PRÉAUX
Préaux , Ecdesia de Prat^Uù.
La commune de Préaux est réunie , pour le culte , à celle de Meulles. L'église s'élève dans une plaine , à 2 kilomètres du bourg de Meulles et à 1 kilomètre seulement de la route d*Orbec à Livarot. Cette église, placée sous l'invocation de saint Sébastien « appartient à la dernière époque de Togive.
Le mur méridional de la nef est percé de trois fenêtres dont deux , divisées par un seul meneau , présentent dans leur partie supérieure des compartiments flamboyants. La fenêtre du milieu a été refaite. Au nord » il n'y a que deux
(i) Noies par M. Panoier, de la Société française d'archéologie.
ouvertures : l'une trilobée , Tautre partagée par un meneau prismatique. Les fenêtres du chœur sont modernes et construites sans goût. Celle du chevet a conservé sa forme prinoitive et offre une grande ogive qui a été bouchée lorsqu'on a placé le rétable du maître-autel. I^ sacristie , placée au nord , date de la 6n du XVII* siècle , ainsi que l'indique le chiffre 1680 gravé au-dessus de la porte. j
Le portail s'élève à l'occident. La fenôtre qui surmonte la |
porte est cintrée et à moulures prismatiques. La tour , sitoée au noi-d-ouest , est terminée par une pyramide à quatre paos et à double épi : cette pyramide est couverte eu essente et offre sur chacune de ses faces une petite lucarne. U base de la tour était construite en damier ; la pierre alternait avec le caillou et la brique vernie (verte). Cette base , qui a été réparée sans aucun goût, doit remonter à la fin du XVI' siècle. Elle supporte une poutre sur laquelle est marqué le chiffre 159^, qui indique l'époque de la construction de tout le clocher. Sur une pièce de bois plus élevée on fit l'inscription suivante qui , sans doute y fait connaître le nom du charpentier :
MAS • . 10VI8 • CAIONlfTI CAISI DE CE LIEV •
La cloche porte l'inscription suivante :
SOVS LA PROTBITIOlf OB SAIKT S^BASTIBI lAY ttt «tfiriB J>V VBV GÉldiAL ET EN PR^ENCB DE LA MVNICIPALITA ET DB TOVS LES PAEOISSUIIS BB PRBAVX.
LA VILLBTTB de LISIETX DB PR^EIIT A SAINT MARTIlf DE LA UBVB MA PAITB Aff 1792.
Diamètre : 90 ocntiinèlres.
L'intérieur de l'église est bien décoré. Le maître-aotel , d'ordre corinthien , a un beau retable orné de quatre colonnes rudentécs. Les deux petits autels placés à l'entrée da chœur sont du même style.
Aa-dessQs de Tare triomphal est one toile peinte appliquée coDtre le mar. La partie inférieure de cette toile » qui représente le Jn^^meiu dernier^ a été déchirée; on nous en a montré les débris qui ont été relégués dans la tour. La partie supérieure, qui seule a été conservée, montre les élus dans le Paradis.
Dans la nef , on remarque une jolie chaire dans le style Louis XIV. Sur celte chaire est gravée , en caractères romains , rinscription suivante :
IBAH LUBON TKtlOailB A FAICT FERRE LA CBEBRB BR l'aA 1669.
Sur un vitrail de la nef se voit un écusson d^azur au soleil d'or sortant d'une fleur . , . aussi d'or, feuillée de h feuitles de sxnople.
On voit , dans le cimetière , un très-bel if qui a U mètres 20 centimètres de circonférence.
Château, — Le château de Préaux, situé en face du portail de Téglise , est appelé par les habitants de la commune la Moinerie , ce qui fait supposer que c'était un ancien prieuré. Ce château appartient à deux époques différentes. Le corpsde-logis principal ,. construit en pierre et surmonté d*un fronton , a dû être élevé sous Louis XV. Ce bâtiment est flanqué , au nord , de deux jolies tourelles en pierre percées chacune d'une fenêtre carrée avec nervures prismatiques. L'une des fenêtres est garnie d'une belle grille en fer dont les barreaux offrent des annetures, alternativement horizontales et verticales, artistement entrelacées (même disi)osition que la grille d'une maison située à Lîsieux , à l'angle de la rne du Paradis et de la Grand'Rue). Ces tourelles sont plus anciennes que le corps-de-logis Pl doivent remonter au XVP siècle. Le tout est surmonté de belles cheminées ea briques
présentant, dans la partie inférieure, une série d'arcatores. Dans la cour s'élève un beau colombier décoré de pilastres. On remarque dans sa construction des asases alternatives de brique et de pierre.
MBrLLBS.(t}.
Meulles, MoUb, MolUe, Mœles, Meules.
La paroisse de Meulles s'étend dans la plaine qui sépare la vallée de la Touque de la vallée de TOrbiquet. Son origine est fort ancienne , car on la trouve mentionnée dans des chartes dès le commencement du XP siècle. Toutefois, jusqu'à présent , on n'a pas trouvé sur son territoire de vestiges de l'occupation romaine. '
L'église est un grand vaisseau laidement éclairé ; le chteor forme une très-légère retraite sur la nef. On y entre par une porte moderne , ouverte dans le mur de l'ouest et précédée d'un appentis en briques qui joue le rôle de porche. Au-dessus , dans le triangle du pignon , s'ouvre une fenêtre également moderne. L'amortissement du gable est une croix de fer dont le pied sort d'une gerbe de lis emboutie : je ne crois pas que cette œuvre de ferronnerie puisse remonter jusqu'au XYI* siècle- La tour flanque l'angle nord, au niveau du mur du portail; mais elle fait complètement saillie sur le mur latéral. Elle offre les caractères de l'époque romane. Deux contreforts très-plats en grison buttent chaque face ; les murs sont en blocage de silex. La seule ouverture qu'elle possède est une petite fenêtre cintrée ouverte à la base , vers l'ouest.^Le con-
(I) Notes par M. Ch. Vasseur.
CANTON D'ORBBG. 751
ronnemeot consiste en une pyramide carrée servant de base à une flèche couverte d*ardoise.
Les murs latéraux sont d'époques diverses. Celui du nord, divisé en travées régulières par des contreforts peu saUlants et parementé en pierre de marne de grand appareil , date du XVI* siècle. Les fenêtres ont été repercées postérieurement, sauf une. Au midi , la première travée, près du chœur, est seule du XVI* siècle ; le reste est moderne , comme toutes les ouvertures.
Le chœur tout entier appartient au XIIP siècle, mais il a subi des remaniements considérables ; les seules parties restées caractérisées sont les deux contreforts du chevet , la corniche en quart de rond des murs latéraux. Les fenêtres sont du XVIII* siècle , ou même plus récentes du côté du nord ; mais dans la travée centrale du midi subsiste une belle ogive à moulures prismatiques, avec un meneau et une tracerie flamboyante; les autres sont, comme au nord, sans caractère.
Une sacristie en pierre^ du XVIII* siècle, d'assez bonne consbructiou , cache la plus grande partie du chevet; on con- State pourtant encqre qu'il était presque tout entier occupé par une large fenêtre. .
Les combles sont couverts en ardoise, ce qui leur ôte beaucoup d'ampleur et d'effet
L'intérieur > modernisé , peut se décrire en quelques lignes. Voûtes plâtrées, après enlèvement des charpentes apparentes. Maître-autel insignifiant ^ avec un tableau daté de 1821. Le tabernacle ^ de forme ovale , avec trois niches, offre des peintures intéressantes.
Dans la seconde fenêtre, au nord, il subsiste quelques fragments de vitraux , entre autres un petit sujet, venant d'un couronnement de fenêtre flamboyante, représentant le Christ en croix avec la Vierge et saint Jean.
iDdlquoos eecore, comme méritant un ooap-d'ceil, ù stalles en chêne sculpté style Louis XV, d*un bon travail.
L'arc triomphal consiste en une ogive à moulures prismatiques portées sur deux pieds-droits seini-cylindriques , disposition propre au XYI* siècle.
Les deux petils autels qui raccompagnent doivent remonter au règne de Louis XIV. Us sont à tombeau droit Leur rétable se compose de deux colonnes corinthiennes cannelées, rudentéesy porunt un fronton cintré coupé en volute, avec un cartouche au centré pour amortissement Une niche occupe l'entrecolonnement.
La tour était autrefois en communication avec l'église au moyen d'une arcade légèrement ogivale, à large voussure sans aucune moulure , appareillée en grisou. Ce caractère fixerait b construction de la tour à l'époque de transitioD , bien que son aspect extérieur accuse une époque un peu aotérieure.
Les amateurs d'ancienne liturgie trouveront, dans la sacristie de Meulies, une petite bibliothèque digne de fixer l'attention. Nous citerons seulement :
V Un Missel de 1672. Lyon , Antoine Beaujollin ;
2'' Un Antiphonarium. Parisiis, v* Hérissant, 1695;
Z° Missale Romanorum ex decreto sacrosancti Concdii Tridentini restittuum^ etc. Lutetias Parisiorum, sumptibos Joannis Henault , MOGLV.
Le frontispice représente saint Pierre et saint Paul et deux anges au pied d'une croix.
M. Bouet a dessiné un lutrin qui pourrait être contemporain de ces vieux livres, et qu'en cette qualité» sans doote, on a relégué dans un magasin humide.
La Confrérie de charité a été érigée, en 1552 , sous l'ad* ministration du cardinal Jacques d'Ânnebaut £lle obtint une bulle d'Urbain VIII en 1637. Supprimée, à la Révo-
lotion , au nom de la liberté, elle s'est reconstituée en 1803; elle remplit encore ses fonctions.
Les statuts n'ofi^ent rien de particulier. On trouve son blason dans ï Armoriai de d'Hozier.
L'église de MeuUes fait partie du doyenné d'Orbec : elle est dédiée à saint Pierre. Le patronage appartenait à Tabbaye de St-Pierre-sur Dives. Primitivement, Beaudouîn de Meulles, fils du fameux comte Gillebert de Brionne , en avait aumône la moitié à l'abbaye de St-Amand de Rouen, pro maire sua. Ce monastère a conservé dans la paroisse des biens taxés à 50* de décimes.
S'il faut en croire Farin, les religieuses Emmurées de Rouen reçurent aussi de saint Louis , au moment de leur fondation , une masure et jardin à lui appartenant a Meulles , diocèse de Lisieux, pour en faire une grange.
La croix de cimetière date du dernier siècle. L'if situé à l'angle nord-ouest de l'enclos est magnifique ; son tronc me- ' sure 1 1 pieds de circonférence.
Renseignements historiques, — Le plus ancien seigneur de Meulles mentionné dans l'histoire est Beaudouin, deuxième fils du comte Gillebert de Brionne , issu des ducs de Normandie ; il prit part à la conquête de l'Angleterre , et obtint du Conquérant la ville d'Exeter et la vicomte de Devonshire. Il mourut en 1091. Il eut un fil^, nommé Robert, et une fille qui épousa Guillaume d'Avranches.
I3n seigneur de Meulles se battit à Brenneville , en 1119, du côté de Guillaume Cliton ^ dernier rejeton des ducs de Normandie.
Vers 1207 , Nicolas de Meulles fit des donations à l'abbaye de St-Pierre-sur-Dives ; enfin , en 1366 , Guillaume de Meulles aomônait aussi des biens à l'hôpital d'Orbec.
Le registre des dons de Henry V, roi d'Angleterre, parle
de damoiselle GatheriDe de Meulles , veave de feo Renard de Chambray ; mais je D*ai pa établir une filiation suivie pour CCS divers personnages qui , probablement , n'appartiennent pas h la même famille.
A la fin du W* siècle et au XVP , on trouve mention d*un certain nombre de fiefs situés sur le territoire de Meulles : le Hamel-Grassart, appelé par Gassini le Hameau- Boissard, possédé, en l/i69, par Robin des Landes; — Brionne , qui fut longtemps dans la maison d*Harcourt ; — les Esteux » dont on trouve en possession , en 1469 , un nommé Pierre La Perque; en 152/i , Marc de Naleuooe; et, au commencement du XVIIP siècle , Philippe de Mailloc , d'une autre famille que les titulaires de la baronnie de Mailloc; — enfin la Cousture, dont jouissait, en 1562, Julien Gruerin , escuyer.
La paroisse de Meulles dépendait de Télection de Lisieox, sergenioric d'Orbec. Elle ,' comptait 220 feux ou 1,100 Jubilants. La population actuelle est de 780.
Maistre Pierre Després, régent au collège Dubois vers 1517 , docteur en théologie et très-grand prédicateur, a vo le jour au village de Meulles.
FAMILLY (1).
Familly, Familleyum.
Gomme Meulles, cette paroisse occupe une plaine,au milieu de laquelle s^élève Téglise isolée , sans agglonoération de maisons. Le château, situé un peu plus loin au nord de réglise , occupe seul la ligne d*horizon ; sa silhouette est peu mouvementée.
(i) Notes de M. Ch. Vassenr.
L*égli$e est sans imporlance et sans valeur architecto^ Dîqoe. I.e portail pratiqué dans le pignon occidental est moderne. La porte d'entrée se trouvait autrefois dans la dernière travée du côté du sud. On en voit encore la trace : elle avait un linteau droit sur lequel on avait tracé légèrement en creux une accolade. Un porche, dont on trouve encore les arrachements, la protégeait. Les fenêtres sont régulièrement disposées sur les deux murs latéraux, divisés en quatre travées par des contreforts. Ces fenêtres, ogivales ou cintrées subtrilobées, accusent la fin du style ogival tertiaire. £n eiïet, la construction ne doit pas être antérieure au XVI« siècle , car les murs et les contreforts sont bâtis en grès, et Texploitation de ces roches n'a pas dû se faire avant la fin du X.V* siècle.
Le clocher, en ardoise, n*o(Tre rien à signaler; seulement, au lieu d*êire à cheval sur le faîte , suivant Tusage, il s'élève sur Tangle sud- ouest , et sa base forme saillie à l'intérieur, au-dessus de la porte primitive.
Le chœur , on retraite sur la nef, n'a aucun caractère qui puisse mettre à même de déterminer Tépoque de sa construction ; les murs sont en blocage de silex non taillé , avec angles en grès grossier, sans contreforts. Les ouvertures sont du XVH- siècle.
Le maître-autel à haut rétable, à tombeau droit , revêtu d'un parement de toile peinte, peut remonter au XVIP siècle , mais il a certainement été retravaillé à une époque récente.
La voûte a été blanchie , et on a coupé les entraits qui la maintenaient.
L'arc triomphal est ogival avec moulures prismatiques portant sur des pieds-droits semi-cylindriques.
La voûte de la nef , assez bien conservée , accuse le XV* ou le XVI* siècle. Ses sablières sont soutenues par des^cor-
756 STATiSTIQDB MONUMENTALE DD CALVADOS.
beaux de pierre fort saillants , comme nous eo avons déjà rencontré à OuiUie-do-Hoaiiey , et au Mesnil-Guillaoïne.
Les deux petits autels dédiés à saint Jean-Baptiste et à la Sainte- Yiei^e datent du règne de Louis XIY. Ils ont été enlevés à Téglise supprimée de la Halboudière. Lears rétables se composent de deux colonnes torses avec ceps de vigne , portant un fronton coupé en volute , avec une niche en amortissement. Un tableau occupe le centre.
Deux petites piscines acrcompagnent ces autels.
Il reste aux fenêtres queli\aes lambeaux de vitraux (knsle style delà Renaissance.
Les fonts baptismaux sont en grès , de forme octogone ; sans la date 1696 qu'on voit sur une des faces , on les attribuerait facilement an W siècle.
La sacristie est surmontée d'une croix en fer assez curieuse, dont nous croyons devoir donner le dessin.
L'élise de Familly est sous l'invocation de saint Jean-Baptiste. Elle était comprise dans le doyenné d'Orbec. F^e patronage appartenait à l'évêque de Lisienx. Suivant un acte des archives du Calvados , du 5 septembre iUkU , ce droit lui fut contesté par le chapitre , et en ii!i5i l'un et l'autre présentèrent de concert.
CA^^OiN h'ouBEC. 757
Château — Le château est situé au nord de Téglise, dans une ligne parallèle, au milieu d'un vaste enclos et sans aucun entourage. On peut considérer que ce qui existe actuellement n'est qu'une aile du château primitif, soit qu'il ait été terminé , ou qu'il soit resté en projet Un fossé devait entourer le pied des murs : on en voit encore quelques traces devant la façade du nord. L'architecture, dans ses principales parties, rappelle Tévêché de Lisieux. Toutefois, la brique seule a été employée et d'après un système tout particulier.
Dans l'état actuel , la principale façade regarde le nord. Elle est flanquée à ses extrémités par deux pavillons. Les angles sont à refends ; les trumeaux , dans l'intervalle des fenêtres, sont occu[>é$ par des cartouches ménagés en recreusaut tout autour le parement de la muraille , enduit ensuite d'un crépi jaunâtre qui fait ressortir la couleur rouge de la brique. On a , par ce même procédé , tracé, au-dessus du cordon de séparation des deux étages , une balustrade à fuseaux renflés d'un galbe léger et délicat. Des lignes de briques noires forment zigzag sur la frise de la corniche, et dessinent des losanges sous l'appui des fenêtres (V. la page suivante).
Le corps central co.mpte cinq fenêtres et sa décoration est semblable à celle des deux pavillons. Les combles sont en ardoise , coupés harmonieusement par des lucarnes à fronton alternativement trianguKiire et circulaire. Ce motif est imité certainement de la partie de l'évêché de Lisieux qui date du règne de Louis XIIL
La façade du sud présente une disposition analogue dans la moitié de son étendue ; l'autre moitié offre des amorces et des remaniements confus qui indiquent évidemment qu'un corps-de-logis, inainienani déiruit, s'appuyait sur cette partie. Ce devait être le corps principal.