COURSEULLES
Courseulles, Corceilla, Curcella^ Corcella, Curcelliay Corceulle, est un petit port situé à l'embouchure de la SeuUes, où de nombreux parcs à huîtres ont été établis ; on y compte plus de 1400 habitants.
Eglise. L'église de GourseuUes est moderne, surmontée à l'ouest d'un petit dôme en forme de cloche.
H!He est sous l'invocation de Saint Germain. L'abbaye de Montmorel en avait le patronage et percevait un tiers de la dîme ; les deux autres tiers profitaient, l'un au prieur curé, l'autre à Fescan et au collège de maître Gervais, à Paris.
Les Meullent étaient seigneurs de GourseuUes au XIII- siècle et au XIV.
Le château de GourseuUes et son capitaine sont mentionnés dans les Rôles normands de 1418-1419. La terre fut érigée en marquisat en 1728, en faveur de Jacques de Bellemare-Valhébert
Le château actuel est assez vaste et paraît avoir été construit sous Louis XIV.
Antiquités romaines. En faisant les travaux du nouveau port à GourseuUes, en 1831, on a exhumé des débris de poterie gallo-romaine et une belle amphore qui est aujourd'hui dans le cabinet d'histoire naturelle de la ville de Gaen : je l'ai figurée dans l'atlas de mon Cours d'Antiquités, pi. XXVIll, n» 1.
L'année suivante un laboureur a trouvé sur un autre point du territoire de GourseuUes, dans le champ
438 sTATisTigni honijiiertalb du calvados.
nommé le Vieux Cloa ou les Fossettes de Bevters, euviroQ 4,000 médailles ; elles étaient renfermées dans an vase de terre qui fut brisé par le soc de la charrue. J'ai acheté un cent de ces médailles ; la Société des Antiquaires en possède nn plus grand Dombre.Voiei les types principaux reconnus par M. Gervais, qui a examiné 3,700 de ces pièces.
Otacilia-Severa.
Ëtruscilla.
Gallus.
Voluiien.
VaJërien.
MariniaDa.
Gallien.
SaloDine.
Saloiin.
Posthume.
Laelianus.
Vicloria.
Mariua.
Macrien.
Claude-le-Gothique.
Quintillus.
On remarquera que les plus récentes de ces médailles soat de Quintillus, qui gouverna l'empire pendant quelques jours seulement, l'an de Rome 1023 (270 de notre ère), et que, par conséquent, c'est à cette dernière époque qu'il faut fixer celle où ces monnaies furent confiées à la terre.
CANTON DB CRBOLLT. 439
Une chose qui a lieu de surprendre, dit M. Gervaia, c'est que, dans ce graad nombre de médailles, il ne s'en soit pas rencontré une seule des deux Tétricus, qui cependant tenaient depuis trois ans le sceptre des Gaules.
Le champ, dans lequel cette découverte a été faite, offre de nombreux fragments de tuiles et de briques; on y trouve également des traces de fondations à une légère profondeur.
Tout annonce l'existence en ce lieu d'une habitation gallo-romaine, dont le propriétaire fut sans doute obligé d'enfouir, dans des temps de trouble et de désordre, ce trésor qu'il ne devait pas retrouver (1).
ri) V. U notiu de U. Gcrvaii du» 1& mimoirs ile U Soàilt it%
Vi ■
Le canton de Douvres est à peu près dans les mêmes conditions que celui de Creully, quant à la nature des matériaux; il est comme lui riche en églises remarquables. Il renferme 18 communes, et s'étend depuis le canton que nous venons de décrire et celui de Caen, jusqu'à la rivière d'Orne et à la mer. Voici les noms de ces 48 communes :
Saint-Aubin d'Arquenay.
Bénouville.
Bernières-sur-Mer .
Beuville.
Biéville.
Blainville.
CoIleville-sur-Orne
Gresserons.
DOUVRES, chef-lieu.
Hermanville.
Langrune-sur-Mer.
Lion-sur-Mer.
Luc-sur-Mer.
Mathieu.
Ooistreham.
Périers.
Plumetot.
Tailleville.
Dernières est la commune la plus rapprochée de CourseuUes, par laquelle nous avons fini la description monumentale du c.inton de Creully. C'est par elle que nous commencerons la description du canton de Douvres.
BERNIËRES-8UR-MER
Dernières, BernieraSy Berners, Breneriœ, L'église de Dernières est une des plus importantes de l'arrondissemet de Caen. Elle est précédée d'une tour très haute et très élégante, que je crois du XIII*
siècle, en arant de laquelle on remarque aa porche trëa léger el d'uae grande élégance, dont les arcades latérales sont trilobées.
J'ai fait dessiner avec soin cette belle tour qui est haute de 200 pieds. C'est la plus élevée de toutes celles qui ornent les églises rurales du Calvados.
La partie de la nef la plus voisine de la tour, c'est-à-dire celle qui se trouve vers l'ouest, présente à l'extérieur des c donne ltes déjA minces et quelques arcades en pointe. La corniche est décorée de modillons à festons ogives, et tout annonce, pour cette partie, ta an du XII' siècle.
Le. reste de la nef vers le chœur est plus ancien; on reconnaît facilement qu'il a été raccordé avec la partie précédente. Les modîllons ont plus de - . ,. . „^ ,^ g^^^^,^
442 STITISTIQDE HONtlIBNTALB DD CALVADOS,
saillie, et la corDÎche qui les surmonte est ornée d'un damier.
Porche de Beroiëres.
A l'intérieur de l'église, on remarque la même diSérence dans le style des arcades qui séparent les bas-
côtés de la grande nef; les plus anciennes sont ornées de frettes crénelées, les autres de simples cannelures ; les deux époques sont aussi très faciles à reconnaître dans les bas-côtés correspondants.
Le chœur n'offre pas le même intérêt que la nef; il paraît du XIY® siècle, sauf quelques parties restaurées.
L'église est dédiée à Notre-Dame. Le trésorier de la cathédrale de Baveux était patron collateur et décimateur de la paroisse de Bernières. L'évêque Odon, frère de 6uillaume-le-Gonquérant, avait acheté Bernières de Guillaume de CourseuUes, de Curcellâ, et de Roger, qualifié Miles Camerarii; il le donna à son église cathédrale et Guillaume-le-Conquérant confirma la donation par une charte qui doit être plus ancienne que la conquête de l'Angleterre, car le duc n'y prend pas le titre de roi, mais seulement celui de Marchio et dux Normannorum. Bernières y est appelé Breneriae; les témoins sont sa femme, ses enfants, Gérard Dapifer, Guillaume de Courseulles, Eudes, vicomte du Gotentin, Huges de Montfort, Robert, comte de Mortain, Robert, fils de Roger de Montgommery, etc. {Cartularius antiquus ecclesiœ Bajocensis),
Bernières avait, au moyen-âge^ une certaine importance; encore aujourd'hui le nombre des maisons agglomérées y est considérable, on y compte 1482 habitants.
Vestiges d'antiquités romaines. Il existe sur la commune de Bernières d'anciennes constructions romaines qui ont été en grande partie couvertes par la mer.
Dans une autre partie de la commune, à un quart de lieue au sud de l'église, on voit très distinctement un chemin creux aligné qui, après avoir traversé l'ancienne
444 STATISTIQUt «ONtmENtALK tfO CALVADOS.
voie romaine de Bayeux au Bac-du-Port, s'avance vers la commttDfe de Béaj «t s*«fface bientôt en se confondant avec un tehemin ordinaire. Cette rue cavée a évidemment été creusée de main dliomtne, et comme pour dérober à la vue ceux qui devaient la parcourir. Une enceinte, marquée sous le nî^ !^ de la carte de Oassini et désignée sons le nom de Camp romain^ était eocore visible il y a quelques années. Non loin de lïi, à l'ouest, ae trouve une excavation carrée dans laquelle étaient des habitations dont on voit encore les traces et que Ton nomme datis le pays TombeUes Saint- Ursin. Il paraît qu'il existait autrefois une cfaapeHe sur cet emplacement et qu'on y a trouvé des médailles romaines.
Gaylus a publié un plan du camp romain de Berniëres; il fait observer que cette place était avantageusement choisie pour la défense de la côte : le terrain s'élève insensiblement vers la campagne; au contraire, il s'abaisse insensiblement jusqu'au rivage et laisse voir toute la côte comprise entre les embonchures de la SeuUes et de l'Orne, et une grande partie -du rivage situé au-delà de cette rivière jusqu'à Dives. Dans le lointain on aperçoit même le Havre et les falaises de HennequeviUe.
LANQRUNE.
Langrune, Ingronia, Yngronia^ Lincfroniû, LengroniOy Lengrona.
L'église de Langrune, en forme de croix avec une abside à pans et une belle tour centrale, est remarquable par «es dimensions et son architecture. La nef me «paraît de la première moftié du XIIP siècle; elle
I ttOTTTÏlBS. 446
Église et U>ur de Langrune.
est accompagnée de bas -côtés. Les fenêtres sont étroites, en forme de lancettes et sans colonnettes.
Les arcades qui séparent la grande nef des collatéraux sont portées sur de grosses colonnes cylindriques, et simplement ornées de tores. Les unes sont cintrées^ les autres en ogive, mais à ogive peu prononcée. Des contreforts s'éle vaut au-dessus du toit des bas-côtés portent des arcs-boutants, qui font équilibre à la poussée des voûtes de la nef centrale. Il y a un triforium composé de petites arcades en lancette. Les trois premières arcades de la nef (côté ouest) paraissent plus anciennes que les quatre autres.
La tour, terminée par une pyramide allongée en pierre, est assise sur le transept; elle est du XIII* siècle à sa partie inférieure jusqu'au deuxième étage audessous du toit : ce second étage et la pyramide à jour ne sont pas, je crois, antérieurs au XIV* siècle. Cette tour est ouverte à l'intérieur de l'église jusqu'au deuxième étage, et se trouve éclairée par les fenêtres du premier. Elle est surtout remarquable à l'extérieur par l'élégance des moulures qui régnent sous la corniche supérieure (guirlande de vigne et de feuillage), par la délicatesse des fleurs crucifères qui garnissent l'intérieur des fenêtres, et les autres moulures.
Il est fort regrettable que les quatre clochetons et les quatre lucarnes qui accompagnaient la pyramide à jour, aient été détruits ; elle a beaucoup perdu à cette suppression. L'extrémité de la pyramide a aussi été renversée au siècle dernier, et remplacée par une pierre trop courte, de sorte que la pointe de la flèche se trouve tronquée.
Le chœur est du XIII® siècle, mais probablement de la fin. Les chapiteaux de l'intérieur de l'abside sont
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extrëœemeat élégante; plnsieurs mériteraient d'être moulés.
Voici quelques-uns de ceux qui couronnent les colonnettes groupées sous la tour (à).
Une petite porte bouchée s'ouvre dans le transept septentrional, sous une profonde voussure garnie d'arceaux : on voit encore dans le tympan de cette porte étroite et élancée un cheval très fruste en demi-relief, reste d'une petite statue de Saint Martin, patron de la paroisse.
(d) L'église de t^ngrune a été, depuis une trentaine d'années, l'objet de restaurations importantes et bien entendues.
i4S STATISTIQUE HOMUIfENTALB DU GALYÀDOS.
Le palroaage de La^gr^ne était à Tabbaye de Troarn; elle le possédait avant 1210. Le curé avait an sixième de la dîme; le reste profitait au prieur de Tailleville> et aux abbayes de Troaxn» d'Aunay et de Blancbelaode.
Le portail occidental est précédé d'un porche voûté en pierre, qui paraît au moins du XIIP siècle.
Dans le collatéral du nord, on remarque des fonts baptismaux sans caractères précis, ayant la forme d'une cuve.
On lit sur une table de marbre, incrustée dans le pavé du chœur, le nom d'un Cairon Barbières, sei* gneur de la paroisse, mort en 1789.
Prieuré de Taillbvillb. Le prieuré de Tailleville, qui dépendait de Tabbaye de Troarn, était compris dans le territoire de Langrune. Voici ce que nous savons sur l'origine de ce prieuré.
La terre de Langrune était possédée, daïis le XI" siècle, par la famille de Colombières. Guillaume de Colombières, avant d'aller à la Croisade en 1096, avait donné à l'abbaye de Troarn le patronage, les dîmes et autres biens à Langrune; il paraît qu'il mourut dans l'expédition de la Terre -Sainte, car, en 1103. son fils Henry confirma toutes les donations faites par son père avant ce voyage. Dans une autre charte, il confirma tout ce que son |>ère avait donné à la même abbaye : la dime, les offrandes et toos autres droits qui apparteiiaient à l'église, dans le hameau de Tailleville (1).
(1) L'acte fut passé au chapitre de Troarn, en présence de Tabbé Amuif ; Henry reçut pour cette confirmation un palUfroy qu'il d^irait, et un wse d'argent pour^h hide ft la selk.
CàKTON DU DOUVRES* 449
Néanmoins il qq parait pas constant qu'il soit le fondateur du prieuré. Une charte de Tévèque Odon, dit qu'à rextréoiité de Langrune, Durand 1*% abbé de Troarn, avait réédiiié une ancienne cbapelle, et qu'il l'avait dédiée en Thonneur de Saint Martin, en Texemptant de tous les droits épiscopaux. C'est donc à ce premier abbé que Ton croit devoir attribuer la fondationdu prieuré deTailleville, et sa dotation à Guillaume de Colombières. A la vérité, la cbarte de l'évèque est signée de Guillaume de CourseuUes, mais comme elle ne parle d'aucun bienfait à» oe seigneur en faveur de l'église de Tailleville, il n'est pas certain que le titre de fondateur doive lui être attribué^ quand aucun acte ne lui donne cette qualité et ne mentionne les donations qui pourraient le lui faire appliquer. Le compilateur du cartulaîre de Troarn déclare qu'il ne sait lequel de Tévêque Odon ou" de Guillaume de Colombières, ou de Guillaume de CourseuIIes, a droit au titre de fondateur.
L'abbé de Troarn, au droit des seigneurs de Colombières, dès le XII* siècle, prétendait à la dîme de la pêche faite par les habitants de Langrune. Ce droit fut vivement contesté par eux dans le XIII" siècle. Ambroise, abbé de Saint-Lo, et Guilaume, doyen de la mêm^ ville, délégués du pape pour juger cette cause, maintinrent l'abbé de Troarn dans le droit de la dîme du poisson: l'affaire ne fut terminée qu'en 1231 par une transaction entre treize députés des habitants de Langrune et l'abbé de Troarn. Les premiers reconnurent son droit et en conséquence ils s'obligèrent, pour toute la commune, de payer chaque année à l'abbé 6 sous par bateau pêcheur, pour le droit de dîme, et H sous par bateau qui n'irait à la pêche qu'une fois par an, à
charge aussi de payer le double si les sommes convenues n'étaient pas payées aux termes désignés dans la transaction. Cet acte fut passé devant le chapitre de Bayeux, les délégués apostoliques et Jean des Vignes, bailli de Caen.
Les anciens actes parlent d'une chapelle de Saint- Thomas, fondée à Langrune sur le chemin d'Ouistreham, et des donations qui lui furent faites dans le XIII* siècle par Guillaume de Cairon.