‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 143 sur 296 · LE VE11NAY · texte numérisé non relu

LE VE11NAY

Le Vernay.

L'église de St. -Paul du Vernay est moderne, on en sait la date; elle fut bâtie de 1696 à 1697 , par Jean-Paul de

CANTON DE BALLEllOY. 3Z|5

Gboisy, seigneur de Balleroy, fils de celui qui avait construit le château de Balleroy (1), et dédiée , le 13 avril de l'année suivante, sous l'invocation de saint Paul, patron du fondateur. La tour s'élève au centre de l'église , elle est de forme octogone, couronnée d'une pyramide de même forme couverte en ardoise. Le seigneur de Balleroy nommait à la cure ; les dîmes se partageaient entre l'évêque de Bayeux et l'abbaye de Cerisy. Le curé recevait une pension de 500 fr. et 250 fr. pour son vicaire. Quelques terres étaient attachées au presbytère.

Prieuré du Mcsnil-Hamel. A peu de distance et au sud de la route tendant de Balleroy à Caen , par Tilly, se trouve l'ancien prieuré de St. -Biaise ou de St.-Gourgon du Mesnil- Hamel. J'ai visité, accompagné de M. Bouet, les bâtiments très-peu considérables qui existent à présent. Ils nous ont tous paru du XVIIe. siècle ou du XVIIIe. ; la chapelle, qui avait été pillée par les protestants et qui avait été renversée depuis l'époque des guerres de religion, fut reconstruite vers le milieu du siècle dernier (1751). Les bâtiments de ce prieuré appartiennent à M. Lemaître, ancien juge au tribunal civil de Coutances.

Le prieuré , d'une origine assez ancienne , dépendait du prieuré de St.-Vigor, près Bayeux. La chapelle était desservie par un religieux de l'abbaye , qui prenait le

(i) Louis XIV avait cédé, en 1657, les bois du Vernay et du Tronqiny à Jean de Choisy, seigneur de Balleroy, en échange d'une maison siluée à Paris, et qui devait disparaître pour faire place aux constructions projetées du Louvre. Nous avons vn que ce seigneur fit construire l'église du Tronquay ; son fils, Paul du Choisy, continua l'œuvre de son père en dotant aussi le Vernay d'une église. — Voir, pour plus de détails , l' Histoire de Balleroy, par M. l'abbé Barelle.

titre de prieur. Quand la paroisse et l'église du Vernay furent fondées par M. de Choisy , l'utilité de la chapelle et de l'office qui se faisait au prieuré devint moins grande. Celte chapelle, qui est petite, était d'ailleurs insuffisante pour la population.

Il existe à la bibliothèque du Chapitre de la cathédrale de Baveux un cartulaire du prieuré du Mesnil-Hamel , composé en lklU par les soins de Ralherin de Saint-Germain, dont les armoiries sont peintes au commencement du manuscrit ; ce cartulaire porte le titre suivant :

« Sensuit par déclaration les titres et domaigncs apparte- « nant à la prieuré de St. -Biaise du Mesnil-Hamel, membre « et dépendant de la prieuré de St.-Vigor-le-Grand , en tant « qu'il est venu à la connaissance de honorable Ralherin de « Saint-Germain, prieur et administrateur perpétuel de la « dite maison de St. -Biaise du Mesnil-Hamel et segrctain « d'icelle prieuré de St.-Vigor-lc-Grand, laquelle déclaration « lui a été baillée et annoncée tant par les Chartres, registres « que autres enseignements appartenant au dit prieuré que « aussi par plusieurs personnes notables qui demeurent au- « près et viron le prieuré du Mesnil-Hamel et qui cognoissent « au certain le nombre et joux des terres autant que y en a « cy-après de déclarées. »

On lit encore ce qui suit après rémunération des biens du prieuré :

« Nous Guillaume Lenterin et Drouet , bourgeois , tabel- « lions jures, commis et ordonnes en la baronnie et haute « justice de St.-Vigor-le-Grant , par très révèrent père en <« Dieu , Mgr. le patriarche de Jérusalem Evêque de Bayeux, « et nous , par vertu du mandement de justice à nous pré- « sente par honorable religieux frère Ratherin de Saint- « Germain , natif de la paroisse de Ville-Moustier , au pays « et comté de Breze, près et viron la ville de Bourg en

« Bresse , au diocèse de Lyon sur le Rone , religieulx de la « prieuré de St.-Vigor-le-Grand près Bayeux , segretain « d'icelle prieuré et prieur du prieuré de St.-Blaize du « Mesnil-Hamel , membre dépendant d'icelle prieuré de « St.-Vigor, et à sa requête , inscrites et incorporées sur ce « présent chartrier plusieurs Chartres, escriptures hérédi- « taies, franchises et enseignements de la dite prieuré de « St.-Blaize et scellées par nous, collationnées bien et due- « ment et signées de nos signes manuels par les parties et « ainsi qu'il est contenu et escript en ce dit présent charte trier, lequel chartrier icelui prieur de Saint-Germain a voulu « qu'il demeure toujours à perpétuel à ses successeurs prieurs « du dit Mesnil-Hamel. En augmentation et renseignements « des domaines, rentes, franchises et revenus d'icelle prieuré « du Mesnil-Hamel , et afin que ses dits successeurs prieurs « du dit lieu du Mesnil-Hamel soient tenus de prier Dieu « notre créateur pour lui et les siens. Et nous tabellions « dessus dits, avons ces dites Chartres signées et collationnées « aujourd'huy 20me. jour de janvier \l\lh. »

Château. Tout près du prieuré et également à quelques pas de la grande route , on voit encore une motte et les vestiges d'un château , dont les fossés devaient être remplis d'eau , car un petit ruisseau y coule encore. Cet emplacement, comme celui de beaucoup d'autres anciens châteaux, ne montre pas de restes de murs et il est couvert d'arbres; mais il mérite d'être cité comme un monument de l'époque féodale.

Ce château est mentionné dans rénumération des principales pièces qui composaient le prieuré du Mesnil-Hamel au XVe. siècle : « Et premièrement (dit le carlulaire que je viens « de citer) une petite terre en laquelle est la chapelle et l'église « du prieuré, la maison manable , granges, estables, prés,

« jardins, terres labourables, vivier et estant ; et aussi une « plaice ou mote en quoi anciennement souloit avoir châtet « ou forte maison noble et appelé le castel de Hermending « qui est dit du Hamel. »

Antiquités gallo-romaines. Des tuiles à rebords et divers objets d'origine gallo-romaine ont été trouvés dans un pré, à une distance peu éloignée de l'église.

En 1834, des monnaies romaines trouvées dans la partie du bois du Vernay qui est désignée sous la dénomination de bois de Mondaye , versTrungy, et qui remontaient au IIe. siècle, ont été examinées et signalées par M. Ed. Lambert, conservateur de la bibliothèque publique de Baveux et membre de l'Institut des provinces de Fiance.

BALLEROY ( CHI'F-LIRU ).

Balleroy , Balarreium , Balerium , Balerei.

Balleroy s'élève sur le coteau qui forme la rive droite de la Drome. Ce bourg, dont les maisons ont été rangées avec symétrie , présente la forme d'une croix dont le sommet est occupé par le château , l'arbre par la longue place publique qui sert d'avenue à celui-ci , et les deux branches par les rues transversales , dont une descend vers les anciennes forges et l'autre monte au sommet du plateau.

Un ravin sépare le terrain occupé par le bourg de celui qui supporte le château , mais on le franchit sur une belle terrasse ou remblai.

En 1600, Jean de Choisy, conseiller, notaire et secrétaire du roi , avait acheté la seigneurie de Balleroy avec des terres à Cormolain , Vaubadon et Montfiquet.

Son fils Jean de Choisy, intendant de Metz, chevallier, conseiller du roi et du duc d'Orléans, seigneur de Balle-

CANTON DE BAKLHROYi 3^9

roy, de Beaumont, de Grandcamp , de Léthanville et de St. -Pierre, jeta les fondements du château actuel à l'extrémité du coteau au pied duquel !a Drome est vue de la forêt de Cerisy.

Bâti de 1626 à 1636, le château de Balleroy fut, dit-on, le coup d'essai du célèbre Mansard, architecte de l'hôtel des Invalides ; il en fil décorer le plafond par le pinceau de I.emoine, auquel on doit les peintures du salon d'Hercule , à Versailles (1).

CHATEAU DE BALLFROI.

La vue précédente ne donne que le château et la cour d'honneur garnie de rampes en pierre avec les pavillons d'entrée.

Des fossés profonds , garnis de murs de soutènement , et qui peut-être ont été remplis d'eau, selon l'usage du temps,

(1) Histoire de Balleray, par l'abbé Barcllc , p 80.

garnissent la seconde cour qui est bordée latéralement des écuries et des autres constructions annexées. Deux tours terminent en avant cette ligne de constructions aux angles. Ces tours, dont l'une était probablement un colombier, occupent ainsi la place qui leur est assignée dans plusieurs grands châteaux du siècle précédent.

Le seigneur de Balieroy , en même temps qu'il construisait le château, inféoda le territoire qui borde la grande place du bourg aux habitants qui s'obligeaient à y construire des maisons; il obtint, en 163/i, l'établissement d'un marché hebdomadaire (le mardi) et de deux foires par an.

Église. Jean de Choisy fit construire l'église en 1650 et 1651 ; elle appartient au style de cette époque. Sur le milieu du transept est la tour de forme octogone, couronnée par une pyramide en bois couverte d'ardoises. Ce clocher est décoré de pilastres sur les angles, et l'on voit entre ces pilastres les initiales du nom du fondateur. Les murs sont en briques et en pierres de taille.

Cette église est sous l'invocation de saint Martin. Le seigneur nommait à Sa cure; le curé percevait les dîmes. Anciennement l'abbaye d'Aunay possédait le patronage de Balieroy (1).

tin 1655, Jean de Choisy avait établi à Balieroy une grosse forge; on allait chercher le minerai à la butte de ÎVJontbosq, à 5 lieues de distance , circonstance défavorable qui influa sans doute sur l'avenir de cet établissement. Cette usine , située sur la Drome, au bas du bourg, et dont les laitiers

(1) On lit, dans une charte de Richard <iu Hommet en faveur de l'abbaye d'Aunay : « Habent ifaque monachi de Alneto ex dono Jordani de Saio et Luciœ uxoris ejus.... ecelesiam Ballerii eum tota décima et decimam molendini... » L'abbé d'Aunay nommait à la cure, quand le livre Pelut a été rédigé; on y lit : Ecclesia de Balerejro... Abbas de Alneto.

étaient encore tout récemment employés à revêtir d'une espèce de mosaïque l'enduit des maisons de Balleroy , a cessé d'être en activité vers 1773.

Avant la réédilication de Balleroy par Jean de Choisy, Balleroy, qui n'était qu'une paroisse peu importante, se trouvait , dit-on, près du village de Mollondin et l'église devait être dans le bois de Tresgores.

La famille Trextot avait , en 1521 , acheté la seigneurie de Balleroy du seigneur d'Aunay ; elle posséda Balleroy jusqu'à la fin du XVIe. siècle.

L'abbé François de Choisy , prieur de St.-Lo de Rouen et de St -Benoît du Pastel, doyen de la cathédrale de Bayeux et l'un des 40 de l'Académie française, hérita de la seigneurie de Balleroy après la mort de son frère ( le fondateur de l'église du Vernay ) ; il la vendit, en 1700, à Françoise de Brancas, princesse de Harcourt ; mais , dit M. l'abbé Barette qui a pu consulter les titres concernant cette translation, « la vente fut « clamée a droit lignage , par Jacques de La Cour, chevalier, « seigneur de Manneville, conseiller du roi et maître des « requêtes, au nom de Madclaine-Chariotte-Emilie Le Fevre « de Caumartin , son épouse , parente de l'abbé de Choisy.

«« En 1702, Louis XIV, pour récompenser les services « rendus par les ancêtres de Jacques de La Cour, réunit à » la seigneurie de Balleroy les fiefs du Tronquai, du Vernay, « du Parc et des Portes ou de Courteil , et les érigea en « marquisat en faveur de ce seigneur et de ses descendants.

« Son fils , Jacques-Claude-Augustin de La Cour, mourut « à Balleroy, en 1773, âgé de 80 ans; il était lieulenant- « général des armées du roi ; il avait eu de Marie-Elisabeth « Gazon de Matignon , Charles-Auguste de La Cour, qui « fut aussi lieutenant-général. Ce fut ce dernier seigneur « qui découvrit la mine de houille de Litlry, en cherchant « du minerai de fer pour ses grosses forges ; il mourut

352 STATISTIQUE HONUXAfTALE DU CALVADOS.

« sur l'échafaud avec son frère, en 179/r, après avoir été « détenu quelque temps dans la prison de Baycux (1).

« Son fils, M. le marquis Philippe-Auguste-Jacques de « La Cour, devint propriétaire du château de Balleroy en « 1806, par la concession que lui fit sa sœur iYTne. la com- <« tesse d'Herviiiy. »

M. le marquis de B aller o y , fils du précédent, propriétaire actuel du château, membre du Conseil général du Calvados, a fait exécuter des travaux considérables aux alentours du château et dessiner à l'anglaise les prairies qui descendent des jardins du château à la rivière , en regard de la forêt ; ces travaux ont été exécutés avec goût.

Au moyen-âge , la forêt de Cerisy est souvent désignée sous la dénomination de forêt de Balleroy. On la divisait anciennement en quatorze buissons , au nombre desquels figuraient les bois du Tronquay et du Vernay.

« Sous les ducs de Normandie , les seigneurs de Monlfiquet « etoient forestiers nés de la forest de Balleroy ; du moins on « trouve dans les Rôles de l'échiquier de Caen , a la tour de « Londres, qu'ils comptaient annuellement des revenus de « cette forest.

« Sous les rois de France , il y eut pendant plusieurs siècles « verderie a Balleroy, c'est a dire un tribunal que nous avons « appelle depuis une maîtrise des eaux et foresls , et cette < verderie etoit appellée la verderie de Bur te Roy.

« Elle etoit composée d'un maître de celle verderie, qui se

(I) C'était l'ancien couvent de la Charité, aujourd'hui l'hôtel de la Gendarmerie , prés la place St. -Patrice , à Baycux , qui avait été transformé en prison à cette époque , sous le nom de maison d'arrêt. Mon grand -père, mon [ère, mes oncles et un grand nombre de familles du Bessin et du Cotenlin, y ont été détenus en même temps que M. de Balleroy.

« qualifioit aussi lieutenant gênerai du grand maitredes eaux « et forests de Normandie.

« Ce maitre particulier avoit sous lui un lieutenant gênerai, « un procureur du roy, un greffier, un clerc du greffe et un « archer, tous aux gages du prince.

« Chaque buisson de la grande forest paroi t avoir formé « une et même quelquefois plusieurs sergenteries fieffées qui « relevoient nuement du roy ; le buisson du Vernay avoit « jusqu'à quatre sergens et tous rendoient aveu au roy, « lorsque le cas y echeoit. On trouve un grand nombre de « ces aveux a la chambre des comptes de Paris , et ceux qui « les rendent se qualifient tous sergens héréditaires en la o forest de Bur le Roy.

« Robert Hamon , seigneur de Campigny et maréchal he- « reditaire de la ville et cité de Bayeux , né en 1536, etoit « encore lieutenant gênerai de François de Rouville , maitre « en la verderie de Bur le Roy; ce n'a été que beaucoup « plus tard qu'on a transporté le siège de cette maitrise « a Bayeux , comme ce n'a été qu'a l'époque de cette trans- « lation qu'a cessé la dénomination de forest de Bur le Roy « et qu'on y a substitué celle de forest de Cerisy (1). »

PLANQUERY.

Planquery , Planquereium.

Le chœur de l'église de Planquery appartient au style ogival primitif, peut-être même aux dernières années du XIIe. siècle.

Le chevet était percé de trois fenêtres en forme de lancettes.

Le maître-autel est assez remarquable, en pierre de Caen, orné de colonnes torses à chapiteaux composites , dont les

(t) Notes manuscrites de M. l'abbé Dé La Rue , pênes no*.

fûts sont garnis de feuilles de vigne et de grappes de raisin.

La nef a été presque tout entière reconstruite , en Ï1UU.

Le clocher latéral , au Nord , entre chœur et nef , est terminé en bâtière et percé sur chaque face d'une fenêtre en ogive.

L'église de Planquery est sous l'invocation de saint André.

L'abbaye du Plessis-Grimoult nommait à la cure et percevait les dîmes.

La donation de l'église et des dîmes avait été faite au Plessis par Roger Bacon , seigneur du Molay et de Planquery ; elle fut confirmée à celte abbaye , au XIIe. siècle , par Philippe de Harcourt , évêque de Bayeux.

Il s'éleva, en 1258 , une contestation entre les Templiers de Beaugy et les religieux du Plessis-Grimoult, pour les dîmes de Planquery ; mais elle se termina par des arrangements ou par des décisions apostoliques.

Commanderie de Beaugy. Beaugy, ancienne commanderie de Templiers, est située sur le territoire de Planquery; elle fut fondée, en 1H8 , par Roger Bacon, seigneur du Molay , Mathilde , sa mère , Geoffroy de Malherbe , Jean de Magneville , Henri de Vaubadon , Guillaume Louvel, etc., etc.

Après la destruction des Templiers , la commanderie de Beaugy passa à l'ordre de Malte.

On voit, à peu de distance de la route départementale allant de Balleroy à Tilly (côté sud) , une maison moderne bâtie dans la première moitié du XVIIIe. siècle par Le Moine, commandeur de Beaugy et de CourvaL

Ce château appartient à M. Joly ; mais les bâtiments anciens sont un peu plus loin , au-delà du ruisseau qui coule dans le petit vallon ; ils ont été partagés entre plusieurs propriétaires et constituent plusieurs fermes.

IIAHTON DK BÀLLhROY.

La chapelle est encore debout ; elle offre de l'intérêt , quoiqu'elle ait été transformée en habitation et défigurée à l'intérieur.

On jugera de son état actuel par le dessin précédent (p. 355) qui est pris du côté du Nord

Elle se compose de cinq travées ; de longues fenêtres ogivales , partagées par un meneau bifurqué au sommet , s'ouvraient dans les travées ; une de ces fenêtres a été supprimée , du côté du Nord , par suite de la reprise du mur, et on n'en voit que quatre dans le dessin que je présente , mais il y en avait cinq dans l'origine. Le côté sud est moins intéressant que le côté nord , parce que c'est de ce côté ( côté du soleil ) qu'ont été établies les fenêtres modernes de l'habitation.

A l'Ouest , est une charmante porte qui indique très-bien l'âge de l'édifice; je la crois de la seconde moitié du XIIIe. siècle.

Cette porte, dont voici l'esquisse (p. 357), a son archivolte portée sur deux colonnettesà chapiteaux du XIIIe. siècle très-bien caractérisés ; la courbure de l'ogive est aussi celle du XIIIe. , et, dans le tympan , on voit l'Agneau symbolique du Christ , entre deux rosaces très-bien fouillées , dans lesquelles la touche du XIIIe. siècle est encore évidente.

Il ne reste plus qu'une partie des voûtes (du côté de l'Ouest ) ; les arceaux , en pierre de taille, offrent des rosaces à leurs points de jonction.

Un étang, qui existe toujours, baignait, du côté du Nord, les murs de la cornmanderie. Les bâtiments de la ferme se développent du côté du Sud ; ils ont été renouvelés et ne m'ont rien présenté de très-ancien.

Les commanderies étaient de grosses fermes , dont la richesse consistait dans les produits agrocolcs'el le mobilier

vif- les inventaires faits, en 1307, du mobilier des comman-

PORTE OCCIDENTALE DE LA CHAPELLE DE BEAliGY.

deries de Templiers , le montrent suffisamment :

« On trouva à Beaugy \l\ vaches à lait, 5 génisses de plus « d'un an, 1 bouvillon , 7 veaux d'un an, 2 grands bœufs, « 1 petit veau , 3 aumailles, 100 moutons, 180 brebis ou « agneaux , 98 porcs ou truies , 1 truie avec 7 porcs de lait , « 1 porc de plus d'un an, 8 juments de trait, 8 poulains de « plus d'un an, k poulains de l'année, le cheval du com- <« mandeur, 1 roucin , h roucins pour la charrette (1). »

Les templiers de Beaugy furent arrêtés par le bailli de Caen, Jean de Verretot, et amenés à Caen, le 13 octobre 1307, avec ceux de trois autres commanderies (Bretevillele-Rabet , Voislemer , Courval près Vassy ) ; ils étaient au nombre de trois :

Albin Langlois, Guillaume le Raure, Raoul de Pérouse.

Dès le 6 du même mois, le bailli de Caen s'était transporté à Beaugy , pour faire , en présence du commandeur et de ses frères, l'inventaire du mobilier; il en avait laissé la garde à cinq sergents du Roi (2).

La procédure fut commencée le 28 octobre , dans la salle du châtelet de Caen , forteresse placée sur le pont St. -Pierre et qui servait alors d'hôtel-de-ville.

Château. Près de l'église , sur la rive gauche de la petite rivière de Soquence , on voit encore deux pavillons d'un château qui paraît avoir été construit , au XVIe. siècle , sur les ruines d'un château-fort qui avait été détruit.

Ce château a long-temps appartenu à la famille de Roncherolles.

(j) On ne Irouva ni cidre ni bière dans les caves, mais 16 tonneaux 1/2 de vin.

(2) L'abbé Dr La Rne, Essais historiques sur lu ville de Caen ,

CAHAGNOLLES.

Cahagnolles, Cahagnolœ.

L'église de Cahagnolles est peu élevée et n'offre rien de remarquable : des contreforts plats , quelques corbeaux et quelques parties de murs anciens annoncent seulement qu'elle était romane (probablement du XIIe. siècle) ; mais ces murs ont été presqu'entièrement refaits depuis quelques années.

A l'intérieur du chœur, on voyait, quand je l'ai visitée il y a vingt ans , une voûte dont les arceaux reposaient sur des chapiteaux romans de transition.

Le clocher, carré , terminé en bâtière , mais sans caractère d'ancienneté , est placé à l'extrémité occidentale de la nef.

Cette église est sous l'invocation de saint Pierre.

Le Chapitre de la cathédrale de Bayeux nommait à la cure par suite de la donation que lui avait faite l'évêque Philippe d'Harcourt.

Il y a eu à Cahagnolles une léproserie dont on ne peut indiquer l'emplacement , et qui a été détruite il y a longtemps.

TRUNGY.

Trungy, Trungeium,

L'église de Trungy doit dater de la première moitié du XIIIe. siècle ; mais elle offre à présent peu de caractères , hormis quelques chapiteaux de colonnes , à l'intérieur.

La tour, latérale, au Nord, entre chœur et nef, est carrée, terminée en bâtière, éclairée sur chaque face, à l'étage supérieur, par une fenêtre en ogive divisée par un meneau bifurqué au sommet.

Les fonts baptismaux , en pierre de Caen , sont de forme octogone et décorés , sur chaque face , de la représentation d'une fenêtre ogivale : ils nous ont été , il y a long-temps , signalés par M. Lambert , auquel nous devons le dessin suivant.

On voit dans le chœur huit stalles assez belles , en bois de chêne , et ornées de sculptures bien traitées.

L'église de Trungy est sous l'invocation de saint Vigor.

L'abbaye de Mondaye nommait à la cure et percevait les deux tiers des dîmes; l'autre tiers était dévolu au prieur-curé.

La seigneurie de Trungy, Vcslay, La Lande , appartenait, vers 1730, à noble homme Joachim d'Olbet ; elle passa ensuite à M. Jean-Baptiste-Louis Aubry. Depuis, par suite d'héritage et d'acquisition , ladite seigneurie devint la propriété du seigneur de Juayc , le comte Du Manoir, maréchal

de camp ; la terre est restée dans celte famille et appartient à M. le Cte. Du Manoir , membre de la Société française pour la conservation des monuments.

Le petit château de La Lande, du commencement du siècle dernier, n'a pas été achevé ; on le voit tout près de la route allant de Bayeux à Caumont par Juaye. Une partie de ce château n'est pas habitée ; l'autre sert de logement au fermier.

JUAYE.

Juaye, Juetum.

L'église de Juaye ne sert plus au culte , l'église abbatiale de Mondaye étant devenue paroissiale.

L'église de Juaye se compose d'une nef avec deux bascôtés , d'un chœur à chevet rectangulaire et d'une tour accolée au chœur, du côté du Nord. La façade occidentale et les murs latéraux de la nef sont modernes, Les colonnes qui, à l'intérieur, portent les arcades ogivales séparant les bas-côtés de la grande nef, paraissent du XIVe. siècle.

Le chœur devait remonter au XIIe. siècle; il conserve encore de la maçonnerie en arête de poisson et des modillons à figures grimaçantes , du côté du Sud ; mais les fenêtres ont été refaites. On y voit, à l'intérieur, quelques restes de peintures murales et un autel du XVIIIe. siècle. Le chevet avait été éclairé par une fenêtre ogivale à trois baies en forme de lancette, qui avait été bouchée lors de l'établissement de l'autel.

La tour , carrée , terminée en bâlière , peut remonter au XIIIe. siècle.

L'église de Juaye est sous l'invocation de saint Vigor.

L'abbé de Mondaye présentait à la cure et la faisait desservir par un de ses religieux ; l'abbaye percevait toutes les dîmes.

Juaye faisait partie de la sergenterie de Briqucssart , élec-

tion de Baveux. On y comptait, au siècle dernier, 16.0 feux.

Il y avait plusieurs fiefs à Juaye ; on lit ce qui suit dans l'aveu rendu, en 1453, par Zanon de Castillon, évêque de Bayeux : « Jean Gosselin tient de la baronnie de St.-Vigor , « par foi et hommage , un quart de fief de chevalier, nommé « le fief de la Haye d'Aiguillon, dont le chef est assis à Juaye v et s'étend es paroisses d'Ellon , Bernières , Longraye , « et Lingèvres , vicomte de Bayeux , duquel il est tenu faire v à l'évêque de Bayeux 5 sols tournois de trois en trois ans.

« Défunt Rolland de Vassy , escuyer, soûlait tenir de la « même baronnie demi-fief de chevalier à la Haye d'Aiguillon, « dont il vint jà pour , en la main du roi , quart de fief par « forfaiture, que tiennent en fiefferme les religieux , abbé et « couvent de ftlondaye par certaine renie allant au roi notre « seigneur comme l'on dit, et l'autre quart de fief du nombre « d'icelui demi-fief de chevalier , Jehan Lescelin , escuyer, « lient de nous, duquel quart de fief que tiennent de présent « les dits religieux par raison d'icelle forfaiture , nous faisant « réservations et retenue d'avoir et poursuivre les droitures « et dignités. »

Château. Au centre de la commune de Juaye se trouvait le fief Basset, sur la terre des Pollets; le manoir, entouré de fossés pleins d'eau et alimentés par la rivière , devait être très-solidement construit, si l'on en juge par les profondes et longues fondations que l'on rencontre encore à cet endroit (1).

Depuis très-long-temps , l'ancien château était en ruines ; il n'en reste plus qu'un colombier.

Le seigneur de Juaye , ainsi qu'on le voit par un aveu au

(1) Renseignements communiqués par M. le comte Du Manoir, déjà cilé , propriétaire actuel du château de Juaye, membre de la Société pour la conservation des monuments,

roi, du 23 mars 1678, avait, entr'autres droits , celui de chapelle , où les religieux de Mondaye étaient tenus de dire la messe Le seigneur avait le droit de prendre son bois de chauffage dans la forêt du Vernay , appartenant alors au roi, droit de chasse et d'autres droits (1).

Entr'autres rentes, le seignenr devait recevoir, chaque année , un chapeau de roses et cinq deniers, des héritiers du sieur ïoustain , seigneur de Fontenelle , sieur de Varennes , fief situé à Juaye. Une autre rente était due par des Avoude, dont le nom se trouve dans les contrats depuis le XIVe. siècle. Cette famille d'Avonde existe encore à Juaye.

Le château actuel de Juaye a été construit sur l'emplacement d'un ancien castel , occupé par noble homme Gilles Le Chanoine, sieur Du Manoir, conseiller du roi, lequel fut vicomte de Bayeux en £712. Il avait épousé demoiselle Marie Louise, fille de Pierre Le Mayeu Tinant, seigneur deCondé.

Ce château fut commencé, vers 1740, par Charles-Louis Le Chanoine, écuyer, sieur Du Manoir, seigneur et patron de Juaye, conseiller du roi , lequel avait épousé demoiselle Françoise Thérèse, fille de messire Joseph-Hector de Montault de St.-Civier, marquis de Montbérault.

Il fut achevé par Jean-Louis Le Chanoine , comte Du Manoir , seigneur et patron de Juaye , seigneur de Trungy , Vesley, La Londe , maréchal de camp , colonel commandant le régiment de mestre de camp-cavalerie, chevalier de l'ordre royal et militaire de saint Louis.

Son petit-fils, le comte Du Manoir de Juaye , propriétaire actuel de la terre de Juaye , inspecteur de l'Association normande, maire de Juaye depuis 27 ans, a fait, autour du château , un parc anglais , après d'assez grands travaux ; il

(i) Notes tirées des archives du château de Juaye , communiquées par M. le comte Du Manoir.

a réuni de grands herbages , au milieu desquels sont de magnifiques ormes et chênes plus que séculaires , et qui font le plus bel ornement de ce parc.

Dans les terrassements, on a trouvé plusieurs haches gauloises, en silex : les unes ont évidemment servi , d'autres sont à peine ébauchées ; elles sont de formes variées.

Abbaye de Mondaye. M. l'abbé Laffetay , membre de la Société française , qui doit nous donner bientôt une nouvelle histoire des établissements religieux du diocèce de Bayeux , nous a fourni sur Mondaye des notes que nous allons reproduire :

Cette abbaye appartenait 5 l'ordre des Prémontrés. Suivant le Neustria pia, elle fut fondée, vers 1214, par Jourdain de Hommet , évêque de Lisieux. Elle eut Roger pour premier abbé, et fut placée sous le patronage de saint Martin. Le fondateur, qui l'avait établie sur ses domaines héréditaires, la fit déclarer exempte de la juridiction de l'évêque de Bayeux , ainsi que toute la baronnie de Nonant, qui s'étendait entre Bayeux et Caen et comprenait les églises paroissiales de Nonant, de Verson , de Mouent et celle de Juaye, près de laquelle l'abbaye avait été construite. C'est ce que nous apprend aussi M. de Bras, dans ses Antiquités caennaises: « Mondaye, dit-il, est proche de Bayeux et néanmoins soubs « l'évesché de Lisieux. » M. Léchaudé-d'Anisy a fait observer que cette date assignée par les auteurs du Neustria pia à la fondation de l'abbaye de Mondaye, ne s'accorde pas avec la Chronique de Normandie, qui place en 1214 la mort du fondateur, Jourdain de Houmet. Une charte de 1213, citée par lui , fait remonter la fondation de l'abbaye à la même année.

Quoi qu'il en soit , si l'abbaye n'existait pas à cette époque , la commune de Juaye possédait au moins une léproserie. On lit , dans une charte de 1213 , qu'Eudes de Vassy , chevalier

seigneur, permet au chapelain de la léproserie de Juaye de prélever, tous les ans, huit setiers d'orge sur son moulin de Juaye; lesquels setiers devaient être affectés aux besoins des lépreux ; mais en cas que la maladie vînt à cesser , ladite redevance devait être perçue au profit du chapelain, pour son usage personnel.

Les successeurs de Jourdain enrichirent l'abbaye de leurs libéralités. Le Nécrologe du monastère cite entr'autres l'évêque Fouques , qui avait donné « les dixmes de la paroisse d'Ellon ; » Guy du Merle et Guy de Harcourt. Le Nécrologe place également au nombre des bienfaiteurs Thomas de Fréauville et Nicolas Du Bosq, évêquesde Bayeux, pour lesquels on célébrait un obit , chaque année.

En 1220, Enguerrand du Hommet confirma les donations que son frère Jourdain avait faites à l'abbaye ; en 1228, la comtesse de Salisbury la choisit pour lieu de sa sépulture.

Le plus illustre bienfaiteur de Mondaye fut saint Louis , roi de France. Par une charte donnée à Paris, en 1247, il assura aux religieux la jouissance paisible des biens qu'ils possédèrent dans ses fiefs ou arrière-fiefs , à condition qu'ils prieraient pour son salut et celui de la reine : « ut pro nostrae et inclytae reginae , consortis nostrae, animarum remedio et salute devotas ad Dominum preces effundere teneantur. » Une seconde charte, donnée à Pont-Audemer, au mois de juillet de l'année 1269 , met à la disposition des religieux le bois mort qu'ils pourront recueillir dans la forêt royale du Vernay, jusqu'à concurrence de la double charge d'un âne par jour , « quantum unus asinus poterit déferre bis in die. »

En 1639, l'autel principal du monastère fut reconstruit avec plus de magnificence et dédié de nouveau à saint Martin , par François Fouquet, évêque de Rayonne. Il y avait, à celte époque, dans l'église deux autres autels : l'un à droite en l'honneur de la Sainte Vierge , l'autre à gauche en l'honueur de saint Etienne, premier martyr.

NOMENCLATURE DES ABBÉS ( extraite du Neustria pia).

Koger de Juez, premier abbé, mort en l'année 1215

Richard

Roger 11

Gabriel du Fay

Gaufride

Gaufride II

Gaufride ÏJI

Radulphe

Richard II

Robert Garet

Gaufride IV

Robert de Bacilly

Ranulphe

Guillaume , nommé commissaire

par le pape Eugène IV ,

pour terminer le différend qui s'était élevé entre le Chapitre

de Bayeux et l'évêque Zanon

» en

Pierre ,

Thomas

Guillaume II

Jean Le Barberel

Samson

Laurent de Cussy

Nicolas de La Boysaine

Gilles l'Ours assiste, en

'année 1497, à 1

'Échiquier de

Normandie.

Jean II (Ferey) ,

Gilles II de Valognes

Guillaume III (Poyneau)

Julien Guichard

Guy Habel

Jean III (Bourdon

François du Bouillonney , mort en 1631. — D'après l'obi tuaire, cet abbé rétablit la discipline dans le monastère, en restaura les bâtiments, fit reconstruire le dortoir , plaça dans l'église un autel de marbre , au pied duquel il fut inhumé.

On lisait sur son tombeau l'épitaphe suivante :

EN QUI CONGESSIT , DICANT ALTARIA, CQELO

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