‹ Statistique monumentale de la CharenteChapitre 78 sur 120 · L. Entrée du camp · texte numérisé non relu

L. Entrée du camp

E. Seconde terrasse du nord.

Les talus du parapet ont encore 3 mètres d'élévation au sud et à l'ouest. Mais au nord et au sud, il n'y a pas de talus; le camp se trouve défendu par une pente très-abrupte au-dessus d'une profonde vallée.

On remarque au nord une seconde terrasse pour mieux défendre le camp contre ceux qui eussent voulu escalader la colline. Aucun souvenir dans le pays ne se rattache k ce camp.

19* Le camp des Peines, k peu de distance de celui de chez Fouquet. Il est dans la plaine et plus rapproché de la voie antique, mais il est moins fort que celui de chez Fouquet et n'a pas, comme ce dernier, de très-belles fontaines placées k ses pieds, pour l'usage des troupes.

C'est un parallélogramme de 110 mètres de longueur sur 90 ; les parapets ont été abattus en partie ; un angle seul subsiste assez entier, au sud-est.

20° Le camp de Sainte-Sévère est le travail de ce genre le plus intéressant que possède l'Angoumois.

II est placé au confluent du ruisseau d'Houlette et de la Soloire ou Sonoirc. 11 se compose de deux enceintes.

La première et k plus vaste est un polygone k sept côtés qui a 924 mètres de périmètre. Les remparts de terre rapportée qui forment cette enceinte ont k différents endroits, 18, 21, 22 mètres de diamètre sur 6, 7, 8 mètres d'élévation.

Ce premier retranchement est entouré de toutes parts d'un fossé large et profond dans lequel coulent les eaux de la Soloire et du ruisseau d'Houlette.

On ne pénétrait dans le camp quu par une seule porte placée au nord, qui a conservé le nom do Porte rm/ye, sans doute en souvenir de quelque assaut sanglant que le camp aura eu à soutenir 1 . Les deux coupures AA étaient des fossés profonds qui entouraient la seconde enceinte, et la coupure E we paraît récemment faite, ou si elle est ancienne, elle servait pour le» chemins de ronde, autour des talus des retranchements.

On soupçonne que des tours ou autres travaux d'art s'élevaient sur cette enceinte polygone, car on a trouvé dans le terre plein des débris de maçonnerie*.

La seconde enceinte est un quadrilatère k peu près régulier, parco que les différents travaux, ou même les èboulemcnts naturels ont du changer les lignes; aussi les côtés, lorsque je les mesurai k Y extérieur, me donnèrent :

Au nord, 86 mètres, Au sud, 72 m.

1 M. Marvaud, Etud. hitt. sur l'An*, pag. 48.

« On n'est pas d'accord sur la position delà Porto rouge. Les uns disent que c'«t rentrée delà grande enceinte, les antres l'entrée du quadrilatère qui forme le camp intérieur.

IONUMENTALE

A l'est, 110 m.

A l'ouest, 96 m.

Cependant k l'œil, l'ensemble -du camp anuV-

rieur présente un carré qui a environ 100 met. de largeur moyenne. Les remparts oit k peu près le môme diamètre a La hase et la même hauteur que ceux de l'heptagone. Une 6eule porte conduisait dans l'intérieur de celle enceinte M. Elle présente aujourd'hui 4 métros de largeur. On a trouvé dans cette enceinte des foudenoeots d'édifices, ce qui indique les logements desebefe, les magasins d'approvisionnements, peut-être même une tour ou donjon crénelé.

On a découvert, k différentes fouilles qui ont été faites dans les talus du camp, des cuirasses, des débris de casques, des haches, des flèches. Aucun de ces objets n'a été conservé ; mais. tout porte k croire qu'ils appartenaient . k l'époque romaine.

L'enceinte intérieure était défendue par un fossé qui l'entourait de toutes parts et allait se réunir k celui de la grande enceinte; mais ce fossé a été comblé.

La voie romaine qui venait de Saintes suivait, au sud, la ligne droileque présentait le camp et n'en était séparée que par le fossé FF; elle tournait tout à coup et longeait le côté Est du camp pour reprendre ensuite sa direction vers Saint-C) bardeaux.

Le camp de Sainte-Sévère est aujourd'hui un parc délicieux. Les remparts sont plantés du vignes et d'arbres fruitiers; des bosquets charmants décorent l'intérieur de la petite enceinte, et Je terrain est devenu une magnifique prairie sillonnée de beaux peupliers. La plupart des fossés ont été comblés, mais les deux petites rivières ne continuent pas moins d'arroser de leurs eaux paisibles le colossal monument que la main de l'homme a su parer de fleurs et de fruits, comme pour faire oublier qu'il a été le théâtre de combats sanglants.

Nous avons mentionné plus haut le tumulus appelé le Fort de l'Abattu. Il se trouve au nord de Sainte-Sévère. Ce camp a du être celui des ennemis* qui attaquaient la forte position militaire que nous venons de décrire.

Quant au nom de Sainte-Sévèro que porte lo petit bourg voisin du camp, nous pourrions faire grâce à nos lecteurs des ingénieuses pensées d'un de nos écrivains qui conjecture que ce nom est venu d'un tronçon de colonne, d'une médaille, d'un bouclier sur lequel se trouvaient les lettres: S... SEV. Selon lui, le vulgaire ignorant aurait sanctifié ce nom et rendu un culte religieux a un empereur romain, dans le lieu même où peut être il avait commandé des légions. Heureusement ces explications étymologiques passent de mode. Le science historique fait comme les sciences exactes, elle sort de l'empirisme et des hypothèses. L'Eglise n'a jamais été aussi ignorante qu'on le suppose, et je ne sache pas qu'elle aille prendre ses saints sur les tronçons des colonnes. Elle vénère bien des

saints qui avaient pour nom: Caius, Apolb, Sevirus, Adrianus, mais ce n'était point une erreur du vulgaire ; ces grands hommes avaient été ou les apôtres ou les martyrs de la foi nouvelle, et nullement des dieux delà fable, ou des empereurs païens. 11 est bon de faire ju> lice de la manie de quelques hommes, du reste dignes d'éloges, do départir aussi généreusement l'ignorance aux siècles où le monde antique avait légué au monde nouveau sa civilisation et ses lumières, en recevant de lui, en échange, le bienfait de la foi.

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