‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 163 sur 296 · BARBEVILLE · texte numérisé non relu

BARBEVILLE

Bai beville, Barbavilla , Barbevillia.

L'église de Barbeville est à citer comme offrant un type très-gracieux et bien conservé qui se reproduit , au XIIIe. siècle , dans beaucoup de paroisses de l'arrondissement de Bayeux.

La façade occidentale de la nef présente un portail à voussures multiples ornées de tores , portées de chaque côté sur trois colonnettes ; le tympan repose sur un arc surbaissé. De chaque côté des voussures du portail s'ouvre une fenêtre en lancette, et au milieu du fronton une rose à huit lobes bordés de tores , qui a le plus grand rapport avec celle de St.-Jean-le-Blanc , figurée p. 35 de ce volume : seulement on n'y voit pas, comme dans celle de St.-Jean, de petits trèfles entre les huit lobes.

Si l'on veut se reporter à ce que j'ai dit de quelques églises du XIIIe. siècle précédemment décrites, notamment à l'église de BMerville-la-Campagne , dont le portail est figuré p. 275 , tome IIe. de ma Statistique monumentale, on verra que cette disposition triangulaire des fenêtres, des deux côtés du portail , et au milieu du gable ou fronton occidental des églises, était une de celles qu'affectionnaient nos architectes normands du XIIIe. siècle; à Barbeville, la fenêtre supérieure

(1) Celle habitation appartenait à M. Le Pelletier de Molandé, gondre de M. le comte d'Albignac grand croix de l'ordre militaire de saint Louis, major des gardos-du-eorps sous Louis XVIII, et oncle de M. de Molandé actuel. Ce dernier en est devenu propriétaire par suite de son mariage avec sa cousine. germaine, Mlle. de Molandé.

est une rose ; à Fierville et dans d'autres églises , on s'est contenté d'une fenêtre pareille à celles qui accompagnent le portail. Le tympan de la porte occidentale de l'église de Barbeville a été , au XVIe. siècle , je crois , orné d'une niche en accolade qui a reçu la statue équestre de St. -Martin, patron de la paroisse , représenté , comme toujours , au moment où il coupe son manteau pour en donner la moitié à un pauvre boiteux.

La nef n'est pas voûtée ; un lambris de bois cache la charpente. M. Delâtre, curé actuel de Barbeville, se propose de la voûter, et à ce moyen la rose du fronton, qui n'est pas visible à l'intérieur de la nef, pourra être dégagée.

Les murs latéraux de la nef ont conservé leur entablement orné d'arcatures sub-géminées ; du côté du Sud , s'ouvrait une porte ogivale plus simple que celle de l'Ouest, dont le tympan est orné d'une croix ancrée ; deux colonnes reçoivent l'archivolte , de chaque côté. Une autre porte , mais qui était carrée , donnait accès au chœur. Près de la porte latérale de la nef, j'ai vu dans le mur une inscription que je n'ai pas eu le temps de déchiffrer , chose d'ailleurs difficile dans l'état où elle se trouve; il paraît qu'il s'agit d'un seigneur de Barbeville , inhumé près de la porte.

Deux fenêtres primitives étroites , en lancettes arrondies , existent dans le mur septentrional ; les fenêtres ont été refaites du côté du Sud.

La tour s'élève , comme à Ranchy , entre chœur et nef ; elle est voûtée à une plus grande hauteur que le chœur qui lui succède; elle se compose, vue extérieurement, de trois étages séparés les uns des aulres par des retraits ou talus en pierres. L'entablemenl du premier étage est orné de la même manière que celui de la nef; l'entablement du second étage est garni de ces espèces de denticules en méplat , que nous avons vues à Arganchy et à Ranchy ; deux

TOUn DE L 1ÎGLTSE DE BAREEVILLE.

lancettes étroites , et une ouverture en meurtrière rectangulaire, à la base et au sommet, existaient au second étage, sur les faces nord et sud; le troisième étage est éclairé par quatre fenêtres ogivales, subdivisées en deux baies par un meneau bifurqué barré au centre ; un toit de pierres , assez élancé, couronne cette pyramide, maisj'ai lieu de croire qu'il n'est pas aussi ancien que le reste , ou bien que le dernier étage a été en partie refait quand on a construit le toit; peutêtre celui-ci était-il d'abord en charpente.

Ce que j'ai vu dans d'autres tours semblables m'autorise à faire celte supposition.

A Darbeville , comme dans d'autres tours à toit à double égout , en pierres, des arceaux très-saillants, en pierres de

taille, supportent la voule et les dalles parallèlement aux deux

gables : il y en a deux ordinairement : à ce moyen , ces toitures en pierre présentent une grande solidité.

Les voûtes du chœur sont garnies d'arceaux croisés ; trois lancettes éclairent le chevet ; du côté sud , trois des fenêtres ont été très-élargies; on leur a substitué des ouvertures cintrées, modernes, garnies de barres de fer croisées; la sacristie est moderne et masque une grande partie du côté nord.

L'entablement du chœur est orné de la bordure denticulaire en méplat, qui existe au deuxième étage de la tour.

Quelques dalles sans inscription lisible , existent dans le pavé du chœur. Le confessionnal , placé dans la nef , près de la porte occidentale, montre, entre des panneaux en bois de chêne un panneau sculpté , du XVIe. siècle: je suppose qu'il provient d'un meuble dont les débris auront été utilisés de cette manière.

Voici l'inscription de la cloche :

l'an 1775 j'ai été bénite par vénérable et discrète personne maître nicolas heurtu curé de saint martin de barbeville et nommée henriette par honorable dame marie henriette le cauchois épouse de pierre jacques le marois écuyer seigneur de saint jorees et seigneur et patron de mosles en partie assistée de messire jean baptiste christophe marc antoine de courseulles chevalier seigneur et patron haut justicier de barbeville et autres lieux (1).

chedeville trésorier.

L'église de Barbeville est , comme nous l'avons dit , sous l'invocation de saint Martin : le patronage était laïque ; le collège de Maître Gervais percevait les 2/3 des dîmes, et le

(1) La Tamille Le Marois doit être éteinte. M. d'Ernéville , ancien garde du corps , né d'une demoiselle Le Marois , est mort il a y quelques années; son habitation a été achetée par M. Gérard , parent de l'illustre peintre de ce nom.

La famille de Gourseulles possèJe toujours une terre et un château à Barbeville.

curé, 1/3 seulement. Quand le livre Pelut a été rédigé , le patronage de l'église de Barbeville appartenait à Robert Bertrand , chevalier.

Ainsi que l'atteste l'inscription de la cloche , il y avait, à Barbeville , une haute-justice , qui a subsisté jusqu'à la Révolution.

VAUŒLÏ.ES.

Vaucellcs, Valicellœ.

L'église de Vaucellcs présente , dans sa disposition , une telle analogie avec celle de Barbeville , qu'il n'est pas permis de douter que ces églises très-rapprochées n'aient été copiées l'une sur l'autre.

Le choeur est également composé de deux travées voûtées en pierre avec arceaux croisés. La tour ( entre chœur et nef) également voûtée a une plus grande hauteur que le chœur , présente à peu près la même ordonnance et se termine aussi par un toit en pierre ; deux portes latérales accèdent également , l'une au chœur, l'autre à la nef; seulement au lieu d'être placées au Midi comme à Barbeville, elles se trouvent au Nord , du côté de la grande voie qui longe le cimetière.

Les fenêtres de la nef sont des lancettes très-étroites. Tout présente d'ailleurs , comme à Barbeville , le caractère du XIIIe. siècle, et les chapiteaux des colonnes qui supportent les arceaux des voûtes sont très-caractéristiques. On remarque dans le pourtour du sanctuaire une frise ornée de billettes.

Quelques particularités distinguent pourtant, malgré ces affinités frappantes , l'église de Vaucelles de celle de Barbeville. Elle n'avait pas de portail à l'Ouest, probablement h cause de la position parallèle de la route qui commandait en quelque sorte Yaccès latéral.

La tour, un peu moins élégante que celle de Barbeville,

offre au-dessus du premier étage trois arcades ogivales, dont celle du milieu, garnie d'une rose (ou oculus) quadrilobée qui , en raison de la hauteur de la voûte , éclaire l'intérieur de la tour. Le deuxième étage est absolument semblable à celui de la tour précédente.

Ceci posé, nous aurons à décrire les deux portes latérales. Elles sont aujourd'hui murées l'une et l'autre : celle du chœur l'était depuis long-temps déjà ; celle de la nef a été bouchée tout récemment , le curé ayant fait percer dans la façade occidentale , sous la direction de M. le Curé de Vaux-sur- Aure, architecte habile dont nous parlerons bientôt, une porte ogivale surmontée de trois petites fenêtres en lancettes.

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