BARBEVILLE
BarbeviUe, BarbùmUa , BarbeviUia.
L'église de Barbe?ille est à citer comme offrant un type très-gracieux et bien conservé qui se reproduit , au XIII** siècle , dans beaucoup de paroisses de l'arrondissement de Bayeux.
La façade occidentale de la nef présente un portail à voussures multiples ornées de tores , portées de chaque o5lé sur trois colonnettes ; le tympan repose sur un arc surbaissé. De chaque côté des voussures du portail s'ouvre une fenêtre en lancette, et au milieu du fronton une rose à huit lobes bordés de tores , qui a le plus grand rapport avec celle de St-Jean-le-Blanc, figurée p. 35 de ce volume : seulement on n'y voit pas, comme dans celle de St. -Jean « de petits trèfles entre les huit lobes.
Si l'on veut se reporter à ce que j'ai dit de quelques églises du XI II", siècle précédemment décrites, notamment à l'église de Fierville-la-Gampagne , dont le portail est figuré p. 275 , tome II*, de ma Statistique monumentale, on verra que cette disposition triangulaire des fenêtres , des deux côtés du portail , et au milieu du gable ou fronton occidental des églises, était une de celles qu'affectionnaient nos architectes normands du X m*, siècle; à Barbeville, la fenêtre^supérieure
(1) Cette habita lion apparlenait à M. Le Pelletier de Molandé, g(>ndre de M. le comte d*Albignac grand -croli de l'ordre mililalre de aaint Loui», major deii gardes-du-corps sous Louis XV III, et oncle de M. de Molandé actuel. Ce dernier en est devenu propriétaire par suite de son mariage avec sa cousinc.germaîne , M"*, de Molandé.
CANTON DE BATBOX. 623
est nne rose ; à Fierville et dans d'autres églises , on s'est contenté d'une fenêtre pareille à celles qui accompagnent le pwtaiL Le tympan de la porte occidentale de l'église de Barbeville a été» au XVI*. siècle, je crois, orné d'une niche en accolade qui a reçu la statue équestre de St. -Martin, patron de la paroisse , représenté , comme toujours , au moment où il coupe son manteau pour en donner la moitié à un pauvre boiteux.
La nef n'est pas voûtée ; un lambris de bois cache la charpente. M. Delâtre, curé actuel de Barbeville, se propose de la voûter, et à ce moyen la rose du fronton, qui n'est pas visible à l'intérieur de la nef, pourra être dégagée.
Les murs latéraux de la nef ont conservé leur entablement orné d'arcatures sub-géminées ; du côté du Sud , s'ouvrait une porte ogivale plus simple que celle de l'Ouest, dont le tympan est orné d'une croix ancrée ; deux colonnes reçoivent l'archivolte, de chaque côté. Une autre porte, mais qui était carrée , donnait accès au chœur. Près de la porte latérale de la nef, j'ai vu dans le mur une inscription que je n'ai pas eu le temps de déchiffrer , chose d'ailleurs difficile dans l'état où elle se trouve ; il paraît qu'il s'agit d'un seigneur de Barbeville , inhumé près de la porte.
Deux fenêtres primitives étroites , en lancettes arrondies , existent dans le mur septentrional ; les fenêtres ont été refaites du côté du Sud.
La tour s'élève , comme h Ranchy , entre chœur et nef ; elle est voûtée à une plus grande hauteur que le chœur qui lui succède ; elle se compose, vue extérieurement, de trois étages séparés les uns des autres par des retraits ou talus en pierres. L'entablement du premier étage est orné de la même manière que celui de la nef; l'entablement du second étage' est garni de ces espèces de denticules en méplat, que nous avons vues à Arganchy et à Ranchy ; deux
&24 STATISTrQUË HQNDUENTALE DU CALVADOS.
CANTON DE BATBDX. &36
ImcMies étroites , ei ane cravertare en tneuru-ièni reciaDgnlaire, i la base et an aonmet, existaient au cecood étage, sor les fiices nord et sud ; le troisième ëtqe est éclairé par qnatre fenêtres ogiTolcs, sabdivisées en deui baiei par na meneaa bifarqué barré au, centre ; an toit de pierres , aawi élancé, couronne cette pyramide, maia j'ai fien de croire qu'il n'eai pas aussi ancien que le reste , ou bien que le dernier éu^a été en partie refait quand on a construit le toit; peutêtre celui-ci était-il d'abord en charpente.
Ce que j'ai vu dans d'antres tours semblables m'autorise k faire cette suppoûtion.
A FUrbcville , comme dans d'autres tours i toit k double égoui , en pierres, des arceaus irès-saiilanls , en pierres de
taille, supporieol la voûte et les dalles parallèlumcnt ai
gables : il y en a deux ordinairement : à ce moyen , ces toitures en pierre présentent une grande solidité.
Les Toutes du chœur sont garnies d'arceaux croisés; trois lancettes éclairent le chevet; du côté sud » trois des fenêtres ont été très-élargies; on leur a substitué des ouvertures cintrées, modernes, garnies de barres de fer croisées ; la sacristie est moderne et masque une grande partie du côté nord.
L'entablement du chœur est orné de la bordure denticulaire en méplat , qui existe au deuxième étage de la tour.
Quelques dalles sans inscription lisible , existent dans le pavé du chœur. Le confessionnal, placé dans la nef, près de la porte occidentale, montre , entre des panneaux en bois de chêne un panneau sculpté , du XYP. siècle : je suppose qu'il provient d'un meuble dont les débris auront été utilisés de cette manière.
Voici rinscription de la cloche :
L*A1I 1775 J*AI AtÉ BillITB PAR TiNftRABLB BT DISCBÈTB PBBSOHRB MAItBB NICOLAS HBOBTU CUBÉ DB SAINT MABTIN DB BABBBTILLB BT ROM- MiB HBNBIBTTB PAR HONORABLE DAMB HABIB HBNBIBTTB LB CAUCHOIS iPOUSB DB PIBBBB JACQUES LE MABOIS éCUTBR SBIONBUR DB SAINT XOBBBS BT SBIGNBOR BT PATRON DB MOSLBS BN PABTIB ASSISTÉS DB KB88IBB JBAN BAPTISTE CHRISTOPHE MARC ANTOINE DB C0UBSEULL8S CHBTAUBB SSIGNBUR RT PATRON HAUT JUSTICIER DB BABBEVILLB ET AUTRES LIEUX (!)•
CHBDBVILLB TRàlORIBB.
L'église de Barbeville est , comme nous l'avons dit , sous l'invocation de saint Martin : le patronage était laïque ; le collège de Maître Gervais percevait les 2/3 des dtmes, et le
(I) La famille Le BlaroU doit être éteinte. M. d'Ernéville , ancien garde du corps , né d*ane demoiselle Le Maroit , est mort II a y quelques années; son tiabitatlon a été achetée par M. Gérard , parent de l'illustre peintre de ce nom.
La famille de Gourseulles possède toujours une terre et un cliâteaa à Barbeville.
CANTON DB BAYEDX. 627
coré» i/3 seolement. Quand le livre Pelât a été rédigé , le patronage de Téglise de Barbeville appartenait à Robert Bertrand , cheTaiier.
Ainsi que l'atteste Finscription de la cloche , il y avait , à Barberille , une haate-jostice , qui a subsisté jusqu'à la Révolution.
VAVCELrES.
Yaucellcs, Valicellœ.
L'église de Vaucelles présente , dans sa disposition , une telle analogie avec celle de Barbeville , qu'il n'est pas permis de douter que ces églises très-rapprochées n'aient été copiées l'une sur l'autre.
Le chœur est également composé de deux travées voûtées en pierre avec arceaux croisés. La tour ( entre chœur et nef) également voûtée a une plus grande hauteur que le chœur , présente à peu près la même ordonnance et se termine aussi par un toit en pierre ; deux portes latérales accèdent également , l'une au chœur, l'autre à la nef; seulement au lieu d'être placées au Midi comme à Rarbeville , elles se trouvent an Nord , du côté de la grande voie qui longe le cimetière.
Les fenêtres de la nef sont des lancettes très-étroites. Tout présente d'ailleurs, comme à Barbeville, le caractère du Xlir. siècle , et les chapiteaux des colonnes qui supportent les arceaux des voûtes sont très-caractéristiques. On remarque dans le pourtour du sanctuaire une frise ornée de billettcs.
Quelques particularités distinguent pourtant , malgré ces affinités frappantes , l'église de Vaucelles de celle de Barbeville. Elle n'avait pas de portail à l'Ouest , probablement à cause de la position parallèle de la route qui commandait en quelque sorte Yaceès latéral.
IaI tour , un peu moins élégante que celle de Barbeville ,
Um statistique uonuhbnt&le du calvados.
offre au-dessus du premier étage trois amdcB ogÎTiles, dtmt cdie du milieu , garnie d'une rwe (on ocnins] qDidril(ri>ée qui , en raison de la hauteur de la voûte , éclaire l'intérJear de la tour. Le deuxième étage est absolument semblable à celui de la tour précédente.
Ceci posé, nous aurons i décrire les deux portes latérales. Elles sont aujourd'hui murées l'une et l'autre : celle du cbœur l'était depuis Inng-temps déjfi ; celle de la nef a été bouchée tout récemment , le curé ayant fait percer dans la façade occidentale , sous la direction de M. le Curé de Vaui-sur- Aure, architecte habile dont nous parlerons bientat, une porte ogivale surmontée de trois petites fenfitres en lancettes.
La porte qui correspond an chceur a s<»i archivolte ornée
de tores multiples reposant, de chaque côté, sur deux colon- Dettes à chapiteaux effilés. Le tympan montre la combinaison assez rare d'un cintre au-dessus d'un arc trilobé , dont le lobe supérieur présente un trèfle.
La porte de la nef était autrefois protégée par un porche ; elle présente une ogive assez gracieuse , dont le tympan est rempli par un quatre-feuiile surmonté d'un trèfle.
Je ne parlerai des travaux nouvellement terminés à Fin* teneur du chœur et sous la tour que pour dire que ces restaurations ont été faites avec goût et intelligence.
L'église de Vaucelles est sous l'invocation de saint Gyr.
Le chanoine titulaire de hi prébende de Vaucelles nommait à la cure et percevait les deux tiers des dîmes ; l'autre tiers appartenait au curé.
Château. Le château de Vaucelles, qui existait dès le XIV*. siècle, était défendu par la Drome qui en baignait l'enceinte extérieure. Le château actuel présente encore un certain caractère dans ses pavillons à toits élevés , couronnés d'épis, dans les corbeaux de la corniche et les belles lucames qui annoncent la fin du règne de Louis XIIL Cette partie est celle par laqueUe on accède à la grande porte d'entrée : on la distingue facilement de la grande route.
Le château de Vaucelles appartient à présent à M. de La Rivière.
Antiquités romaines. J'ai parlé , dans mon C<mrs d*anti^ quiiit (t II, p. 143), de la direction de la voie romaine quiaflait de Bayenx II Crociaionum; elle devait passer à Vaucelles, et quand cm fit, en 1758, la grande route actuelle, qui probablement , sur ce point, se confond avec l'ancienne, on trouva un vase d'albâtre rempli de médailles et une figure (bnt Gaylus a donné la description. « La forme du vase, dit « Gaylus, est agréable ; ses anses , placées avec goût , con-
slatent son antiquité. Le pied sor leqael il était pMié n'eiiste plus, ce qui n*est pas étonnant, puisqu'il n'était pas tourné dans le même morceau. Outre les médailles, le vase renfermait une petite figure, également d*albâtre, qui n'était entière que jusqu'à la ceinture. Cette jeune divinité me paraît représenter Flore. La plante fleurie qu'elle tient d'une main , les fleurs dont elle est coiffée avec assez de profusion , la corbeille qu'elle soutient de l'autre main et qui se trouve également remplie de fleurs , ne présentent l'idée d'aucune autre divinité. Elle pouvait être tutélaire d'un jardin particulier : le pays où ce petit monument a été trouvé autorise tout ce que peuvent inspirer l'abondance et la fertilité. »
Près de Nihault , au Sud de Yaucelles , on trouve la fontaine St -Julien, dont les eaux abondantes forment un ruisseau qui va se jeter dans la Drome. Le bassin carré de la fontaine est couvert d'une voûte cintrée dont il serait difficile d'indiquer la date; mais nous trouvons là une disposition que nous offrent plusieurs autres fontaines du moyen-âge : les eaux de la fontaine St. -Julien sont réputées curatives pour certaines affections cutanées et pour les maux des yeux. On dit qu'une maladerie existait dans le voisinage.
€USST.
Gussy, Cusseium.
L'église de Gussy, avec sa tour assez élevée entre chœur et nef, terminée par un toit en pierre à double égout , appartient à la même famille que les précédentes. Elle est depuis long-temps supprimée et en ruines. Elle parait , dans son ensemble , se rapporter à la fin du XIII*. ou au commencement du XIV*. siècle. M. Bouet devait en faire un dessin pittoresque que je comptais joindre à cet article et qui n'a
CANTON DB BATEUX. A3t
pas été encore «école : voici seulement Teeqniase de deux f«ietres en lancettes qu'on y TOit encore et qui sont séparée» par on pilastre et noe colonnette détachée, garnie d'un anneau.
Cuasy était le siège d'une des prébendes de la cathédrale de Bayeui. Le chanoine de Cussy Dominait i la cure et i celle d'une ^iise voisine , l'église de Sully, que
Léproserie de la Modelaine. Avant d'entrer dans la
commune de Cussy, en veoant de Bayenx, on voit, sur le côté gauche de la route, une maison sans importance dans laquelle on distingue une arcade t^ivale et qui a fait partie de la Maladrerie de la Uadelaine.
Château de Babodanges, Le petit chStean de Rabodaoges, habitation moderne précédée d'une avenue, se voit un peu plus loin , du même c4té.
Sully, SuUeium,
L'élise de Sully est du XII'. siècle; elle appartient au roman de transition : ainsi , la nef nous montre des modillons k figures grimaçantes bien conservés; une porte latérale , au Sud, de style roman, en arc surbaissé (aujourd'hui bouchée ); quelques petites fenêtres étroites cintrées, dites en meurtrières : cette nef est divisée en trois travées par quatre contreforts espacés également sur les murs latéraui. L'arcade
fiS3 STATISTIQUE UONUMENTAU DU CALVADOS, romane qaî séparait la nef du chœur 8 été refaite : la porle occidentale, en arc snrbaisté, peat dater dn XIV*. riècte. Nous ne parloDB pas des fenêtres qui , dn cAté da Snd , OM été refaites à diverses époqaes.
Selon l'osage le plus ordinaire dans les ^lises de cette époque, le cbœur n'a que deui travées, nne de moias que la nef; il est voûté, et, du côté du Sud, on y voit nne porteroman'e i cintre surbaissé dont l' archiviste, comme dans la porte de la nef, repose sur des consoles représentant des létes humaines. Le côté nord est masqué par une chapelle seigneuriale et par la sacristie.
Dans la nef, i fpucfae de la porte d'entrée, j'ai remarqué
VIIHGI DiCAPITlil DjIKS LA NEF DE SDtLT.
e Statue de la Vierge, qui a été impitoyablement décapitée