‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 172 sur 296 · UN PIGNON DE LA GRANGE RE SA1NT-VIGOR · texte numérisé non relu

UN PIGNON DE LA GRANGE RE SA1NT-VIGOR

ouvertures était assez vaste pour donner passage aux charrettes.

J'ai figuré, p. kkl , la coupe longitudinale de la grange de St.-Vigor. Les trois nefs sont comme à Ardenneset à Périères (v. le tome II de ma Statistique monumentale, p. 336, art. Périères) , et dans d'autres granges, séparées par deux rangs d'arcades ogivales portées sur des colonnes monocylindriques. Dans la grange de Sl.-Vigor, comme dans d'autres granges monastiques de divers âges, les ailes qui accompagnent la nef centrale sont inégales en largeur.

CANTON DE BAYEUX. kh 9

A St. -Vigor , le côté le plus étroit est au Nord.

La grange de St. -Vigor a donné lieu aux suppositions les plus incroyables. Au siècle dernier et jusqu'à nos jours, bien des gens voulaient en faire un temple de faux-dieux. Mais, si le prieuré a remplacé un temple romain , détruit par saint Vigor , il ne reste pas les moindres vestiges de cet édifice ; et ce ne serait pas, en tous cas, dans la grange du prieuré que l'on pourrait trouver l'imitation d'un temple antique.

Près de l'abbaye de St. -Vigor , derrière les premières maisons de Bayeux , existait l'église de St.-Floxel (1) , qui a disparu en 1709, et dont le nom ne se trouve conservé que par celui du faubourg tendant vers la mer (2). Le cimetière qui entourait cette église et les terrains voisins renfermaient un assez grand nombre de tombeaux anciens, qui ont été successivement mis à découvert par suite de l'exploitation du sable qui forme le sol dans celte localité.

L'abbé Béziers avait cité diverses trouvailles faites au siècle dernier et que M. Lambert a relatées : elles consistaient en sarcophages de pierre et en urnes remplies de cendres et d'os brûlés. Depuis quarante ans , M. Lambert a visité et noté les découvertes analogues qui ont été faites sur la colline de St.-Floxel ; il a décrit les différentes sépultures et les sarcophages exhumés à sa connaissance , dans son Mémoire sur l'ancienne nécropole de Bayeux.

Au mois de juillet 1846 , on a trouvé un sarcophage ayant

(!) Voir le mémoire de M. Lamberl sur une ancienne nécropole de Bayeux ( Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie , année 1847).

(2) Sainl Fioxel , originaire du Colenlin, fut, à ce qu'il paraît, martyrisé à Bayeux. Il fut, après sa mort, transporté dans le village de St.-Floxel , près de Montebourg , où des pèlerinages étaient encore très-fréquents au XIIe. siècle et où il se tient une grande foire.

appartenu à un enfant et qui avait été creusé dans une colonne milliaire portant une inscription.

« Voici cette inscription, dit M. Lambert dans son mémoire, « telle qu'elle existe en lettres capitales , avec la restitution « proposée en minuscules courantes :

Imp. Caes. FI. Val. ( A l'Empereur César Flavius Valerius)

CONSTANTIN = Constantin ,

PIOaFELICI*InVICT Pieux , heureux, invaincu ,

AVG Auguste , Pont. Max. P. P. [Souverain Pontife, Père de la Patrie ,

Victori. Victorieux ,

Maximiani. Beau-fils

Au g. De Maximien

Nepoti. Auguste),

DIVI Fils du divin

CONSTANTI Constance,

AVG Auguste ,

PIFFILIO Pieux,

M, Lambert , tout en reconnaissant que plusieurs des sépultures de St.-Floxel doivent être postérieures aux temps romains , regarde une grande partie d'entr'elles comme antérieures au Ve. siècle , et développe cette opinion dans son mémoire.

BAYEUX (CIIEF-LIKU).

Bayeux , Augustodurus.

M. Ed. Lambert a démontré , depuis long-temps , que le premier nom latin de Bayeux était Augusiodurvs. Ce nom est gravé sur les colonnes milliaires trouvées dans cette ville, et il ne peut rester aucun doute à cet égard.

Bayeux renferme encore des débris antiques qui attestent son origine :

De l'Est à l'Ouest, dans les jardins, depuis la place au Bois jusqu'à la place du Château ;

Du Sud au Nord , depuis cette place jusqu'au-delà de l'ancienne porte St. -André;

De l'Ouest à l'Est , dans les jardins compris entre la rue St.-Malo et la rue des Bouchers jusqu'auprès de la rue Neuve ;

Du Nord au Sud , depuis ce dernier point jusqu'à l'extrémité de la même rue, on peut suivre une enceinte de murs indiquant à peu près , au moins , l'enceinte établie , au IVe. siècle , pour enclore la ville et la mettre en état de défense. La partie Sud de cette enceinte, celle qui s'étend depuis la place au Bois jusqu'à la place du Château, est, en grande partie, d'origine romaine ; elle est en petit appareil avec chaînes de briques.

Si ces murs sont moins caractérisés sur d'autres points, ils ont dû être reconstruits à la place de ceux qui existaient auparavant.

Il reste pourtant des doutes relativement au mur du Nord de l'enceinte carrée, telle que nous venons delà tracer. « On « est persuadé , dit l'abbé Béziers, que, par suite de désastres « et de l'incendie de la ville, en 1356, l'enceinte fut res- « treinte du côté du Nord, et qu'auparavant, les murs « renfermaient les rues des Bouchers et de Bretagne. »

Ainsi, on aurait rapproché le côté Nord des murs, quand on les rebâtit, en 1377 et 1378, presque jusqu'aux portes St.-Marlin et St. -André ; mais le reste de l'enceinte, en adoptant cette opinion, qui n'est pas admise par tout le monde (1) , serait fondé sur les murs de l'enceinte galloromaine.

(t) M. Lambert doute que les fossés de la rue de Bretagne remontent à l'époque gallo-romaine, et incline à penser que l'enceinte

La rue de Bretagne, que j'ai observée bien des fois, paraît établie sur les restes d'un rempart, et les herbages qui bordent le chemin , du côté du Nord, sont à un niveau très-inférieur. On voit aussi les traces du fossé , indiqué par une excavation considérable ; j'ignore si ces murs remontaient à l'époque romaine , il faudrait absolument , comme je l'ai demandé , que des sondages fussent faits particulièrement dans l'herbage appartenant à M. Conseil ; mais il est certain que les terres ont une teinte noire très-caractéristique d'un sol antique : l'herbage tout entier paraît formé de terres semblables et peut-être de débris.

Le château, qui se trouvait près de l'angle Sud-Est de l'enceinte carrée que je viens d'indiquer, avait ses fondations formées de fûts de colonnes et de débris de monuments romains de grand appareil ; plusieurs colonnes milliaires furent reconnues parmi ces débris , et les inscriptions qu'elles portaient ont été recueillies par M. Lambert.

J'ai prouvé,. par un grand nombre de faits, que le périmètre des villes gallo-romaines avait été beaucoup plus étendu tant que la tranquillité avait régné dans les provinces, qu'après que les invasions des barbares eurent forcé d'envelopper ces villes d'une enceinte de murailles de défense.

Alors on sacrifia les édifices pour entourer de murs les quartiers les plus faciles à défendre. Les édifices placés en dehors de l'enceinte fortifiée durent être démolis , et les blocs de grand appareil qui entraient dans leur construction furent employés dans les fondations et la partie inférieure des murs d'enceinte où ils pouvaient braver, par leur volume et leur solidité , les efforts des assiégeants et l'attaque des machines

murale que j'ai indiquée et qui dessine un carré facile à reconnaître encore, repose, dans (outes ses parties, sur les fondations des murs gallo-romains.

de guerre (1) ; les parties plus élevées de ces murs furent construites habituellement en petit appareil avec chaînes de briques.

C'est ce que nous voyons à Bayeux , comme à Sens , au Mans, à Angers, à Vannes, à Rennes, à Beauvais, à Meaux, à Soissons , et dans un grand nombre d'autres cités d'origine romaine.

En détruisant, il y a quelques années encore à Bayeux, près de l'ancienne porte St. -André, une partie des fondations du mur gallo-romain , on y trouva des fûts de colonnes et des pierres sculptées de grand appareil , comme on en avait trouvé dans les murs du château , et à diverses époques sur d'autres points de l'enceinte murale.

La topographie romaine de Bayeux est loin d'être connue : il est certain que , sous la cathédrale , il existait un édifice public important , car en abaissant , il -y a peu d'années , le niveau de la petite place située au Midi de la basilique, on a trouvé une quantité considérable de blocs de grand appareil, évidemment romains, que j'ai observés et dont plusieurs étaient sculptés. Ces matériaux , provenant d'un édifice ruiné , sont le reste d'un amas bien plus considérable , qui a dû être exploité pour construire à diverses époques. Plusieurs des pierres sculptées trouvées sur la place ont été recueillies et déposées dans une cour dépendante de la cathédrale, et des spécimens de ces sculptures ont été dessinés, à ma demande , par M. Bouet.

Les morceaux que voici portent une belle guirlande de feuilles de vigne et de grappes de raisin.

(I) Voir mon Cours d'antiquités , Ve. partie, et Y Abécédaire d'archéologie , partie civile et militairr.

h5U STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

CANTON DE BAÏEUX.

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