VAUX-SUR-SEULLE
Vaux-sur-SeulIes, Vallès super Seulam.
L'église de Vaux-sur-Seulles est située sur la rive droite de cette rivière et domine le riant vallon qu'elle arrose. Le chœur est remariquable par les arcades simulées à plein cintre portées sur des colonnettes, qui ornent extérieurement les murs latéraux et le chevet» et qui annoncent le XII' siècle ou la fin du XI®. Cette partie de l'église est voûtée en pierre.
La nef, beaucoup plus simple, a été défigurée par l'ouverture qu'on y a faite de plusieurs fenêtres.
Un travail plus déplorable encore est la tour que l'on vient d'élever devant le portail de l'ouest. Cette masse ridicule est garnie de pilastres toscans et doriques d'une incroyable pesanteur; le tout est terminé par un toit plat et mesquin qui produit le plus singulier
lettre intéressante à la Société française pour la conservation des monoments. Cette Société, snr^mon rapport, a contribué ans réparations poor une somme de ICO francs.
U) Att temps où fut écrit le livre Peint, le patron collatenr de Ruqueville était un Dommus de HMwtb.
C4NT0N Dl GRBIÎLLY. 359
effet au-dessus de reatablement dorique du second étage.
L*église est dédiée à Saint Pierre. Le . patronage appartenait à Tabbaye de Sainte-Trinité de Caen, qui percevait les deux tiers de la dîme et laissait Tautre tiers au curé (1).
Une singulière concession avait été faite aux habitants de Vaux-sur-Seulles en retour des dîmes que le seigneur de cette paroisse avait données à Tabbaye. Le jour de la fête de Sainte-Trinité, ceux-ci accouraient en foule à Tabbaye pour manger un dîner qui leur avait été préparé. Après avoir lavé leurs mains dans une cuve pleine d'eau, ils s'asseyaient à terre ; on étendait une toile devant eux et on leur servait d'abord à chacun un pain de 21 à 23 onces, une pièce de lard pelé bouillie, d'un demi-pied carré, une ribelette de lard rôti sur le gril, une esculée de mortreux fait de pain et de lait^ et du cidre et de la cervoise à discrétion. Le dîner durait 3 ou 4 heures ; les convives s'enivraient, juraient, et les religieuses se plaignaient d'être souvent forcées, par ce tapage, à suspendre la célébration de l'office.
Diverses notes manuscrites, auxquelles nous empruntons ce qui précède, nous fournissent d'autres détails curieux sur ce dîner. En 1427, l'abbesse fit avec les habitants de Vaux une transaction aux termes de laquelle ceux-ci consentaient à ce qu'on fît choix, à leur arrivée dans l'abbaye, de quatre d'entre eux qui vérifieraient si parmi les paroissiens ne s'étaient point glissés des étrangers. Ceux-ci par le même acte recon-
(i) Cette donation avait été faite, au XI* siècle, lors de la fondation de Tabbaye, par Roger-Desmoutiers , seigneur de G>ttr8enlles , dont la mère s'était £ûte rdigiettse.
360 STATISTIQUE MONUllENTALK DU CALVADOS.
naissaient n'avoir point le droit d'y amener leurs serviteurs ou servantes, à moins qu'ils ne fussent domiciliés depuis un an et un jour dans la paroisse.
La même année, une sentence de Richard Ruault, sénéchal de Sainte-Trinité de Gaen, permit aux habitants de Vaux d'emporter les restes de leur dîner qu'ils avaient réclamés, pour les femmes enceintes et les petits enfants qui ne pouvaient venir manger leurs parts.
Pendant plusieurs années, de 1432 à 1451, le dîner n'eut pas lieu à cause de la guerre, parce qu'il était à craindre qu'en même temps que les habitants de Vaux, les ennemis ne s'introduisissent dans la forteresse. Des experts nommés de part et d'autre taxaient le dîner et Tabbesse payait. La taxe varia de ii livres 10 sous à 30 livres. Enfin des lettres patentes de Charles Vil données à Montilz-les-Tours au mois de mars de l'année 1451, à la requête de l'abbesse de la Sainte-Trinité, commuèrent le dîner en une rente de 30 livres au trésor de la paroisse de Vaux, et en un service solennel qui devait être célébré dans l'église de l'abbaye le lendemain de la Trinité et où pouvaient assister cinq ou six des paroissiens que l'abbesse était tenue d'héberger selon leur rang.
Châteaux. Au mois de mai 1345, des lettres patentes du roi avaient donné permission à Jean de CreuUy, dit de Yillers, de bâtir à son manoir de Vaux-sur-Seulles une forteresse avec tours, créneaux, murs et fossés pour résister aux ennemis (Trésor des chartes reg. 97, n» 287).
En 1371, René Le Coutelier, grand bailli de Caen, chargé de faire réparer les places fortes du bailliage, visita une forteresse à Vaux ; mais comme il y a plu-
CANTON DE GREULLY.
sieurs Vaux dans le département, je ne saurais affirmer s'il s'agit de Vaux-sur-SeulIes dans le procès- verbal des visites du grand bailli. On peut même en douter.
Le château actuel est moderne et agréablement situé sûr la rive gauche de la Seulle. Un peu plus loin on trouve un manoir ancien ayant appartenu à la famille de Grimouville et où il reste encore des parties du XV* siècle.