ANCIENNES MAISONS
M. R. Bordeaux , dont on connaît les études sur l'architecture civile des XY*. et XYP. siècles en Normandie , et
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qui a publié d*intérc88anto arlicles sur les maisons de Caeo , dans le Bulletin nwmtmenialf a soigneusement aussi étudié les anciennes maisons de Bayeux , et nous a obl^mment remis sur les dernières des notes que nous allons reproduire de préférence à celles. que nous avions rédigées, parce qu'elles nous paraissent plus complètes (1) :
1*. Maisons de bais. « La maison à façade de bois la plus digne d'attirer notre attention , dit M. Bordeaux, se Toit dans la rue St.-Malo , n°. U; c'est une grande habitation à deux étages, toute couverte de statues de saints et dont le luxe de sculptures annonce qu'un homme riche et zélé pour les arts l'avait fait élever : on ne sait pas le nom de ce fondateur.
« Le chaperon de pierre qui borde le rampant du toit, aux deux pointes et pignons de la maison , se termine , suivant l'usage desXY*. et XYP. siècles , par des animaux fantastiques d'assez grande taille. Au-dessous du bord de la tmture , les grosses poutres verticales sont décorées de statues engagées, mais qui , par leur saillie, font à peu près l'oflBce de caryatides. Parmi ces six figures ornant le second éta^e , nous n'avons reconnu que saint Laurent et saint Gilles; mais sous l'entablement , au haut do premier étage , six autres statues sont sculptées : en commençant à la gauche du spectateur, on reconnaît le Christ , pois ensuite la Magdelaine agenouillée ; sainte Barbe , avec sa tour , occupe la troisième place; sainte Catherine, appuyée sur la roue, son attribut ordinaire, porte sur sa tête la couronne ; après elle vient sainte Mar^ guérite, aux pieds de laquelle se couche humblement la
(t) M. R. Bordeaoi avait donné lei mêmes nolei h la rédaction da Calvados pittoresque, ouvrage qal a paru récemment par lIvraiiODS In-folio , ornéei de planches lilhographiées. On ne sera donc pas surpris de trouver dans cet ouvrage el dans le nôtre la description des anciennes maisons de Bayeui à peu prés dans les mêmes termes.
kS% STAIISTIQUE MONUMENTALE DtJ CALVADOS.
Tarasqae vaincue. Quant au sixième personnage, nous ne l'avons pas reconnu. —La gix>88e poutre horizontale qui sert de corniche ou d'entablement au rez^^e-chaussée, est décorée, outre ses nombreuses moulures, de quatre bouquets de feuillages frisés et d'une énorme tête qui grimace à chacune de ses extrémités. Aux deux bouts du rez-de-chaussée, on retrouve deux grandes figures sculptées en bois , comme toutes les précédentes ; elles sont placées sous un dais gothique, et appuyées sur une mince colonnctte de pierre. — La première , à la gauche du spectateur , c'est-à-dire au-dessous du Christ du premier étage , représente la Vierge Marie ; sous ses pieds, une tôte hideuse forme le chapiteau de la cotonnette. Puis, auprès d'elle , sur l'eucorbellement de pierre de l'extrémité de la maison , est sculptée une petite figure misérablement accroupie : c'est Eve , que l'artiste a figurée en réunissant les attributs des diverses époques de sa vie; déjà vêtue , elle tient encore d'une main le fruit de l'arbre fatal , tandis que de l'autre elle porte un fuseau , emblème du travail auquel elle est désormais condamnée. L'auteur de cette façade a ainsi rapproché, par une catholique antithèse, la première Eve, mère malheureuse du genre humain, et la seconde Eve, vierge glorieuse , qui écrase la tête du serpent. — Saint Jean, placé à l'autre extrémité du rez de-chaussée, de manière à faire pendant à la Vierge , complète ce petit poème ; au lieu de fouler la tête d'un dragon , ses pieds posent sur le chapiteau de la colonnette formé ici d'un simple feuillage ; et , pour correspondre à la figure d'Eve sculptée près de la Vierge , une petite figure , maintenant méconnaissable, avait été placée non-loin de l'apôtre bien-aimé. — Tontes ces figures badigeonnées en gros vert bronzé se détachent assez bien sur la devanture.
" Si l'on pénètre dans la cour , ou y trouve une façade en pierre accompagnée d'une tourelle à pans coupés où serpente
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110 escalier eo hélîce* Des fenêtres à croix déeorées de cro« chefs et de belles moalores dans le style do XV*. siècle» augmentent Teffet pittoresque de l'ensemble.
« Cette maison, qui porte le n*. &» est accompagnée de deux maisons également anciennes ; Tune à droite , et c'est la plus moderne, date du règne de Loois XIII; l'autre, à gauche , et portant le n^ 6 , tonte en pierre de taille, parait avoir été une construction très-omée de la in du XV«. siècle ou de la première moitié du XYI*. , quoique maintenant elle soit presque complètement dressée. Une torsade élégante qui se retrouve souvent à Bayeux,^ décore la condche près de la toiture, et un chieaen pierre , très-élégamment ciselé, anime encore l'extrémité d'un cordon au rez^e-chaussée. Près de cette sculpture , sous une petite fenêtre garnie de sa vieille claire-voîe de fer, deux têtes servent de modillons. Enfin, si l'on en juge à certaines traces évidentes, toute cette façade avait été décorée d'un semé de fleurs de lis en relief. Il y a aussi dans k cour une tourelle à six pans pour l'antique escalier. — N'est-ce pas là l'ancienne maison mentionnée par Béziers, dans son HiUùîre de Bayeuao, maison dont il avait vu mutiler la façade toute couverte d'hermines et de fleurs de lis , et présentant à son centre un grand arbre chargé des écussons de France , de Bretagne , du Dauphin et des Médicis? Car c'est dans le voisinage de l'église SU-Malo, que Béziers signalait cet édifice, où il supposait (parce qu'il loi paraissait avoir été élevé vers ce temps-là ) que furent tenus les Grands-Jours assemblés à Bayeux , pendant un an, après l'interdiction du Parlement de Normandie, en i5&0; cette construction datait assurément du règne de François I*'*/ le Dauphin Henri , son fils i ayant épousé Catherine de Médicis en 1533.
« Revenons aux maisons à devantures de bois. L'une d'elles, rue Bienvenu , n*. 6, presque en face de la cathédrale , offre
tant d'analogie avec celle de la rue SL-Malo, qu'on peut l'attribuer au même architecte. Elle est toutefois moins considérable. — Ses grosses poutres verticales sont aussi ornées de statues de moyenne grandeur , dont le premier rang, au sommet de la façade, représente l'histoire de la chute du premier homme. On voit , en commençant toujours & la gauche, l^ l'ange armé du glaive à l'entrée du Paradis terrestre; 2^ Adam ; 3^ l'arbre autour duquel s'enroule le serpent ; (i°. Eve déjà coupable. Mais le dernier groupe est étranger aux scènes que reproduit cette série; il représente la lapidation de saint Édenne. Au rang inférieur , c'est-à-dire au couronnement du premier étage , les sujets sacrés font place aux sujets chimériques; on y remarque : 1^ une Mélusine, espèce d'être fantastique à buste de femme finissant en queue de poisson , et tenant un miroir à la main ( c'est pent-étre la fée d'Argouges); 2^ une licorne; 3**. un berger faisant pattre son troupeau; U\ une femme qui sort de la corolle d'un lis ; 5^ un animal mutilé assez semblable à un lion. Toutes ces figures , qui sans doute avaient une signification allégorique, sont exécutées en bois. Le rez-de-chaussée est dépourvu de tout intérêt.
« Si de là nous allons au carrefour formé par les rues St.-Martln etSt.-Maloet par celle des Guisiniei*s, nous trouverons des maisons de bois d'un style très-différent , beaucoup plus sévère et sans figures, mais qui ont conservé jusqu'à nos jours leur antique rez-de-chaussée. I^ maison à l'encoignure des rues St- Martin, n**. 43, et des Cuisiniers, n**. 1, est à deux étages surplombant vigoureusement l'un au-dessus de l'autre. De massives colonnes en pierre , engagées au rezde-chaussée, supportent l'encorbellement des étages en bois, et une cheminée dont le conduit carré présente au-dessus de la toiture une rangée de trèfles taillés en creux dans la pierre, annonce le XIV'. siècle. La maison voisine, rue des Cuisiniem,
n*. 3 • qai n'a qa'an étage , paratt appartenir à la même époque ainsi que ceUe dq coin opposé, qui ne consiste qu'en un très-ancien rez-de-chaussée. M. de Canmontt qui a figuré cette maison dans le touie V'. de son Cours d'antiquités , pL LXXXYI , n*, 2 • en a signalé les caves monumentales. Elles ont des voûtes semblables \ celles d une église, »up<portées non par des colonnes , mais par des chapiteaux sculptés qui reposent immédiatement sur le sol. Leur date serait difficile \ détenniner ; mais tout donne à penser qu'elles remontent au moins au XIV*. siècle. La petite porte d'une de ces maisons, rue des Cuisiniers, n*. 1 , surmontée d'un écusson non Masouné et garnie d un vanieau dont la menuiserie représente une étoffe plissée , ne remonte pas au-delà du XV*. siècle , comme l'indique son chambranle terminé en accolade.
• Il y a aussi , rue Franche , q<*. 1 , au coin de la rue St.- Malo» presqu'en face de cette maison n*. h dont la construction en bois historié a fixé la première notre attention , une maison du XIV*. ou XV*. siècle, dont chaque étage forme une saillie prononcée. Les fragments de pierre de tuf, non revêtus de mortier, entassés entre les pièces de sa charpente lui donnent une tournure rude et sombre qui doit singulièrement déplaire aux amateurs des façades modernes. Le rez-de-chaussée de cette antique maison est du même style que ceux que nous avons déjà signalés aux deux coins de la rue des Cuisiniers.
« Enfin, nous indiquerons, rue Laitière, n*. 8, une vieille maison remarquable seulement par l'excessif encorbellement de ses deux étages et qui va , dit-on , être démolie.
2*. Maisons de pierre. « La ville de Bayeux est presque entièrement bâtie en pierre de taille ou au moins en moêllonsw C'est parmi les anciennes constructions ainsi édifiées que se
troaveiit toujours les plus beaux hôtels. Les maisons de pierre, échues en général à des particuliers plus riches , sont moins délabrées que celles de bois; mais elles ont aus» plus souffert des restaurations.
« La rue St. -Nicolas est peut-être celle des rues de Bayeux qui a le plus de caractère. Elle garde encore toute la solennité du XYIP. siècle. Au n^ 16, un grand et noble pavillon du règne de Louis XIII , avec son haut toit d'ardoise , commence vers la place une série de vieux hôtels. Ici , au n^ 9 , c'est un logis du style de la renaissance ; là» au n*. 10 » c'est une des plus majestueuses habitations de la fin du. règne de Louis XIV , l'hôtel de la Tour-du-Pin ; au n^ 13 , une porte cochère, encore de la renaissance, où passèrent peut-être les premiers carosses vus dans Bayeux ; aux n"*. 23 et 25 une petite et vieille maison avec une cour irr^olière, le tout rempli de fragments curieux des XIV". et XV*. siècles.
« La r,ue Franche est ensuite l'une de celles où l'on trouve le plus grand nombre de maisons anciennes et dignes de remarque. Outre la maison de bois déjà signalée au coin de la rue St-Malo, on y rencontre , au n,". 13 , la maison dite de St. -Manvieu, ayant dans la cour des restes bien conservés du XV*. siècle. Le savant bibliothécaire bayensain, M. Lambert, se rappelle a?oir vu, sur la façade maintenant défigurée de cet hôtel, cette curieuse inscription qu'on y lisait en caractères gothiques carrés : maison de monsieur saingt
MANVIEU.
« Le u*. 18, à l'encoignure de la rue de la Juridiction , présente une maison importante du XV*. siècle , bâtie en pierre de taille , à deux étages avec fenêtres à chambranles prismatiques dans le goût du temps.
« Enfin, an n°. 5, il existe une tour d'escalier, carrée, comme il y en a tant à Caen , mais couronnée d'une corniclie
CAiNTON DE BAYBUX. UOi
avec moulure en forme de câble ou de torsade ; motif architeclural qui paraît avoir été en vogue à cette é]K)que , particulièrement à Baveux.
« Dans la rue Bourbeneuron trouve une très-remarquable maison du XV*. siècle , qu'on désigne sous le nom de maison du Gouverneur ( V. la page U92 ). L'élévation de ses planchers», son grand pignon qui domine la rue , ses fenêtres à croix, son voisinage de l'emplacement du château, justifieraient assez cette origine. Nous y signalerons deux très-jolies petites fenêtres , à chambranle de la renaissance , qui éclairaient le rez-dechaussée sur la rue , et dont le fronton est décoré d'écussons non armoriés. — La tour où est placé l'escalier en hélice , hexagone â sa base et quadrangulaire à sou sommet, serait eu entier duXV^ siècle, si on ne l'avait surélevée sous Louis XIIL Elle a maintenant un couronnement à bossages, avec une tourelle carrée accolée à ce couronnement. Un grand écusson du XYII*. siècle , sommé d'un casque et entouré de lambrequins, sculpté sur cette partie supérieure, était sans doute destiné à recevoir les armes du maître de ce logis.
« Il y a dans la rue de la Maîtrise, nom qui annonce à loi seul le voisinage de la cathédrale , un hôtel formé de deux corps de logis dont les bossages, non moins que les cheminées t)rnées surmontant la toiture, annoncent encore ce règne de Louis XIII , où l'architecture , épuisée par la renaissance, jeta cependant un dernier éclat. Un écusson sans armoiries , timbré d'un heaume et environné de panaches , sculpté dans le vestibule , une crête en terre cuite placée au sommet du comble et citée par M. de La Quérière, dans son JEl^^at sur les décorations des anciennes toitures, se remarquent encore dans cette habitation placée en face d'une rue dont le nom altier et pittoresque Quinquengrogne est tout plein du fiarfum des vieux âges.
fl92 STATI<tTIQUE HONUMBNTALI! DU CALVADOS.
« M. Lambert nous a indiqué dans cette rue de la Maîtrise une maison du XIII*. siècle, mais qui attire peu les regards, parce qu'on en a malheureusement transformé la façade. Sa date est cependant encore reconnaissable surtout au caractère de Tappareil des gros murs.
« Eu revenant dans la rue St.-Malo, on trouve au fond d*une impasse , entre les u"*. 27 et 29 , une maison à bossages du temps de Louis XIII , dont les tuiles faîtières forment une sorte de crête à jour, régnant sur l'arête du toit. Dans la même rue St. «Malo , n"*. 60 , il y a une cour digne d'être vue, parce qu'elle renferme des constructions des XV*. et XYI*. siècles; on y voit des fenêtres très-richement sculptées, surmontées de grands écnssons effacés. — Une fenêtre ogivale, placée dans l'arrière-coor , semble avoir été celle d'un oratoire. Cet ensemble de constructions serait, pour un architecte artiste , un précieux modèle de presbytère dans le goût du moyen-âge.
a N'oublions pas enfin , dans un des faubourgs , au coin des rues St. -Loup et de la Gambette, une cour entourée d'édifices du XV*. siècle avec un escalier placé dans une de ces tours dont la partie supérieure, carrée sur un fût à pans coupés, et flanquée d'une tourelle en encorbellement, semble former une énorme tête. — Quoique petit et peu élevé, ce manoir à proportions exiguës a cependant une apparence féodale. D'après la coutume locale de Bayeux , les héritages de la banlieue étaient tenus en franc-alleu, c'està-dire qu'ils ne relevaient d'aucun seigneur : les constructeurs des édifices chefs-lieux de ces francs-alleus semblent s'être efforcés de leur donner une tournure accusant leur indépendance. Moins fier que les grands hôtels du centre de Bayeux , l'ensemble de celui que nous citons est cependant complet et pittoresque. »
* Wèh STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.
A l'extrémité occidentale de la longue me cpiî traverse tonte la fille de l'Est à l'Ouest , on remarque on hôtel ou un grand manoir appelé la Cailierie , de la famille à laquelle il appartenait autrefois. La porte de cette maison est monumentale , et la date 16^4 , qui se tronve sur le cartouche de l'extrados, correspond au style qui domine dans l'édifice. La famille de La Cailierie, dont nous aurons occasion de reparler bientôt , n'existe plus ; cet ancien hôtel appartient à présent à M. Douesnel , ancien député, membre du Gonseiigénéral du Calvados.
Ancien évêche. L'ancien évéché , dans lequel se trouvent aujourd'hui les tribunaux et la mairie , présente un assemblage de constructions de différents âges.
Quelques parties basses, du côté de la cathédrale, appartiennent au style roman ; d'autres peuvent ne dater que du XIIP. ou du XIV. siècle: tels sont le couronnement et l'encadrement des fenêtres , surmontés d'une corniche de modillons aplatis que l'on voit dans la cour. Mais il y a eu bien des retouches , au XYI*. siècle et à des époques postérieures , dans tous les bâtiments de l'aile droite qui méritent d'être visités et étudiés.
La partie la plus intéressante du second corps de logis , de celui qui est parallèle à la cathédrale , est la chapelle de la renaissance, remarquable par ses voûtes ornées de pendentifs et par ses peintures , qui est devenue dépendance du Tribunal de première instance. M. G. Villers est auteur d'un mémoire descriptif de cette chapelle , du style le plus riche : nous renvoyons à sa Notice. Cette chapelle avait été construite , à ce que l'on croit , par l'évéque de Canossa , mort en 1531.
La partie qui est occupée par l'Hôtcl-de- Ville, se détache des constructions précédentes en formant un corps de logis
particulier , parallèle à la rue Laitière, elle date du siècle dernier : il suffit de la voir pour s'en convaincre. La grande porte d'entrée et les parties qui bordent la rue de la Chaîne, ne sont guère plus anciennes.
En 18^6, M. Lambert signalait à l'attention de la Société française d'archéologie l'eiistence de plusieurs chapelles do* mestiques , placées dans des maisons canoniales situées aux environs de la cathédrale de fiayeux : la première , dans la rue ou impasse Prud'homme, détruite et remplacée aujourd'hui par l'institution des Frères de la Doctrine chrétienne , renfermait , dans les combles élevés de son ancienne construction , une vaste chapelle ou oratoire dont la partie supérieure , disposée en arc brisé , contenait un lambrissage avec nervures et pendentifs ornés dans le genre de la grande salle des Procureurs du Palais*de-Juslice à Rouen. Ou y remarquait des vestiges de peintures et de dorures;
La seconde, placée dans une maison, au fond.de l'im-* passe Glatigny , contre les anciens murs de la ville , vers le Midi , occupait le sommet d'une tourelle centrale , à pans , servant d'escalier à un antique manoir clérical dont les feuMres étaient décorées de croisées de pierre. Celle-ci « mieux conservée que la première , avait une voûte simulée f de forme ogivale , qui avait reçu des décorations peintes. On voyait au fond , vers l'Est . l'emplacement qu'avait oc-> cupé l'autel; deux évèques, crosses et mitres, aervaieat d'accompagnement de chaque côté de Ja fenêtre absidale. Sur le côté droit, et dans l'appui d'une petite fenêtre, se trouvait une piscine destinée à l'écoulement des eaux qui avdlent servi au sacrifice.
Mais la partie la plus intéressante était la voûte ; on remarquait au milieu une grande figure barbue , assise , coiffée d'une tiare à triple couronne , ayant une colombe sur la
(|96 STATJSTIQUB MONUliENTALE DU CALVADOS.
poitrine, m Jésus cruciflé entre ses genoux. C'est le symbole de la Triuité. Aux quatre coios de ce groupe, on voyait les animaux symboliques de TEvangile avec les caractères qui les distinguent Sur les côtés, des processions d'anges avec des phylactères partant de leurs bouches , sur lesquels on avait inscrit, en lettres gothiques , le commencement de plusieurs versets des psaumes, indiquaient assez que ces esprits célestes étaient occupés à célébrer les louanges du Très-Haut. Au fond de ce petit oratoire, sur le mur à l'Ouest , étaient peints deux personnages debout , en habit de docteurs, coiffés l'un et l'autre d'un bomiet ayant la forme d'un cône tronqué. Celui de droite avait un camail rouge, et une robe de couleur gris-bleu ; il tenait de la main droite, élevée à la hauteur de la tête , une fiole de verre , de forme elliptique, avec orifice un peu lai^e; la main gauche était placée sur la poitrine. Son compagnon , vêtu d'une robe rouge, avait un camail gris-bleu et un bonnet de même couleur; il tenait, dans la main droite, un étui de dimension, paraissant renfermer des instruments ; la main gauche était disposée de manière à laisser penser qu'il prononçait son aphorisme. Quoique ces personnages ne portassent point le nimbe ou cercle lumineux , signe de la béatitude céleste , il y a cependant lieu de croire qu'ils représentaient saint CÔme et saint Damien: telle est du moins l'opinion de AI. Lambert. La maison qui renfermait ces peintures ayant été concédée par l'autorité ecclésiastique à M. l'abbé Guérin^ ancien secrétaire de l'évéché, après la mort de M* de Beaumont, à chai|;e de reconstruction, les peintures ont dû disparaître entièrement
Il existe encore tout près de la cathédrale , entre la rue des Chanoines et l'impasse Prud'homme, une cheminée cylindrique en forme de colonne , coiffée d'une pyramide conique assez élancée , percée de trous , portée sur des colonnettes.
CANTON DE BAYBOX. Ml
et qui paraît appartenir au XIIP. siècle. AL Lambert a cru y reconnaître an de ces fonanx de cimetière qne j'ai décrits le premier , il y a long-temps , dans mon Cours d*amiqukis mcnunMHtales. Cette pyramide devait » dans l'origine , être placée dans on droetière qui existait près de la cathédrale. Le cylindre de cette espèce de colonne a été empftté dans la construction postérienre ; il ne paraît pas se lier avec elle » ce qni vient à Tappui de cette opinion. Quelle qu'ait été la destination de cette pyramide , elle a de Tintérêt et mérite d'être signalée.
BôpùaL La partie de l'Hôtel-Dieu de Bayeux , consacrée aux malades, a été reconsUroite en 1823; elle a remplacé une construction assez remarquable» attribuée, comme je viens de le dire , à Robert des Ablèges ( Voir la note , page kB2). Le bâtiment qui la renfermait, se terminait, comme à Gaen, du côté de la rue, par un pignon élevé. Je regrette de n'avoir pu dessiner ce monument, dont malheureusement il n'existe, je crois, aucune esquisse. La partie de l'Hôtel-Dieu qui n'a pas été reconstruite en 1823, et qui est occupée par les religieuses et la chapelle , date de la fln duXYIl*. siècle et du commencement dnXVflP. (1699- 1701 ).
Le grand séminaire , près de l'Hôtel-Dieu , a été bâti , en 1693 , sous l'épiscopat de iM. de Nesmond , mort en 1715.
Il en est de même de l'HÔpital-Général, pour les vieillards et les enfants trouvés , rue St. -J ean, fondé par ce prélat en 1 676.
Nous aurons encore à citer, parmi les constructions civiles importantes de Bayeux :
1^ Le collège , ancien couvent des Ursulines , bâti dans le XVIP. siècle et en partie dans le XVIIP.;
2*. L'ancien couvent des Bénédictines, aujourd'hui la manufacture de porcelaine, fondé, au XYII*. siècle (16^6) ,
kW STATISTIQUE MQNIIIIBIltALE DD CALVADOS.
par Robert de Valois » seignear d*Eco?iUe , et Magdelaioe de Bomo, son épome. J'ai ^ré le cbftteaa d'Ecofille daoele tome II de la Statùhque,p, 56, et publié rioscriptioDqae l'on voyait à Bayeox sor le tombeaa du fondateur. Le tombeau et rinscriptioD ont été long-temps conser? es dans la coor de la manafactnre de porcelaine, où, je croîs, on les trouve encore.
Je reviens aux notes de M. R. Bordeaux :
Maisons historiques. « Si les vieux logis que nous avons visités, dit notre savant confrère, n'offrent l rhistorien et au poète que des pierres muettes , parce qu'il ne s'y rattache aucune tradition , aucune chronique; parce que l'histoire se tait sur leurs vicissitudes et sur les générations qui les ont successivement occupés , l'artiste au moins peut y recueillir d'intéressants détails. — On voit une vieille maisonnette fort humble et bien peu monumentale , rue de la Poterie ; mais l'inscription suivante qu'on y lit depuis quelques années, sous les festons de vigne dont la muraille est tapissée , rappelle de religieux souvenirs :
NAQUIT TtRS LA FOI DU ▼*
nèCLB, 8. MABCOLPB ABBé DB HAlfTBUIL, HOBT LB I*'. MAI D. L. TIIX.
• Pourvu des avantages qu'on peut recevoir de la noblesse du sang et de l'abondance des biens, nourri dans la vertu et dans les lettres, Marculfe, après la mort de ses parents» préféra à leur héritage les célestes espérances. Plusieurs rois, au retour de leur sacre , révérèrent ses reliques dans l'abbaye de Gorbigny. — Le peuple , qui l'invoque dans ses maux , a gardé sa mémoire, et quoique l'opulente demeure de sa famille ait sans doute , depuis tant de siècles , été bien des fois remplacée, quelques-uns croient pouvoir montrer encore la
CANTON DE BATEUX. 499
chamlNne où il reçot le jour. — Aa-dasMU dé linscripiioii dtée» Qoe petite ^ure aecroapie , eoiffie d*nu bonnet pointa et tenant un phylactère , indique par son style qno la maisota actoeile remonte an X Y*, nède ; snr ce aapport on oxpoae tons les ans, au 1*'. mai, anniversaire du jour où Marculfe y en mourant , fut couronné dans la gloire , une statuette qu*on environne de fleurs, et qui, pins eflBcace que les statues et les biographies en vain consacrées de nos jours aux illustrations de chaque cité , rappelle du moins an peuple, dans sa ntfveté , le vivant souvenir et la légende dn Saint
c II est bon de consacrer quelques lignes à la maison où naquirent^ au XIY*. siècle , trois hommes qui jetèrent alors m vif édat dans la république des lettres : Alain , Jean et Goiflanme Chartîer, fils de Jehan Chartier, dent le man&ir ov Miel était « assis en la paraisse Sainet Patrice de BaXetdz devant les halles far devers la ville* •
« Les i^cherches de M. Pezet ont récemment démontré la véracité de Tancienne tradition qui indique , comme maison natale de ces trois iMostres frères, celle que Ton voit à l'angle te mes du Goulet et de St -André. On y lit depuis , sur une ptaMpie en marbre , rinscription soivante , due à la libéralité dé feu M. Lair :
ICI NAQUIBBIIT DAR8 Ll Il¥«. SlkCLI,
ALAIN GHART1EB
KliTI, OMITIOH, HISTOBTni,
n U8 inox vBftiis,