‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 173 sur 296 · SCULPTURES GALLO-ROMAINES TROUVÉES PRÈS DE LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

SCULPTURES GALLO-ROMAINES TROUVÉES PRÈS DE LA CATHÉDRALE

Nous serions très-embarrassé d'indiquer la place occupée par d'autres monuments publics dans l'enceinte murale de la cité <X Augustodurus : depuis vingt ans , MM. Lambert et G. de Villers ont fait des recherches ; mais ils n'ont rien trouvé d'indicatif, et il vaut mieux ne rien préciser que de se livrer à des conjectures.

Thermes antiques. — Hors de l'enceinte murale antique , si on la restreint à la ligne passant entre la grande rue et la rue des Bouchers, mais, en-dedans de cette enceinte, si elle s'étendait jusqu'au bord de la rue dite de Bretagne , on connaît les thermes qui existaient sous l'église St. -Laurent et dans les terrains voisins : M. Lambert les a décrits. M. l'ingénieur des ponts et chaussées, Surville , a publié , de son côté , sur ces thermes un mémoire il y a trente ans. Je les ai moi-même mentionnés et comparés à d'autres , dans mon Cours d'antiquités monumentales , t. III , p. 28 et suiv. ; l'atlas de cet ouvrage renferme un plan de l'édifice ( pi. XXXIV, fig. 3). Je renvoie à ce que j'ai dit, dans cet ouvrage, des thermes antiques de Bayeux. J'ajouterai seulement qu'on n'a exploré qu'une partie de l'édifice et qu'il est facile

d'en reconnaître l'étendue approximative. Au Nord , la rue qui contourne l'église et toutes les maisons qui la bordent, sont évidemment sur des constructions antiques dépendant des thermes , et que l'on pourrait explorer avec fruit.

J'ai toujours eu la persuasion qu'il existait des ruines romaines dans les terrains situés au Nord de la rue dite de Bretagne, laquelle borde les jardins formant la limite actuelle de la ville entre l'église de St. -Laurent et celle de St. -Patrice. J'ai plusieurs fois engagé les archéologues de Bayeux à y pratiquer des fouilles. Ce sont des herbages d'un bon rapport ; les propriétaires y verraient peut-être avec répugnance faire des excavations. C'est probablement ce qui a retardé les exploralions que j'avais sollicitées ; il faut espérer pourtant qu'elles auront lieu tôt ou tard.

Très-probablement Bayeux avait un théâtre , on ne peut guère en douter , quoique l'emplacement n'en ait pas encore été reconnu. J'ai autrefois pensé à le chercher sur le coteau de St.-Vigoret, peut-être là où se trouve le séminaire, ou sur le prolongement du coteau , entre la rue de la Cave et la rue Teinture (1); mais M. Georges Villers, adjoint au maire de Bayeux , qui a visité toutes les maisons de ces quartiers avec la Commission sanitaire, pour reconnaître les logements insalubres, m'a dit n'avoir rien remarqué qui puisse donner des indices et justifier mes prévisions : il faut attendre que quelque hasard heureux vienne révéler ce que nous ignorons encore.

Cette déclaration de M. Georges Villers fait désirer plus vivement que l'on fasse des recherches dans les terrains qui présentent quelques indices.

Si le théâtre ne se retrouve nulle part ailleurs, ne pourrait-

(1) Voir le IIIe. volume de mon Cours d'antiquités, p. 452.

on pas supposer qu'il existait sur la rive gauche de la rivière d'Aure , soit au Nord de la rue de Bretagne , dans l'herbage de M. Conseil, soit même le long du coteau sur lequel s'élève la cathédrale ? Ce sont des questions que je pose , mais qui ne pourront être sérieusement examinées que quand la topographie romaine de la ville aura été de nouveau étudiée.

Aqueducs. — Nous avons signalé , à l'article Mondaye , p. 372, et a l'article Monceaux, p. 405, un aqueduc qui amenait à Bayeux les eaux prises à peu de distance de l'abbaye de Mondaye. Cet aqueduc, que nous avons vu à Monceaux, devait ensuite passer à Cremelles , près de l'habitation de Beauregard; il suivait le coteau parallèlement à la rue Écho , il passait ensuite sous la halle où on l'a trouvé de nos jours en reconstruisant cet édifice. Il se composait , comme beaucoup d'autres aqueducs , d'un canal maçonné en blocage de 1 pied 1/2 de largeur au sommet, plus étroit au fond, et recouvert de grandes dalles de pierres simplement juxtaposées (1). Le fond sur lequel l'eau coulait et les parois du conduit étaient revêtus d'un enduit de ciment , mêlé de brique pilée. J'ai fait transporter à Caen, au musée de la Société des antiquaires , un fragment de cet aqueduc que M. Lambert avait eu soin de conserver.

J'avais pensé que les sources de Bellefontaine, à peu de distance de la ville, près du Beauregard, avaient pu aussi apporter leur tribut à l'aquéduc dont nous venons de parler, et l'on sait que les aqueducs antiques réunissaient plusieurs courants d'eau , comme nos rivières reçoivent plusieurs sources ou plusieurs ruisseaux. Il s'agit de savoir, au moyen d'un nivellement , si cette eau pouvait être amenée dans le canal venant de Mondaye.

(t) Voir mon Cours d'antiquités monumentales , t. HI , p. 211.

En tout cas , elle pouvait être facilement amenée dans le quartier du séminaire à un niveau moins élevé que celui de l'aquéduc trouvé sous la halle.

Il resterait à déterminer où tendait ce dernier conduit : avait-il pour but d'alimenter des fontaines pour la population qui habitait la rive droite de l'Aure , ou bien se dirigeait-il vers les thermes , en traversant la rivière près des anciennes casernes ? La direction du conduit , si elle a été bien constatée par M. Lambert lors de la reconstruction de la halle, peut donner lieu à des conjectures plus ou moins satisfaisantes.

Mais une autre question se présente naturellement à l'esprit. Cet aqueduc était-il le seul qui amenât des eaux à Bayeux? N'est-il pas naturel de supposer que , sur la rive gauche de l'Aure, où se trouvait le centre de la ville et la partie la plus considérable de la cité , d'autres eaux étaient amenées par d'autres canaux ? L'eau venait peut-être du Sud, dans la direction de St. -Loup : la pente naturelle du terrain permet de le supposer ; mais elle aurait pu venir de contrées plus éloignées si l'aquéduc eût franchi, dans la direction de la mine de Littry , par exemple , la vallée de la Drôme. Ce sont des questions que je recommande aux antiquaires de Bayeux. Je ne connais rien, quant à présent, qui m'autorise à les discuter ; mais il est toujours très-bon de les poser.

A défaut de monuments debout , nous aurions à parler des fragments d'architecture recueillis à Bayeux. J'ai ramassé , il y a trente ans, dans les rues de la ville, un certain nombre de fûts et de chapiteaux de colonnes romaines qui servaient de bornes, pour la plupart. Ces colonnes ont été apportées à Caen et déposées dans le musée de la Société des Antiquaires de Normandie , parce qu'alors il n'y avait pas à Bayeux , comme à présent , de lieu de dépôt pour les objets d'antiquités ; les chapiteaux appartiennent tous à un dorique qui

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était très-répandu dans toutes les villes gallo-romaines (V. mon Cours d'antiquités monumentales, t. III), et dont j'ai souvent parlé dans mes différents rapports; mais d'autres débris montrent qu'il y avait aussi à Bayeux des monuments d'ordre corinthien. Un des chapiteaux trouvés dans les déblais du planîlre est orné de personnages. Ce genre de décoration paraît annoncer un monument postérieur au second siècle de notre ère.

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