‹ Statistique monumentale de ParisChapitre 1 sur 263 · Statistique monumentale de Paris · texte numérisé non relu

Statistique monumentale de Paris

Le projet de publication de la Statistique monumentale de Paris remonte au commencement de Tannée i835, lorsque M. Guizot, alors ministre de l'Instruction publique, créa^ le Comité des arts et des monuments. Les membres, assemblés pour la première fois le 5 janvier, apprirent du ministre qu'il se proposait de faire étudier tous les monuments de la France, et de publier ceux qui offraient le plus d'intérêt. Bientôt le plan d'un ouvrage étendu, destiné à faire connaître les monuments de la capitale, fut présenté au Comité, puis à l'approbation du ministre, en ces termes :

« Monsieur le Ministre ,

«Par sa position politique à toutes les époques de notre histoire, Paris offre un intérêt continu, qui doit faire dune publication sur cette ville l'introduction aux travaux qui se préparent en France sous votre haute direction. Quant aux divers éléments de ce travail, ils embrassent la topographie , Tarchitecture et les autres branches de Tart.

«L'histoire monumentale de Paris commence après la conquête; les Romains comprirent quelle était l'importance topographique de cette ville ; deux forts furent établis à la tête des. ponts ; une voie militaire traversa le

II INTRODUCTIOiY

territoire et la ville; au midi elle s'étendait jusqu'à l'Italie; les tombeaux des citoyens y ont été trouvés à diverses époques.

«Sur le versant de la montagne Sainte-Geneviève, les vainqueurs cons* truisirent un grand palais qui, par sa position, dominait la cité; voisin de la voie et d'un castram, il fut destiné à loger le chef militaire; une grande partie de cet édifice existe encore ; jamais on n'a publié que la grande salle destinée aux bains et qui n'était qu une dépendance. Un aqueduc de plusieurs lieues d'étendue, et dont plus d'une trace se reconnaît dans ce long parcours, y conduisait les eaux de Rungis; un plan de cet aqueduc antique , se reliant à celui de l'édifice pour lequel il fut établi, présenterait de l'intérêt. Le premier faubourg et le port des Parbii étaient voisins du palais : des constructions et une statue impériale y furent découvertes dans le siècle dernier.

«En passant au nord de la cité, le plan de l'époque romaine recevrait l'indication des fouilles successives qui, au Palais-Royal, rue Vivienne et sur beaucoup d'autres points, ont produit des restes dignes d'être signalés. Montmartre enfin conserve quelques ruines dont le tracé serait joint à celui de tous les restes de cette antique période.

« Paris devint une capitale : nos premiers rois habitèrent la cité ainsi que le palais des Thermes; sous les Capétiens, le premier de ces deux séjours fut préféré; dans les substructions du palais de Justice actuel on peut retrouver des traces de cette résidence, depuis son origine jusqu'à saint Louis , qui retendit et y fit des constructions encore admirées de nos jours.

« En rattachant à ce travail des études sur le Louvre , sur l'hôtel Saint- Paul et le palais des Tournelles, on atteindrait l'époque de la construction du palais des Tuileries, bâti par Catherine de Médicis, agrandi par Louis XIV et modifié sous nos yeux ; l'histoire de ces divers édifices et de l'art qui s'y développa depuis le commencement de la monarchie serait le résultat de cette partie de la publication.

«Auprès de leurs demeures, les rois de la première race élevèrent des églises; les basiliques de Saint-Pierre et Saint-Paul, depuis de Sainte-Geneviève; celles de Saint-Vincent et de la Sainte-Croix, aujourd'hui de Saint- Germain-des-Prés; de Saint-Julien-le-Pauvre , que mentionne Grégoire de Tours, sont au nombre des premiers temples chrétiens de Paris; ils n'ont jamais été publiés d'une façon complète; ces édifices étaient disposés,

INTRODUCTION. m

ainsi que rapprennent les récits des écrivains contemporains, comme les basiliques primitives qui se voient encore en Italie.

«Plus tard, une autre influence, qui s'étendit sur les monuments construits après les deux premières races, a laissé dans la capitale des monuments de lart roman, et, en les étudiant, on arriverait, par une succession suivie, aux grands édifices gothiques.

« Les enceintes militaires de la capitale fourniraient des éléments à une partie importante de la publication. La première clôture, restreinte aux dimensions de l'île Notre-Dame , a laissé des traces dans les fragments de murailles trouvés, en 1 7 1 1 , à Notre-Dame, et en i;82 9 à Téglise de Saint-Landry; au midi, le palais des Thermes formait les limites du faubourg groupé autour du port des Nautœ.

«L'enceinte de Philippe-Auguste enveloppa ensuite l'édifice antique, elle existe encore en partie; jamais on n'a dessiné ses tours, mesuré les distances qui les séparent, la hauteur qui leur fut donnée, ainsi qu'aux murailles. A l'aide d'un travail de nivellement opéré dans ces dernières années sur le sol de la capitale, on pourrait être conduit à connaître les divers mouvements de terre exécutés, à dififérentes époques, pour clore la partie septentrionale de la ville; en prenant cette opération pour base, on serait conduit à des résultats sérieux.

« Enfin , les monuments civils et particuliers ne doivent pas être négligés: il en est plus d'un intéressant et inédit, et ceux-là mêmes qui sont connus ne semblent pas devoir être exclus d'une statistique dans laquelle on se proposerait de conserver pour l'avenir les traces de ce qui nous reste de l'ancien état de la capitale de la France,

«Tel est. Monsieur le Ministre, le plan que je me disposerais à suivre dans cette publication; je pourrais commencer aussitôt qu'il aurait reçu votre approbation.

«J'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Albert Lenoir. »

Paris, le 10 juillet i835.

Ce projet de publication, adopté par le ministre, fut immédiatement étudié de manière à recevoir son exécution; les élé-

IV IINTRODUCTION.

ments de l'ancienne topographie de Paris furent recueillis, et les monuments dessinés purent être en partie livrés à la gravure, mais des changements survenus dans le ministère de rinstruction publique ne permirent pas de mettre au jour la première livraison de l'ouvrage avant le mois de juin i84o.

Les documents publiés dans la partie de l'ouvrage qui est consacrée à la période romaine ne devaient pas, à l'origine de la publication, recevoir le développement qui leur a été donné plus tard; de nombreuses découvertes faites sur le sol de la cité , à diverses époques, ont permis d'augmenter le nombre des planches originairement réservées à cette première division; ce sont des portions d'édifices recueillies dans la rue de Constantine, en i844; les restes du palais romain, construit à l'occident de l'île, et habité par les rois de la première race; de nombreux détails d'architecture et de sculpture découverts dans le même lieu, en 1847 et i848; enfin les grandes fouilles opérées, durant ces années, sur le parvis Notre-Dame, qui ont mis au jour des restes d'édifices et de maisons de l'époque de la domination romaine, et une partie de l'enceinte de Lutèce construite avec des fragments de monuments antérieurs,

La transition qui s'établit, à l'origine du christianisme, entre l'art des anciens et celui des premiers temps de la monarchie française, ne devait être constatée, dans le premier plan de l'ouvrage, que par les colonnes et les chapiteaux en marbre de l'époque mérovingienne qui se voient dans l'église de Montmartre, et par un fragment découvert à l'abbaye de Saint-Germain -des-Prés; de nouveaux élémenls d'étude pour cette période ayant été découverts en 1847, au parvis Notre- Dame, dans les restes du plan de la basilique de Childebert, dans les colonnes de martre qui en séparaient les nefs, et dans un des chapiteaux qui les surmontaient, enfin dans les mosaïques

INTRODUCTION. v

qui en formaient le pavé, cette seconde division relative à l'histoire de Tart, à Paris, a été considérablement accrue de ces divers détails.

La période carlovingienne n'est représentée dans l'ouvrage que par deux inscriptions : l'une est celle que Pépin fit graver en mémoire de sa présence à l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés, le jour de la translation des reliques du saint évêque, et de la donation qu'il fit, à ce sujet, de sa terre de Palaiseau; la seconde inscription . couvrait le tombeau d'Érotrude dont on retrouve le nom dans le nécrologe de l'abbaye, sous le règne de Pépin.

L'architecture romane prit un grand développement en France à partir du xi* siècle. Les églises monastiques de Saint- Germain-des-Prés et de Saint-Martin-des-Champs, celles de Saint-Julien-le-Pauvre et de Montmartre, représentent, dans la statistique de Paris, cette phase importante de l'histoire de l'art, et, de plus, dans ces quatre monuments on reconnaît aussi le style de transition, qui, par l'emploi timide encore de l'arc aigu, devak, en se développant, produire, durant le xiii^ siècle, le triomphe complet de l'ogive sur l'arcade en plein cintre.

L'architecture appelée gothique avait reçu, dans le plan originairement arrêté de la Statistique monumentale de Paris, une place importante par la publication très-détaillée de l'église de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle. Quarante-deux planches avaient été réservées dans la table générale au premier de ces deux édifice?, toutes n'ont pu être exécutées : le nombre en est réduit à sept, et, comme leur pagination première n'a pu être modifiée après le tirage, elles ont été placées à la fin de l'atlas et de la table, afin que cette importante monographie puisse être plus facilement continuée un jour, si l'achèvement de l'ouvrage est entrepris.

Page 1