BIENFAITS
Bienfaite, Benefacta , Bonefacta^ Bien faim.
Bienfaite est une localité ancienne et importante. Si elle ne compte plus aujourd'hui que 690 habitants, malgré ses établissements industriels , elle en avait au milieu du dendcr siècle plus de 800 ; et les documents anciens qui la coucernent portent à croire qu'au moyen-âge ses paroissiens étaient encore plus nombreux.
L'église , comprise dans le doyenné d'Orbec y était dédiée à saint Martin. C'est un édifice assez vaste, bâti d'un seul jet, au XV* siècle, sur la pente du coteau, presque en face du châteaiL
Le plan , régulier , comprend un chœur et une nef en pierre de taille. Des contreforts indiquent les travées. Six belles fenêtres flamboyantes éclairent la net La porte d'entrée principale s'ouvrait autrefois dans la première travée, au nord. C'était une baie cintrée à moulures toriques , qu'abritait un porche en charpente. Une petite niche en accolade était pratiquée au-dessus, sans doute pour recevoir une statue du saint patron.
Cette porte a été bouchée à une époque moderne, cl ôd
CANTON D'OKBEC. 805
a pratiqué me nouvelle entrée , sans caractère , dans le pignon occidental, qui surplombe le chemin. Ce pignon, flanqué de quatre contreforts puissants , lance son rampant de pierre à une grande hauteur contre la tour, qui est assise sur Tangie méridional. Cette tour se termine par une flèche en charpente, octogone , avec lucarnes surmontées d'épis en plomb dans le style de l'époque ( V. la page 807 ).
Le chœur, en retraite sur la nef, n'a que deui travées. Ses fenêtres sont également flamboyantes. Dans la première travée , toujours au nord , s'ouvrait une porte cintrée , garnie de moulures toriques , dont' le tympan est couvert d'une légère tracerie en creux. Deux petits pilastres , surmontés de pinacles , lui servent d'accompagnement.
I/intérieur offre un vaisseau large et élevé , mais un peu froid comme c'est l'ordinaire dans l'architecture de cette époque. Des plâtrages regrettables viennent, en outre, causer une impression encore plus désagréable. Les voûtes étaient en carène 9 avec douvettes en merrain et charpentes apparentes.
Le chœur a conservé un de ces magnifiques rétables richement taillés, sous le règne de Louis XIY, par les bûchers du Pays-d'Âuge. Quatre colonnes torses à chapiteaux composites , dont le fût est entouré de vignes au milieu desquelles jouent des petits anges ou des amours , portent un entablement à fronton brisé en volute. Le centre est occupé par un tableau enveloppé d'un cadre, circulaire dans sa partie supérieure , sculpté de feuilles de chêne. Au-dessus est un médaillon d'où sort un buste du Père-Éternel en haut relief. A droite et à gauche, dans l'entrecolonnement , sont pratiquées des niches, dont l'entourage consiste en paquets de fleurs, et que surmontent deux médaillons, semblables au précédent, occupés par un Christ et une Sainte-Vierge. Des culs-de-lampe , formés de deux têtes de chérubins , portent les statues : saint Martin et saint Maur.
Sur les volutes de l'entablement sont assis deux anges tenant les instruments de la Passion. Quatre beaux vases drapés formaient amortissement au->dessus. des colonnes; diux ooi disparu.
L*attiquB offre une corniche à forts ressauts supportée par deux anges caryalides. Dans la niche est le Christ, deboat, tenant la croix de Résurrection.
Le tabernacle a malheureusement été arraché et il ^t dans les greniers du clocher. C'est un demi-hexagone « garni aux angles de coloniietles torses ornées dé ceps de figue. Sur chaque face est une niche pour des statuettes. L'une est vide; les deux autres abritent le Sauveur et ' un Évangéliste. Les panneaux du second étage sont sculptés d'arabesques à jour. Deux panneaux, formant contretable, s'ajustaient au tabernacle. Sous leur petit fronton en trapèze, porté par des pilastres et des anges caryatides , on avait peint des anges adorateors.
J>es deux petits autels n'offraient rien de particulier à signaler. A l'un d'eux on voyait un parement brodé de soie et de perles dans le goiit du XVIP siècle ; et une statue de Vierge, probablement de la Renaissance. L'un de ces autels a été remplacé depuis par un travail dans le style Louis XIV, dû à M. Léonard , sculpteur à î/isioux.
La cuve baptismale, octogone, avec des arcatures des* sinées au trait, doit être contemporaine de l'église.
L'une des deux cloches est ancienne. Comme elle ne porte pas de nom de fondeur , il est à présutner qu'elle n'était pas la plus grosse de la sonnerie. On lit, au pourtour :
f lAT BSTB BKNITTB PAR M** THOMAS BOISSEL PB** G?RB DE CE LIBT BT NOmrBB PAB LOVIS D? VAL ft' DY BESRKRB KT AXNB RIGROVLT FCHIIK DB IBâR LR TATA8SBVR S' DV BTUSON BCHBVIR I»B LA GBAI:ITR LAR 1673. plbtrbn(t) le BVGLB TBBSORIBB.
Château.— -Le château de Bienfaite offre une grande façade
CANTON D'oRBEC. 807
sans ressauts , construite eu briques avec chaînages de pierre à rd^ends et toits brisés à la Mansard. (Cependant , à l'angle
sud-ouest se trouve une tour ronde , de diandètre mof en , qui m'a paru, de loin^ avoir les caractères du règne
d'Henri IIL Ge serait donc le reste d'un édifice aotériear , construit an XYP siècle j lorsque le châteaa-fort fat définitivement abandonné.
Motte de l'anciai château. — De ce château-forl • il reste ane motte assez élevée , de forme ovale irrégulière , dont Tesplanade peut mesurer 50 pieds dans son grand diamètre. Au-dessous paraît avoir été l*enceinte du château, à peu près carrée. Ces vestiges occupent l'extrémité du cap formé par le vallon de la Cressonnière, à sa jonction avec la vallée, au sud de l'église ; ils ont été décrits dans mon Cours d'antiquités , V* volume.
Les seigneurs de Bienfaite, qui assistèrent à la conquête de l'Angleterre et à la croisade de Robert II, avaient pour auteur Gilbert , comte d'Eu et de Brionne , fils de Geoffroy, enfiint naturel du duc Richard I*' de Normandie. Ils sont la souche de la famille de Clare et contractèrent les plus belles alliance&
Versl/i50, iMarie de Bienfaite porta celte terre dans U famille d'Orbec, branche collatérale, issue aussi des comtes de Brionne. Ce que l'on pourrait dire de cette maison se rattache naturellement à l'histoire d'Orbec , dont Bienfaite ne fut plus qu'un membre dépendant jusqu'à la Révolution.
Disons , toutefois , que le chaleau de Bienfaite fut la résidence des seigneurs -d'Orbec , et qu'un grand nombre de leurs actes sont datés de ce château (1).
TORDOUET (2).
Tordouet, eccUsia de Torto-Ductu.
L'église de Tordouet, placée sous le vocable de saint Michel, couronne le sommet d'un coteau au pied duquel
(i) Notes de M. Gh. Vasseur.
(2) Notes de MM. BiUoo, Vaaseur et Pannier.
coule UD ruisseau, ou douet , dont le cours sinueux (tortus
tour]rohanb de torooubt. (
ductus) a donné son nom à la paroisse. Sa belle tour ro-
810 STATISTKJUE MONLMËNTALE OU CALVADOS.
loane, octogone, qui date du XI* siècle, domine d'une manière pittoresque les maisons du village et tous les vallons d'alentour.
Le chœur et la nef ont été bâtis dans le style classique , il y a environ quinze ans , Tancicnne église étant devenue , dit-on , insuffisante pour les besoins du culte. On remarque,, à rentrée du chœur, six belles stalles, dans le style du XVIII* siècle, provenant du couvent des Mathurinsde Lisieux.
La nef est accompagnée de bas-côtés, à Textrémité desquels s'élèvent deux jolisautels avec rétable dans le style Louis XIV. L'ancienne nef ne dépassait pas la chaire actuelle et mesurait à peu près la longueur de l'ancien chœur.
L'ancien chœur roman , qui sert aujourd'hui de sacristie , est très-petit. Il offre une voûte d'arête sans nervures. Celle du sanctuaire est en forme de cul de- four. A droite est pratiquée une belle piscine ogivale , trilobée, à double cuvette, qui date du XIII» siècle. A l'extérieur, le chœur se termine par trois pans coupés, autrefois percés de petites fenêtres en forme de meurtrières , ayant environ 90 centimètres de haut sur 16 de large. On voit encore, du côté not*d« l'une de ces fenêtres qui a conservé sa forme primitive. La corniche , composée d'un gros tore , est supportée par des modillons en forme de consoles.
La tour, placée entre chœur et uef, offre deux étages éclairés par de nombreuses baies. Carrée à sa base, elle devient octogone dans la partie supérieure et se termine par un toit en charpente recouvert en ai*doise. Elle est supportée par quatre arcades à plein-cintre, avec retraite, qui re()osent sur des colonnes dont les chapiteaux, grossièrement sculptés , sont formés de larges feuilles recourbées en volutes. Sur l'un des claveaux de l'arcade qui sépare le chœur du transept , est représenté un animal chimérique , ressemblant à un A&fBl
Le bas de la tour, autrefois flanqué de contreforts plats, est éclairé , du c6té du nord , par une fenêtt*e cintrée , moderne. Au-dessus règne une arcature composée de deux arcades simulées , reçues de chaque côté par une colonnette. La transition du carré à Toctogone est ménagée par des trompes formant, à Textérieur, une saillie triangulaire et s*amorti$sant, à l'intérieur, de la tour en forme de coquille dont le bord ou cintre externe est formé de claveaux extradossés. Le milieu de Tare, au lieu d'être fermé par une clef, présente un joint rempli de mortier. Les deux étages supérieurs de la tour offrent , sur chaque face , deux baies étroites séparées par une colonnette et dans un grand cintre dont l'archivolte repose , da chaque côté , sur une colonnette ( y. la page suivante ). La base de ces colonnettes est une base attique ; elle est composée de deux tores séparés par unescotie garnie , de chaque côté, d'un petit listeL II n'y manque que le congé qui^ ordinairement, réunit la base au fût de la colonne. Les tailloirs forment damier. Le cintre qui surmonte les baies du premier étage retombe, d'un côté, sur une colonnette, et de l'autre sur le tailloir qui termine les pieds-droits et relie les baies entre elles. L'archivolte des fenêtres de l'étage supérieur repose , de chaque côté , sur une colonnette dont les chapiteaux sont formés de feuilles recourbées en volute. La surface de plusieurs pierres, formant les claveaux des fenêtres , est couverte de rosaces et de losanges de différentes grandeurs. Plusieurs pierres portent également les marques de Tappareilleur.
La tour renferme deux cloches. La plus grosse , fondue par M. fiollée, du Mans, a 1 mètre 23 centimètres de diamètre; l'autre, fondue par Lemaire, a 1 mètre OA centimètres.
L'intérieur de l'église est décoré avec goût. Le maîtreautel , accon^pagné d'un grand rétable à coloiines torses ,
812 STATlSTli^LE MONUMENTALE DU CALfADOS.
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