‹ Statistique monumentale de la CharenteChapitre 98 sur 120 · II, |M(Ç. S · texte numérisé non relu

II, |M(Ç. S

* Jusque ver» cette époque, la cathédrale d'Aniruulêtne »v»u des chanoines réguliers qui meiiaieat ta vie commene. Ui t'ap-

ni Frire*, et l'eveque, appelé Pire, virait avec eux iluu les ; réguliers, monaUtrUm SamcU Pétri.

* Au XIV siècle mi trouve auasi, de 1309 à ISIS, la fondation de la chapelle de Sainl-Claud, par Foulques, évéque d'An-

ct Thon,». Bernard, citoyen d'Anjoulème ., li. 118.

* Acte du il »v. 1510. Invent, de J. Meaoeao, col. 61.

En 1 5Î8 , les chanoines sont offres, au sixième de leur revenu ] l'église'.

Ce fut à cette époque qu'on éleva sur la façade l'entablement qui la couronne et les deux petites lanternes des* tinées à remplacer les clochetons romans qui , comme a Noire-Dante de Poitiers, devaient accompagner le pignon

central triangulaire. Au-dessous de est entablement on voit sur le coté du nord l'ccusson du chapitre ( deux clefe en sautoir ) , cl du coté opposé, au midi, celui de Jacques Babou (coupé, au premier d'argent au bras de gueules, sortant d'un nuage d'azur, rameau de trots pièces de sir alors évéque d'Angouléme.

En 1543, Jacques de Sainl-Gelais4loven, qui fut évéque d'L'zès, fonda la chapelle de Nolre-Dame-du-Salut , un des morceaux les plus curieux du style de la Renaissance*.

En 1543, les chanoines font bâtir sous l'arceau de gauche de la première coupole I* chapelle de la Trinité.

L'église fut pillée et saccagée par les protestants en 1 568. Ils renversèrent le grand clocher méridional , abattirent une partie des voûtes et se livrèrent à toutes sortes de dévastations. On est heureux qu'ils aient respecté la belle façade toute chaînée de statues.

De 1628 à 1634, le doyen Jean Meneau restaura le monument, rétablit les voûtas.

A la fin du siècle dernier, les chanoines démolirent les anciens piliers qui soutenaient la coupole du clocher détruit par les protestants, et pratiquèrent dans la base de

Telle est la chronologie des différentes constructions rie cet édifice. Rentrons dans l'élude détaillée de chaque

i coup d'œil sur le plan.

1 Acte du pénultième mai IMS. lavent- td- eoU tl«. • Acte du U ma» ma. lovent id. col II « 171.

Ce plan est levé a l'échelle de deux millimètres pour mètre. Nous avons supprimé les chapelles lad-raies pour laisser à I édilice roman toute son unité première.

Sa forme est celle d'une croix latine. Voici les divisions de l'édifice : I* la nef couverte par trois coupoles arrondies, ABC; r le centre de la croix surmonté par une coupole dont le plan est un carré aux angles arrondis, D; 3* les deux bras de la croix ou transsepts, ayant, è leur jonction avec te centre de la croix , deux petites absides, et formant^ leurs extrémités deux magnifiques coupoles sous les clochers, G III, EJF; i* l'abside où se trouve maintenant le chœur, la chaire de révélée! les stalles des chanoines, ayant latéralement quatre petites absides, K.

On remarquera sur le plan que le tiers de la nef, sous la première coupole, est d'u:te teinte plus notre ainsi que le mur occidental du transsept nord. Ce sont les seules parties de l'édifice bâti après l'an mil et consacré en 1017. que l'on ait conservées : tout le reste est du XII' siècle, <t primo lapide.

I. Nsr. La nef nous présente I* sa façade occidentale, 4" ta première coupole, travail du Xl r siècle, 3* le reste de la nef recouverte de deux coupoles, tiavail du XII' siècle.

I* la façade. [Voyez le dessin.; Nous supprimons d'abord par la pensée l'entablement du temps de la Renaissance. Nous y substituons le fronton triangulaire accompagné de deux clochetons en pyramide tels que ceux de N.-D. de Poitiers. La base carrée de ces clochetons se montre nettement, et un retrait qui parait bizarre au premier coup d'tril, dans la plus haute corniche chargée de rosaces, indique la naissance du fronton à triangle, dont la base comprenait la grande arcade cintrée où est le Christ dans une gloire, et lesdeux arcades plus petites qui l'entourent. Ces explications préliminaires données, nous remarquerons que celle façade se divise en sept zones horizontales, ou, ce qui est la mémo chose, en un rez-de-chaussée et six étages.

Première zone, comprenant la porte sous l'arcade centrale et quatre arcades latérales.

Deuxième zone, séparée de la première par une petite corniche qui ne suit pas toute la largeur de la façade : elle comprend un personnage drapé, travaillé en bas-relief, et d'autres bas-reliefs achevés au marteau dont on n'aperçoit que la silhouette.

Troisième zone. Elle comprend six arcades occupées par six statues.

Quatrième zone. Dix arcades occupées par autant de statues à droileet à gauche de la fenêtre centrale . Cinquième zone. Quatre arcades occupées par huit sta-

MONIWENTALE

lues, un peu plus élevées que la voussure de la fenêtre centrale.

Sixième zône. La grande arcade centrale où est le Christ, et six arcades à droite et a gauche garnies de médaillons.

Septième zone enfin. Le fronton triangulaire et les deux clochetons en pyramides, remplacés par l'entablement du style de la Renaissance.

Après l'avoir parcourue horizontalement, si nous l'étudions verticalement, nous y verrons :

i° Vue grande arcade centrale s'élevant jusqu'à la naissance du fronton.

2 u Quatre arcades latérales d'un moindre diamètre, s'élevant à droite et i gauche de l'arcade centrale, portées comme elle sur des colonnes engagées, mais ayant une zône ou étage de moins dans leur hauteur.

3- Plusieurs autres arcades se dessinent soit entre Us arcades principales, soit au-dessus, en soi te que leur nombre est de trente-sept.

Il faut remarquer, de plus, que toute la partie nue et lisse des trois premières zônes n'est pas du même temps que le reste de la taçade. La pierre n'est pas de la même nature, les appareils ne se suivent pas. C'est le travail du XI* siècle, la vieille façade dont on a tiré parti comme on a pu. On a rapporté de la pierre line et tendre pour la corniche intérieure et les bas-reliefs de la deuxième zone. On a élevé la troisième, tout en conservant aux deux extrémités le vieux mur nu du XI' siècle, et ce n'a été qu'à partir de la corniche inférieure de la quatrième zône que le travail du XII- siècle s'est élevé seul sur toute l'étendue de la façade.

Nous avons maintenant à étudier l'ensemble des sculptures.

Cent quatorze statues, soit en demi-relief, sous les arcades, ou en bas-relief dans des médaillons, sont disposées sur la façade, de manière à présenter mie croix latine.

Ces statues sont-elles jetées sans but? Présentent-elles, au hasard et selon le caprice du sculpteur, des anges, des saints, des apôtres?

Devrait-on, au contraire, les regarder toutes comme 1rs personnages d'un drame écrit, d'une toile immense, que le génie du poète ou du peintre aurait coordonnés pour composer une œuvre d'art?

En un mot, toute celte façade est- elle symbolique? Est-ce un poème?

En général, dans 1rs belles façades romanes, comme celles de Notre-Dame de Poitiers et de Civray, le symbolisme se montre sur les arcades elles mêmes. Les saints

DE LA CI

avec leurs attributs, losanges avec leurs encensoirs ornent les voussures. Les statues qui s'y rencontrent isolées ne paraissent pas se rapporter a une idée principale. Cbaque arcade, chaque chapileao , cbaque modillon dit sa pensée. C'est une suite de tout petits poèmes, dont il serait impossible de saisir le lien.

Tout cela est plein de vie; toutes ces pierres parlent; tous ces chapiteaux vous déroulent ou une légende ou un trait moral; jusqu'aux modillons, qui étalent sans gène des images trop naives. Le moyen -age est la, sombre, varié, bizarre, mais imprégné fortement de foi , et donnant au seuil du temple les grandes leçons de la laideur du péché, mêlées aux espérances de la céleste béatitude.

Les grandes cathédrales gothiques adoptèrent l'ornementation des portails romaus, mais dans des proportions gigantesques. Les saints s'écbclonnèrenl sur les voussures, comme suspendus sous leurs dais gracieusemenldécoupés à jour. Notre-Dame de Chartres, Notre-Dame de Paris, cent autrea édifices du inome style, déploient au couchant ces larges vomitoires, où se pressent, au son des cloches aériennes, les populations croyantes pour aller remplir les vastes nefs. Les portails de Chartres sont particulièrement remarquables par le nombre et la beauté des statues qui les décorent. Mais je doute que dons ces immenses édifices il soit possible de tout rattacher a un plan, ù une idée première. Du reste, c'est un beau travail que celui d'aller ainsi dérober aux artistes des XII et XIII* siècles, le mol de ces énigmes de pierre si ingénieusement travaillées.

Au sein de notre France moderne, nous avons dans ces vieilles reliques des âges notre Egypte hiéroglyphique.

Kludiuns ce passé, (Jue de charmes n'offrira-i-il pas à nos investigations! C'est la pensée d'amour et de foi de nos pères; pourrait -elle être iiidifTércnte à leurs enfants*

Ce que, je n'ai pas vu dans les plus belles façades romanes, ce que les immenses portails gothiques ne m'ont montré que par fragments, je l'ai trouvé dans la façade do la cathédrale d'Angoulème : une oeuvre avec lous lescaractèresde l'unité, seul principe du beau; un poème avec son début, son action, sa péripétie; le grand drame religieux, qui commence avec le rude apostolat sur la terre, et finit avec l'auréole et les enivrements du ciel.

Pour analyser celle belle poésie murale, il faut à la fois suivre l'ordre vertical des entrecolonnements de la façade, cl l'ordre horizontal des arcades.

L'orJre vertical présente une croix latine assez semblable à ci* reliquaires byzantins où l'émail et les pierreries enchâssées étalent leurs gracieux médaillons. Au pied

IRENTE. 2g I

de la croix les douze apôtres ; au sommet le Christ dans sa gloire.

L'ordre horizontal facilitera mieux l'explication du poème entier. Nous avons partagé en sept zones horizontales la série des personnages.

1* térit en parlant du sol.— Cinq arcades ont leur lymp;m décoré des statues des douze apôtres en demi-relief. Ils sont debout dans une attitude noble et calme. Saint Pierre occupe le premier rang de l'arcade à droite de la porte d'entrée. Il lient à la main les deux clefs. Tous ont l'attribut dus saints, c'est-à-dire, les pieds nus et le nimbe ou aureoie derrière la tête.

N'oublions pas que dans l'idée chrétienne, l'Église est bâtie sur l'apostolat comme sur son fondement : Super

La i' série présente trois bas-reliefs, dont deux ont été effacés à coups de marteau. Le premier au nord présente une statue de femme dont le pied gauche ebaussé s'appuie sur une petite boule, parfaitement ronde. Elle est vêtue d'une longue tunique. Bllea une ceinture dont chaque bout se partage en deux à l'endroit où elle doit être serrée, ces quatre bandes s'entrelacent en forme de noeud et descendent ensuite aussi bas que la robe; les manches de la tunique serrées par en haut sont Irès-larges au-dessous et laissent paraître une seconde tunique dont les bras sont entourés. Elle est assise sur un trône assez semblable à celui de Dagobert que conserve le trésor de St-Denis, et couvert d'une draperie tombant à plis réguliers.

Les quatre bras du trône sont terminés par des têtes d'animaux dont trois sont entièrement brisées. La tète de cette statue a été enltvée •- on aperçoit la saillie de pierre à laquelle la tête adhérait et qui servait a la relier au massif. Elle a les mains levées au ciel et les doigts de chaque main ouverts. Son manteau s'élève à gauche en plis très- gracieux à la hauteur de la main : on dirait qu'il est gonflé par un souffle de vent qui le soulève.

Le second bas-relief à droite de celte statue est la silhouette d'une statue équestre. On volt clairement la trace du cavalier tenant de la maiu droite une épée levée dans les airs; le cheval a la tête haute ; au-dessous du corps du cheval, dont le ciseau a emporté tout le relief, on aperçoit un monstre a plusieurs membres renversé sous les pieds du cheval et dressant la tête contre son poitrail. C'est évidemment un 6ûint Georges terrassant un dragon. La partie du bas-relief enlevée par le ciseau, étant plus blambe que le fond du massif de la mnraille, laisse paraître assez distinctement tous les traits que je .viens de détailler, comme une esquisse imparfaite que l'on trace avant de terminer un dessin.

i&i STATISTIQUE

Le troisième bas-relief, sur la même xone, Uu r.'.ié du midi, présente une silhouette semblable à la précédente et effacée toinmo elle. On distingue parfaitement qu'elle représente une statue équestre. U tète du cheval cgi encore assez visible. Le cavalier qui le monte parait enveloppé d'une grande draperie. Devant lui esl un peraounage debout ellui tendant les bras.

Quand on a étudié le symbolique du moyen-Age, on sait que le guîet fréquemment représenté dans ce genre, était saint Martin de Tours, encore calhéeumene. coupaul lu moitié de son manteau pour la donner à un pauvre.

Les trois bas-reliefs, s'ils étaient entiers, nous donne* raient donc :

Le premier, l'Espérance, personnifiée dans cette remine qui ne tient à la terre, petit - houle impetc-pUble, que du boni du pied, Elle n'a ni le nimbe ni les pieds nus. c'est une vertu théologale, il est vrai, mais ici l'allusion serait fausse, si elle avait les attributs delà sainteté. Elle ne lait que toucher !.i terre de sa i liaussore, mais elle esl encore, d îne ce monde, quoique toute son altitude semble l'élever vers le ciel. C'est donc la vertu de ceux qui accompliront icibas leur pèlerinage. L'artiste la figurera sn délai liant de la terre, mais y tenant encore par un pied.

Le second, la loi, qui triomphe de Satan, esprit do ténèbre et d'erreur.

Le troisième, la Charité, qui se dé|Hiuille pour les pauvres. Ce beau sujet se trouve sculpté sur le portail méridional de Notre-Dame de Pans, et évidemment dans la môme intention symbolique.

3' „-n>. — Six statues de saints en relief; ils ont les attributs : le nimbe, les pieds nus. Ce sont des personnages graves, ayant pour la plupart la barbe et tenant un livre d'une main. Ce sont les prophètes de la loi ancienne. Plusieurs de ces létes ont élé restaurées au siècle dernier. Mais elles onl toutes un caractère que je signale déjà, et que nous allons retrouver à tous les personnages du poème, c'est à-ilire, que leur regard et leur attitude semble diriger leur pensée vers l'arcade centrale où se trouve leChrisL

4- u-rie.— Elle se compose de dii statues en relief. Nous négligerons pour le moment les quatre qui occupent la première arcade au nord, et la dernière arcade au midi. Parmi lus six statues qui composent cette série, cinq sont celles des docteurs de la loi nouvelle. Ils onl tous te nimbe, et les pieds nus. Les un» oui 1a barbe, les autres ne l'ont pas. Un d'entre eux a les cheveux coupés en rond, à cannelures régulières, et U tonsure cléricale au. milieu de la tète. Ils tiennent un livre à la main. Lis ont tous la ligure tournée vers l'arcade centrale.

A celte série se trouve une hlalue de femme. Elle a le voile sur la kHe. Des manches de sa robe sortent deux autres longues manches tombantes, («lissées en éventail. Elle élève les deux mains a 1a bauleur de la poitrine. Son regard se porte vers le Christ. Elle «1 dans la position de l'aspiration. Ce qui esl remarquable dans cette slalue, c'est, que, mêlée parmi les saints , elle n'a pas le nimbe. Serait-elle la reine de Saba, adorant le nouveau Salomon, 1» sagesse de Dieu révélée au momie? Plusieiiis savair.s pensent qu'au moyen -âge le> artistes outsouveiil présenté ce symbolisme.

5' sér/'r.— Maintenant la scène charge. Ce ne sont plus les apùtres, les docteurs et les prophètes. Ce sont hs justes delà lerre, l'église militante. Huit statues décorent le tym- |MII des qua-re grandes arcades. Elles n'ont ps le siin>' car.M-tér,st,que de la sainteié, les pieds nus . t le t:iu;l .'. Tout: s au contraire ont la chaussure vulgaire, b> s-.n;liers (>v'iiiUis de l'éjioque. Les vêtements des statue* que nous avous décrites sont longs ei tombent à plis sur les pieds. Ici les t uniques sont «ourles et ramassées. Ce sont évidemment ceux qui fout ici bas leur rude | rien nage.

Mais que d<: vie, que de mouvement, que d'aspirations ardentes de ces Ames captives ! Par un singulier lxmliei.r de poésie, elles se trouvent placées sous les larges arceaux qui semblent les séparer du Christ, et les ctn^Vhenl de r.ipeicevo-r. Mais le regard de la l'oi perce lotis les voiles. Les allilndes les plus variées, les mouvements de- bras les plus expressif, les airs de lé'.es les plus suavement aminés par l'inspiration, sont les caractères distinetifs ,1e ces belles statues.

Revenons maintenant aux quatre statu, s symboliques delà i r série, que nous avions volontairement négligé.* dans notre anahse. Donnons-leur iri une place toute particulière {Voyez le dessin}.

Les deux premières placées au nord f.-rtncnl un groupe séparé par une colonne, mais faisant évidemment la même actîon. La freoinle représente un démon a corps humain, ceint d'une peau de béte, ayant des ongles crochus aux pieds et aux mains, les cheveux hérissés, montrant des dents aiguës et tirant la langue. Il s'élève au-dessus de l'enfer, représenté par un puits, d'oà s'échappent des flammes. Vnc tète hideuse parait au centre de l'ouverture de ce puits. Ce démon a (os jambes hérissées de longs poils; mais a part ces caractères, c'est un corps humain. Je tiens beaucoup à l'aire remarquer la valeur archéologique de Satan ainsi Oguré. On le trouve sur tous les monument.»

» Quelques-ana» paraisseal avoir te nimbe; mais je n'usera» pu l'affirmer.

postérieurs, et en particulier à Notre-Dame de Paris, figuré comme une hèle hideuse, avec une longue queue, une t«te do monstre, et ces cornes dont 011 a effrayé depuis des siècles Ire |>etiis enfants- là- l'art iste-po*c lui a laissa le vêlement le plus noble, le corps humain. Dans ce symbolisme du XU* siècle, Satan est encore un ange déchu. De ses deux mains il lient un énorme serpent, qui passe par derrière ta colonne qui sépare l'arcade où il se trouve, de l'arcade suivante. Dans celle-ci, qui est la première au nord, un personnage à grande figure, triste, respirant à la fois l'orgueil et la souffrance, est assis sur un irone. Il a les jambes croisées avec nonchalance. 11 est vèlu de la tunique la plus riche; ses pieds sont chaussés de brodequins. C'est évidemment un grand, un prince de œ monde. Hais le serpent que tient le démon s'enlace à son bras et lui dévore te visage. Cette scène, placée au-dessous de l'Églite militante, ai pleine de vie, si ardente dans ses aspirations vers Dieu, fait un admirable contraste. Je ne saurais dire si l'on doit regarder ce travail comme le symbolisme de l'enter, punissant ses victimes par l'éternel remords, termi* torum non monter, ou bien dn monde ennemi de Dieu , placé hors de l'Êglise.qm seule donne le saint , puisque seule elle ù la Foi, l'Espérance et l'Amour.

La mémescène, tout aussi lugubre, se présente aui deux arcades du coté opposé (n* 5), vers le midi , avec cette différence que le démon est représenté sans le puits de l'abîme au-dessous de lui.

Ces deux tableaux, répétés ainsi aux deux cotés du mouvement générai delà scène, ont évidemment leur intention et leur plus haute valeur.

«• Série. — Elle occupe tout l'espace quo laisse l'ardiivolie de la fenêtre centrale : là commence la péripétie du drame. Six angosdo grandeurs variées sont échelonnés sur l'archivolte. Ils ont leurs ailes déployées. Ils sont anges, c'est-à-dire envoyés aux hommes, faeit Miiu'atrw tpiriuu, dit saint Paul, c'est le nom de leur fonction et non pas do leur nature.

Rkn de plus gracieux que cette admirable création de l'artiste du moyen-âge. Les deux pins rapprochés de la terre sont les plus grands ; ils sont lout-à-fait en relier. Leur lé le est inclinée vers la terre : d'une main ils montrent le ciel, de l'autre ils invitent les hommes 4 fairo leurs efforts pour parvenir jusqu'au Christ, terme des eflbrts de l'homme, juge suprême qui doit couronner leurs vertus. J'ai étudié sur les plus beaux monuments les conoeptiona les plus hardies de la sculpture religieuse, je n'ai rien trouvé qui égalât celle gracieuse image. C'est de l'Homère, avec sa sublime simplicité. Je me trompe, c'est de la poésie

7' ivV/e. — Ici nous sommes transportes au ciol. Nous allons assister à ses splendeurs. Cn immense encadrement oblong reçoit le Christ, dont les pieds nus reposent sur deux larges feuilles, que des rinceaux ont conduites sur l'encadrement. Il a le nimbe crucifère, et les deux bras étendus ; il est velu de la double tunique et du manteau, qui tombe a plis de ses épaules. Au-dessus de sa tète deux chérubins descendent dans des nuages ; c'est le eiel proprement dit, que les nuages figurent dans le langage hiéroglyphique chrétien. Les symboles des quatre évangélistes entourent le Christ : l'ange, le bœuf, le lion et l'aigle. Ils ont le nimbe comme les saints; ite sont ailés comme les anges, et ils ttonnent d'une main l'évangile qu'ils ont écrit. L'archivolte de la grande arcade est ornéo de huit séraphins aux ailes étendues. Dans le langage des livres sacrés, ils chantent éternellement : Saint, saint, taiiU, cantique toujours nouveau, parce qu'il chante dos perfections toujours nouvelles, que les plus sublimes intelligences découvrent éternellement dans celui qui a les perfections infinies.

Au-dessous du Christ est une suite de petits médaillon? au nombre de dix, qui contiennent autant de saints dans l'attitude do l'extase. La joie rayonne sur ces douces figures; on voit que leurs larmes ont été essuyées, qu'il n'y a plus la ni cris, ni douleurs, que te mort n'est plus à craindre au sein de l'Océan éternel de la vie et de l'amour. Absteryvt Drus omnem lacrymam ab oculis etrrum ; et mors nitri non erit nnjut inclut, neeu« clamer, nequt dùtor tril ullrà.

Trente-trois médaillons, dont vingt-et-un sur la facado et douxe sur les côiés, représentent les saintes phalanges du ciel, l'Eglise triomphante. Toutes ces figures sont animées, transportées; elles ont une main ouverte levée vers le ciel et l'autre appuyée sur la poitrine. Tout cela parle, vit, s'échappe, s'élance de la pierre. Il y a là une série de poésie primitive, telle que les hommes de goût aimant à l'étudier dans les plus belles pages du la poésie antique, telle que le chrétien aime à la trouver dans les sublimes tableaux des livres inspirés.

Ainsi, cn suivant maintenant l'ordre vertical : au sommet de l'édifice, le Christ au sein dos anges et des phalanges des bienheureux, centre de toule vie religieuse, attirant tout A lui , parce qu'il esl la sagesse et la verto de Dieu. Le Christ dans son triomphe , la tôle sur la nimbe crucifère, souvenir, jusque dans le ciel , de la passion douloureuse, ouvrant les bras à Ions les hommes. Les anges intermédiaires entre Dieu et nous, nous iuvitant aux joies delasainie patrie; l'Eglise miutante séparée, par la lourde enveloppe des corps, du séjour où les corps sont transfigurés. Les suintsdes médaillons Inférieurs, absorbés dans

28i STATISTIQUE

Dans les régions lointaines et obscures, le triste asile de la souffrance, ses déchirements, son désespoir.

Au-dessous, comme parties de l'édifie*», les docteurs de la loi nouyelle, les prophètes de la loi ancienne, la Foi , l'Espérance et la Charité ; enfin , les douze apôtres, fondement de tout l'édifice.

Tel est le plan simple et grandiose de notre épopée de pierre. Étudiez-la avec soin ; voyez toutes ces télés, dont le regard converge vers le Christ , centre de toute vie, de tou t amour.

Servez-vous des caractères archéologiques, le nimbe cl les pieds nus, pour discerner les personnages; n'omettez aucun caractère, et vous resterez convaincu, qu'à Angoulême, au passage des idées du midi et du nord, sur la limite de ces races qui se ressemblent si peu , un grand artiste a su donner à son œuvre, avec les faibles éléments do la pierre et d'une sculpture encore dans l'enfance, ce cachet du génie, qui perce à travers la grossièreté des formes, comme la sublimité d'Uomère au milieu de l'excessive simplicité des formes poétiques.

Ces explications suffiront pour mellie eui la voie. On aura maintenant moins que moi a chercher, et je me félicite, comme Virgile, tenant un rameau à la main, et conduisant le Dante à travers des régions inconnues, d'avoir soulevé le voile qui a caché jusqu'à ce jour celte belle page de poésie murale.

Quand l'étranger s'arrête d'admiration devant le chefd'œuvre que nous possédons, je voudrais rendre mes pensées si populaires que le plus petit enfant pût lui expliquer cet admirable tableau, lui en montrer le plan, l'ordonnance, les détails, la pensée. Alors, je croirais avoir rempli une belle mission, comme si de la poussière d'une bibliothèque inconnue j'apportais au monde un chant perdu d'Homère, du Dante ou de Hilton.

Je n'ai pas mentionné l'arcade centrale qui décore la porte d'enlrée. Elle ne parait qu'en partie, cachée qu'ello est dans lo bas par une porte moderne du goût le plus mauvais.

Ce qui reste de cette arcade est d'un excellent travail. Au centre est un calice entouré de deux colombes qui viennent y boire. Deux autres colombes plus; peu tes sont à côté d'elles; symbole de» ames pures qui vont s'abreuver au banquet eucharistique, Fi'imum ffertninam virgines. Plus bas, deux monstres fuient et détournent la tête. Deux vautours les saisissent de leurs griffes et leur déchirent le coeur; symbole du pécheur qui s'éloigne de la table sainte et emporte avec lui le déchirement de sa conscience.

Au-dessous , un chasseur i cheval armé de la lance poursuit un homme nu; il a déjà abattu une léte placée

entre lui et l'homme nu qu'il veut atteindre. Au coté opposé est sculpté le même sujet. Mais dans ce dernier, le cavalier tient un bouclier et perce l'homme qui est revêtu d'une espèce de tunique. La figure de cet homme exprime la souffrance, ses cheveux fuient en arrière, et sa main, en cherchant à s'appuyer, rencontre un tronçon de corps humain. Enfin, plus bas encore, un personnage armé d'un bouclier frappe un monstre de sa lance. Ce sujet est répété du côté opposé. Le reste de l'arcade est caché sous le massif de la porte moderne qui défigure si horriblement cette jolie façade- 11 est i désirer cependant que l'inscription historique : TtapLi de u baisos. gravée sur l'entablement de cetto porte, soit conservée avec soin. Les pierres qui reçoivent cette inscription pourraient être incrustées sur le mur latéral de la nef. avec une inscription en plus petit caractère, indiquant que ces mots fameux occupaient le dessus de la |>orto avant la restauration du monument. L'entablement ne mérite aucune mention spéciale. On remarquera seulement un fronton inachevé, ou détruit à sa naissance, entre les deux petites lanternes.

L'ornementation de la facude est d'une grande richesse. On a eu raison d'appeler ce style le roman fleuri. Comme tout art rendu à sa plus belle période, l'architecture, à cette époque, produit avec abondance et sans effort. Chapiteaux, archivoltes, voussures des arcades, frises, corniches, loul est décoré ou de figures symboliques, ou d'enroulements de feuillages, ou de bas reliefs-traités avec soin. Nous donnons ( voy. planche, Arcades de droite de la façade de la cathédrale, n" 1 et 2 ) le dessin des deux arcades do droite du rez-de-chaussée. On y remarquera deux bas-reliefs traites avec un grand soin par l'artiste qui les a conçus. Le tt* i est la première arcade en partant du midi La frise qui se développe entre les deux chapiteaux est occupée par une chasse au cerf. A droite, le chasseur à cheval donne de l'olifant qu'il lient d'une main et de l'autre porte son arc. Devant lui sont deux chiens de chasse qui poursuivent le cerf. Celui-ci est arrêté par un piqueur qui d'une main lient un chien en laisse et de l'autre lance son javelot sur l'animal.

Le n" I est la deuxième arcade. La voussure est ornée d'une suite d'animaux dessinés avec délicatesse. La frise est sculptée en bas-relief. Quoique rendue avec beaucoup de fidélité dans le dessin n* i, le sujet m'a paru si intéressant que dans les planches de détails ( n' I ), j'ai donné ce bas-relief sur une plus grande écbell v

Dix personnages y sont représentés. La scène principale est un combat; un étendard terminé par une pique s'élève au milieu des combattants. A gauche, deux cavaliers A casques pointue et 1 cotes comme ceux de la tapisserie

ARCADE 3 A Lf'JlTE .LE LA KAÇAl'E DE LA CATHED1- AI.E b ANGOULEME

DB LA C

de Bayeux , en viennent aux mains : l'un d'eux on percé d'un coup de lancetils'iocline en arrière, et, perdant l'équilibre, cherche à s'appuyer sur un bouclier dont le poids l'entraîne.

A droite de l'étendard, un cavalier en perce un autre par derrière d'un coup de large coutelas. Le cavalier vaincu a on casque comme les autres, mais le vainqueur a pour coiffure un bonnet aplati par le haut et garni de petites saillies oblongues, semblable ides perles (couronne de baron). Ces quatre cavaliers sont du reste revêtus les uns comme les autres de la cotte de mailles qui prend sous le casque et vient se rendre sous le menton pour défendre le cou. Cependant les deux vaincus ont seuls le bouclier, et les deux vainqueurs ont seuls le manteau partant des épaules et flottant au-dessus de la croupe du cheval. Telle est la scène du combat. Le poignard du cavalier frappé de la lance , a gauche, n'est pas tenu par un baudrier, mais il entre dans un fourreau caché sous la cotte de maille, 4 la hauteur do la poitrine.

Plus loin sont représentés une porte de ville, des remparts crénelés et une maison i la porte de laquelle on voit une figure de femme. Un personnage à tète chauve parait à la porte de la lour d'entrée. Il avance le bras pour retenir une femme à long cheveux, revêtue d'une tunique non plissée qui ne descend pas au-dessous du genou. Celte femme, tombant en arrière, semble ou expirer ou s'évanouir. Derrière elle, sont trois autres femmes debout, dont le vêtement esl aussi une tunique très-simple. Elles sont sans chaussure; l'une tient un arc la deuiième; plus haute de taille, montre la tète au-dessus des deux autres pour regarder la femme qui tombe 4 la porte de la tour; la troisième tend un arc et s'apprête à lancer une flèche dans la direction des combattants, comme pour défendre sa compagne.

Il m'est impossible d'appliquer à aucun fait de l'histoire locale l'événement transcrit par ce bas-relief. Évidemment toutefois, dans la pensée des sculpteurs, il a une valeur historique, il serait absurde d'y voir une pensée de symbolisme. Serait-ce un des sièges nombreux qu'Angouléme eut 4 soutenir, dans lequel les femmes auraient pris les armes et se seraient courageusement défendues? ne serait-ce pas plutôt un des épisodes de la croisade, récente dont les récits étaient dans toutes les bouches? C'est une énigme qui sans doute exercera longtemps la sagacité des archéologues.

La planche des détails, n** 4 et S, donne sur une grande échelle les deux scènes diaboliques. On comprend tout l'intérêt pour l'étude de l'art de ces représentations de Satan dans les premières années du XII* siècle. Comme

ABENTE. 285 tout est d'une grande fidélité dans le dessin, on sera 4 même de se faire sur cet important sujet une iconographie précise.

Je ne dois pas oublier de mentionner que ces arcades du rez-de-chaussée ont été protégées longtemps par un porche extérieur appelé les Gannet deSaint Pierrt. L'cnlrecolonncment de chaque arcade au-dessous des frises avait reçu des fresques dont il ne reste que l'indication. Lorsque ce porche fut détruit, on restaura plusieurs chapiteaux, plusieurs voussoirs des arcades qui avaient souffert. On remit aussi des tètes aux statues de la troisième zone, travail encore facile à reconnaître. On ignore 4 quelle époque on fit disparaître avec le ciseau les deux bas-reliels équestres dont il ne reste plus que le tracé en silhouette sur la première zône.

2° PacaifcaE cocpou de la kif, A. - Elle donne lieu 4 d'importantes observations. Les quatre piles qui la supportent sont beaucoup plus larges que celles de la nef; de plus elles sont nues, pendant que les autres sont décorées de quatre colonnes; la troisième et la quatrième pile (n"* 3 et 4) portent chacune, i leur angle du côté de la coupole B, deux colonnes correspondantes aux arcsdoubleaux qui soutiennent celte coupole ; mais ces colonnes ont été faites après coup; on peut en juger par le tailloir du chapiteau, qui a été évidemment introduit dans la corniche primitive. Ce tailloir est sculpté, pendant que la corniche est nue. Ce point marque donc nettement le passage des deux époques. Il est encore bien accusé au contrefort extérieur L, beaucoup plus étroit vers l'ouest, et s'élargissant à l'est pour prendre l'alignement des autres contreforts de la nef du XII' siècle. Les quatre piles ont eu deux rangs de corniches : celle qui subsiste encore et reçoit la naissance des arcs doubleaux, et une autre qui a été coupée, mais dont il reste des fragments et des indices, placée au-dessous de l'autre 4 plus de deux mètres, et correspondant 4 la corniche de la galerie latérale. On remarquera spécialement des entailles carrées dans beaucoup des pierres appareillées des pendentifs, des arcs-doubleaux et de la coupole. Ces entailles étaient destinées à recevoir les crocs de for qui prenaient les pierres taillées pour les élever sur les échafaudages.

Enfin , les quatre fenêtres en plein cintre qui éclairent cette coupole ne sont décorées intérieurement et extérieurement d'aucune colonne, comme dans la nef du XII* siècle. Ces indications suffisent pour mettre hors de doute ce point essentiel, que la coupole A n'est pas contemporaine des autres, qu'elle est, par conséquent, an reste de l'église du XI* siècle; ce qui achève de l'établir, c'est la grande conformité de travail de cette coupole avec celui de la première coupole de l'église de la Cité à Péngueux, qui remonte 4

celle époque, si elle n'est pas encore plus ancienne, et un ouvrée du X e siècle.

C'est sous l'arc de gauche de celle coupole que les chanoines firent construire la chapelle de la Trinité. Pour donner plus de profondeur à celle chapelle, ils prirent toute l'épaisseur du i-mr de l'église; ou voit au dehors l'arceau qu'ils construisirent en sous-o?uvrc pour soutenir le mur. Cette chapelle, dans Ih style ogival de l'époque, mêlé de renaissance, a son entrée par trois arcades (lu coté de la nef. On lu dans ces conslructions ce distique gracieux , grave en lettres gothiques.

flt\toxa poft quïnrû octo 1

ni trietfribe fuftrif Çoc triabif frotwf ebificavt faaum.

5° Deixiehe coi polf. B. — Ici commence le système de la construction du XII' siècle. Les piles sont [dus étroites, elhis ont six colonnes qui les décorent : deux correspondent à l'arc doubleau central, et les deux autres, chacune à l'arc doubleau latéral.

Au lieu île la décoration de pilastres carrés des côtés de la coupole primitive, des pilastres ornés de colonnes supportent des arcades en plein cintre, ornées de riches archivoltes et reposant sur des chapiteaux ouvragés; les fenêtres, deux pour chaque coté-, sont décorées au dedans et au dehors.de utiles colonnes dégagées, travaillées au tour, dont les chapiteaux sont du travail le plus délicat. Deux portes latérales ont leur ouverture aux points MN sous cette coupole.

Des peintures du moyen-age occupaient le fond des arcades. J'en ai découvert les traces sous la couche de badigeon que les fahriciens, de quart de siècle en quart de siècle, n'ont pas manqué d'étendre à gTands frais sur l'épiderme du vieux monument (tour le rajeunir. J'ai cru reconnaître dans une des arcades saint Michel terrassant le démon ; j'ai aussi mis a nu, sous la première coupole, une peinture fort ancienne au-dessous do l'orgue, du coté droit de l'église et le mur inférieur de l'ouest. De nombreuses inscriptions sur des banderoles paraissent tirées des livres saints; mais on ne peut en voir que des fragments; le reste est tombé avec la couche de ciment sur laquelle la fresque

1 Xettora qvinlim. Va cinquième Nntor, 1* vio de cinq Néstort*. U00 an». Otio lustm, huit luatna, 40 mi; trietertdr, trou ans; toi. 1543.

HliNLHEMTALE

avait été peinte. Voici quelques-uns de ces (ra^mcnis d'in-

.... ! f , agifraf (noflfaiïo

JtDof qui me freutt eftif mtcum febiflitif.....

CRontef tinbe Sftttft au$>fôiim mini

m Eiiteam

De laides tribunes en bois s'avancent des deux cotés de cette travée. On a mutilé les chapiteaux pour obtenir plus de place.

4" Troisième coiroii. — Mêmes remarques que pour la précédente; elle termine la nef. Cn passage a été pratiqué derrière les deux piliers qui lui sont communs avec la coupole centrale ; mais ce travail est postérieur à la construction de l'église

Deux lourdes tribunes de pierre s'élèvent en encorbellement a droite et û gauche de cette travée, couvrant ainsi les jolies arcades dont le mur était décoré. Celle du nord portait les orgues avant qu'elles fnssent placées & l'entrée de l'église. On lit sur la balustrade de cette tribune : lougii ne skass a est* rrrri r*« sfstre I.ko>ar6 de Pitre, or- •ukistr cn cette Ectt»K, lus"; et plus bas, mais d'un moindre caractère : Rot, okhxtste et* cette muse. J'ignore auquel des deux organistes se rapporte le millésime 1«37.

Telle est la nef, considérée sous le point de vne général île sa construction. Quant aux détails d'ornementation, ils ont été distribués avec art dans 1rs deux travées du XII" siècle. Les chapiteaux des piles sont ornés de feuillages les cornichessont sculptées cn damier, et, quoique la pierre ne soit pas d'un grain compacte, au contraire, pleine de trous par le grand nombre de petits coquillages qui sont entrés dans su formation, en raison de la distance, les sculptures produisent un bon effet; seulement on regrette qu'un badigeon jaune vienne donner à ces murailles, que le tomps nous montrerait maintenant grises et marbrées, une teinte fardée qui contraste avec l'Age du monument. Ces idées-là, comme beaucoup d'autres, toutes simples qu'elles sont, ne peuvent entrer dans certaines Intelligences. L'on vient de gratter une des plu* récentes églises de

• Dans le mur, sur la gauche, cl au-dessus de la porte latérale, on remarque un tombeau formé par doux colonnes cl une arcade avec archivolte. Il a été mutilé uns doute dans les guerres religieuses. Il en subsiste cependant un petit chapiteau d'un tssti joli travail; au centre, une auréole elliptique, au milieu de lat un saint les mains jointes. A droite «t à ( mitres nui tournent la t»te cn s'éloicnant.

Paris, celle de Saint-Sulpice. On la trouvait déjà trop vieillie ; cette couleur quo donne le temps (alignait des regards qui aiment la décoration. Heureux siècle, qui partage avec les villageois le goot de la chaux !

Je ne dois pas oublier de mentionner une cruelle mutilation que celte nef a subie. Les six fenêtres en plein cintre qui éclairaient la coupole do côte du midi ont été remplacées {iar d'immenses fenêtres à meneaux , d'un travail si horrible qu'il n'y a pas d'expression pour le rendre. Si la cathédrale était restaurée, il est évident qu'une des restaurations les plus indispensables «fait de rendre à cette partie de la nef ses jolies laies primitives, en rapport avec le style des coupoles. Qui sait? peut-être on voudra continuer à voir bien clair dans la maison de Dieu.

L'entablement latéral de la nef est formé par une suite de modillons historiés dont le nombre est considérable. J'en ai compté quarante quatre du côté du midi.

Ccsoni les vkvs constamment reproduits dans cette partie des édifices romans; l'énumêration en serait fatigante; mais tous avaient leur signification symbolique. Voici les plus imposant*.

LU chien rongeant un os qu'il tient des deux pattes (la Gourmandise).

One tète de btruf (la Taresse).

Un dogue à énormes dents et tirant la langue (la Colère).

Une tèted'homrac à longue barbe et à longue mouslacbc.

Une figure de femme attristée < la Jalousie).

Un ebat se mordant les deux pattes-

Un chien tenant dans la gueule un bâton (l'Avarice).

Une femme nue assise sur un banc et les mains sur les genoux (la Luxure).

Une léte de bélier {l'Orgueil j.

Une tétede vieillard, front chauve, longue barbe, figure attristée (la Haine).

Une femme en colère s'arracbaul les cheveux (le Désespoir; .

Une figure de femme, front dépouirié, cheveux plats, bouche de travers (l'Envie). Le type se retrouve constamment, < t la bouche de travers est le signe qui le caractérise.

Une figure de femme qui rit.

Une ligure de singe.

Plusieurs figures humaines avec diverses expressions. Wusiears têtes de monstres.

Les modillons du côté du nord présentent des sajers analogues. Beaucoup d'églises de l'Angoumois sont plus riche» à cet égard que la cathédrale, non pas pour le nombre des modillons, mais pour rïnvenlion des sujets représentés et l'exécution du travail.

Les trois coupoles de lt n«f, comme l'avaient conjecture

quelques archéologues, n'ont pas été construites [tour s'élever isolées au-dessus de l'édifice ; elles ont toujours été couvertes d'une charpente. L'inspection du mur de la façade, du côté des coupoles, ne permet pas de doute à cet égard; mais, plus prudents que nous, les hommes du XII' siècle se servaient du système de charpente en lierspoint; ils évitaient ainsi ces énormes piliers carrés, dont on a changé à sens et à contre-sens les arceaux et les coupoles, et qui auraient pu depuis longtemps, par des portc- ,1-faux, en compromettre la solidité.

11" Lt cintre di la croix D. — C'était là qu'était l'autel. Dans une église en l'orme de croix, soit grecque, soit latine, il est évident que l'autel, centre des regards, des prières, des aspirations, doit être placé de manière à recevoir les rayons convergents de toutes les parties [de l'édifice '. Le? ibsides, les absidioles, les chapelles avaient leurs autels particuliers. Celui-ci s'appelait l'autel du Chapitre.

Cette travée centrale est formée de quatre piles décorées sur chacune du leurs faces apparentes de deux colonnes correspondantes aux arcs doubleaux des grands ares. Y. le plan.) Celte disposition est gracieuse et donne de la légèreté Ce qui en ajoute encore, c'cstquc la coupole, au lieu de s'élancer sur les grands arcs comme celles de la nef, est supportée par un mur octogone, décoré d'arcades, qni prend sa naissance sur les grnndsarcs et sur teursangles \ Ces arcades sont au nombre de douze. Deux sur chaque grande face de l'est, de l'ouest, dn nord et du sud , et uno sur chaque face élevée aux angles des grands arcs. D'après la disposition des arcades placées inégalement et dont le plan n'est pas un octogone n'gulier, mais un carré dont on a on peu abattu les angles , il est aisé de comprendre l'embarras de l'architecte pour arrondir la couimle. Il a donc pris pour base le carré aux angles arrondis, et c'est ainsi qu'avec un effort péniblement dissimulé il est armé aux formes rondes par lesquelles la coupole se termine. Il n'a pas commis cette maladresse dans la jolie coupole du clocher dont nous allons parler maintenant. L'architecte de la belle abbatiale de Sainl-Amand-de-Boixe, qui se eon -

1 II doit être au niomi sou» l'arc dmitileau i|ui sépare la rempote du l'abside. Il faut te rappelei' que l'ahtide n'est qu'une tribune.

' On remarquera une ingénieuse idée île l'architecte. Comme te grand arc de la dernière coupole de la nef tftalt beaucoup plu» tus que Celui de la coupole centrale, il a orné d'arcades ce mur qoi eul é»é n«i , et c*» anstaWa, tarant do giandaur, présentent «ne déconuiOD gracieuse. Plu* lard, Im arcliilcctas du slyle egîval oai ùaiié celle mauièrv de décorer lut mura Uoui qui w rencontrent au passage des voûte* d'u)éftato hauteur La cathédrale de Bordeaux en oHre un i-ieraple.

struisit peu de ternes ajrcs Saint-Pierre, éleva une lanterne semblable, niais il pril pour bâte l'octogone régulier, des U s grands arcs, et 6e trouva naturellement amené à la coupole.

Malgré ce dt faut , qui choque de suite, nette lanterne est d'un grand effet : c'est un des bons morceaux du style roman, et je n'en connais pas , de ce stylo , qui lui soient supérieurs en dimensions, en légèreté et en grâce.

Dans le travail primitif, ces quatre arcades étaient seules à jour et formaient les fenêtres qui éclairaient le dôme, liais lorsque Jean Mesneau restaura la cathédrale, soit que les protestants eussent abattu une partie de la coupole centrale, soit le besoin de donner plus de lumière, ou même la grande pensée d'attacher son nom à un travail bardi , le généreux doyen ne recula pas devant l'entreprise de mettre à jour toutes les arcades et d'en faire une lanterne merveilleusement belle, dont beaucoup de dômes modornos ne sont qu'une imitation.

On comprend l'admiration des contemporains do Jean Mesneau pour celle restauration hardie. On pardonne a Pierre de saint Romuald de le comparer, relevant la cathédrale, A Amphion faisant descendre, au son de sa lyre, les rochers du Cylhéron pour bâtir les murailles de Tnèbes'. Lui-même dans l'enthousiasme de son œuvre, s'écriait à à la fin de l'inventaire des litres de la cathédrale .-

« Nota. Que moy Jehan Mesneau butissois l'église cathédrale lorsque j'ai escript ceci de ma main.

« Nota Que j'ai employé cinq ans à rëidiflcr l'église catbédralle et que j'espère la parachever dans la Toussaint prochaine, s'il plaist à Dieu. Et lors je auray dépensé cl déboursé la somme de trente mille livres vallant dix mille escus, et employé audit bâtiment avec grand peine et labeur, sur quoy messieurs du chapitre en particulier ont contribué volontairement d'environ sept cent livres durant trois ans, quy font deux mille livres, et qge j'ay prins quatre vingt livres durant six ans, quy (ont deux mille qu are ceut livres, procédant de la rauthe que doist au chapitre André Lemague, bourgeois de Paris. Le surplus, je l'ai fourni du mien sans que personne y aye rien linct ni donné. Fail ce 39 juillet 1634. Signé Mesneau, doyen.

« Le 23 octobre 1634 l'église calhédralle fut reconsiliéc par monsieur Levesquc d'Angoulesmc, Antoiue de La Rochefoucauld cl moy souscrit, doien de ladite église, avois

« Non m<xl6 luariwinis hortatic-nibu* ted tl»m magui p*eunia! \i quavia cyuiara Miaviori enecerU ut ingénie* lapidum acervi tune iodi dulucli in lempli divini rcsuurtUone miro ordine evaluerint » Epi*. Xvncvp. Mtnillo (Mono Eng. Hi$t. Franc. «eu ffftm. Adem. Epitome.

achevé lebastiment, autel et le reste le jour auparavant.

« Que oc soict à la gloire, louange et exaltation de son saing nom et qu'il luy plaise recevoir les fruitx que j'ay employés, qui montent dix mille livres et mes labeurs durant sept années et les avoir agréables et me donner sa sainclc grâce en ce monde et sa gloire en son saing paradis avecq les bienheureux. Signé MESNEAU. DOYEN.

« Le 28 sabmedi et jour de saincl Cymon, et saint Jude, le grand autel et les autres que j'-ivois faict bas tir et ériger furent sacrés par monsieur d'Angouléme, avecq grande assistance du peuple. »

Nous payons ici au vénérable doyen une double dette et pour le soin qu'il pril d'inventorier les litres du chapitre et pour l'importante restauration de la cathédrale; nous demanderions que l'église Saint-Pierre, reconnaissante envers cet homme généreux , replaçât son épilaphe en vers latins, gravée sur une plaque de cuivre et enlevée pendant la Révolution.

Elle était placée a la colonne qui est à côté de la chaire épiscopale.

OUI VIII IDC* fEMU'AIII AXSO DOMI*l MDCLX JtTATI» 81* tXMV

damant ht lapidrt (m-li, altarta, «mil.

AIlM irrliribsi sutijnl»! unique nu M Surfrntea ara», ta<jii<aria. loroina, Itru liupict, M«nclli »unl h« monôme DU oVcani.

Cam Implant boc Imiautuiri jam ril# Metiellus

Tali* fcHur o>«n» icikj dediwe mm :

uuolilx I Instaurant i)U, do lamptdi ;

Intlaoranda domui aune «nibi cerla polo «I.

Nous voudrions aussi qu'unegraudo table do marbre noir qui a couvert autrefois le tombeau de Jean -le Bon, aïeul de François l M , fût restaurée dans la chœur, k la place qu'elle occupait autrefois. L'auteur de la vie de ce comte en a laissé uue description fort détaillée. Celle table, qu'on peut voir à l'entrée de la sacristie, élaitélevéede 1 m. 33 c au-dessus du sol et couvrait le monument décoré à l'extérieur d'une galerie d'srcodes gothiques dont les colonnes espacées de 18 oei.feèlres étaient do n.trbre blanc se détachant sur un Tond de marbre noir. Des statues en marbre blanc occupaient le fond de ces arcades et le haut des cwn-

partimenu ogivés était incrusté d'albâtre et point d'or cl d'azur'.

Sans donner maintenant autant de somptuosité à ce monument, avec bien peu do Trais on sculpterait en pierre la suite d'arcades gothiques sur lesquelles on placerait la table de marbre noir. On mettrait dans l'intérieur les restes •lu saint corps de noire comte Jean ' si religieusement conservés par le doyen Jean Mesneau. Le coffre de plomb qui les renferme est aujourd'hui dans le caveau des évèques. Il y a dans nos temples restaurés, a Saint-Denis et ailleurs, tant de sépultures vides, que nous serions beureux de retrouver a sa véritable place ce débris de tombeau avec ses ossements. C'est une belle exhortation à la vertu que la tombe d'un prince pieux que tousses contemporains ont appelé Bon, que le peuple a aimé et dont il a gardé la mémoire, quand il a eu tant de tyrans hypocrites ou impics a balr ou a oublier.

Enfin, puisque j'ai été amené par mon sujet ù des voeux <le réparation contrulesdévaslationsdu passé, jedemanderai que la colonne funèbre du duc d'Épernon soit remise dans la chapelle de la Trinité. Elle a assez longtemps accusé notre indifférence * dans la poussière ou elle est étendue. Nous avons do l'or pour étaler dans les pompes religieuses, un luxe que le peuple comprend peu, quand il ne s'en irrite pas; nous élevons à grands frais, sous notre coupole du XII* siècle, un baldaquin de style grec, je mo trompe, de style italien ; au lieu de la sainte Table où venaient communier nos pères et où nous avons communié dans notre enfance, notre sanctuaire est cerné de grilles comme pour défendre l'approche des autels au petit nombre de croyants qui reste encore, et nous n'avons pas le prix de quelques journées de manœuvres pour relever un monument gracieux, destiné à attester la noblesse d'âme d'un grand seigneur du X\T siècle, qui se vengea d'une ville où l'on avait attenté à ses jours, en lui léguant sou cœur.

III" LKS B1AS DE LA CBOIX OL" T1ASS5EPTS 11 G E F .

Les transsepts forment, on le sait, quatre parties distinctes. L'avancement des piles inférieures destinées h soutenir les grands arcs des coupoles placées à l'extrémité, coupent en deuxehaque iranssepi, elle* petites akiidcs I i deviennent naturellement le centre des deux chapelles G E. Telle était évidemment la disposition primitive. Il n'y a jamais eu d'autel sous les coupoles F H; le grand autel étant au point D, les fidèles qui se plaçaient dans les transsepîs voyaient le prêtre aussi bien que ceux qui •'laienl dans la nef.

« Vie «lu comte Jean, par Duporl, pag. i tî.

» Eipr«»ion» de l'auteur de U vie du coKte.

Nous avons dit plus haut que les chanoines firent démolir, vers la fin du XVIII' siècle, ce qui restait du clocher F, ruiné par les protestants, pour y construire une sacristie. C'est un exemple matériel, et cû ne sera pas le dernier, do la sacristie détruisant l'église, du Ceci luem ctla. Paix a la mémoire de ces bons hommes de l'ancien régime qui employèrent la poudre de mine pour mettre en éclats les piles fortement cimentées! lVlicitons-les d'en avoir épargné deux, à chacune desquelles ils n'ont abattu qu'un faisceau de trois colonnes, qui gênait la ligne droite.

Nous n'avons donc que des conjectures sur l'étal do ce transsept méridional. Mais les trois fenêtres qui subsistent encore et que le plan montre placées exactement dans l'arc de la coupole présumée, indiquent par là même l'existence des piles N 0, parconséquentdesaicsau-dessus des piles, et enfin la coupole correspondante ù celle du transsept nord.

Maintenant, étudions la coupole H. Un mur grossier la sépare aujourd'hui do l'église. Elle n'est donc connue que des sonneurs et des archéologues. C'est encore un des arrière-magasins de l'église où on dépose autels do bois peint, catafalques, gradins mobiles, châssis de toile peinte et autres décorations en usage pour certaines époques do l'année. Si l'on souffre de cette profanation d'une partie consacrée do l'église, on est bien dédommagé par lo spectacle mèmequ'on a autour de soi. L'oeil se repose avec bonheur sur ces murs que l'ignoble badigeon n'a jamais atteints' .Cesuinlemenl impercepUble des mortiers eldes picr-

' Oupardouncrait encore le badigeon nage pour le» parue* lisse* des mur» ; mais sur le* moulure» et sur les sculptures il ne peut paa être toléré. La sens le plu» vulgaire de l'art exige qu'on débarrasse dan» uuo église, toute» le» sculptures, colonne», avec bases, ffus et chapiteaux, corniches, voussures de* arcades, archivoltes, pilastres en appareil, encadrements des tcnfctre», pieds droits des portes; de Mlle sorte que le badigeon seul soit toléré pour les murs de blocage qui doitent être crépis. Encore, il est bien plus gracieux et tout aus aux mortier» pour '« «épi*, « l de badigeon.

Il y a deux moyens d'ùler le badigeon sur les sculpture* et les assises appareillées. S'il est três-épaii, avec des couteaux de bui* ou de bois dur, et en frappant doucement, on fait écailler le badigeon, et on le bit tomber sans détériorer en rien la sculpture. S'il est ancien ot adhérant à la pierre, il fliut recourir à l'eau acidulée (eau pure et acide nitrique, dix parties d'eau sur on* d'acide, mai» augmenter la quantité d'acide si l'action ne se faisait pas sentir; tenir l'eau acidulée dans du verre). L'eau aciouiéc doit être étendue rapidement et sans trouer, avec un pinceau oj une brosse. Elle décompose la chaux, et quand l'action a <':«• produite, le badigeon disparaît «ous le flottement d'uno brosse

res.aentralné de légères parties terreuses (oxide de fer), qui sesont lentement étenduessurtoutes les murailles el lui ont donné une teinte rose qui ne forme nos épaisseur sur lei sculptures et sur la surface des appareils. L'archéologue a si rarement le bonheur de trouver des églises vierges que la chaut n'ait pas salies '!

Ici la coupole ne s'élève pas au-dessus des grands arcs, comme dans la nef. Mais, à l'imitation de la coupole centrale, elle est supportée par un étage dont le plan est un octogone régulier.

Celte forme, outre la grâce particulière qui la dislingue, donne une grande élévation à la coupole. Quelques églises telles quo Saini-Amand do Boixe el lilanzae, ont ainsi des étages entre les arceaux inférieurs et les coupoles. On ne peut nierquecene soit une invention heureuse que les architectes modernes ont souvent imitée.

Cet étage est décoré de huit arcades qui ont leurs colonnes engagées, leurs chapiteaux de feuillages, leurs archivoltes sculptées. La coupole s'élève tout arrondie sur la corniche octogone qui commence les arcades.

Il y a dans cette partie de l'église une grande vigueur île conception el une entente parfaite de l'art roman. Malheureusement un respecl trop religieux a fait conserver à l'architecte une grande partie du mur de l'ouest, O, qui appartenait la construction antérieure. Il y a eu, par conséquent, sous la masse du clocher, inégalité de résistance dans les fondations. Le pilier intérieur nord-ouest se trouve ratigué, toutefois sans danger pour la sûreté de la tour.

dure, suit à set, «oit on mouillant la pat lit- où Ton a pa**' IVuu acidulée.

Il lit' faut jaraai*, sous quelque prétexte que ce sou, racler de* sculptures avec le fer. 11 est certain que, quelque adresse qu'on y portât, on dénaturerait le taire de l'époque qui le* a produite*. Le bots dur u'* pas «1 inconvénient, parce qu'il mollit sur 1. s aspérités de lu pierre, pendant que le fer les ravale.

* Parmi h*j rares exemple*, Je pui* citer l'église de Eainl- Jonieii (Haute- Vienne), el te» voûtes de Saint- Amand de Boite. Il est difficile de rendre l'impression religieuse qu'on éprouve eu entrant dans en monument», qui voua ducat du premier coup «TœiI leur vieille**», cl font |«ms*t devant vous tant de génération* croyante* qui ont prié «us leur* voûtes, el se sont agenouillée» sur leurs longues dalles.

I/église de SaintrClaud, construite en calcaire compacte aussi 6n que le inarbre, n'avait jamais été badigeonnée avant une trentaine d'année*. Comme les nervures se détachent mieux ! comme tes sculptures ?ont plus délicates!

Cette tour est une des plus intéressantes que l'on possède du style roman. Sa position sur une montagne la fait apercevoir des points les plus éloignés. M. ài Caumont la compare a un grand mal de navire. Elle devait produire un effet grandiose lorsque toutes ses arcades a jour bouchées mai menant en grande partie), laissaient apercevoir l'azurdu ciel. Quoi regret ne devons-nous pas ressentir de la perte de sa sœur jumelle qui la surpassait en élégance, à en Juger par lo dessin do Belleforcst' !

Elle se divise extérieurement en six étages :

Le rez-de-chaussée est occupé par les quatre grands arcs.

Il est percé de deux larges fenêtres el décoré dans le haut

d'un parapet soutenu par des modillons.

Lo premier étage est formé par les huit arcades extérieures. Il a trois fenêtres, et huit contreforts i ses angles qui soutiennent la coupole.

Le deuxième étage renferme la coupole; extérieurement il est décoré de seize arcades aveugles. Les étages audessus sont àjour et contiennent le beffroi des cloches.

Le troisième étage, sur chaque face, a deux grandes arcades partagées chacune en deux autres.

Ix quatrième étige, sur chaque face, a trois arcades.

Le cinquième étage, sur chaque face, a cinq arcades.

Lo sixième étage, sur cliaquc face, a quatre arcades cl une a chaque angle .

Les étages sont toujours en retrait sur l'étage inférieur, el à tous les angles est couché un liou sculpté; l'ornementation des corniches, des chapiteaux, des architraves, varie ;i chaqueélage.l'nc pyramide en pierre à huit pans devait terminer la tour '. Mais elle n'existe plus, si tant est que l'architecte n'ait pas reculé au moment de lancer dans les airs une pyramide qui aurait eu de diamètre à sa base plus de six mètres, el au moins autant dans son élévation . On regrette que la charpente ne soit pas exactement une pyramide & huit pans inégaux. Elle remplacerait aux regards la masse noircie de la pyramide en pierre qui s'est abaltue ou qui n'a jamais été construite.

Ce clocher d'un si beau travail serait menacé, dit-oo.daus une restauration présumée, d'être descendu pierre par pierre pour être remonté ensuite. Je regrette de dé-

i La partie jour, en fartant du ironie me éuge, présente : troisième éuge, 16 arcades; quatrième étage, 14 arcades; cinquième étage, 10 arcades; sixième étage, 20 arcades ; total : 68 fenêtres. En v Joignant les cinq qui éclairaient la coupole, et le» deux du 1 1 i-de-cliaussée, ou aura 7 S fenêtres.

1 La pensée de l'architecte est entièrement indiquée au sixième étage, dont le plan est octogonal.

DE LA Cl

clarer que ce serait une horrible imprudence. Dieu nous iiardede ces essais qui, naguère, dans Saint-Denis, ont coûté des sommes considérables a l'Etat, pour n'aboutir qu'au triste aveu du tort qu'on avait eu do toucher à îles flèches, capables de durer encore plusieurs siècles. I.es deux (lèches du transsepi nord de la cathédrale de Bordeaux si élancées, si aériennes que le premier orage semble devoir les emporter , menaçaient ruine Uni elles étaient rongées par le temps. Un architecte a eu l'ingénieuse pensée de les soutenir au moyen d'une armature intérieure qui leur a conservé leur élasticité en reliant toutes les parties entre elles.

Ce système d'armatures peut être appliqué avec succès à Ia tour de Saint-Pierre '.

Avant de cimenter, il faut, avec une verge de fer, sonder les joints, les débarrasser des ciments décomposés par les eaux et par une végétation parasite, ne pas laisser la moindre poussière de celle décomposition et ensuite remplir complètement les joints en taisant pénétrer le ciment*. Ces opérations se font presque toujours très-mal. Abandonnées aux ouvriersinintelligents, livréesà la spéculation, il est évident qu'elles ne sont qu'une vaine parade aux yeux, cl que les édifices où elles ont eu lieu, même à grands frais, n'en reçoivent aucune consolidation.

IV Assidi K. Elle est d'un fort beau travail cl d'une riche ornementation. Elle est décorée de neuf arcades, dont '(ualre sont pénétrées par autant d'absidioles, et dont cinq contiennent les fenêtres destinées à y porter la lumière. Il ne reste plus qu'une seule absidiole R. Les autres, ainsi que les quatre fenêtres latérales, ont disparu pour mettre l'abside en communication avec deux chapelles gothiques du plus mauvais goOt, dont elle est flanquée.

L'extérieur de l'abside doit être étudié avec soin. On remarquera la corniche qui s'élève au-dessus dffla fenêtre principale. Deux lions en relief en occupent les extrémités ; une biche est au centre, séparée d'eux par des arbres-

V Lss aurau». J'ai déjà décrit celle de la Trinité

■ On ne doit pas ignorer nue c'est le temps surloiilqui dunne au oment s» dureté. Quelque* léxarde», cIjiis un édifice, rie «lisent lien; elle» sont souvent de» premiers temps delacoiistruc'jon. l-*« vieux édifiées ne redoulcnt que l'infiltration des eaux qui désunissent les pierre». Il leur faut de bonnes couverture* et d<- )>on imefil.

« C'est encore grand'pitié nue de voir les ruines de Saint- Pierre, qui est la cathédrale, un des plus beaux vaisseaux de • laienne, et ayant un? des plu* hautes tmirs et aiiruill.-i de l ranec <|ui lui servait de clocher. Itellcforest, Ucscr. de fa suie . t comté d'Angoulème. Coswogr. uoiv., pag 116.

MENTE. 3i)l

dont on a changé le vocable et qui est maintenant dédiée à saint Ausone. Celle du Lion, dont j'ai mentionné la fondation, est aujourd'hui pour le vocable de sainte Philomènc; les deux chapelles latérales de l'abside sont dédiées, l'une i la Vierge, l'autre à saint Pierre. La statue de la Vierge est en pierre, de ce goût maniéré et prétentieux du siècle dernier. Elle n'a pas le charme et la suave simplicité de nos Vierges du moyen-age.

La plus intéressante des chapelles de la cathédrale est celle de Notre-Dame du Salut. Elle a son entrée à l'extrémité sud de l'abside, par une porte richement décorée. Mlle forme à elle seule un monument d'une grande importance : nous le décriions plus loin. (Voyez flen<j«wanc«.)

Tel est le monument capital de l'Angoumois. Il n'a pas Ie3 dimensions données plus lard aux calliédralcsgolliiques ; ses coupoles n'ont pas le diamètre et la hauteur de celles «h; saiiit- Frontdo Périgucux ; mais le plan en est infiniment gracieux ; les détails sont traités avec soin ; l'ensemble plall. La belle façade sera toujours regardée comme un de ces rares morceaux d'architecture où le génie mystique du moyen-age a déployé le plus de richesse.

Je U-rniincrai par une réflexion sur le style byzantin ce que je viens de dire sur la cathédrale d'Angoulème.

Des hommes dont j'apprécio le talent cl les profondes éludes ont voulu voir dans nos éyliscs à coupoles du Xll r siècle des mooumenls byzantins. Je n'ai j«u partagé cette opinion, malgré la voix imposante de ceux qui tiennent un haut rang dans la science. En Angoumois, nous avons beaucoup de coupoles, soil seules au centre de la croix des églises, soil placées au nombre de deux ou de trois, dans les nefs. Mais ces dernières ne diffèrent des autres que par leur nombre. Si tout édifice qui a une coupole ou dp» coupoles est byzantin, si la coupole est le caractère du style byzantin, alors toutes nos églises seraient byzantines. Mais si ce mot, le style byzantin, pour avoir une signification, doit indiquer un style à part, une imilation des édifices de l'Orient, non-seulement pour lu plan et la disposition des coupoles, mais encore pour l'ornementation, les sculptures, les peintures, je déclare formellement que notre Angoumoisn'aaucuu deces édifices, tels que Saint-Marc de Venise, Saint-Front de Périgucux, etc. Notre première coupole du la nef esl une imitation de celles de Périgueux ; mais il n'y a qu'elle. Dans lout le reste, on a voulu simplement faire des voûfcs avec des coupoles, parce qu'on avait reconnu l'extrême solidité de ce genre de construction. Mais d'un art oriental transporté, copié chez nous, rien. Prenez tous les détails de la cathédrale d'Angoulème, corniches, archivoltes, chapiteaux, bases, frises des entre -colonnements, bas reliefs, etc. Transporlcz-vous dans le voisinage à vingt

édifices romans sans coupoles de ce XII' siècle, et vous retrouverez le même style, le même coup de ciseau, le même art indigène, latin et non byzantin, occidental, aquitain, et nullement oriental; tous am des autres avec toute l'originalité" que chaquearlisle sait donner aux formes qu'il adopte, et non pas cette imitation de plagiatqui étouffe le génie et no produit jamais que des édifices médiocres et sans valeur.

Si j'ai bien étudié l'art byzantin, il aime à premier |>ar grandes masses. Les larges piliers, les arcs destinés à supporter les coupoles considérablement développés, se présentent lisses cl nus, parce qu'ils doivent recevoir des peintures ou des mofaiques. Chez nous, à part la première coupole de la nef de la cathédrale, travaillée avec l'imitation byzantine, on cherche constamment à amoindrir les piliers, à les orner de doubles colonnes, à les enrichir de corniches festonnées, de chapiteaux à feuillages. On rétrécit les grands arcs. Pour en dissimuler la nudité, on y met des arcs doublcaux. Ne sont-ce pas là de notables différences? Nos églises n'aspirent ni à la mosaïque ni aux rresques; elles s'embellissent de colonnes et d'arcades, qu'elles montrent partout aux piles, aux fenêtres, aux murs latéraux. La mosaïque au XII' siècle étail un art dont on ignorait le nom en Aquitaine; et, quant à la peinture, nos plus vieilles fresques, comme a la chapelle du château de Montmorean, à l'abbaye de la Couronne, a la crypte récemment découverte de l'église Saint-Jean, à Aubeterre, ne sont pas antérieures au XIII' siècle.

Je tenais a éclaircir cette question par des faits qui peuvent contrarier bien des systèmes, mais dont il est impossible de ne pas accepter les données irrécusables.

AUBETERRE. Il ne reste de la collégiale de Saint- Jacques d'Aubeterre, rasée jusqu'au sol dans les guerres de religion, que la façade, un des morceaux les plus précieux et les plus délicats de la sculpture du XII' siècle.

Elle se développe sur une longueur de 18 m. 40 c. Elle e6t partagée horizontalement en un rez-de-chaussée et deux étages.

Elle se partage verticalement en trois entre-colonnements.

Le rez-de-chaussée forme trois arcades à plusieurs voussures. Le premier étage présente une galerie de treize arcades.

Le deuxième étage est occupé aux extrémités par la base de deux clochetons qui devaient s'élever comme à Notre-Dame de Poitiers. Dans un enfoncement, à gauche, est une statue équestre en relief.

La porte est d'une grande beauté. De chaque côté, elle rst décorée de cinq colonnes détachées qui supportent au-

MONOIUNTALE Uni de voussures. L'arceau intérieur est découpé à joui comme au portail de l'abbaye dcChastrcs. (Voy. le dessin.}

La première voussure est ornée de quatre feuilles perlées.

La deuxième, de losanges perlés ; la troisième, de losanges nus; la quatrième et la cinquième de feuilles palmées. L'archivolle porte de petits animaux courants. Déplus, les angles de chaque voussure sont abattus, et forment ainsi que les encadrements intérieurs, des bandes ornées de petites feuilles, de perles, de dents de scie, de dents arrondies et d'étoiles.

Les chapiteaux des colonnes, non-seulement de cette porte, mais des deux arceaux simulés (ils sont au nombre de 22 , sont travaillés avec un goût exquis. Ils sont chargés de monstres symboliques, de feuillages perlés. Un des chapiteaux de droite représente un roi dans une auréole elliptique perlée, supportée par deux anges. Ce roi a la couronne perlée, surmontée d'un fleuron et de deux demifleurons. Il a la barbe, et les deux mains sont ouvertes sur sa poitrine. Voici le deuxième chapiteau a droite de l'arcade du nord. Ce chapiteau a été peint autrefois de rouf< et de vert.

De telles conceptions sont-elles le jeu d'une imagination capricieuse? Des idées mystiques sont-elles attachées à ces représentations? Pouvait-on y voir des formules générales d'unité dans la dualité, dans la trinité ? Je l'ignore. Il n'en faut pas moins constater la fécondité prodigieuse de génie des artistes de l'époque.

Les deux frises des arcades secondaires, c'est-à-dire, les plates-bandes comprises entre les chapiteaux opposésd'une même arcade, contiennent un zodiaque. Les signes de la frise droite ont été mutilés par le marteau. II reste ceux de la frise gauche. A coté de chaque signe correspond un sujet en bas-relief représentant les travaux' du mois.

Le Taureau {avril , un personnage à cheval.

Le Bélier (mars 1 , une femme tenant des fleurs.

Les Poissons (février], un homme taillant les arbres.

La Balance (septembre), un homme tenant une chaudière sur le feu.

La Vierge (aoùt\ on homme coupant un pain rond.

Le Sagittaire (novembre), un homme assis sur unecbaise devant un brasier, et coupant une tête de porc.

Les arcades du premier étage ont dû recevoir autrefois des statues, comme on le voit dans des monuments de la même époque. Les douze apôtres étaient probablement placés dans les douze arcades, La treizième, an centre, forme la fenêtre.

La statue équestre est considérablement mutilée. J'ai remarqué que l'architecte a Tait creux le corps du cheval pour le rendre moins massif en raison de son grand relief. Le buste du cavalier est brisé, ainsi que les jambes et une partie delà tète du cheval.

A l'article Cdateai-hkcf, je dirai ma pensée sur les statues équestres des façades romanes.

Il est malheureux que celle belle façade ail subi tant de mutilations. Sauf quelques chapiteaux, la moitié du zodiaque et les dessins des voussures, tout a été brisé : archivoltes, modillons, corniches. Quand on a sous les yeux la mutilation de pareils chcEs-d'ceuvre, on ne trouve pas assez d'indignation contre les vandales du XVI* siècle.

BERNEU1L. Grande et belle église romane.

L'édiflcc est complet, et, sauf une restauration gothique à la façade et deux piliers dont elle est flanquée, elle parait une église une de style, ce qui est si rare ; elle forme une croix latine ; elle a nef, coupole centrale, transsepls avec chacun leur absidiole et abside au chevet.

La coupole est éclairée à l'orient de deux oculus. C'esl un monument d'une très-belle conservation ; il doit appartenir aux premières années du XII" siècle.

BARRET. Carré long terminé par une abside. L'abside est richement décorée.Cetleabside>tsurchargéed'uu parapet percé de meurtrières, derrière lequel on s'est défendu dans les guerres civiles. La corniche inlérieure de cette abside est un balon rompu : la coupole a un oculus à l'orient.

Le portail a (rois voussures; les chapiteaux des colonnes «ont très-curieux. Le premier de gauche représente un monstre dévorant un agneau; celui de droite, le cenlaure, moitié homme, moitié cheval, tenant un arc

Le second chapiteau de gauche, pour inspirer l'horreur de la luxure, représente une obscénité honteuse : le chapiteau opposé montre deux colombes s'entre-becquetant, symbole de l'amour pudique.

BLANZAC. La collégiale de Blanzac nous offre trois époques distinctes : son clocher du XII e siècle, son abside de transition romane, sa nef d'ogival primitif. Lo doclier est fort remarquable : il présente aujourd'hui celte Irrégularité, qu'il est isolé au milieu de l'église avec ses quatre piles, de telle sorte qu'on peut en faire le tour pour aller d'un transsept à l'autre, ou de l'abside à la nef.

On comprend qu'il n'en était pas ainsi primitivement, et l'on voit très-bien au-dessus de l'arc du nord la naissance d'une voûte. Les quatre piles supportent quatre grands arcs sur lesquels s'élève un étage de forme octogone, destiné i la coupole. C'est la même disposition qu'au clocher de la cathédrale et à la coupole de Sainl-Amattd-de-Boixc. Le clocher s'élève de trois étages; le quatrième a été détruit il y a quelques années- Le premier étage est décoré extérieurement de quatre arcades aveugles ; il corresy ond a lu coupole. Ces arcades sont surmontées d'une frise, décorée d'enroulements, de feuillages et d'animaux. Cette frise ne continue pas du côté de l'ouest : les deux autres étages sont à arcades à jour ; sur chaque face du troisième, l'arcade est extérieurement surmontée d'un pignon triangulaire. Cette disposition est rare. Je ne l'ai vue qu'a Blanzac et aux clochers de Pérignac et de Brantôme.

Je donnerai l'inscription des cloches de Blanzac à l'histoire de celte collégiale. Armor. et Hist. de l'Ang.;.

BOURG-CHARENTE. C'est une église complètement romane cl toute du même style. Elle n'a subi ni mutilation* ni restaurations d'aucune espèce. Elle a trois coupoles : deux forment la nef.

On remarqueraqoe les piles intérieures destinées à contenir les grands arcs ont bien peu de saillie, et qu'elles forment double pilastre, ce qui détruit toute ressemblance avec les larges piles des églises byzantines.

Rien n'est plus simple et en même temps plus gracieux que celte église ; la construction en est si facile, qu'un architecte ordinaire en saisirait toute l'ordonnance, et pourrait en élever une semblable '.

Les remarques essentielles à Taire surcemonumcnlsoiit celles-ci ;

Absence de colonnes a l'intérieur, si ce n'est aux fenêtres et aux deux angles et à l'entrée de l'absidiole du transsept méridional. Les grands arcs, les arcs doubloaux et les formerais ont leur retombée sur des pilastres. Ces pilastres n'ont pas de chapiteaux, mais une corniche d'un profil très-délicat. Toutes les fenêtres sont en plein-cintre. Tous les grands arcs sont légèrement ogivés. Les coupoles sont des demi-sphères très -régulières, pendant que celles de Saint Pierre d'Angouléme sont ovoïdes; la corniche sur laquelle reposent les coupoles est ornée de pelils losanges.

Tout le luxe de la décoration a été réservé pour l'exlé-

■ On serait étonné du chiffre modique auquel se monterait la construction d'une église exactement semblable & celle tic Bourg-Cliarcatc. L'on aurait un édifice d'une grande solidill, de plus un temple vraiment chrétien, au lieu des lourds édifices grecs qui font douter sur lescuil,si l'on va dans un théâtre, à uoe bourte, ou dans la maison de la prière.

rieur et dans les dcas parues les plus saillantes de l'édilice, la façade et l'abside. U façade, car elle doit donner une idée majestueuse de la maison de Dieu ; l'abside, car •'lie renferme le sacrarium, le tabernacle- La taçade se .ompose d'un rez-de-chaussée de deux étages el d'un fronton triangulaire.

Au rez-de-chaussée, le portail formé par quatre rangs de voussures superposées marque le centre et est accompagné de deui arcades aveugles & une seule voussure. Des eolonnes libres surmontées de chapiteaux nus, décorés de deux anneaux, supportent les voussures. L'archivolte est . loiléo ; il n'y a dans ce portail aucune richesse d'ornementation, mais le faire en est grave et religieux.

Le 1" étage présente une arcade centrale où se trouve la fenêtre; elle est accompagnée de quatorze arcades plus ■'•truites, toutes ornées de leurs archivoltes.

Le i' Otage n'a que six arcades avec leurs archivoltes .1 des Irises correspondantes aux chapiteaux.

Le fronton est nu.

L'ensemble du celle façade plaît beaucoup, quoique d'une extrême simplicité d'ornementation.

L'abside est décorée avec un grand luxe d'architecture. Cinq colonnes partant du sol s'élèvent jusqu'à l'encorbellement, décorées de riches modillons symboliques. Deux rangs d'arcades occupent chaque entre-cokonnement ; le rang intérieur forme une large arcade avec colonne, au ■antre de laquelle une seconde arcade aussi avec colonnes décore la fenêtre; le second rang est occupé par trot* arides aveugles.

CELLEt'ROlK. L'abbatiale de Cellefroin est encore un >:difke d'une complète unité, à l'exception du portail, de style ogival, qui a été soudé plus lard à la façade romane, t-t de quelque contreforts.

Le plan en est fort original ; les absidioles sont fort étroites et fort allongées, el elles prennent presque toutes ut longueur de l'abside. La nef est triple, les bas cotés sont étroits et aussi élevés en voûte quels nef principale ; les piliers de la nef sont lourds et bas; leurs chapiteaux ne sont que des oibea unis, desquels des volutes grossières s'échappent aux ingles.

L'abside présente cette singularité, qu'elle est penchée à droite. L'abside el les absidioles ont à l'intérieur une corniche saillante vupportée par les chapiteaux des demi-colonnes qui les décorent et par des modillons la plupart ans sculpture et d'un travail grossier.

La coupole est octogone à la base, à quatre grands cotés el à quatre petits ; elle est éclairée au levant par deux

■'CUlUS.

Le piein-cinlre forme les grands arcs de la coupole;

mais la voûte de la nef et ses arcs c cades surbaissées.

Aucune base des colonnes n'est visible ; le sol a été exhaussé en 1789 de 1 ",35.

Toutes les fenêtres sont en plein-cintre.

La façade se compose d'un rez de-chaussée à trois arcades et d'un éloge decinq arcades plein-cintre, soutenues par des pilastres.

Longueur de l'église dans œuvre. . . . 38-.40.

Longueur des nefs 15", 00.

Longueur des transsepts 18-, 45.

Largeur id 7-,38.

COGNAC. L'église de Cognac était autrefois "un prieuré de bénédictins du nom de Sainl-Liguaire, dépendant de l'abbaye d'ELrcuil en Auvergne [ntontuterium Santti-btotleyardi de < oyniaco] ; il était hors de l'enceinte du château prope cattrum Cagniaei), et ce sont les habitations groupées autour de ce prieuré qui ont fait la ville actuelle. U fut fondé par Arnaud de Vitabre, évéque de Périgueux, et ses neveux Armand et Hier, seigneurs de Cognac, l'an 1041. Il ne reste rien de la fondation de l'église primitive. Ce ne fut qu'au XU« siècle, époque delà plus grande prospérité du monastère, que l'église actuelle fut balte. Il en reste aujourd'hui une uùs-bellc façade, les murs et les piles de la nef, el la base du clocher. 1* reste est du XIV et du XV<- siècles, Qualre conciles ont été tenus dans celte église, de 1«38 à HCi. Les arceaux qui restent sont d'un roman fortement ogive. La nef avait deux coupoles et était construite dans te plan de cello d'Angouléme. Le diamètre est le même, à peu de différence prés^Angoulémc, 10m. 80c ). Les piles sont décorées sur leur face latérale de deux colonnes pendantes ù arc doubleau central el d'une colonne sur cliaque coté, correspondante i l are doubleau latéral. De plus, le nu des murs de la nef est décoré par chaque travée d'arcades d'ornementation comme à Angoulôme. Celte parenté des deux édifices est donc hors de doute. Les coupoles détruites ont été remplacées par des voûtes A nervures du XV siècle.

Le rez-de-chaussée du clocher est traité avec une grande vigueur de construction. 11 est du même siècle, mais postérieur de quelques années à la nef el à la façade ; les arceaux qui soutiennent la coupole sont soutenus par quatre piles décorées chacune de quatre colonnes, mai» le style est moins gracieux que celui du clocher de la cathédrale d'Angouléme.

Ce qui est surtout digne de remarque à Cognac , c'est la façade romane. Une magnifique rose flamboyante y a été ajoutée et ôte l'unité du style primitif; mais le rex -dechaussée est d une admirable beauté (Voyez le dessin li-

DE LA C

ttiogiaphié par Tïrpenne). Le portail central peut être cité comme In type le plus parfait des portails du roman fleuri. Il mérite une description spéciale. Outre le choix parfait des ornements qui décorent 1» voussures les plus profondes, on remarquera l'adresse de l'architecte à n'y placer aucune figure : il les a toutes réservées pour ta plus grande voussure qui porte un zodiaque, et pour les chapiteaux des colonnes et des pilastres.

Suivons d'abord la série des chapiteaux. Nous commencerons par la droite en partant du centre du portail.

1" chapiteau. — Un enlacement de feuillages.

2* — Un ango vêtu d'une longue tunique, et aux ailes étendues, éloigne un petit personnage nu d'un monstre armé de griffes, prêt à le dévorer.

3' — Deux vautours sont attachés à deux quadrupèdes. Ils les saisissent au cou de leurs griffes et les dévorent au coeur.

Chapiteau d'une très-belle exécution. Ce sujet se trouve sur les. premiers chapiteaux de la façade d'Angoulème. (Voy. planche de détails, n™ 1 et î.)

4' — Môme sujet, mais d'un dessin différent.

y — Neuf personnages sont mis en scène sur ce chapiteau. Le premier, vêtu d'une longue tunique, saisit avec les de» ts le pied d'un homme placé devant lui la téte en bas. Le troisième personnage a le bras droit levé contre le personnage à longue tunique et lui saisit un bras de la main gauche, comme pour défendre celui que l'on dévore. Le quatrième personnage pousse le troisième comme pour lu soutenir et faire cause commune avec lui. Le cinquième, le sixième et le septième ont la même altitude. Le huitième est tombé i terre, Le neuvième est assis sur un trône, les jambes croisées, et placé sous une arcade soutenue par deux colonnes à chapiteaux. Il s'attache de

IIARENTE. 25*

chaque main aux colonnes. La royauté [assistant froidement à la tyrannie que les grands exerçaient sur le peuple et ne pensant qu'à se raffermir elle-même, ne serait-elle pas le sujet de ecchapitau? Ce serait alors do l'allusion historique. Ce chapiteau est le plus apparent, c'est celui de la colonne qui s'élève a droite de l'archivolte.'

Chapiteau de la série opposée :

1" chapiteau, en parlant du centre : Deux anges tiennent une auréole elliptique dans laquelle est un saint.

3* — Deux quadrupèdes dévorés par des vautours.

3' — Un personnage revêtu d'une tunique lient par les cheveux un enfant agenouillé el tendant la main. A gaucho, un ange à longue tunique dont les ailes sont perlées descend du ciel (il a le corps incliné , les ailes étendues): un bélier est au-dessous de lui. C'est évidemment le sacrifice d'Abraham.

*• — Deux quadrupèdes dévorés par des vautours. — 11 esl aussi répété plusieurs fois à In hçâde d'Angoulème.

5'— Un personnage i genoux, revêtu d'une longue tunique et le manteau rejeté en arrière , lient d'une main un enlacement feuillagé. Un second personnage a devant lui un oiseau avec un cou très-allongé, qui lui mord le bras gauche. Un troisième est à genoux, et il saisit par Je cuu des vautours qui cherchent à le dévorer.

Le zodiaque se présente maintenant à notre élude. U bande sur laquelle i) se déroule est encadrée dans une archivolte richement ornementée.

Les douze signes suivent l'ordre que nous leur donnons aujourd'hui. Ils commencent par la gauche. Chaque signe a deux bas-reliefs : le signe lui-même, et le symbolisme des occupations ou travaux les plus ordinaires de chaque mois.

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