent encore deux eschevins auxquels le maire fait prêter serment comme aux aultres ... et quand tous les huict sout assemblés ils regardent.... trois bons hommes pour quoy l'un des trois soit maire, ct quand ils sont tous à un accord, ils apportent et nomment au maire, en présence de tous, les trois qu'ils ont esleus, et tantost ce faict, celluy mesme jour, le maire les va présenter au sénéchal ou à son lieutenant par la manière que dit est, cl lors le sénéchal ou son lieutenant en prend l'un des trois esleus et le faict maire, et lui faict faire le serment. Et ce faict, sans plus attendre, le maire qui encore est en son siège appelle à soi le maire nouveau eu lui disant : (Sire), vous me ferez le serment que nos prédécesseurs ont accoustumé à faire s'il vous plaist, puisque monsieur le sénéchal vous a prins et esleu pour maire et alors il s'agenouille et faict le serment par la forme et manière qui s'en suit. C'est à sçavoir que tout premièrement il gardera l'honneur et le droit du roy cl lui promet porter à luy foy et à son hoir masle, à vie et à mort, en telle manière que, ce il peut appercevoir homme qui le voulut grever en son droit, il feroit son pouvoir de le destourner, ou le feroit
tia STATISTfOtiE
k sçavoir aux gens le roi au pluslost que il pourrait, et que il gardera la ville d' A ngou lesmc à lui, à son hoir masle, bien et lovaumeut et fera droict aux pauvres et aux riches et gardera les loyaux établissements de la commune et nul mauvais n'y alignera à son essiens, et porpéluelloment il fera obéissance aux maires ses successeurs comme homme de commun et que tout ec que son prédécesseur ou prédécesseurs aura ou auront commencé ô l'asseutement d'un commung il accomplira à son pouvoir ou le délaissera k l'assenternent du coinmung ou non aullre» ment. Lequel serment ainsy fait, le prend par la main et le met en son siège où il estoit.... 1 »
Les privilèges de la commune d'Angoulôtne furent souvent un sujet de jalousie pour les comtes : on trouve dans les archives de l'hôtel— de-ville d'Àngoulème un concordat entre le comte Jean et la commune *. Les gens du comte se plaignaient « que les maires, eschevins, pairs ou « leur juge d'eschevinage prenoient connoissance « de tous les cas des mannns et hahitans soit en « action personnelle, mixte et criminelle, qu'ils a fdisoieotdesédicts, criées, proclamations, qu'ils « levoient deniers de barrage et de souchet pour « l'entretenement des murailles , portaux et en- « tréesde la ville, qu'ils étendoient constamment « leurs dits privilèges au détriment des droits de « mondit seigneur le comte ; sur ces eontens et « débas meiw ou en espérance d'eslre meus après <■ l'examen louchant l'usance, » le concordat a lieu, ainsi qu'il est relaté dans différents articles qui maintiennent les privilèges, mais qui les restreignent on divers points. Il fut «donné otfaict aux gratis assises d'Angoulcsme qui commencèrent k tenir le premier joui de juing l'an 1466. »
Ce fut bien pis au dix septième et au dix -huitième siècle. Le pouvoir absolu détruisit peu k peu les libertés municipales, et, ce qui est plus
' Priv. d'An»., p. 20-lt.
«Arclnv. de riiAlckle-ville d'Ang., ivg. l.en parchemin, in fol.un. U«-16!Î7.
honteux, trafiqua des charges honorables des
corps de-ville. La monarchie fut ingrate ; elle oublia que, dans les moments critiques où l'aristocratie, soulevée contre elle, fut sur le point de renverser le trône, elle avait trouvé sympathie et force dans oes bonnes villes qui la protégeaient derrière leurs hautes murailles. Louis XIV ne se souvint pas longtemps qu'Angoulême, le plus fort boulevart de l'Aquitaine , avait résisté k toutes les sollicitations des Princes, lui avait ouvert ses portes ot s'était maintenue fidèle k son servie»; ; lui-même, lorsque le corps-de-ville lui avait fait offrir cent cinquante hommes qu'il s'obligeait d'entretenir k ses dépens tant que durerait la guerre , n'avait pas cru s'abaisser en écrivant k ses durs et Irien aimés kstschemm et habituas tic la ville d' Anr/nulasmc une lettre de renierciment pour cette offre , qui fut très-agréable à la cour.
En 1689 les habitants d'Angoulème oflrrrenU Louis XIV un régiment d'infanterie composé de quinze compagnies. Par lettres du 22 juillet datées de Versailles, le roi remercie les habitants : « Nous avons accepté cet offre bien volontiers et nous vous faisons cette lettre pour vous téntoimoiguer le gré que nous vous en savons *. »
Celte fidélité k la couronne était tellement dans le coeur des habitants, qu'ils s'exposèrent plusieurs fois à méoontenlor les rois plutôt que de céder k des exigences qu'ils savaient arrachées aux monarques par la nécessité. Les historiens du temps nous apprennent que, lors de la trêve entre les princes et Henri III, eu 1B7«, comme Angoulémc devait être une des places de sûreté données au prince de Condé, les habitants refusèrent d'ouvrir leurs portes au duc de Montpcnsier, commis de la part du roi pour mettre le prince en possession de cette ville.
P. de S. Romuald et d'Aubiguy racontent que Philippe de Yolvire, baron de Ruffec et gouver-
• Archiv. de l'bôtel-do^ille cr. Ang , carton D, n» ».
neur de la ville, usa dans cette circonstance d'un plaisant stratagème : Comme M. de Montpensier se présenta de grand matin à la porte du Palet, le gouverneur qui la tenait fermée ainsi que toutes les autres, ne fit comparaître qu'une vieille femme d'une haute stature qui, pour toute réponse aux questions du prince, ne lui dit autre chose sinon qu'elle faisait ses affaires. Le roi ayant appris ce qui s'était passé du la bouche du seigneur d'Argence, en conçut tant do plaisir, qu'il pensa en mourir de rire *. Malheureusement Philippe de Volviro étant allé quelques années après à la cour, fut cruellement assassiné dans son bétel , par les ordres de quelques puissants intéressés dans cette affaire *.
» Les archives «le l'biMel-de-ville contiennent une pièce très-importante sur cette affaire, c'est un arrêt du 9 juillet 1578. Les préliminaires de l'arrêt disent que « toutefoys les « choses se sont passées de façon pour quelques craintes « qui lors estaient dans l'oppinion de cculx qui estaient
■ dedans icelle vill», que notre dit cousin (le duc de Monl- « pensier) n'yauroit peu ou voulau entrer.» On y voit que « les gens des trois estais du pays d'Angoulmoys oui esté « appelés pour venir respondre sur telles fins et conclusion « que noslre procureur général enlendroil prendre ù l'en- « contre d'eulx; que le sieur de Ruiïec, lieutenant-général « audit pays, acrni paru. Le roi déclare que tout ce qui s'é- « toit pasec tant de la part dudil sieur lieutenant général « sieur de RufTec que des manans et lubitans do ladile « vile et pays n'a esté pour nous désobéyr ni aucunement « contrevenir a nos voulloir et intention ains pour une « home et entière dévotion qu'ilz porloieiit à noslre ser- « Tice, au bien d* cet estât et couronne ; et il les reconnolt « pour bons et loyaux sujets. » (Archiv. de riiol.-do-ville, reR.r).
» Les habitatils d'Angoulème payèrent dignement leur deltcde reconnaissance à ce brave gouverneur: Le registre I de la commune porte a l'an 1584 . a El durant icelles « d< ux années , feu M. de RufTec, cydevanl gouverneur et « lieutenant général pour le roy ou pays d'Angolmoiset de
■ Samtoiige, décedda en la ville de Paris, ou par advis « d'aulcuns du corps de ladile xille fut escripl par ledit
■ sieur du Treuil (maire) au nom d'iœlteà la dame de Ruf-
■ fec vefve dudit Teu de vouloir accorder aux habitants de
■ ladite ville le corps d'icellui fou sieur, attendu qu'il avoit « esté cydevant leur protecteur et défenseur, qu'ils dési- « roient estre pour cestc occasion gardiensdeson corps; ce « que icelle dame leur accorda et fut kallui dit corps con-
Le maire était le capitaine de la ville 1 ; à ce titre il en avait les clefs et il y commandait. Dans les derniers temps les gouverneurs avaient usurpé le commandement sur le maire.
Dans l'assemblée des Etats du pays d'Angoumois, il prenait la première place de la noblesse, « en ayant tous jours jouy en semblables occu- « rences en qualité de ce que ledict sieur maire a est le premier gentilhomme de la séneschauso sôe*. » 11 parut en effet en cette qualité lors de la publication de la coutume ; il su trouve même nommé, dans le procès-verbul, avant le sénéchal de la province 3 .
La maison appelée l'eschevinage, où le corpsde-ville tenait ses assemblées, était nn gros bâtiment situé & peu de distance de la place du Palet, à l'ouest. Cet édifice, depuis longtemps en ruine, a complètement disparu et a été remplacé par des constructions modernes appartenant à divers particuliers. On voyait encore dans les derniers temps le rez-de-chaussée de la grosse tour ; maintenant il serait mutile d'eu chercher les vestiges. Cette maison relevait de l'abbaye de La Couronne, au devoir d'une paire d'éperons dorés estimés sept sols six deniers, avec une redevance annuelle de deux livres de cire neuve *.
a duit et amène en ceste ville d'Angnulesme et inhumé, as- « si&tatis taules les églises, hahUans île ladite ville, et no- * blesse dudit pays qui l'acrompagnoit, en l'église calhé- « drale Saint-Pierre .1* iceltc ville. »
1 \j' maire réunissail la milice bourgeoise.
En l'année 1542, lors de lu convocation du ban et de l'arrière ban, le maire fil faire nionlru des habitants de la ville, « à laquelle monstre se. trouvèrent t.NOO hommes de def- « feuse bien armés et squippez, c'est a sçavoir, mille et « cinq cens bacquebuliers partie d'iceulx cou vers de cotte « de maille, quinze cens picquiers les aulcuns armez de ■ barcrets, douze cens Ualbardiers, et le reste arUlesticrs, « conduits par quatre cappilaines ou lieutenans dudit « maire.» (Arch. de riiftt. -de-ville d'Ang., reg n.)
•Cette préséance lui fut disputée dans l'assemblée de 1649; il ûl ses protestations, qui furent consignées dans le procès-vert al. (Reg. I, Arch. de l'tié t-Je-villc.)
* V'oy. Vigier.pag. 88.
»Vigier,id.
En teruiiuaut ce qui regarde la commune d'Angouléme, je n'omettrai pas le noble courage que déploya le conseil général de la commune, en 1793; il n'y a pas de trait qui puisse honorer davantage notre pays, parce qu'il prouve les sentiments dont il a été animé jusque dans les jours les plus sombres de la Terreur :
Depuis plusieurs mois le comité de sûreté géné raie retenait les suspects incarcérés dans la tour du château. Par sa lettre du 12 juillet 1793 le conseil de la commune écrit aux administrateurs une lettre pleine de fermeté :
« Citoyens administrateurs , il ne se passe aucun jour que nos concitoyens désolés ne nous demandent avec le plus vif intérêt et à grands cris quels sont les crimes qu'ont commis leurs péres, leurs parents, leurs amis, depuis longtemps détenus et incarcérés. Nous n'avons pas la force de soutenir plus longtemps des reproches si amers ; élevés à la magistrature immédiate du peuple par le choix libre de nos concitoyens, nous devons à leurs personnes, à leurs propriétés, à leur repos, la force et la protection de la loi. Nous devons pleurer sur les infortunés qu'on opprime et vous demander eu leur faveur la surveillance que vous devez a la sûreté et à la tranquilité publiques.
« Nous jouissions dans nos murs, citoyens, de l'union et de la paix qui doivent nécessairement régner parmi les amis de l'ordre et des lois; nous devions cette heureuse harmonie à notre improbalion à tout acte arbitraire et à toute dénonciation frivole, fantastique, vague et irrégulière. A la vérité, cet amour de l'ordre nous a souvent attiré des inculpations bien graves; mais qu'importe au magistrat que sa propre conscience honore et console?.... Nous connaissons votre justice . citoyens administrateurs ; aussi nous vous demandons avec conflaoce d'user de l'autorité que la loi a mise dans vos mains pour rendre ces innocentes victimes à leurs familles éplorées. »
Le directoire du département ne voulut pas
obtempérer à l'invitation de la commune ; alors, par délibération du 20 juillet 1793 (Reg. des délib.. 20 juill. 1793, fol. 173) la commune, arrêta que les détenus seraient mis eu liberté, et l'arrêt fut exécuté le môme jour.
Le conseil de département cita la municipalité à comparaître à sa séauce du 21 juillet pour y rendre compte de sa conduite : le maire, nommé Résilier, répoud au nom de la municipalité par une dépêche pleine de fermeté par laquelle ils déclarent qu'ils ne reconnaissent point aux corps administratifs le droit de les citer a leurs séances, et qu'ils s'applaudissent, du reste, d'avoir mis fin à des peines arbitraires par un acte de justice.
Le conseil du département, par délibéré du 22 juillet, déclare nul l'arrêté de la commune, suspend provisoirement le maire et le procureurgénéral Soucbet , et en défère à la Convention. Les membres de la commune d'Angoulème turent cités a celte terrible barre de la Convention, d'où l'on ne partait, d'ordinaire, que pour l échafaud. Par un décret du 2i> août 1793, six membres furent destitués. L'article 6 porte : « Le « maire et le procureur de la commune d'Angou- « lême, traduib à la barre par le décret du 28 « juillet, sont autorisés à retouruer dans leurs « foyers, et, a cet effet, ils seront mis sur-le- « champ en liberté. »
Honueur à des magistrats qui n'ont pas craint d'exposer leurs têtes pour répondre aux sentiments de justico et d'humanité dont ils étaient auimés envers leurs concitoyens !
t" Commun* ét rmfrtnt.
La communauté des habitants de tlonfolens était administrée par des consuls. Quelle était l'origine de cette communauté ; venait-elle d'un ancien municipe ; était-elle une concession seigneuriale ou le résultat d'une organisation spon tanéeî Les documents me manquent pour l'é-
Ul.lir». Ce qu'il y a de certain, c'est que la avec juridiction de police, à charge de l'homconununc existait depuis un temps fort reculé, mage d'un anneau d'or de la part des maire et Le corps administratif avait le nom de consulat, échevins. Je conjecture que Cognac, durant les J'ai relevé l'inscription gravée sur une pierre in- malheurs des guerres anglaises, s'était organisé
en commune, et que la charte de Charles d'Espague ne fut qu'une conGrmation de cette commune. Rien n'indique que Cognac eût possédé un municipe romain; celte ville n'a dû sa prospérité el sa grandeur qu'au moyen âge ; elle était devenue le séjour favori des comtes d'Angoulême.
Les privilèges de la ville de Cognac furent confirmés en 1391 par Louis d'Orléans, qui reçut le comté d'Angoulémc de son frère Charles VI.
Par lettres de 14*1, Charles d'Orléans, fils de Louis, administrateur des biens du comle Jean, retenu en ôtago en Angleterre, confirma les droits d'octroi dont jouissaient les habitants. François I" et Henri II confirmèrent également ces privilèges. L'hôtel -de-ville de Cognac se composait du maire, du lieutenant de maire, de quatre échevins, de deux assesseurs, d'un procureur du roi et d'un greffier. Tous ces membres étaient appelés officiers municipaux. Il y avait, en outre, le corps des bourgeois. Le maire portait le titre de maire et colonel de la ville de Cognac. Après la belle résistance que les habitants firent, en 1631 , à l'armée du prince de Condé, ils reçurent le privilège de la noblesse pour les maires qui passeraient en charge.
Malgré mes recherches, je n'ai pas pu trouver d'autres traces d'institutions municipales en Augoumois. Laroche foucauld , Ruffcc, Montbron, Murthon, Clialais, Barbezieux , Chàteauneuf,
crustée dans les murs du château vieux de Confolens ; elle porte :
CONSVIJE IB. X.G. I.B.
La date 1614 est accompaguée des armoiries des trois consuls.
Le consulat fut supprimé par l'édit de 1761, qui créait des maires et des échevins pour toutes les villes de 4,500 habitants. Les nouvelles charges, d'abord électives, furent établies à litre d'office par édit du mois de novembre 1771. On trouve la preuve que la ville de Confolcns s'administrait elle-même , dans une délibération prise par les habitants réunis dans l'église de N.-D. de Châteauvieux, selon les usages du temps, pour la fondation du couvent des religieux de Saint- François, appelés Récollets. *
La ville portail trois tours dans ses armoiries ; elle est indiquée dans les anciens titres sous le nom de Confolrns-lcx-trois-T»urs. M. do Verdilhac pense qu'elle devait ce nom à trois tours placées sur le grand pont de la Vienne.
La ville de Cognac, capitale du bas Angoumois, reçut sa charte de commune de Charles d'Espagne, comte d'Angouléme, connétable de France sous le roi Jean. Cette charte est datée du mois de mai 1352; elle porte le droit de com-
mune, la faculté d'élire le maire et les échevins Yi|!ebois > w llWrcnt ^ dûute ^ mu .
dépendance trop immédiate de leurs seigneurs pour songer à se donner une existence de commune. Je conjecture cependant, sans en avoir de preuves, que quelques-unes de ces villes, qui ont été murées au moyen àg.?, avaient leur administrait! communale.
1 La statistique de l'arrondissement de Confolens, depuis longtemps promise par M. Babaud !a Kihicre, contiendra sur ce sujet des documents pleins d'intérêt. Sous renvoyons a ce travail, que le savant auteur se propose de publier prochainement.
* M*, de M. de Verdiibac. ancien conseiller à la cour roy. de Limoges, Solke sur ht Ohlitptitr* tir Confitl™» cl tlrt r«r iront.
Hommes célèbres de YAngoumvis.
Jt an- Louis G tu ut Balzac, membre de T Académie française, surnommé le Restaurateur de la langue française, niort à Angoulême <:n IC'h». Si's restas furunl déposés dans la chapelle de l'Hotel-Dieu d'Angoulème.
Jean- Baptiste Vivies de CjiaîeaI'iirlx, porte tragique, membiv Je l'Académie française, mort rn 177%.
François de Corlieu, chroniqueur du XVI' siècle, célèbre par son Recueil en forme d'lli$toire de ce qui te trouve par écrit de la vilU et de* comtes d'Anyoulcme , mort en i:»70. Son tomWau était dans l'église des Cordeliers.
Benjamin de Daillox, né a LarocliefoucauM, ministre de l'Église réformée en Angleterre, a pul il ié des sermons.
Jacques de Daillok, ministre comme son frère, a écrit différents ouvrages de polémique religieuse.
Jean-Élie Di bots la Bf.rsarde, né c-n I7i«, mort maréchal-de-camp en 1802, s'est distingué par ses services militaires.
Jean Faire, célèbre jurisconsulte du XIII* siècle, né à Roussincsen Angoumois.
Le comte Garsier-la-Boissièrk, né en 1754. général de division, a servi avec distinction, et est mort en 1809. Paul-Thomas des V.aisonsettes, cultiva avec talent la poésie latine au XVII* siècle. Paul-Thomas deGirac, (ils du précédent, littérateur du XVII' siècle, né à Angoulême. IsaacGoiRSAUD, célèbre professeur de chirurgie, né a Chabanais, en I7M.
Jean Hérault de Go» rville, né à Urochefoueauld en 1Gi5, après avoir joué un rôle dans lus affaires importantes du temps, laissa des Mémoires pleins d'intérêt.
Le général Léon elle, né à Puyréaux, s'est distingué dans la guerre de la Vendée. Ayant été défait à Laval, il fut arrêté et renfermé à Nantes, où il mourut de chagrin.
Le marquis de Monlalembcrt, né a Angoulême en I7li, mort en 1802, s'est distingué comme militaire et comme savant; ona de lui d« ouvrages tort remarquables sur l'art de< fortifications.
Sauveur-François Morasd, né à Chabanais, chirurgien distingué, à qui l'on doit d'excellents Mémoires. Il lut, en 1722. membre de l'Académie des sciences.
La qiwtisie, né à Chabanais, célèbre honiculteure, a laissé des Ouvrages sur son art.
Hichard, troubadour du XIV siècle, né à Bai bezieux. On trouve ses poésies dans les Mss. de Ste. Palaio.
Jean-Baptiste Hivaih, brave général, mort jeune, après avoir pris part aux grandes batailles des guerres d'Italie.
Françoise-Alhénaîs de Rocbechoi akt, marquise de Mostespan, née au château de Serres, près dcConfolens, en 1641.
Louis Prévost de Sansac, compagnon d'armes de François 1". (Voir Y Armoriai de Y Angoumois, art. Prbvost.)
Louis de Tekrassok, mort contre-amiral en 1805, s'est distingué dans la manne (Voyez X Armoriai de Y Angoumois, art. Tbrrasson).
Louis dTsmecx, né h Angoulême en 1744, publicisle et littérateur, mort en 1805. F.lic Viket, néàSaint-Modard, près de Barbezkux, écrivain du XIV' siècle.
Je termine ce troisième livre par une savante description des monnaies de l'Angoumois dont M. Eusèbc Caslaigue, bibliothécaire de la ville d'Angoulème, a bien voulu enrichir cette stastistique.
L'élude des monnaies provinciales se rattache trop intimement à l'histoire pour qu'on ne donne pas îi ces monuments une attention toute particulière. C'est pour cela que, me déGaut de mes propres lumières sur une question aussi intéressante , j'ai tenu à m'appuyer do l'autorité d'un numismatislc qui pût émettre sur nos monnaies d'Angoulème un système basé sur les données de l'histoire locale.
Plusieurs circonstances singulières rendent difficiles la classification de nos mounaies.
D'abord il est incontestable qu'elles ont été frappées à la fois h Angoulême et à Périgueux. Le cabinet de M. de Motircin possède un pied-fort dont l'obvcrs a la croix pattée et pour légende : Lodoicvs, et dont le revers a cinq annelets ou œils, et pour légende : Kgoussimf.. Or, des monnaies semblables à ce pied-fort ont été trouvées en grand nombre et se trouvent encore fréquemment à Périgueux et dans les localités adjacentes. D'un autre côté, les chartes et autres titres du Périgord font constamment mention de la monnaie périgourdine. Des documents précis déclarent qu'elle portait pour lype cinq œils. Que
iraient devenues toutes ces pièces périgourdines si elles étaient autres que le Lodoiccs Euolissuie? Il est bien vrai que Hélie, comte tle Périgord, Dt frapper une monnaie en son nom, mais cette monnaie ne porte pas les cinq œils des pièces périgourdines, et elle eut cours très-peu tle temps. Les exemplaires en sont extrêmement rares '.
Ces deux faits, du nombre considérable de Lodoicus Egolissime trouvés en Périgord, et des
Corlieu raconte qu'en 1118. à l'époque de la translation des reliques de S. Ausoue , par Gérard 11, évéque d'Angoulôme, on avait jeté dans le tombeau du saint un grand nombre de pièces de monnaie d'argent. Ces pièces furent trouvées en 1 368 par les protestants qui violèrent ce tombeau. Corlieu dit qu'elles avaient la croix d'un côté et quatre besans de l'autre, avec cette inscription : Loooicvs EœLissiM.t: Or, il estpro-
citiq œils formant, selon les titres, le type de la bable que la monnaie jetée par le peuple dans le
munnaie périgotirdiue , mettent bors de doute tombeau de S. Ausone était la monnaie courante,
que les deniers aux cinq annelels ou cinq œils la monnaie d'Angouléme. D'après cet indice, le
étaient les Périijourdins. Il serait difficile de vrai type angoumoisin serait les quatre besans,
s'expliquer cette bizarrerie d'une province por- œils ou annelets, soit seuls, comme dans le n"7,
tant sur sa monnaie le nom d'une province voi- ou placés autour d'une croisette comme dans le
sine, si l'on ne savait pas que l'Angoumois et le n D 4. C'est cette dernière monnaie qui se trouve
Périgord n'avaient formé qu'un seul gouverne- le plus communément *, et nous en connaissons
ment sous Yulgrin premier comte héréditaire de beaucoup de variétés. Nous avons de ce type le
l'Angoumois. A sa mort, Aldouin et Guillaumeses grand denier, le petit denier et l'obole. Mais ne
Gis se partagèrent le gouvernement du père ; le frappa-t-ou jamais à Angoulôme de pièces aux
Périgord échut à Guillaume. Il est naturel de cinq œils î c'est ce que je n'oserais avancer. Il
penser que le droit de battre monnaie fut con- est positif que le denier d'Angoumois, qui par la
serve par les deux frères; mais le comte de Pé- forme des lettres parait le plus ancien (Pl. des
rigord, qui n'avait pas comme celui d'Angou- monnaies n" 4), a la croisette entourée des qua-
lème un type consacré par le nom de souverain , tre annelels. M. Adrien de Longpérier pense
et connu des peuples, n'osa pas émettre un type spécial au Périgord , et se trouva obligé, pour donner cours aux Periyourdins, de les faire a la légende d'Angouléme : Lodoicvs Egolissime.
C'est l'hypothèse, fort vraisemblable, développée par M. de Gourgues dans une savante dissertation sur les monnaies du Périgord s . Maintenant les cinq œils étaient-ils le type
qu'on peut en fixer la date à la seconde moitié du XI' siècle.
Ce qui n'est pas moins embarrassant dans l'étude de nos monnaies, c'est de fixer à quel prince du nom de Louis peut se rapporter le Lodoicvs Egomssimb. Corlieu pense simplement que c'est le nom de Louis-le-Gros, régnant en 1118, à l'époque où le peuple jeta les pièces à
exclusif des Periyourdins? ou bien les deniers quatro besans dans le tombeau de S. Ausone. aux cinq œils étaient-ils frappés indistinctement Ma' s à cette époque les rois de France u'avaieut à Périgucux et à Angoulèmeî C'est un problème sur le comté d'Angouléme que leur droit de su-»
difficile à résoudre.
zeraineté. Il est donc de toute invraisemblance
1 On n'en connaît qu*un seul que j'ai vu chez M. de Hourtin. C'est un grand eeiiier d'une parfaite conservation. Mais il n'a aucun rapport avec les LODOICVS.
» Annal, agric. el littêr. Ai la Dordogne, t. Il, page 381, t. Ut, p. M et 37.
" Recueil, page .77, 2« édil.
• 1 50 deniers de billon avec ce type furent trouves à Sauçais : ils étaient contenu* dans un vase de U rrc avec d'autres deniers d'Aquitaine. [.Sotice de F. Jouannct, sur linéiques deniers du moyen âge. Bordeaux, l»43.j
que le nom du roi régnant eu France se trouvât sur les monnaies d'une des provinces de l'Aquitaine.
L'opinion de MM. Jouannelel Ardant, que le Lodoicvs est le nom de Louis-le-Jeune, repose : 1 sur la ressemblance des deniers d'Angoulème avec ceux de Louis-le-Jeune, lorsqu'il devint roi d'Aquitaine par son mariage avec Éléonore.
Nous avouons cette ressemblance et nous donnons ( Pl. des monnaies, »• 21 ) une monnaie de Louis et d'Eléonore où le Lodoicvs est exactement semblable à celui des deniers angouuioisins. Mais il ne faut pas oublier que Corlieu nous fournit la preuve que les Lodoicvs Ecolissime sont antérieurs à 1118, par conséquent à Louis-le- Jeune. 2° Pour appuyer son opinion, M. Jouannel soutient que Louis-le-Jeune fut le premier roi de France dont le nom s'écrivit Lodoicvs sur les monnaies; avant lui tous les princes du nom de Louis l'écrivaient avec l'H d'aspiration et le double V, comme lxiuis-le-Débonnaire, Hi.ydovvicvs, ou suni cet H, mais toujours avec le double V. Je ne puis ré|Rïiidrc que l'H d'aspiration et le double V appartenaient à la langue du nord : ces lettres ont du subsister dans les monnaies franques; mais dans le midi, dans les contrées du roman, où le génie de la langue ne connaît ni aspiration ni double V, le nom de Louis, prononcé autrefois Loys, a dû se rendre par Lodoicvs.
L'explication ingénieuse de M. Castaigne, que l'on va lire, donne le véritable mot de l'énigme de nos monnaies. Elles ont élé des monnaies municipales, frappées avec le nom du souverain, sous Louis-le-Déboimairc (d'après Adémar), comme elles l'avaient été avec le nom de la cité et du monétaire ',sous la première race (Plane.
' Augoulètne mit une mommierie sous les deux premières raci s. Les chartes nous ont omaerve le nom de plusieurs monétaires.
Vicier nous apprend que I II Mil de la Monnaie s'appelait la Munnrttc. I) nous a été impossible de le découvrir parmi les antiennes maison^ de la ville.
ONE MENTALE
n" 1). On comprend dès-lors que le comte de Périgord a pu les faire frapjk-r avec le Lodoicvs EtioLissniE. Elles n'avaient aucun caractère de monnaies comtales. C'était simplement la monnaie du pays. M. Castaigne a très-bien vu que le type primitif va s'effaçant à proportion que les comtes parviennent h substituer à la monnaie municipale la monnaie des Lésignans.
Voici la liste dressée par M. Castaigne luimême et précédée d'une note sur le système qu'il a suivi daus leur classification. La plupart des pièces décrites font partie de la collection de M. Castaigne. Il indique où il a trouvé l'original ou la description de celles qu'il ne possède pas.
« Les monnaies d'Angouléine. celles du moins qui ont pour légende d'un côté : Kc.olissimë et de l'autre Lodoicvs, ont élé attribuées à Louis d'Orléans, frère de Charles VI, par Dulty; — à Louis-le-Ilutin , par MM. Cartier et Lecoitttre- Duponl; — à Louis-le Jeune, par MM. Maurice Ardant, Jouannet et autres; — à Guillaume Taillefer, troisième du nom. comte d'Angoulème du temps de Louis-le-Gros , par nous-mème, d'après un passage de Corlieu; — et enfin, par M. Cartier, à Louis-le-Déhonnaire, d'après utie citation du moine Adémar, ainsi conçue :« hkw im/ici-iitt'i- . Lu t vit us tnoiuHtiin Eyolismeiwnt W $aul<i)iirciisi'iii sii'\ Hoittine sculyere jussit.» Cette dernière opinion semble avoir prévalu; elle a besoin cependant de quelques modifications.
« L'erreur de M. Cartier consiste en ce qu'il pense que la concession du droit de monnayage aurait été accordé.' par Louis-le-Débonnaiiv uu comte d'Angouléme , tandis que de nouvelles études nous ont prouvé que, sous la première dynastie de nos comtes, et même antérieurement à son établissement, ce droit n'appartenait qu'à la ville ou commune d'Angouléme dont les institutions consulaires paraissent remonter jusqu'à l'épique lointaine des municipes gallo-romains.
« .Nous considérons donc comme de véritables monnaies municipales toutes celles qui |»orlei)t
pour légende : Egolissimb et Lvdoicv.s, ainsi que diverses localités de l'Angotiiiiois. Jeu t-tlorai
i elles qui les auraient précédées sous la seconde seulement trois dont je prends les noms dans
race et sous la première, telles que la monnaie l'excellente liste que M. Adrien de Longpérier a
au nom de Carolvs, et les deux monétaires dé- donnée dans Y Annuaire de la *<deV> de l'Histoire
crils dans la liste qui suit : de France, /wn/r l'année ISil.
a Le type des monnaies d'Angoulémo consiste Briixaco : Brilhic canton sud de Confolens'i.
ou dans cinq annelets, ou dans quatre annelels 11 n'y a pas en France d'autre lieu ancien . un
autour d'une croisette, ou de toute autre figure peu considérable, portant ce nom ; il était tra-
remplaçant la croisette, comme dans la pièce versé par une voie antique.
n° 8 ; mais toutes les fois (pie le croissant corn- Cahamsio : Chaînais ; arrondissement deCoti-
menec ù paraître, c'est l'indice évident des cf- folens). Lieu célèbre dans l'histoire de notre
forts des comtes de la maison de Lusignan pour contrée, aujourd'hui chef-lieu de canton,
donner à ces monnaies le caractère de monnaies Masu.iaco : Attribué, par M. Adrien de Long-
coinlales; cl nous ne craignons pas d'avancer que périer avec le signe de doute (îi, à Masy ou à
nos institutions municipales s'effacent graduel- Moissac, et |»ar Conbrouse, à Massignac (Cha-
lement à mesure que le type ancien disparaît rente}. J'ai possédé, à une époque où je m'oc-
sous les croissants, plus ou moins multipliés, que cupais fort peu de numismatique, un monétaire
nos comtes semblent avoir pris pour emblème, portant le même nom de Masiciacn du côté de la
N" 1. (Pl. des monnaies), tiers de sou d'or, tète, et au revers celui de Cuildibrms, ou peut-
Obvers : f Ecousima. — Revers: -f Avdericvs être Ciiiu>iericvs. Cette pièce fait partie de la
m. — Poids : 1 , 25 gr. riche collection de M. Rollin, de Paris; elle avait
Celte lecture, duc k M. Adrien de Longpérier, été trouvée dans les environs de Marcillac (au-
rectilie celle douuéc par Conbrouse, dans son jourd'hui Marcillac-Lanvillc}, lieu très-ancien
Calai, rais, dis monnaies nat. de France (122). de l'Angoumois, érigé en principauté en faveur
Les grosses perles placées sur le revers, au de la famille de La Rochefoucauld. 11 y a du reste
bout des quatre branches de la croix, me parais- eu France plusieurs localités du nom de Marcillac
sent être le type primitif des quatre annelels de ou Marsillao. M. Rollin possède un autre moné-
nns monnaies d'Angouléme. taire qu'on peut attribuer avec plus de certitude
N 2. Tiers de sou d'or. Obrers : Ivscola ht. à notre localité de Marcillac; il porte: March
— lievers : Sicarmaws mon. — Poids : 1, 27 gr. liaco du <ôté de la tète, et Aawivs au revers.
Cette lecture, due aussi à M. Adrien de Long- N" 3. Denier d'argent. Obiers : Kcollsiva, au-
périer, rectifie également celle donnée par Cou- tour d'une petite rosace.— Revers : Carolvs en
brouse ( ioî» bis). deux lignes dans le champ. — Poids : 1,25 gr.
L'attribution de ce monétaire à la ville d'An- Attribué à Charlcimignc par Fougères et Con-
gnulèiiiC me parait au moins douteuse, les noms brouse (Deseripi. n" 43, et Calai, rais. n"270;. A
donnés anciennement k notre cité par Ausone ma connaissance, aucune monnaie de ce genre
kulisnn , par l'anonyme de Ravennc (Iculisma), n'a été trouvée dans le pays,
et par Grégoire de Tours (Eeolisma, Eijuolisina N°4. Grand denier d'argent. Obrers : f Kr.o-
el Fgolisnar, n'ayant que fort peu de resseni- mssime, et dans le champ quatre annelets autour
blance avec le mot lascola. d'une croisette. — Revers . f Lodoicvs, et dans
11 existe plusieurs autres tiers de sou qu'on lechampla croix pattée.— Poids : 1,20 ai, 30 gr.
pourrait attribuer avec quelque vraisemblance k II y a des exemplaires où les S sont peu
couchés, d'autres on ils le sont davantage (ss), d'autres on ils sont retournes. Ce dernier, fort beau et d'un argent pins pur que tous ceux qui suivent, est regardé comme le plus ancien.
Peut être serait-ce l'original qui a drt être frappé par ordre de Louis-le-Déhnnnaire.
N* 5. Petit denier. Il est semblable au grand , et pèse 0,80 gr. Les S sont toujours couchés et quelquefois retournés.
N° 6. Obole. Semblable aux deniers précédents; elle pèse 0,30 gr. Même observation pour les S.
N" 7. Petit denier. Semblable aux précédents, mais ayant les quatre annelets sans la croisette; il pèse 0,15 gr.
N° 8. Petit denier. (Un-ers : Egomssimk, précédé d'un annelet au lieu de la croisette initiale; et dans le champ quatre annelets autour de quatre V réunis en losange, et formant ce qu'on a désigné sous le nom de croisette évidée. Revers: + Lodoicys, et dans le champ la croix pattée.
N° 9. Petit denier, Obvers • ; Egolissime, et dans le champ cinq annelets. — Rem s . + Lodoicvs, et dans le champ la croix pattée, contournée dans deux angles opposés de la lettre V et de la lettre S. — Poids : 0.80 gr.
C'est la variété considérée par MM. de Mourcin et de Gourgues , comme la monnaie municipale de Périgueux. Les lettres V et S ont été interprétées de plusieurs manières : Siynum Yit<c, l'A et 11) dégénérés, WilMmus Seclar- frrri , IVsemn, etc, Ces deux dernières interprétations me paraissent les moins vraisemblables.
N* 10. Obole. Semblable au denier précédent.
(Cabinet de M. de Mourcin )
N" 11. Petit denier. Obvers: + Egolissime, et dans le champ, trois annelets et un croissant autour d'une croisette. — Revers : -f- Lodoicys, et dans le champ, la croix pattée. — Poids :
0,75 gr.
Dans notre système de classification , celte monnaie serait la première dégradation du type