TOUR
Tour , Tur, Tor.
L'égKse de Tour est une des plas Importantes de nos paroisses rurales par son éléYation,son étendue et les décorations du chœur. On se demande quelle cause a pu déterminer k construire un édiûce aussi splendîde dans une paroisse dont kl population est inférieure à celle de beaucoup d'autres.
Privé de documents qui puissent expliquer ce fait assez extraordinaire, Tobservateur cherche, dans la disposition
fiouet del.
PLAN DU CUOBUR DE L^éCLISB DB TOUR.
CANTON DE TRÊVIÈKES. 639
même de Fédifice, l*expiicatioQ de ce mystère. Or, nous avons été frappés il y a long-temps , M. Bouet et moi , de la disposition dn sanctuaire : la partie centrale  , entre les deux absidioles B B , est disposée pour recevoir une exposition de reliques et rappelle même la tribune qui existait dans le sanctuaire de la Ste. -Chapelle de Paris; nous nous sommes donc demandé si quelque relique célèbre n'avait pas déterminé à construire le chœur de Téglise que nous allons décrire, avec la recherche qui le distingue. En attendant que des documents se découvrent, nous pensons que cette supposition ne doit pas être rejetée.
Le plan général de l'église, levé avec soin par M. Bouet, montre par la différence observée dans les teintes que l'édifice appartient à trois styles : ainsi la nef est romane , sauf les murs modernes élevés pour remplir les arcades qui communiquaient avec les bas-côtés qui n'existent plus; les chapelles du transept sont également romanes. Le chœur , dont je viens de présenter un plan séparé , paraît du XV. siècle ou de la fin du XIV.
La tour construite au milieu du transept appartient à la première époque de la période ogivale , c'est-à-dire à la première moitié du XIII*. siècle ou aux dernières années du XII*. Je l'ai figurée dans te P^ volume de la Société des Antiquaires de Normandie (année 182/i) et citée plus tard dans mon Cours (Vatuiquités.
Elle n'a pas encore l'élégance de nos tours de la belle époque du XIII*. siècle; mais elle en montre déjà l'ordonnance. Ainsi , deux longues lancettes forment , sur chaque côté du carré , les ouïes ou fenêtres de la tour; une colonnette engagée garnit chacun des angles ; la corniche est encore portée sur des modiilons ; enfin la pyramide octogone , en pierre , offre sur chaque face une lucarne en saillie , et à chaque angle un ctocheton à huit pans et à huit ouverturea
CANTON DE TRÊTIËBES. 6A1
étroites au-dessons do toit conique , à peu près comme les tours de la cathédrale de Bayeux (p. &63 )•
La porte occideutale de la nef est une des plus richement ornées que nous offre l'architecture romane du département On en peut juger par le fragment que j*ai donné de ce portail dans l'atlas de mon Cours d*ant\quttés (pi. LIV* n^ 3) et par la yue que j'ai figurée pL I , n^ 3, de l'atlas du I^. volume de la Société des Antiquaires de Normandie. Les archivoltes sont ornées de losanges , de dentelures, de firettes crénelées; le tympan est couvert de moulures figurant des qoatrefeuilles.
Deux fenêtres cintrées surmontent le portail
La nef n'est pas voûtée; elle se compose de quatre travées : les remplissages des arcades des bas-côtés supprimés ont été percés chacun d'un oculm d'un effet désagréable. La corniche est moderne. Le transept est voûté; on y a fait des autels romans imités de celui qui existe à St -Germer, près Gournay. Le rétable de ces autels présente une niche entre deux arcatures : la statue de la Sainte-Vierge occupe le rétable de l'autel du Nord ; celle de saint Jean le rétable de l'autel du Sud.
Le chœur est plus élevé que la nef. Deux grandes fenêtres l'édairent du côté du Sud et du côté du Nord ; une de ces dernières a été bouchée.
Le plan que j'ai présenté (p. 6ft0) a dû faire comprendre la disposition de la partie orientale du chœur et des ses deux absides. Voici l'élévation intérieure de la moitié de cette partie de l'église : on y voit conséquemment la moitié de la grande fenêtre du. chevet et une des absidioles qui l'accompagnent , avec ses- légères colonnettes et ses gracieuses fenêtres. c!elte vue partielle montre aussi que le clérestary est séparé du premier ordre par une balustrade trilobée en pierre. Il n'y a là que deux étages et pas de triforium ;
ki
642 STATISTtQUE MOHtIHUITALB Mf CALVADOS.
ftt»Tioii iHTtniruBK n* t
CANTON DE TBÊTIÈBES. %UZ
c'est» sauf la différence des temps et de style, la disposition que nous avons vue \ Longues (p. 603) et à la chapelle du séminaire de Bayeux.
Des crédences très élégantes , dont une est figurée dans le dessin que je viens de produire , existent dans le sanctuaire ; l'une au Nord, l'autre an Midi II y a de plus, du côté de Tépltre (au Sud) , trois sièges établis à des niveaux différents pour le célébrant et ses deux acolytes, de telle sorte que le plus élevé est le plus près de l'autel. Ces stalles en pierre , couronnées de dais et de pinacles appliqués sur le mur , sont très-rares en France ; on les rencontre plus souvent en Angleterre, d'après les observations de MM. Bouet et Parker.: les murs du chœur sont ornés d'arcatures subtrilobées trèsélégantes, se détachant sur des arcades polylobées, au nombre de douze sur chaque côté, et sunuontées d'une galerie (Y. la figure , page 65A )•
Des bas-reliefs placés entre ces arcatures qui tiennent lieu de stalles représentent, au Sud, les travaux des différentes saisons; au Nord, deux bas-reliefs incrustés au centre de deux arcatures , représentent le Jugement dernier et l'Enier. Ces arcatures ont été long-temps cachées derrière une boiserie qui a été enlevée il y a quelques années , lorsque la restauration de l'église a été faite, sous la direction de M. l'abbé Eudelin , par M. Ddaunay , architecte.
Du côté du Nord, la rampe en pierre qui court au-dessous du clére$tory^ présente un dessin flamboyant que j'ai vu ailleurs dans quelques balustrades de la fin du XY*. siècle ou du XYI*.
Il me reste à signaler une très-jolie porte par laquelle on entrait dans le choeur , du côté du Sud ; elle est couronnée d'un fronton triangulaire garni de crochets, accosté de deux pinacles : cette porte -correspond , suivant l'usage , à la première travée du choeur et se trouve ainsi très-rapprochée du transept.
6AA STATISTIQUE UOIWHENTALB DO <:ALTAD08.
I jkictTon Dr cHcnk.
CANTON DE TB&VifeRfift» 6<I5
L'église de Tour est soas Tinvocalion de saioi Pierre. Le patronage appartenait au prieur de St.-Vigor de Bayeux depuis ieXP. siècle. Le prieur percevait les 2/3 de la d!me ; le curé avait l'autre tiers et les verdages.
Château. Le château, qui se trouve à l'Ouest de l'église ».
a été construit an siècle dernier; il est précédé d'une avenue
^ qin se prolonge jusqu'à- la route de Cherbourg. M. le lieu-
\ tenant-général comte d'Albignae Ta possédé pendant long-
^ temps. * Il a été vendu d'abord à M. Cottun. Il appartient à
' présent à M. Gosset , qui a fail exécuter divers travaux dans
• le parc et les jardins.
^ Le château de Yaulaville, qui se trouve aussi sur le terri-
^ toire de Tour , date également du siècle dernier. Il appartient
) à M. Acfaard de Vacognes , membre de l'Association normande.
MeSLES.
Mosles, MoUè.
L'église de Mosles a probablement été construite en deux fois; le chœur paraît plus ancien que la 'nef, mais il y a dans Tensemble une grande homogénéité
Le plan que je présente (page 6A6) facilitera l'analyse des diverses parties de l'édifice , qui doit être rangé parmi les plus intéressants du Bessin.
La nef et la tour doivent avoir été bâties simultanément.
La tour , comme celles de Yaucelles , de Gussy , de Barbeville et d'Étreham , est placée entre la nef et le chœur ; die offre , à l'intérieur , la même disposition que ces dernières , c'est-à-dire qu'elle forme , entre chœur et nef , une travée plus élevée , éclairée par deux lancettes géminées , et, plus haut, par un oculus à huit lobes.
La nef se compose de quatre travées divisées par des contreforts; le dessous de la tour en forme une cinquième..
Bott«t d*l*
CANTON DE TRÊVIËBI-S. 6â7
Cbicuoe d» ca travées est écbvée pw deijx hiicetles irëiilucéM , sans coloones , subdivisée» ea 4eui baies p^r iw meneau bifurqué au sommet. Ces fenêtres ravscmbknt beaucoup à cellcfl de phisieurs moanmeate anglais dp ta jîu du XIII*. siède : jeles croisdacommeawmcutduXlV*. àècle.
La porte occideutale présente uoe (^ive garnie de tores pwiës de cbaque câLé sur deui oolQUoes. Le ^'lupan est trilobé; le lobe central eaoadre on fleuron bien fouillé, et les triangles qgi exisleot entre le lobe supérieur et les d«u)( autre* est garni de fleurouB dçnt ta forme w modèle sur le vide que l'on voulait ronptir.
Une rose t dotue compartiments surutople le potlaik
U n«f s'jKcédAil encore pfr HUo ,)>ar,le l^ti)ra|e ,(4i)!(erfe
6ftS STATISTIQUE MONUMENTALE OU CALVADOS.
da o5té da Sud, au milien de la deuxième traTée : moins importante qne b porte occidentale, elle avait anasi son tympan oméd'nn fleuron.
Le chœor se compose de trois travées ; les voûtes ogivales sont garnies d'arcatnres, mais elles offrent nne particolarilé qui mérite d'être notée : c'est qu'indépendamment des tores qui se croisent , il en existe un autre se dir^eant du Nord an Sud » au sommet des arcs de chaque travée. Cette disposition , assez fréquente en Anjou et en Poitou » dans le style ogival du XIII*. siècle , s'observe aussi en Angleterre ; mais elle n'est pas ordinaire en Normandie.
Une porte s'ouvrait , au Sud , dans la première travée du chœur et faisait le pendant de celle que j*ai indiquée dans la deuxième travée de la nef, du même côté.
Nous retrouvons , du côté du Sud , une corniche que nous avons signalée déjà dans plusieurs églises. La corniche de la nef se compose d'une espèce de tore.
Le chevet , divisé en trois parties-par quatre contreforts , était éclairé par trois fenêtres. La fenêtre centrale était subdivisée en deux baies par un meneau , avec un ocnlus an-dessus de la bifurcation ; les deux autres infiniment plus petites ne sont , à proprement parler , que des meurtrières en forme de lancettes ; elles sont extrêmement étroites et n'ont pas la moitié de la hauteur de la fenêtre centrale.
La tour , qui offre à l'extérieur la même ordonnance que ceUe de Yaucelles , et qui est garnie comme elle et comme celle de Barbeville par des contreforts étages très-saillants, en diffère seulement en ce que les fenêtres-lancettes du premier étage sont bien plus importantes, et aussi parce que le dernier étage , au-dessus des arcatures , est éclairé par un ocnlus et non par une ouverture en ogive ; le toit , en bâtière , est d'ailleurs en charpente , à Uosles , au lieu d'être en pierre ,
CANTON DE TRÊVIÈRBS. 649
comme dans lesdeox ^lises précédentes, la partie sopérienre de cette toor doit aossi être d'une époque pins récente que k reste.
En résumé, après atoir examiné le galbe des tores et celai des cbapiteanx des colonnes , nous pensons que le chœur est du XIIP. siècle , et que la tour et la nef appartiennent à la première moitié du XIY%
L'^se de lllosles est sous rinvocation de saint Eustache. L*abbaye de Gerisy nommait à la cure et percevait les 2/S de la dtme; Fautre tiers appartenait au curé. Ils devaient fournir 2/iO boisseaux d'orge à Fabbaye de St-Sever.
L'église d'Argouges-saus-Moles , qui n'existe plus , était sous l'invocation de saint Jean-Baptiste. Le seigneur d'Argouges nommait à la cure et Fabbaye de Gerisy recevait les dlmesw
SURKAIlî.
Surrain, Surhannum , Surehain.
L'église de Surrain se compose d'une nef et d'un chœur à chevet droit appartenant au style roman» et d'une tour latérale , au Sud , d'une époque postérieure , terminée par un toit à double égout.
La nef est intéressante du c6té du Sud; on y voit des contreforts plats au nombre de quatre , une porte è plein-cintre bouchée , des modillons très-saillants et assez curieux sous la corniche , et une petite fenêtre très-étroite qui reste encore pour nous indiquer les dimensions de ces ouvertures avant le percement de celles qui existent à présent et qui sont modernes; une d'elles porte la date 1758 » qui se trouve reproduite sur le bénitier.
La bçade occidentale n'a pas d'intérêt , la porte qu'on y
650 8TATIST1QD.6 UONUMEMTAU DO CALVADOS.
¥oit étaot moderne : ie mur du Nord avait été percé à\ cades ogivales doooant accès à m iNia-cdté qai a été supprimé. D*après les moulures des piliers qui supporteot ks arcades on peut croire qu'elles remoment au XUV* aiéde ou au eommencemeni du XIW L'arc qui sépare le choeur de la nef est à plein-cintra et repose sur des pilastres à ch^iîteaux godronnés.
Le chœur est surtout remarquable par la porte bouchée qu'on y voit , au Sud » entre la nef et la tour : celte porte , par laquelle on entrait autrefois , est très^imple et sans moulures , mats die porte une inscription du XP. siède , signalée depuis long-temps par M. Lambert, disposée sur l'archivolte et sur le linteau. Cette inscription est ainsi conçue :
•... BROAT INTRANTHS ... BBGAT UfGBBDIBNTBS GUB HOMO SBGUUtiS VI VIT CUM SIT HOBITUBCS CDB HOMO LBTATUB CCM PBNà MXRATUB
Les deux mots effacés sont peut-être Crux.
La tour est d'une époque difficile à déterminer ; les voûtes du premier étage annoncent le XllW siècle , mais la partie supérieure paraît beaucoup moins ancienne , et tout au plus du XV. siècle. Une sacristie eist appliquée contre la tour. On y conserve une petite statue de saint Roch provenant de relise de BoutevlUe, complètement détruite : cette statuette paraît du XYI*. siècle ou de la fin du XV^
L'église de Surrain est sous i'jnvQcation de saint Martin. Le doyen du chapitre de la cathédrale , patron coUateur de la cure , percevait les 5/6 de la dlme.
L'ÊGUSE DE HouTEYJLLE, quî u'<exttte plusdepiito quelques années, était sons l'invocation de aainl Michel. Le rai nom-
CANTON DE TBÉVIÈBES.
650 STATISTIQDB MOmJMENTAIJE DO CALVADI'
Toit étaot moderae : le mur da Nord a? ait r cades ogivaks doooaot accès ^ «a Ims-cOI^ | primé. D'après les moulures des piliers ^
arcades on peut croire qu'elles remoDUr au conmieDcemeBt du XIV'. L'arc or nef est à plein-cintre et repose teaux godronnés. x
Le chœur est surtout rea^r ^J'? ' qu'on y Yoit , au Sud , ^^^ /\Ç. > *
moulures, mab die r* ^ signalée depuis long l'archivolte et so^^ conçue : ,/ ' "
./ ttf, eccUsia de Pertis, ..aie de l'église Ste.-Honorine fera comprendre la disposition «je l'édifice; il montre qne le type des élises du XIII*. siècle avec tour j .njMst a été modifié par l'élargissement de ^métîdu chœur du côté du Nord ; mais si, y«r la pensée , on réublit dans la nef une llpM perpendicidaire à celle qui est déterninéa par les deux travées voûtées de Vancien €k€mr, on anra le plan normal de l'église avant son élargissement.
Ceci posé, nen de plus facile à décrire que l'ég^isede Ste. -Honorine. Le chœur est de la fin du \Ul\ siècle, la corniche à modlllons portant des arcatures, et les chapiteaux ta
CANTON DE TBtVlÈBES. êSd
?8 rindiqoeot SDtBsamment II se compose de deux > oûtées : il communique » au moyen de deux ar-
ia chapelle résultant de l'addition qa*lu a faite au elle , n*e$t pas coûtée. La largeur de la nef est deux chœurs parallèles : elle n'est pas voûtée, qui était primitivement dans l'axe de "présent à l'angle sud-ouest de la nef. xrminée par un iolt en pierre, ^ippar- Vf^dL Le premier ordre est orné 9 lancette occupe chaoen des ofttés
'^ 'ère, doit être très-postérieur
re ; une gnirbinde de quatrede la corniche.
.it de la nef ei du chœur, ^aer. On voit dans «e mur des iiAceltes, mais qui manquent de carao»
^ .ut-ètre ce changement n*a-t-il eu lieu qu'au .ccle.
L'église esit sous l'invocation de sainte Honorine. L'évéque ^e Bayeux nommait à la cure; le pénitencier de la cathédrale percevait les dîmes à charge de faire au curé une rente de ^2 hoisseaux de blé.
Chapelle Sî.'Siméon. On trouve sur le bord de la mer, près d'une source incrustante qui a produit autrefois des Mocs considérables de travertin dont on voit encore quelques restes, quoiqu'on l'ait pendant long-temps exploité pour bâtir, on trouve , dis-je, la petite chapelle de St-Siméon , qui est ancienne et mentionnée dans le Livre Pelut sous la dénomination de capelia sancti Simeonù, L'eau de la fontaine incrustante est réputée pour guérir de certaines maladies, et l'on vient encore en pèlerinage à SL-Siméon.
D'après des notes inédiles de M. l'abbé De La Rue, la
652 STATISTIQOB MONUHEIITALB DO GALTAOOS.
mait à la cure ; le curé percevait les 2/3 de la dline ; l'abbaye de Gerisy ayak l'antre tiers.
Château, J'ai décrit , dans le Y*, volame de mon Court ^antiquités , l'emplacement de l'ancien château de Surrain : c'est une motte appelée la Baulle , à peu de distance et 9i l'Est de l'église ; une esplanade assez vaste au milieu de laquelle se trouve aujourd'hui le presbytère , devait former la cour ou première enceinte de cette forteresse; elle est de tons côtés entourée par des chemins qui indiquent encore assez bien l'étendue de la place.
Je n'ai rien découvert encore sur l'origine de ce château que je crois cependant anciea II existait une famille de Surrain sons les ducs de Normandie.
SAINTE-HONORlIfS-DBS-PERTHeS.
Ste.-Honorine-des-Perthes, Pertœ, eccLesia de Pertis.
Le plan que je présente de l'église Ste. -Honorine fera, d'un coup-d'œil, comprendre la disposition actuelle de l'édifice; il montre que le type habituel des églises du XIIP. siècle avec tour à l'Ouest a été modifié par l'élargissement de h nef et du chœur du côté du Nord ; mais si» par la pensée, on rétablit dans la nef une ligne perpendiculaire à celle qui est déterminée par les deux travées voûtées de Vancien ekcntr, on aura le plan normal de l'église avant son élargissement.
Ceci posé, rien de plus facile à décrire qne l'église de Ste. -Honorine. Le cbceur est de la fin du XIII*. siècle, la cor* niche à modillons portant des arcatures, et les chapiteaux des
CANTON DE TBtVlÈRE& U3
colonnes Tindiqnent sutBsamment II se compose de deux bravées voûtées : il communique » au moyen de deux ar- -cades, avec la chapelle résultant de Taddition qu'An a faite au Nord et qui , elle , n'est pas voûtée. La largeur de la nef est ^ale à celle des deux chœurs parallèles : elle n'est pas voûtée.
Enfin, la tour qui était primitivement dans l'axe de l'église , se trouve à présent à l'angle sud-ouest de la nef.
Cette tour carrée , lomiinée par un ioit en pierre, «ppar-> tient au premier style ogival Le premier ordre est orné d'arcatures; une fenêtre en lancette occupe chacun des ol^tés ûu clerestory f \e toit, en bâtière , doit être très-postérieur à la tour, du XYI*. siècle peut-être; une guirlande de quatrefeuilles forme une frise au-dessous de la corniche.
Quant -à la date de l'élai^^ement de la nef ei du cborar» il serait difficile de l'indiquer. On voit dans ce mur des fenêtres en forme de lancettes , mais qui manquent de carac» tère précis ; peut-être ce changement n'a-t-il eu lieu qu'au XV. siècle.
L'église est sous l'invocation de sainte Honorine. L'évêi^e ^e Bayeux nomm<'nt à la cure; le pénhencier de la cathédrale percevait les dîmes à charge de faire au curé une rente de 52 boisseaux de blé.
Chapelle St-Stméon. On trouve sur le bord de la mer, près d'une source incrustante qui a produit autrefois des f>1ocs considérables de travertin dont on voit encore quelques restes, quoiqu'on l'ait pendant long-temps exploité pour bâtir, -on trouve , dis-je, la petite chapelle de St-Siméon , qui est ancienne et mentionnée dans le Livre Peiut sous la dénomination de capelia sancti Simeonù. L'eau de la fontaine incrustante est réputée pour guérir de certaines maladies, et l'on vient encore en pèlerinage à St'-Siméon.
D'après des notes inédiles de M. l'abbé De La Rue, la
mer a Mi de grands ravages sar la côte de Ste. •Honorine an \l\\ et an XV*. siècles. C'est à Ste.-H<xiorine qne les bantes falaises de Port-en-Bessin s'abaissent (!) , et la mer pouvait pins facilement entamer les terrains bas.
Je trouve le passage suivant dans les Mémoires de M. Foocaalt , intendant de la généralité de Gaen , qui écrivait an commencement du siècle dernier :
« Dans la paroisse de Sle.-Honoriue-des-Pertbes, il y « avait autrefois un grand nombre de matelots , lesquels la ff plupart ont quitté et déserté ladite paroisse pour aller ■ demeurer à St-Malo et à Granville où ils se sont habitués « et mariés. •
Ainsi , l'importance de Ste.-IIonorine devait être plus considérable autrefois qu'à présent, et probablement l'émigration des matelots a eu pour cause la diflBcnlté d'abriter les navires, par suite de changements opérés sur le littoral par les invasions de la mer.
Château. Le château de Ste. -Honorine doit dater du XVIIP. siècle : il appartient à la famille de Toumély.
COLLEV I LLB-SUR-M ER.
CoUeville-sur-Mer, Ccle villa, CoUevilla.
L'église de Golleville est une de celles que j'ai signalées en 1825 et en 1827 , et j'ai donné dans l'Atlas du III*. volume de la Société des Antiquaires une vue de la tour romane , sans contredit une des plus remarquables de ce style dans le département ; elle se compose de six étages , dont le der-
(!) Voir ma Topographie géngnostique du Calvados et la coupe générale des falaises qui raccompagne, Caf n , 1S19.
nier est percé sur chaque face de deox ouyertares rondes 00 oculus , genre de fenêtres très-rare : l'esquisse que je présente a été dessinée avec soin par M. Victor Petit ; elle me dispense de faire la description de cette tour : on remarquera que la pyramide à quatre pans , quadrangul/dre , avec lucarnes en saillie sur chaque face du toit , est postérieure aa reste : je la croîs du XY*. siècle (1). L'escalier par lequel on monte est du même temps que la tour. Il forme un corps cylindrique^ Tun des angles, disposition que nous voyons dans beaucoup d'autres tours de l'époque.
La nef et le chœur datent vraisemblablement du XIP. siècle. La nef, malgré les fenêtres qu'on y a percées oa élargies postérieurement pour obtenir plus de jour , ofire encore beaucoup d'intérêt : on y voit des modillons à figures grimaçantes sous la corniche et , au Sud , une porte trèscurieuse qui était la principale. Le tympan est orné d'un bas-relief dont le sujet me parait avoir quelque rapport avec celui du tympan de Marigny (figuré page 608) : ce sont des oiseaux à têtes de quadrupèdes , à queues enroulées et perlées , dévorant une bandelette perlée , symétriquement enlacée et terminée par des palmetles. Gomme le cintre est peu élevé, il a fallu comprimer un peu les figures; mais l'attitude forcée des oiseaux ne manque pas d'élégance ni de mouvement (V. la page suivante).
Il y avait autrefois, du côté du Nord, un bas-côté qui a été supprimé f je ne sais à quelle époque. Les chapiteaux des colonnes monocylindriques supportant les arcades, an nombre de cinq , qui mettaient la nef en communication avec ce collatéral , se dégagent en partie du mur qui bouche
(I) Cette pyramide se termine en pointe comme lef aolrff da même genre ; noos Tavons tronqnée pour la faire entrer dans le formai in-S"*.
658 STAT1STI(}0E HONDHENTALE DU CALTAbOS.
i présent les arcades, ei l'on d'eux in<Mitre un bnmnie
CDtre àeax monsirc!i t\u"il paraît maîtriser itcg calme.
CANTON DB TRÉnÊRES, 659
N'aarait-on pas touIu dire parla que rhomme fortifié par la religion parTient à maîtriser les monstres les plus redoutables et à surmonter tous les dangers? Ce serait ane tra^ dnction de la légende qui montre partout les premiers éYêques terrassant des dragons et s*en faisant obéir au nom de J.-G.
Le chœur , composé de deux travées , a subi bien plus de changements que la nef, parce qu'on lui a, yers le XIy^ siècle ou la fin du XIII\, accolé, du côcé du Nord, ane grande chapelle qui communique avec lui par deux arcades; celte chapelle a été voûtée dans Forigine : les voûtes du chœur ont des arceaux prismatiques qui annoncent la fin du XY*. siècle ou le commencement du XYP.
On voit aussi, du cûté de l'épttre, une fenêtre ogivale à deux baies et à compartiments flamboyants au sommet, qui doit dater de Tépoque des voûtes ; mais le chœur était primitivement ro^ man comme la nef, puisqu'il existe encore , du côté du Sud ( première travée ) , une porte romane dont l'archivolte élégante, ornée de lozanges, repose sur deux colonnes : cette porte est un peu moins large que celle de la ne£
Le font baptismal, placé à l'extrémité occidentale de la nef, appartient au type que j'ai désigné , dans mon Cours d'Aruiqtdtés » sous la dénomination de cuves baptismales octogones; il peut dater du XIV. siècle ou de la fin du XIIP. , comme la chapelle accolée au dueur. Les huit panneaux sont garnis de la figure d'une fenêtre ogivale dont le sommet est rempli par des feuillages. Mes recommandations déjà anciennes ont pent-
MU STATISTIQUE HONUMeiTTALE DU CALVADOS.
Cire empédié le reDOUTellemeni de ce foot baptismal inlé-
resMDt. Le respectable abbé Guérel qui , peadant près de 40 ans , a desservi la core de Collerille (1) , avait bien vonlo teoir coDiple de mes observations , depuis l'annËe 1823 qoe j'avais analysé son église ; il est il désirer qae ses successeara imitent son exempte et s'abstiennent de faire des embellissements qui altéreraieni le style de l'édifice.
il l'io isot Joiqu'i n
CANTON DB TRÊTIËUS. 66i
La cloche porte l'IuscriptioD suivante :
L*AN i779 JAT tli BEIIIB BT NOHIfiB BBBNABDIRB JACQUBLIRB FAB DHCB^TB PBBSONNB MBSSIBB JAQUBS DBS MABBS P. LlCBNClt DB lOBBOllïlB PBIBOB COHMBIIDATAIBB BT SBI6RBCB DB LUSHSIf AN , CUBÉ DR COLLBTILLB BT PAB NOBLB DAKB MABIB BBBNABDINB JOSBPB HIAGIHTBB DB MABflOlOITI iPOUSB DB MBflSlBB PHILIPPB M*' DB P1BEBB8 CBBTALIBB SBIOIIBDB BT PA- TBON M LODTliBBS.
L'église est sous nnyocakion de N.-D. Le seigneur lafc ou le roi nommaieQt à la cure ; le curé percevait les dtmes.
On voit dans le cimetière le tombeau de M. Charles- Léonor-Louis , comte de Marguerye , maréchal-de-camp , chevalier de St -Louis, oflBcier de la Légion-d' Honneur , décédé à Bayenx, le 2 juin 18^0, dans sa 82"*. année;
El celui de M"*, h comtesse de Quarré, décédée à Bayeux, en 1838, âgée de 63 ans. Cette dame était la mère de M"**, la comtesse de Marguerye et de M. le comte de Quarré, sénateur de Belgique.
M. le comte de Marguerye, son gendre, fils de M. Léonor de Marguerye , marécbal-de-camp , est mort l'année dernière (1855) et doit reposer dans le cimetière de GoUeville, près de son père et de son épouse, née de Quarré , qui est morte depuis lui (1).
Château. Le château de Colleville m'a paru dater du uède dernier. On le voit à peu de distance au Sud-Ouest de l'église ; il appartient au fils unique de M. le comte de Marguerye et de M"*, de Quarré , marié à sa cousine , fille de M. le baron Moisson de Vaux , officier de la Légiond'Honneur, propriétaire du château de Tracy.
(1) Les rapports qae J*al eus pendant quelques années avec la famUle de Marguerje de Colleville me roeuent à portée de donner ces détails généalogiques.
662 STATISTIQUE MORimiafTALB DU CÂLTIDOS.
Antùfuiiis romaines. M. Gaerel, neren de FaacieD coré de CoUeville , ayant fait des défrichements dans les bruyères situées entre la mer et Téglise , a trouvé sur deux points difiérents des briques à rebords , des débris de poterie grise et rouge de diverses espèces qu'il a bien voulu me montrer et dont il conserve chez lui des échantillons.
Il est donc constant qu'il y avait des habitations galloromaines dans les bruyères , qui ont été long-temps incultes et qu'on désignait à GolleviOe sous le nom de Vû/neu.
SAINT-LAUKBVT-SVR-MBR
St-Laurent-sur-Mer , Sancius Laurentius supra mare.
L'église de St -Laurent, beaucoup moins intéressante que la précédente , se compose , comme elle , d'une nef romane qui avait eu aussi un collatéral du côté du Nord , et d'un cbceur roman à deux travées. Les chapiteaux des arcades, par lesquelles on communiquait de la nef aux collatéraux» appartiennent au style ogival primitif, ce qui fait supposer que le collatéral supprimé avait été établi à la même époque. Une chapelle moderne remplace l'extrémité de ce collatéral
Les fenêtres de la nef ( côté du Sud ) étaient très-étroites et cintrées ; elles ont été remplacées par des ouvertures plus grandes ; la porte romane , par laquelle on entre du même c6té| a une archivolte très^simple reposant sur deqx colonnes.
Le chceur est voâté , mais ces voûtes paraissent dater du Xni*. siècle. tJne sacristie moderne est appliquée sur le chevet
La tour , qui se trouve à l'extrémité occidentale de la nef, parait du XIII*. siècle dans les parties basse et moyenne; la partie supérieure , terminée par un toit en bfttière , doit être moins ancienne.
CANTON T>E TUËVIEBES. 663
L'église est sous l'invocaiioa de saioi Lauréat. L'abbaye <te Cerisy oiMumait à la cure et peruiait tes dtmes.
ChâietoL Au Nord de l'églùe , dans un faerJuge, on loit l'emplaceweut de l'aucieo château au ceolre duquel ou distiagut encore quelques dëbrûdu donjon; ces restes sool intiressaats. ils nes'élËvent plusqu'i 1 mètre au-dessus du sol, mais ils montrent nettement la division du rez-decbaustée en deui ai^rtements; pais on voit la trace des fossés qui entouraient l'enceinte centrale, et plus loin les liiniiei de la seconde eoceiute.
■ llinT-LiCSUIT.
Les mors du donjon sont conslraits en arêtes de poisson : je tes avaii d^ cités dans le tome V'. de mon Cmin d'antifwWi. New avons. M. Victm- Petit et mu, le»é le plau de cma petite t«nertsse.
An poiat de vue de l'histoire des progrès agricoles, le château de St -Laurent ddt exciter notre intérêt; en effet, Tabbé De la Rue , dans ses Recherches inédites sur différents objets, dit : « que le pommier appelé Marin-Onfroy estdû 3i Marin • Onfray, seigneur de St-Laurent-sur-Mer et de Yeret, « qui l'apporta de la Biscaye dans le Bessin il y a plusieurs « siècles, et qui , après l'avoir cultivé sur ses terres , le réc pandit dans toute la Normandie. »
Or, le Marin-Onfroy est une des meilleures pommes à cidra de notre pays et elle a de plus le mérite d'être excellente cuite et de se garder plus long-temps que les autres. Le chlteau a dû être habité par l'importateur de cette espèce de pommes.
YIKRVILLESUR-MER.
Vierville-sur-Mer , ViervtUa.
On rapporte que la commune de Vierville était autrefois beaucoup plus Importante qu'elle ne l'est aujourd'hui, et qu'au lieu de 350 habitants qu'elle renferme , elle en avait 1,800 vers le XYI*. siècle. On afiBrme aussi qu'au pied du coteau qui borde la mer et où se trouvent quelques terrains plats , il existait un port et une agglomération de maisons : les traditions sont assez vagues sur les causes de la décroissance de la population : on parle pourtant d'une peste dont le souvenir s'est également conservé dans plusieurs autres communes du littoral , mais dont la date n'est pas indiquée.
Quoi qu'il en soit , et à part l'exagération des asBertions que je viens de rapporter , l'église vient attester jasqn'i un certain point les traditions, car elle est asseï impor-
CANTOIf DB TIÉVibHBE. MS
Unte.comme le OKiatre leplaa cî-joini, et elle ivait autrefois des bas-cAtés.
Mal beareu sèment e)le a subi beaucoup de rÉparaiions !i diverses ëpoqnes, et n'a pas de caractères bien déterminés dans beaucoup de ses parties.
La nef cependant parait du XIV*, siècle, et les colonnes monoc}liudriques qu'on y TUt ont conserve des cbapileaui qui iodiqufiil cette époque.
La nef et le chœur ont élé Toâtés autrefois ; la ToAte du chœur a été détruite an siècle dernier pour éviter, dit-on, la poussée sur les murs latéraux dont on craignait la chute. Ce n'est pas le seul exemple que j'aie de vofltea en pierre détruites au siècle dernier par mesure de prudence.
L'arcade qui sépare le chœur de la nef a élé reconstruite.
La tour est accolée , du c6lé du Nord, i la première triTée du choeur; elle est élégante , se voit de fort loin, et je la crois du XIV*. siècle comme la plus grande partie de l'élise. Voici ( page 606 ) la partie supérieure de celte toar et la pyramide élancée qui la termine.
La chapelle do transept qoi fait face i la tour n'est pas andenne , comme l'indique le plan de M. Victor Petit. On a aussi construit une sacristie appliquée sur le cbeiei; un porche précède la porte occidentale de la nef.
En 18&7 et I8I18 , M. l'architecte Delannay a resuaré le clocher de Vierville. Il a fait , è la même époqne , deux fenêtres dans le style du XIV. siècle , composées de deni baies surmontées d'un trèfle : l'une dans le chœur, l'autre au-dessus de la porte occidentale de la net
L'église de Viernitle est sous l'inTocation de saint André. Le patronage apprienaït au se^nenr ; le cnré percevait
SM STATISTIQUE UONDHBMTALE DO CALViDOS.
CAlrrON DE TRÉVifeRES. Ml
1/S des dîmes; le reste appartenait à plusieurs possesseurs de fiefs et aux abbayes de Mondaye et de St-Seyen
J'ai transcrit rinseription tumulaire suivante t
ICI BBF08B LB C0BP8 M MISSlM OILLtt ABllAll» Bl
MABAOBBTB OHBfALtia 8B1«NBDR BT PATBOB OB CBTTB
PABOI88B SBISNBDB DB MONMIBOT, BOQTBYILLB»
BT AIITBK8 LIBUX HÊCÈHé LB Si DAcbABBB 1758 AG* DB
05 ANS PBIBt DIBU POVB LB BBF08 DB fON AKB*
Château, La famille de Marguerye , à Tun des membres de laquelle se rapporte l'inscription précédente, possédait au siècle dernier la seigneurie de Yierville et le château qui domine la gorge au pied de laquelle devait exister le havre et le petit port dont parle la tradition (1). Il a été vendu il y a trente ans à une autre famille du même nom , à feu M. le comte de Marguerye. Sa veuve portait aussi le même nom avec une orthographe difiérente : c'était une demoiselle de Marguerit de Rochefort , autre famille dont nous avons parlé à l'occasion de Falaise, Bucels et autres localités. La fille unique de cette dame a été mariée à M. de Lépesse, chevalier de la Légion-d' Honneur, d'une ancienne famille de Yalogncs» lequel habite avec elle le château de Yierville (2).
Ce château , plus étendu que remarquable , me paraît du XVIP. siècle. On voit , en avant de l'aile orientée à l'Est, une tourelle assez élevée, en pierre , qui doit avoir dépendu d'une construction plus ancienne ( V. la page 668).
(t) M"', la eorotesae Eugène d'HaolereallIe , conooe par des ouvrages lUtérafres qui oot été remarqués, descend des anciens seigneurs possesseurs du cbâtfau de Yierville. Son frère étant mort au service sans avoir été msrié, sa famille se trouve éteinte.
(S) Le fils de M. de Lépesse , membre de l'Association normande , est maire de Yierville. 11 a épousé li"^ d'Alllicourt , fille de M. d'Ailileourt , propriétaire du château de Bons , et de M"*, de Blocquevliie» de Falaise.
CANTON DB TRÈVIËRES. <S69'
PlDsienn imnoirs dn XVI*. siècle exiMent k Vienille , et il serait cnrienx de faire des recherches sur les divers fiefi seigneariagi qui existaieol dans cette commune.
Parmi les anciennes maisons de Vierrille nous avons dessiné le manoir da Vomicel; je l'avais remarqué et décrit
il y a plus de 25 ans, il est toujours i peu près dans le même état : ses tours couvertes de lierre produisent dans k paysage on très-bel effet. C'est , comme le montre le dessin d-joint, un château dn XVI*. siècle avec tourelles à toils coniquesL Une des tours est eo encorbellemeni et parfailentent appareillée.
670 STATISTIQUE MœiUMBRTALB DU GALTADOS.
On entrait dans la cour par deux portes ; des murs et des fossés enloaraieot l'enceinte.
Le Yomicel est à présent une ferme et appartient à H. de Goniicourt qui habite le château d*Agy près Bayeux.
LOVVIÈRES.
LouTÎères, Loveria.
L*église de Louvières est une de celles pour la consolidation de laquelle la Société française d'archéologie avotédes fonds.
En \SkU , le tonnerre frappa la belle tour qui s'élève sur le transept; la commune ne pouvait subvenir seule à la dépense inattendue que cet événement rendait nécessaire ; mais le Gouvernement, l'Administration du département et la Société française d'archéologie lui sont venus en aide (1).
Avec les fonds dont il a pu disposer, M. l'architecte Delaunay a rétabli la partie supérieure du clocher , refait la charpente et la couverture détruites l'une et l'autre par la chute de la pyramide, restauré le chœur, voûté les chapelles du transept et construit des contreforts extérieurs pour arrêter la poussée des voûtes du chœur. Ces travaux ont été faits avec beaucoup d'intelligence.
I^ nef de Louvières appartient en partie au style roman. Ses murs présentent en effet des pierres disposées en arêtes et l'entablement offre des modillons à figures.
Le chœur se compose de deux travées dans le style de la première moitié du XIIP. siècle avec des voûtes peut-être un peu moins anciennes, mais encore de la fin du XIW. ou du commencement duXlV*. Une sacristie moderne s'applique sur le chevet
(t) La Socféié a contribué pour SOO fr. aui secoort accordéi pour la réparntioii de Téglise de Louviérei.
La panie la plus importante évidemmeni , c'eBl la belle tonr dont voici ie desgio; elle est du même temps que le chœur et s' élève au centre du transept; elle présente, romme on le loil , l'ordounance habtlaelle des tours de l'époque , c'estydire, sur chaque face , deui tenfilrea en I.idcelles entre deai arca- Inrci de même forme, quatre clochetons Gt quatre lucarnes à terminaison pyramidale i la base de la pyramide octogone.
Celle-ci est une des mieux filées que je connaisse et les proportions en sont très-bonnes.
Les chapelles du Iransept sont d'une date bien postérieure i la tour et an chœur; elles paraissent dater du XVI'.
siècle. Celle du Nord pourraitêtre tout au plus de la fin du XV*. siècle.
On dit qu'il y avait quatre cloches dans la lonr *au siècle dernier ; celte qu'on y voit i présent n'est pas an-
L*église de Louvières est sous riavocatkm de N.-D.
La cure se subdivisait aDciennement en trois portions.
Le seigneur du lieu et le chapitre de la cathédrale exerçaient alternativement le droit de patronage au siècle dernier. Quand le livre Pelut a été écrit, Guillaume de Viervtlie nommait à la première portion de la cure, major part, de Louveriis, GuxUeL de VierviUa.
J*ai transcrit l'inscription suivante à Louvières :
ICI nBPOSB L8 G0BP8 DB NOBLB SBIGRBDB
DB LA BITIBBK BSCl'YBB
CI DBTANT SBIGIIBDB BT PATRON DB
LOUVIBBBS BT DB ROMILLT, DÉCÂDi
LB PBBMIBB OCTOBRB 1709, AOé
DB 63 ANS : PBIBl DIBU PODB
SON AVB.
On a trouvé dans des cercueils qui ont été exhumés dans le cimetière des pots de différentes formes et dont plusieurs étaient percés de trous : j*ai expliqué Tusage de ces vases dans le sixième volume de mon Cours d^annquùès et dans V Abécédaire d'archéologie (p. 192). Les uns contenaient de Teau bénite , les autres du charbon qui avait servi à brûler de l'encens au moment de l'inhumation.
On voit, près de l'église de Louvières, les vestiges d'un grand château,
M. de Pierre , dont la famille possédait la seigneurie de Louvières au siècle dernier (V. l'inscription de la cloche de Golleville, citée page 661), vient de faire reconstruire le château de sa famille par M. l'architecte Delaunay.
FORMIGNY.
Formigny , Formengneium , Formignetum,
Le plan de l'église de Formigny que je présente d'abord
CANTON DE TRfcVIËRES. ()73
facilitera l'aualvM que je Tau faire de
cette église- On remarquera d'abord, pa-
rallètemeot k la nef, du cAté du Nord ,
un bas-cftté comme en avaient eu deux
^lises que nous Tenons de décrire ,
Collerille et St.-Laurcnt-Bur-Mer. Le
bas-cAlé, qui paraît dater du XIV*.
siècle , communique avec la nef par six
arcades. Celle-ci (la nef) est romane
dans les partiesqui n'ont pas été refaites;
la porte occidenuk, dont l'archivolte est omte de zigzags ,
est surmontée d'une niche dans laquelle on Toit une statue
de saint Martin i cberal. assez remarquable, portant la date
1601. L'écusson des Mat^uerye se trouve sous les pieds du
cbeTal, ce qui prouve qu'elle a été donnée par nn membre
de celte famille (1).
Ix mur méridional de la nef a été reconstruit de fond en comble par H. Delaunay. Nous avons fait, M. Tictor Petit et moi , quelques obsenratioas sur les fenêtres cintrées ouvertes dans ce mur ei qui ne nous ont pas paru d'un roman bien caractérisé (3). La tour, entre chœur et nef, occupe une travée spéciale comme les tours assez nombreuses que nous avons citées. La porte par laquelle on y entre est romane avec des archivoltes ornées de lozanges et de zigzags. Les étages supérieurs a[^rtiennent au style (^val primitif. Le toit i double égout en pierre ne date vraisemblablement que du XVI*. siècle.
(i; Sur la parle de twii qui ctlaUtt quand j'*l vltlté VégliK d« Fomtgnjr et qui , probablement , eiiile toujonri , étalent dcai écat- ■Doi tB»céi »TK un oulil probiblemenl pendant ta RéToIallon, acMmpagDii de li deilie : Xal ne t'y frotte.
(S) Séincci générsiei tcDuti en IB4S par la Socltii frantalse d 'archéologie.
67U STATISTIQUE HONDHENTALB DU VALTADOS.
Le cbœur, qui fak suite li la tour et qui se compose de trois travées voûtées, appartient au premier style ogival comme la tour , et les modiUons de la comicbe portent une arcature à plein-cintre avec sons-arcatnres ogivales.
Une crédence , composée de deux arcades en lancettes , existe dans le mur du sanctuaire , du côté de Tépître. Le chevet était autrefois éclairé par une grande fenêtre dans le style du XIV*. siècle, qui, comme tant d'autres, a été murée par suite de l'établissement du contre-rétable de l'auteL
L'église de Forroigny est sous l'invocation de saint Martin. L'abbaye de Gerisy nommait à la cure.
Chapelle Su-^Louis. Ce fut à Formigny que, comme chacun sait , fat livrée , le 15 avril i/i50,la sanglante et décisive bataille qui eut pour résultat de défivrer la France de la domination anglaise. M. Lambert a publié un mémoire trèsintéressant sur cette bataille.
Plus tard, un jeune savant, M. 6. Villers* que nous avons eu plus d'une fois déjà l'occasion de dter , écrivit pour le Bulletin monumental un mémove qui a été imprimé dans le tome XI de ce recueil et auquel nous allons emprunter quelques passages :
a Dans cette mémorable journée , le jeune Jean , duc de Bourbon, comte de Clermont, lieutenant-général du roi Charles YII , commandait l'armée française ; c'était son premier fait d'armes. Après l'action U fut armé chevalier sur le champ même de la bataille , où , vengeur fortuné des loi^ malheurs de son pays, il avait vaillamment combattu à côté du connétable de Richement, de l'amiral de France, Prégent de Coëtivi, et d'un grand nombre de gentilshommes de Normandie et de Bretagne, accourus sous sa bannière. Moins heureux que lui , fe chef des troupes anglaises n'avait sur-
véco que poar assister à la défaite de ses soldats, et au nombre des prisonniers tombés au pouvoir des vainqueurs se trouvait messire Thomas Kyriel, chevalier de grand renom y suivant les Chroniques eotuemporatnes,
« Pour éterniser le souvenir de sa victoire , autant que pour honorer la mémoire de ceux qui avaient succombé , Je comte de Glermont, en 1686, c'est-à-dire trente-cinq ans après Faction , Qt ériger sur le lieu même de ses exploits, et sur les bords du ruisseau (1) dont les eaux avaient été rougies par le sang des combattants , une chapelle en Thonneur de Monsieur sainct Loys , chef et protecteur de la couronne de France , ainsi que le dit l'acte de fondation.
« Entretenus par l'effet de ses pieuses libéralités , deux chapelains la desservaient , offrant chaque jour leurs prières au Dieu des armées en faveur des victimes du combat.
« Cette fondation subsista jusqu'en 1789. A cette époque, devant la tourmente révolutionnaire qui entraînait avec elle trône et autel , le modeste , mais glorieux monument ne pat trouver grâce : vers 1 793 il fut vendu comme bien national Toutefois, la sainteté du souvenir qu'il était chargé de perpétuer et le respect général dont il était l'objet de la part de tous les habitants de la contrée , l'abritèrent contre les coups
(1) Ce fot sur l'emplacement actuel de la chapelle qu*eut lieu no des épisodes les plus importants de celle Journée. Au commencement du combat , les Français avalent placé près du pont deux cuuleuvrines dont le feu ût pendant long-temps beaucoup de mal aux Anglais: ceux-ci à la fin 8*en emparèrent après une lutte acharnée; mais le Connétable qui accourait de Trévières, les enleva A son four, aloal que le pont occupé par l'aile gauche de l'armée anglaise ; dès lors le sort de la bataille fut décidé. Une partie des troupes ennemies, sont les ordres de Mathieu God, battit en retraite sur Bayeux, où elle s'enferma dans le rhftieau, abandonnant ainsi Thomas Kyriel qui succomba bientôt après une résistance désespérée.
CANTON DE TRÈVIËRES. 677
du génie destracteur. La chapelle St. -Louis devint un magasin à bois; elle devait rester long-temps affectée à cette profane destination; mais enfin elle était sauvée (1). Pendant la durée de sa courte, mais magique puissance, TEmpire avait eu assez que de songer à la consécration de ses gloires sans en chercher dans le passé I Absorbé par ses luttes intestines durant tout le cours de son orageuse existence , le Pouvoir qui lui succéda, oublia aussi le monument commémoratif de la victoire remportée sur l'usurpation anglaise , monument qui , du reste , ne lui appartenait point , étant resté une propriété particulière. Cependant le dernier propriétaire, M. Duny, mu par un sentiment de généreux patriotisme , en fit hommage au roi Louis-Philippe , qui donna des ordres afin qu'une complète restauration vint sauver l'édifice élevé pour perpétuer la mémoire d'un des faits les plus glorieux de nos annales.
0 La volonté royale a été obéie , et après des travaux exécutés avec une inconcevable lenteur, h chapelle St. -Louis de Formigny , enfin terminée , a pu être inaugurée le 2 du mois de décembre iSk5. »
Les restaurations faites à la chapelle n'ont pu être approuvées par les membres que la Société française d'archéologie avait chargés de les visiter. « C'est avec tristesse , dit M. G. « Villers dans le mémoire précité, que nous avons vu déna- « turer comme à plaisir le modeste, mais correct monument, « pour n'arriver à reproduire qu'un édifice rajeuni. — Sur « le milieu de la chapelle s'élève prétentieusement une cam- « panile couronnée d'une sorte de toit coupé en gradins ,
(1) La ramille Sansrefus rdcbcta dans un louable but de conservation.
STATISTIQUE HONCHENTALE DO CALTADOS.
iine on en voit en Belgique et eo Allemagoe. La cam-
• panile priiDitive était sur le mur de face à l'entrée de ta ■ chapelle, pourquoi ne pas l'y avoir rétablie? »
Nom ne suivrons pas M. Villers dans les critiques qu'il a faites des restaurations de la chapelle Su-Louis de Formigoy au sujet de rameublement , on les trouvera dans le XI'volume du Bulletin moHumental, p. 671 et suivantes. Je
CANTON DE TJIÉVIÈRES. 679
me borne h doooer la vue de la chapelle telle qu'elle eiisie.
Bam^ monumentale cammimarative de la bataille de Farmigny. Dix aos avant la restaoraiion de la chapelle St.- Louis , j'avais , avec la coopération de M. Lambert , érigé à mes frais la borne monumentale que l'on voit sur l'acotemeot droit de la route de Paris à Gherbonii; , au sommet du coteau qui domine la chapelle St -Louis, et à 226 mètres de distance de cet édifice. Cet en4)lacement a été choisi de préférence , parce que l'engagement décisif qui termina la bataille de Formigny eut lieu sur ce point et au passage du ruisseau « ce qui est attesté par les historiens contemporains et par les noms que portent encore aujourd'hui les pièces de terre voisines, désignées par les noms de Champ aux Anglais et de Tombeau des Anglais.
On lit sur la partie antérieure du monolithe l'inscription suivante, gravée en lettres capitales romaines de deux dimensions différentes :
la FUT LIVRÉE