‹ Statistique monumentale du CalvadosChapitre 126 sur 130 · DEUX-JUMEAUX · texte numérisé non relu

DEUX-JUMEAUX

Deax-Jomeaai , Duo GemeUù

11 y avait, dès le Vf".

siècle , an monastère à Deux- Jumeaux; saint Évroalt s'y fit moine et alla fonder , dans le pays d'Ouche , diocèse de Lisieux, le monastère qui a pris son nom.

En 831 , Ansegise, abbé de St.-Wandrille, fit une donation au monastère de Deux- Jumeaux. Au IX*. siècle , on s'y occupait de la transcription des manuscrits. M. Léopold Delisle m'a signalé, à la Bibliothèqueimpériale, on ma* nnscrit du IX*. siècle qui a été écrit à l'abbaye de Deux- Jumeaux, diocèse de Baycux, et qui, sous ce rapport, avait beaucoup d'intérêt pour nous.

J'ai fait graver sur bois un spécimen de ce manuscrit; voici ce fac-similé. C'est la fin du livre qui donne le nom de l'écrivain, celui de l'évéqoe de Bayeux gouvernant le diocèse, et l'année du règne de l'empereur : on peut la lire ainsi qu'il suit :

CANTON D*181GNY. 773

.....•• explteit féliciter in Xrisio*

Ego Regenardus clericus , Esaû rogante « hune librum scripsis sub tempore Ckludautico imperaiare , anno xtniij. imperii sut , et stib tempore Erimberto , urbis Bajocas episcapo, Etichone, Duos Gemeliis abbate , et hujus provineia Henrico comité.

- Les BéDédictÎDs ont déjà cité ce manuscrit dans lear nouveau Traité de diptomatique , et voici ce qu'ils en disent, en parlant de l'exemple qu'ils en ont tiré : t Ce modèle a été a pris dans ie manuscrit du roi 441 3 , qui renferme le Code « Tbéodosien et les cinq livres dos Novelles de Théodose et « des empereurs suivants jusqu'à Sévère inclusivement Le « parchemin est blanc, très-propre et presque tout neuf; « mais, quoiqu'il ne paraisse nullement gratté, il faut qu'il « ait été travaillé de nouveau et récrit en quelques endroits, a Nous y avons vu distinctement les titres des épigrammes a de saint Prosper , écrits en caractères rouges du VI'. siècle. • Ce Code Théodosien de la Bibliothèque du Roi fut écrit par t Ragenard , moine bénédictin de l'abbaye de Deux- Jumeaux, a au diocèse de Bayeux , sous i'^iscopat d'Erimbert , Henry a étant comte de la province, et Ëtichon abbé du monastère, « la dix-neuvième année de l'empire de Louis-le- Débonnaire, « c'est-à-dire l'an 832. »

Le monastère de Deux-Jumeaux fut ruiné par les Normands. Long'temps après, dans le XIP. siècle, Robert de Villiers le donna dans l'état où il se trouvait , avec ses dé|)endances, à l'abbaye de Gerisy qui l'a possédé jusqu'à la Révoiutioa.

L'églUse de ce monastère était paroissiale ; au siècle derajer , • sa nef a été détruite. Le service paroissial se &l alors dans la partie de l'édifice qui subsiste.

11 ne reste p\m de l'église , qui était assez grande , que le

transept et le cbceor leriitiné par «ne abside semi-circulaire.

Voici la vue extérieure de cette abside ; die appartient an

V(JI HriRIIDK DI l'uUDI m l'ÉGLBI DE MDI-]t[HUO&

Style roman , aussi bien que le corps central de féglise. Du c6te de l'épltre existe une grande chapelte roètée qui cotrespond aux parties subsistantes de fédffice, et qui date du XIV. ou du XV*. siède ; une grande fenêtre, dans le style fUmboyaot , occupe l'extrémilé orieniale de cette cba-

pelle : une fleur de lis se dessine au milieu des compartiments.

Plusieurs chapiteaux romans ont été retouchés au XIY*. siècle et transformés en chapiteaux gothiques.

On doit louer les habitants de Deux-Jumeaux du zèle qu'ils apportent à Fentretien de cette église qui est Supprimée. L*oflBce se fait à Longueirille. Il est fort à désirer qu'ils persistent dans leurs bonnes dispositions et que Ton puisse conserver cette église remarquable.

Le transept nord est en ruines ; on y avait établi des logements , ainsi que l'attestent les planchers qu'on y voit encore , et une cheminée : deux fenêtres rondes existent dans cette partie de l'église.

Les fonts m'ont paru du XIV*. siècle oa du \V\ ; ils se composent d'un réservoir arrondi, élevé sur un support garni de plusieurs colonnettes.

L'abbaye de Cerisy nommait à la cure. Le prieur de Deux-Jumeaux percevait les dîmes.

Prieuré. —On voh, an Sud de l'église , les bitiments du prieuré ; ils sont assez bien conservés et paraissent dater du XVÏP. siècle.

ASNlàRES.

Âsnières, Asneria,

L'église d'Asnières est intéressante; c'était d'abord une église romane dont on a refait , au Xlll*. siècle , des parties considérables , notamment la plus grande partie du chœur , et au centre de laquelle on a élevé une élégante flèche à pyramide octogone qui se u-ouve au centre d'un transept.

776 STATISTIQUE VONOMEKTALE DU GALYADOS.

Voici le plan de l'égliae d*Âsaières.

La nef, qui est restée romane, présente , ^ TOuest , une porte cintrée à denx archivoltes : Tarchivotte extérieure est remarquable par les figures grossières en méplat qui ont été sculptées sur les cUfeaui ; Tarchivolte iniérieure est ornée de têtes-plates.

Les murs latéraux de la nef ooBsenrent des corbeaux grî^ maçants fort bisarres , qui mériteraient d*être destinés.

Dans la partie de l'église qui remonte au XIIP. siècle, on parait avoir ccmservé des portions de murs plus anciens , car après l'exhaussement de ces murs et leur liaison à oeox du XIIP. siècle, on a laissé d'anciens modillons qui se troovent aujourd'hui fort an-dessous de l'entablement

Le chœur présente, du reste, une ordonnance évidemment caractéristique du XIIK siècle , et que nous avons trouvée dans bien des églises déjà ; les voûtes ogivales sont garnies d'arceaux toriques qui viennent reposer snr des colonnettes à chapiteaux parfaitement caractérisés ( V. le plan).

En 18S5 , des lambris neufs munis de sièges ont été placés dans le chœur de l'église d'Asnières, et l'on a coupé, pour^ placer ces pauvres lambris , d'élégants faisceaux de colonnes du XIII*. siècle qui supportaient les arceaux de la voûte , de sorte que là , comme dans beaucoup d'autres églises , où l'on a procédé avec la même barbarie , la partie supérieure des colonnes se trouve former ^corbdlement. Le travail éuit terminé quand je visitai Asnières , en octobre i8S5. Je ne pus que m'élever de toutes mes forces contre un projet qui consistait à masquer le fond do l'église , qui est très-ifitéressant par ses voûtes dont les arceaux décrivent

des courbes fort harmonieuses au chevel, par un autel dont le baldaquin devait être porté sur quatre colonnesd'ordre toscan: cet autel aurait occupé tout le fond du chœur. J'ai lien d'espérer que l'on aura renoncé à cette idée, d'après les promesses qui me furent faites alors; je n'oserais pourtant l'afiBrmer, n'ayant pu retourner à Âsnières pour m'en assurer.

Une sacristie moderne a été accolée au chevet.

L'église d' Asnières est sous l'invocation de saint Yigor ; au XI V*. siècle, la cure se divisait en deux portions, et le livre Pelot indique comme patron , pour la première portion , Johannes de Breulieyo; pour la seconde, Guillelmus de Fumeto; j'ignore la date de la réunion des deux cures. Au siècle dernier , le patronage était toujours laïque ; le chapitre de Bayeux percevait un tiers des dîmes, par donation de l'évêque Philippe de Harcourt ; le curé percevait les deux autres tiers.

Château. — Le château d' Asnières appartenait, au siècle dernier , à M, de Beaudre. Par suite du mariage de sa fille avec M. le comte de La Vlllarnois , le château d'Asnières a passé dans cette famille ; il a été vendu , il y a quelques années , et acheté par M. Le Chartier , membre du Conseil général, maire d'isigny.

ENGLESQUEVILI.E.

Englesqueville, Ânglica villa.

L'église d'EoglesquevilIe est encore une de ces églises de transition (de la fin du XIP. siècle on de la première moitié du XIIP. ) , qui montrent dans le département tant de combinaisons intéressantes à étudier.

Le chœur a conservé , du côté du Nord , ses fenêtres primitives en forme de lancettes sans colonnes , mais le mur méridional a été refait ; les modillons qu'on y voit paraissent avoir été replacés ou taillés , à l'imitation des autres.

77S STATISTIQUE UONDHBHT&LB DV CALVADOS. La loor, entre cfaoeor et nef, cooUrnite en pierre, est

PlRTll C«III*LI DB l'ÉSUII «'iMOLOQUIVlLLI.

curieuse en ce que, connue à CoUeTitle (p. 657}, des on-

vertures rondes (oculos) , aa nombre de deux sur chaque c6té » éclairent Tétage supériear , et parce qne les clochetons placés dans les angles du carré qui supporte la pyranfide octogone sont , comme à Trévières ( p. 690 ) , d'une forme trapue qui annonce le peu d'habitude qu'on ayait encore d'établir des flèches octogones en pierre sur des tours carrées.

La tour est, d'ailleurs» dans le style roman ; les ouvertures en sont cintrées , et l'on y voit , du côté du Nord (\. la figure , p. 778 ) , une porte cintrée dont l'archivolte est garnie de plusieurs rangs de zigzags.

La nef appartient» comme le cbcèur, au style de transïûoa , ayant des fenêtres en lancettes et des corbeaux sous la corniche ; mais la porte occidentale est postérieure et m'a paru du XIY*. siècle.

L'église d'Englesqueville est sous l'invocation de saint Yigor; la cure se divisait en deux portions, et quand le livre Peint a été écrit, l'évêque de Bayeux était patron pour la première portion et Ludavtcus de Tirbovilla^ pour la seconde.

Avant la Révolution , le patronage s'exerçait alternativement par l'évêque et le seigneur; le curé percevait les dîmes.

Château. — Le château d'Englesqueville, au Nord de l'église, sur le bord du chemin qui parcourt le littoral, doit avoir été, dans l'origine, entouré de fossés, et quelques parties peuvent être du commencement du XVII*. siècle ou la fin du XYP. ; mais on y a fait des travaux qui ont dû faire disparaître les caractères de cette époque. Ce château appartient à M. le marquis de Faudoas.

Le rivage est escarpé devant la commune d'Englesqueville, des falaises en pierre calcaire (grande oolithe) bordent la côte. On montrait , il y a quelques années , sur le bord des

7B0 STATISTIQUE UOSUMENTALE DC CALyAiX>S.

falaises, «ne coDstructkNi peu importante doot une partie était tombée dans la mer et qu*on désignait sous la dénomination de petit cbâtean d'Englesque^ille. Cette construction n'offrait aucun caractère d'ancienneté.

Château de BeoMmom. — L'éminence arrondie et isolée qui s'élèwe au sud-oueat de l'église d'EnglesqueYiUe, a supporté autrefois une bourgade ; on y a trouvé bon nombre de fondations de maisons » et l'on montre encore la place qu'occupaient l'église et le cimetière. Des cercueils en pierre et un cercueil en plomb ont été exhumés de ce cimetière il y a qudques années.

Un cbâtean assis au sommet de l'éminence était le cbeflieu d'une baronnie qui relevait de l'évêque de Bayeux, et dont le possesseur était obligé de servir d'écuyer au prélat lors de son entrée à Bayeux pour y prendre possession du siège épiscopaL

Ce château est aujourd'hui défiguré par des constructions , dont quelques-unes ne remontent guère au-delà de 1600 , et dont d'autres sont beaucoup plus modernes; mais, vers le Sud-Ouest, on voit encore quelques portions de murs appartenant au Xir. siècle et une jolie chapelle romane placée au-dessus d'une longue salle voûtée, et à laquelle on montait par un escalier de la plus grande élégance. L'habitation baronniale offre encore quelques pleins«cintr^ , des modillons, deux cheminées de forme octogone, comme on les faisait assez habituellement au XII*. et au Xlir. siècles ; le reste mérite peu d'attention, les logements ayant été modernisés par des ouvertures et des distributions nouvelles.

. On voit aussi , de ce côté , des restes de fossés à peu près intacts, et qui offrent une disposition delà contre*escarpe

CANTON n'iSIGNY. 781

semblable à celle que j'ai décrite précédemment en parlant d'autres châteaux du même temps.

Malgré ses fossés et l'avantage de sa position , le château de Beaumont-le-Richart était, s! je ne me trompe, plutôt ThabitâtloD d'un riche baron du XIP. siècle qu'une forteresse redoutable ; il n'y avait pas , je crois , de donjon proprement dit dans renccinte , mais des constructions plutôt civiles que mifitaires.

La maison baronniale et la chapelle étaient, je crois , dans la même enceinte. Cette cour principale du château devait être séparée de la seconde cour, au Nord , par un fossé.

Le passage suivant, concernant le château de Beautnont-le- Richart , se trouve dans un aveu des fiefs et arrière-fiefs de l'évôcbé de Bayeux, transcrit en l/i75 par ordre de Tévéque, IjOuis de Harcourt , et qui fait partie des manuscrits de la bibliothèque du chapitre de Bayeux :

« Thomas de Hotot écnyer tient par foy et hommaige les

« fiefs, terres et seigneuries de Beaumont-le-Richart noble-

« ment et franchement à court et usaige par le nombre de

« huit fiefs de haubert en basse et moyenne justice. En quoy

• « a deux foires chacun an Tune à la St. -Pierre entrée

« d'Août et Taustre à la Nostre Dame de Septembre, séantes

« chacune une journée , et marchié costumier par chacune

« sepmaine au mardi avecques plusieurs droitures , libertés ,

« patronages, franchises et dignités , tant à la paroisse dudit

« lieu de Beaumont que es paroisses d'Anglesqueville ,

« St. -Pierre au mont , Criqueville, St. -Nicolas de grand-

« camp , Lestanville , Longueville , que ailleurs où ils

• s'étendent es bailliages de Caen et de Gostentin. Auquel

« lieu de Beaumont a chastelenie , ville , chastel , et bourg

0 et en sont tenus par hommaige les fiefs qui en suivent. »

Suit Ténnmération des fiefs dépendant de Beaumont :

« Et icelle seigoearie ( Beaumont le Richart ) et les fielis ec « arriéres fiefs qui en dépendent et sont tenus , sont à nous « subgietz à cause de nostre dicte temporalité en ung espervîer « de rente chacun an entre la saint Jéban et la saint Pierre « d'Aoust , ou vingt sous à la saint michiel avecques quatre « livres tournois de rente. Et avecques ce est subgiet ledict < seigneur de fieaumont » de conToier et mener TEvesque 0 d'icelui Bayeux pour la première (oys qu*il vient prendre • la possession d*iceluy Eveschié , depuis le prieuré du dict « lieu de Saint Yigor jusques à la mère église du dict lieu « de Bayeux. Et pour ce doibt avoir le cheval sur qooy « icelui Evesque vient et descend au lieu de Saint Vigor pour c icelle première foys. Kern est le dict seigneur de Beaumont « à rayson d'icelle seigneurie subgiet envers nous à cause de c notre dicte temporalité , en reliefs , XIII*'. aides contn- « mières quant ils chaient, avecques les droitures et « hommaiges appartenant , et faire service de deux chevaliers « chacun par quarante jours au Duchié de Normandie au t mandement du Roy et ung chevalier hors de la Dudiîé « comme les aultres de la Duchié sont subgietz, »

(Extrait de Taveu déjà cité, à la bibliothèque du chapitre de Bayeux. )

SAlNT-PIEBRE-nU-MONT.

St-Pierre-du-Mont, Sanctus Pea-us de Monte, Le chœur de l'église de SL-Pierre-du-Mont m'a para de la fin du XliP. siècle. Le chevet droit est percé de trois fenêtres en lancettes : trois fenêtres sont ouvertes dans les murs latéraux.

La tour moderne est construite entre le chœur et la nef : celle-ci appartient au style roman et pr^nte des caractères qui m'engagent à la reporter au Xr. siècle : ce sont

CANTON D*JSrGNY. 785

des mars en arêtes de poisson , de petites fenêtres trèsétroites, des modiUons grimaçants, etc. , etc.; enfin, nne porte à plein-cintre dont le tympan est garni de pierres disposées en damier, laquelle s'ouvre an centre, du côté du Sud.

La porte occidenule est du X1V«. ou du X V^ siècle , et il est probable qu'il n'y avait pas d'entrée de ce côté , dans l'origine.

La paroisse de St.-Pîerre-du-Mont est supprimée cl réunie à Cricqueville.

L'église est sous l'invocation de saint Pierre. La cure était à la nomination du seigneur; les dîmes se divisaient par portions égales entre le chapitre de la cathédrale de Bayeox , le prieuré de Sl.-Nico!as-de-la-Chesnaie, près Bayeux, et le curé.

Châteaux. — Il y a deux châteaux à St.-Pierre-du-Mont, l'un de la fin du XVP. siècle , l'autre moderne ; ils appartiennent à M. le marquis de Frotté , ancien préfet , membre de l'Associaiion normande. Le château ancien ne manque pas de style et a de l'iiuérôt ; le château moderne est lourd et sans aucun mérite artistique : le château ancien est occupé par des fermiers. M. le marquis de Frotté , qui habite Couterne (Orne) , vient très-rarement à St.-Pierre-du-MonU

CRI€QUEV1LLE.

Gricqueville , Cricquevilla.

L'église de Gricqueville est très-certainement une dos plus intéressantes de l'arrondissement de Bayenx : le chœur est d'une homc^énéité , d'une élégance qui ne le cèdent à aucune fabrique du XIII*. siècle , et l'on y trouve une ordon-

lèU STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

nance analogae à celle que nous avons signalée à la chapelle do séminaire de Bayeox et dans le ctiœiir de Tabbaye de Longues.

Vu eitérieurement , le cbevel présente trois ouvertures en forme de lancettes géminées, ayant au sommet un oculm; ces trois fenêtres, à deux baies, sont séparées les unes des autres par des contreforts , et la fenêtre centrale est un peo plus élevée que les deux autres : une guirlande de feuilk^es orne aussi Voculus de cette fenêtre ( T. page 785 ).

Rien de plus simple, mais en même temps de plus gracieux que cette combinaison.

Les mêmes fenêtres se retrouvent, dans les murs latéraux du chœur , au nombre de quatre de chaque côté.

Le plan ci-après (V. page 786) montre cette disposition et l'ordonnance générale du chœur; il ne comprend que deux travées , subdivisées en deux parties et éclairées chacune par quatre fenêtres.

On voit qu'à Gricqueville, comme à Longues ( V. la ûgore, p. 603 ) et à Bayeux ( nef de la cathédrale ) , une colonoette détachée supporte, à l'intérieur de chaque fenêtre, la rose qui correspond à Voculus de la fenêtre extérieure , laquelle n'a pas de colonnes et n'est divisée en deux parties que par un meneau.

Les contreforts, établis avec soin, ont une saillie qui garantit la solidité des voûtes en pierre. Ces voûtes sont remarquablement conservées ; des arceaux toriques en garnissent les arêtes et viennent , par des courbes extrêmement gracieuses, reposer sur les colonnettes. Rien n'est plus él^ant et ne produit un plus bel effet que l'épanouissement des nervures entre les trois fenêtres du sanctuaire; la même disposition existe ailleurs, mais je ne la urouve nulle part mieux réussie.

CANTON d'ishïnt. 783

T DE L'tCUM M CHICaCEVILLe.

786 STATISTIQUE MOHUMëNTALE DC C.MVAOCa. Lg chœur de l'élise CrJc<|uevillc cs( , selon moi , un

PLAN DC cnnRun de r/uiLisii nit <:RirQi'KTru.li. HKHlèlc il î'iuiJier, un ty|>e à reproduire dans les consiroctîons

CANTON D*ISI6NY. 1Sl

que l'on élève dans le style da XIII*. siècle : jamais architecte ne composera rien d'aussi gracieux pour une population de 600 à 800 habitants. L'orfèvrerie religieuse pourrait aussi s'inspirer du choeur de l'église de Cricqueville pour composer des châsses dans le style du XIII". siècle.

Il est fort à regretter que l'on ait coupé les colonnettes de ce chœur pour garnir les murs de boiseries ; c'est une mutilation que bien d'autres églises ont subie et que nous déplorerons toujours. Une autre grande faute a été commise : on a construit une sacristie contre le mur méridional et , pour cela , on a mutilé un contrefort II est désolant de voir les fabriques établir partout des sacristies qui produisent un effet hideax dans les édifices auxquels on les accole; mais le clei^é, comme les gens du siècle, veut du confortable : il ne se contente plus de ce qui suffisait à ses devanciers , et , au lieu d'arrêter les fabriques , trop souvent disposées à bâtir sans goût et sans nécessité, il les excite sans s'embarrasser des dégâts qu'occasionnent les constructions nouvelles.

Je me bâte de dire que la sacristie dont je parle a été établie avant la nomination de M. l'abbé Coron, curé actuel de Cricqueville , homme de goût qui comprend toute la valeur de son église, et qui, j'en suis sûr, se serait opposé à toute innovation^e nature à altérer l'édifice.

La corniche extérieure du chœur est très-bien conservée du côté du Nord; elle est fort élégante et ornée de modillons en méplat formant un feston aux contours les plus gracieux. J'ai trouvé ce même ornement dans un petit nombre d'édifices du XIII*. siècle.

La nef était du XIIP. siècle comme le chœur. Au XIV*. siècle , on a élevé , entre ces deux parties , une tour qui se

788 STATISTIQrE BIOinHIEPITaLE DO CALVADOS, termine par un toit ea Utiôre, et, au SwI de cette lour. uno cbapellc dool voici une det fenôtres.

cm rnlTH m li caipcLti ■ttiDroMii.i pi l'Uclbi n eticQonn.».

Le portait occidenul de la nef dale de la rnSme époqne.

Les chapiteaux et les moulures le prouvenL La porte éuil subdivisée en deux baies par un pilier.

Le reste de la nef appxrlieat au XIII*. siècle, et, dn c&tË du Nord , les trois fenêtres primitives se voient encore.

Le mur méridional, du XIII*. siècle, a Été refait il peu prËs

en entier, quand on a percé des fenêtres modernes ; il en reste seulement quelques parties vers rextrémité occidentale (i). L'église de Gncqueville est sous l'invocation de Notre- Dame. Le prieuré de St.-Vigor, près Bayeux, nommait à la cure et percevait la plus grande partie des dtmes.

Manoir, — J*ai remarqué à Gricqueville deux manoirs anciens : l'un appartient , m'a-t-on dit , à M. de Colognac ; l'autre , à M. d'AboTille.

LESTANVJLLE.

Lestanvilie , Lestanvilla,

L'église de Lestanville n'est pas suffisamment caractérisée ; cependant l'arc clivai qui sépare le chœur de la nef est porté sur des colonneltes du XIIP. siècle , et on peut admettre qu'une partie des murs est de cette époque; mais des reprises y ont été faites. Ainsi , la fenêtre qui éclairait le chevet et qui était subdivisée en trois compartiments a été bouchée , et un volumineux contrefort a été établi au centre du chevet, de manière à masquer cette fenêtre ; diverses parties de l'église paraissent plutôt du XIY*. siècle que du XÎIK

Un porte-cloches à deux baies (Rivales s'élève au-dessus du gable occidental de la nef. Deux contreforts soutiennent le mur qui a reçu une doublure portée sur un encorbellement. Le porche qui précédait cette façade est en ruine.

(f) Il existe dans la nef quelques pierres tombales dont Je n*ai pas eu le temps de relever les iDscriptions; j*ai reconnu seulemenl que Tune était la tombe de Branche, conseiller du Roi, lieutenant de f amirauté' de Grandcamp ; el l'autre , celle de sa veuve morte le se juillet 1737 , âgée de 5S ans.

790 STATISTIQUE IfOMUMENTALB DU CALTADOS.

Des lambris en bois diasioiuleat la toiture du chœur et de la nef.

Une chapelle seigneuriale est en communication avec le chœur du côté de l'évangile.

L'église de Lestanville , aujourd'hui supprimée, était soos l'invocation de saint Malo. La cure se divisait en trois portions égales, et, quand le livre Pelut a été écrit, la première était à la nomination de l'abbesse de Sle. -Trinité de Caen; la deuxième , à la nomination de l'évêque, et la troisième, à la nomination du prieur de St.-Fromond. Au siècle dernier , les dîmes de Lestanville avaient été réunies à celles de Grandcamp , paroisse voisine. Elles se partageaient ainsi qu'il suit : le curé de Grandcamp , 1/5"»*. ; celui de Lestanville, 2/5'»".; l'abbé de Cerisy, l/S"»". ; l'autre 5*. éuit à la disposition du seigneur laïque.

GRANDCAMP.

Grandcamp, Grandis campus, Magnus campus.

L'église de Grandcamp se compose d'une nef et d'un chœur rectangulaires ; c'est une des plus insignifiantes et des plus laides du département. Les fenêtres sont arrondies , et rien dans l'édifice ne doit remonter au-delà du XVP. siècle.

La tour , carrée , terminée en bâlière , est à l'extrémité occidentale de la nef.

L'église est sous l'invocation de saint Nicolas ; le seigneur nommait à la cure (1). Nous avons dit, à l'article Lestanville, comment les dîmes se distribuaient

Grandcamp renferme plus de 1,200 habitants. La pèche occupe une partie de la population; les étrangers qui

(1) Quand le livre Pelât a été écrit , Richard Doisnel et Richard Parvi nomniaienl alternativement à la cure.

CANTON D'iSIGNY. 791

\ienneDt y prendre des bains de iner , donnent une certaine ^animation à la rue principale de la bourgade, pendant la belle saison.

Château. — Le château de Grandcamp appartenait à une branche de la famille de Cussy ; il a été vendu et appartient aujourd'hui à un parent de M. Saint, habile peintre en miniature, né à St.-Lo.

MAISY.

Maisy, Maisium, Maisiacum.

L'église de Maisy appartient à un ordre plus élevé que beaucoup d'églises ; rurales la localité était d'ailleurs autrefois bien plus importante qu'à présent : il y avait une hautejustice. Aujourd'hui , la population de Maisy se compose à peine de 600 habitants.

Le chœur de l'église de Maisy est éclairé, de chaque côté, par quatre ogives en forme de lancettes à deux baies, surmontées d'un trèfle : le tout couronné de nervures toriques reposant sur des encorbellements. Ces fenêtres, sans colonnes à l'extérieur, en ont à l'intérieur, et l'on retrouve ici la combinaison dont le XIII". siècle bayeusain nous a fourni des exemples remarquables à la cathédrale , à la chapelle du séminaire et à l'abbaye de Longues , et que nous signalions tout à l'heure à Gricqueville. A l'intérieur , une arcature ogivale à colonnettes, dont les arcs sont séparés par des trèfles en creux, garnit les murs au-dessous des fenêtres. Dans le sanctuaire , ces trèfles sont remplacés par des quatre- feuilles que nous voyons aussi à Bayeux et à Longues. L'autel , à colonnes, masque les ouvertures du chevet qui étaient, au nombre de trois , en rapport avec celles des murs latéraux,

792 STATlSTrçUE MONUMEKTAI-E BU r.ALVAOOS.

nuis qoi offraient une ûngoliëre combinaiK» à leur somoKL

La lour, entre chœur et nef, est une des plus remarquables de la contrée ; elle est postérieure au chœur , peutêtre du XIV'. siècli! , et sa hauteur me paraît de 150 pieds environ.

Cette tour carrée , un peu forte , mais conslruilc en bons matériaux , se comiHise de trois étages dont un , le cteresiory, est percé sur chaque face de deux ouvertures étroites en forme de laoceties, sans colonnes; au-dessus du clerestory, h la base de la pyramide octogone en pierre, règne une

galerie garnie d'une rampe découpée en quatre-feuilles ; l'escalier, qui arrive à l'un des angles de cette galerie, est couvert par une pyramide en pierre, et j'avais supposé que d'autres clochetons existaient aux autres angles de la tour , mais je n'en ai vu aucune trace : ce qui me porte à douter qu'il y en ait eu. Cette tour m'a paru du XIV*. siècle. Le tonnerre en a abattu le sommet à une époque que je ne saurais indiquer , mais qui est connue , et on a refait cette pointe un peu plus courte qu'elle ne l'était primitivement.

Les voûtes en plâtre du chœur ne datent que de 18/i9; une inscription indique qu'elles ont été établies par M. Delaunay, architecte , M. Le Landais étant curé.

M. Bouet fait remarquer que le chœur de Maisy ne parait pas avoir été disposé pour recevoir des voûtes sexparties comme celles de Cricqueville ; il est douteux , c dit-il, que l'on ait d'abord eu l'intention de voûter, c et , en tout cas , on n'avait jamais eu l'intention de ter- « miner les voûtes du sanctuaire par l'épanouissement des « nervures qui produit un si bon effet à Cricqueville , car « le chevet, plus orné à l'extérieur qu'à l'intérieur, ne « présente pas de contreforts entre les fenêtres.

« Les murs de Maisy sont beaucoup plus minces que « ceux de Cricqueville ; il en résulte que la distance entre c les colonnettes intérieures et les fenêtres étant très-petites , v le jeu de lumière produit par les découpures intérieures € et extérieures du tympan ne produit pas un très-bon « effet. Comme œuvre d'art , l'élise de Maisy , quoique « offrant des rapports avec celle de Cricqueville, est évi- « demment très -inférieure à cellen^i. »

La nef est peu caractérisée et moins élevée que le dneur , les fenêtres en forme d'ogive qu'on y voit ne doivent pas

79& STATISTIQUE IfOMUMENTALB DU CALVADOS.

être primitives. Cette nef, dont la porte occidentale est IDoderne et carrée, surmontée d*au oculas, était précédée d'un porche qui tombe en ruine et qui ne paraît pas antérieur au XVI*. siècle.

J'ai trouvé, devant l'autel, une pierre tamulaire sur laquelle on lit :

MIHkBBIfC teOTBB

PBBB9TRB CUBÉ DB MAIST OicàDi BR i64A«

Au milieu dn chœur , on voit une autre pierre tumulaire sur laquelle j'ai lu l'inscription suivante :

PBANC018 ANTOIHB DB 8* SIVOH COMTB DB LA

HOVB SBIOlfBOR DU BOU • • • • N8 GBBTALIBB DB

L'OBDBB royal et KILITAIBB DB 8* LOUIS

BBIGADIBB DBS ARMÉES DU ROI BT AlICIBN CAPITAINB

DES GARDES FRANÇAISES DàcéOÉ EN CETTE PABOISSE.

La date est effacée complètement , mais l'écriture annonce le XVIÏP. siècle.

On a replacé devant un autel établi à l'entrée du chœur , r du dyté de l'évangile, une autre pierre tombale sur laquelle

on lit :

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