DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Le travail que je publierai par parties dans le Bulletin monumental^ aura pour titre Statistique monumentale du Calvados,
Je commençai en 18S0 l'exploration monumentale du département du Calvados. Les eourses que je fus obligé de faire ensuite pour dresser la carte géologique de ce département, me fournirent l'occasion de compléter mes notes. En même temps que j'étudiais la géographie des roches, j'observais la géographie monumentale, et mes excursions avaient ainsi un double but. Je m'appliquai donc à décrire succinctement les édifices de chaque commune, tels que les églises, les châteaux, etc. ; à noter les découvertes de médailles, d'objets antiques et de constructions romaines, de ma-* nière à présenter un tableau complet des monuments du Calvados classés dans l'ordre chronologique et géographique.
Z STATISTIQUE MONUIIINTALE
On comprend qu'un pareil travail étendu aux 800 communes du Calvados a nécessité beaucoup de déplacements, et que j'ai dû m'armer de persévérance pour le conduire à fin. II a fallu non seulement visiter chaque localité, mais aussi s'enquérir des trouvailles qui, à diverses époques, avaient eu lieu par hasard dans nos campagnes, et faire parfois des fouilles pour s'assurer de la présence des constructions romaines enfoncées sous terre, et qui chez nous ne se montrent plus à la sufarce du sol.
Si d'un côté j'ai recueilli un assez grand nombre de faits inconnus, si j'ai décrit plusieurs centaines d'églises qui n'avaient été examinées par personne, j'ai omis, à n'en pas douter, beaucoup de faits qu'il eût été intéressant de connaître et de constater. Mais ce n'est pas dans une exploration rapide que l'on peut tout voir, tout découvrir ; quelquefois on passe à côté des choses les plus curieuses sans les remarquer, et souvent il faut plusieurs voyages successifs et mieux encore une résidence prolongée, pour connaître tout ce qu'une localité renferme d'intéressant
Je commencerai la revue monumentale des communes du Calvados par celles de l'arrondissement de Caen, en les prenant par canton. Chaque commune aura son article, chaque article sera subdivisé en plusieurs paragraphes qui seront toujours placés dans le même ordre : ainsi d'abord l'indication des monuments, leur description, puis l'énumération des médailles ou autres objets s'il y en a eu de trouvés, enfin les faits historiques les plus saillants se rapportant à la commune ou à une partie quelconque de son territoire.
Si j'avais revu certaines localités, visilées trop rapidement, à une époque où mes notes étaient laites pour
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moi et sans projet de les publier, le tableau que je vais présenter des richesses monumentales du Calvados serait plus complet, l'appréciation de Tàge des édifices plus sûre. Il est, en effet, tel monument sur l'origine duquel on modifie, lors d'une seconde visite, les idées qu'on avait conçues la première fois. Je dois dire que plusieurs des églises du Calvados analysées par moi il y a 30 ans, à une époque où je créais moimême le sytème de classification chronologique qui a prévalu en France, ont été peut-être mal jugées et qu'il eût été bon de les visiter une seconde fois. J'ai acquis depuis cette époque une habitude que je ne pos« sédais pas encore pour préciser les dates à l'inspection des caractères archi tectoniques.
Quoi qu'il en soit, en indiquant dans mon Cours certains faits archéologiques, j'ai souvent renvoyé à ma Statistique Monumentale du Calvados, et cet ouvrage dont j'avais annoncé la publication en 1830 m'a été souvent demandé. C'est pourquoi je ne crois pas devoir différer à le publier, réduit à l'abrégé qui va suivre.
Cette statistique, quelque imparfaite qu'elle soit, renferme d'ailleurs une masse de faits que d'autres n'auraient peut-être jamais la patience de recueillir, ne se trouvant pas dans les circonstances qui ont déterminé mes explorations et que j'ai fait connaître tout à l'heure. De pareilles recherches sont plus ingrates qu'on ne pense, et il faut un zèle tant soit peu robuste pour s'enfoncer dans les campagnes où l'on ne trouve souvent que de modestes églises, d'un intérêt minime, tandis que d'autres voyages, entrepris plus commodément, feraient voir tant de chefs-d*œuvre et de monuments du premier ordre dans les villes.
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Pour moi cependant, qui me suisr voué à l'exploration de la Basse-Normandie, ces recherches de détail n'ont pas été sans charme, et j'ose me flatter que mes notes, quelque monotones qu'elles puissent être, seront lues avec indulgence, peut-être avec intérêt, par ceux qui désirent connaître le pays et apprécier à leur juste valeur les richesses diverses qu'il renferme. Cette pensée m'a fortifié dans la résolution que j'ai formée de les publier.
Quant au titre que j'ai donné à mon travail, il y a 20 ans et au moment même où j'en ai conçu le plan, je n'ai pas à le justifier, car il a fait fortune parmi les archéologues. La Statistique Monumentale a pris rang dans la statistique générale ; l'autorité administrative elle-même, en recommandant la conservation des édifices, a adopté cette dénomination que j'ai le premier mise en circulation dès l'année 1822.
Je ne crois pas qu'il y en ait de plus convenable pour désigner les travaux dont je vais consigner le résultat dans l'ouvrage qui va suivre.