‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 182 sur 296 · ÉGLISE SAINT-PATRICE · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-PATRICE

qui a publié d'intéressants articles sur les maisons de Caen , dans le Bulletin monumental , a soigneusement aussi étudié les anciennes maisons de Baveux , et nous a obligeamment remis sur les dernières des notes que nous allons reproduire de préférence à celles que nous avions rédigées, parce qu'elles nous paraissent plus complètes (1) :

1°. Maisons de bois. « La maison à façade de bois la plus digne d'attirer notre attention , dit M. Bordeaux, se voit dans la rue St.-Malo, n°. k\ c'est une grande habitation à deux étages, toute couverte de. statues de saints et dont le luxe de sculptures annonce qu'un homme riche et zélé pour les arts l'avait fait élever : on ne sait pas le nom de ce fondateur.

« Le chaperon de pierre qui borde le rampant du toit, aux deux pointes et pignons de la maison , se termine , suivant l'usage des XVe. et XVIe. siècles , par des animaux fantastiques d'assez grande taille. Au-dessous du bord de la toiture , les grosses poutres verticales sont décorées de statues engagées , mais qui , par leur saillie, font à peu près l'office de caryatides. Parmi ces six figures ornant le second étage , nous n'avons reconnu que saint Laurent et saint Gilles; mais sous l'entablement , au haut du premier étage , six autres statues sont sculptées : en commençant à la gauche du spectateur , on reconnaît le Christ , puis ensuite la Magdelaine agenouillée ; sainte Barbe , avec sa tour , occupe la troisième place ; sainte Catherine, appuyée sur la roue, son attribut ordinaire, porte sur sa tête la couronne ; après elle vient sainte Marguerite , aux pieds de laquelle se couche humblement la

(1) M R. Bordeaux avait donné les mêmes notes à la rédaction du Calvados pittoresque, ouvrage qui a paru récemment par livraisons in-folio , ornées de planches lilhographiées. On ne sera donc pas surpris de trouver dans cet ouvrage et dans le nôtre la description des anciennes maisons de Bayeux à peu près dans les mêmes termes.

Tarasque vaincue. Quant au sixième personnage, nous ne l'avons pas reconnu. — La grosse poutre horizontale qui sert de corniche ou d'entablement au rez-de-chaussée, est décorée, outre ses nombreuses moulures, de quatre bouquets de feuillages frisés et d'une énorme tête qui grimace à chacune de ses extrémités. Aux deux bouts du rez-de-chaussée, on retrouve deux grandes figures sculptées en bois, comme toutes les précédentes; elles sont placées sous un dais gothique, et appuyées sur une mince colonnette de pierre. — La première , à la gauche du spectateur, c'est-à-dire au-dessous du Christ du premier étage , représente la Vierge Marie ; sous ses pieds, une tête hideuse forme le chapiteau de la colonnette. Puis, auprès d'elle , sur l'encorbellement de pierre de l'extrémité de la maison , est sculptée une petite figure misérablement accroupie : c'est Eve , que l'artiste a figurée en réunissant les attributs des diverses époques de sa vie; déjà vêtue , elle tient encore d'une main le fruit de l'arbre fatal , tandis que de l'autre elle porte un fuseau , emblème du travail auquel elle est désormais condamnée. L'auteur de cette façade a ainsi rapproché, par une catholique antithèse, la première Eve, mère malheureuse du genre humain, et la seconde Eve, vierge glorieuse , qui écrase la tête du serpent. — Saint Jean, placé à l'autre extrémité du rez de-chaussée , de manière à faire pendant à la Vierge , complète ce petit poème ; au lieu de fouler la tête d'un dragon , ses pieds posent sur le chapiteau de la colonnette formé ici d'un simple feuillage ; et , pour correspondre à la figure d'Eve sculptée près de la Vierge , une petite figure , maintenant méconnaissable, avait été placée non-loin de l'apôtre bien-aimé. — Toutes ces figures badigeonnées en gros vert bronzé se détachent assez bien sur la devanture.

« Si l'on pénètre dans la cour , on y trouve une façade en pierre accompagnée d'une tourelle à pans coupés où serpente

un escalier en hélice. Des fenêtres à croix décorées de crochets et de belles moulures dans le style du XVe. siècle, augmentent l'effet pittoresque de l'ensemble.

« Cette maison, qui porte le n°. 4, est accompagnée de deux maisons également anciennes ; l'une à droite , et c'est la plus moderne , date du règne de Louis XIII ; l'autre , à gauche , et portant le n°. 6, toute en pierre de taille, paraît avoir été une construction très-ornée de la fin du XVe. siècle ou de la première moitié du XVIe. , quoique maintenant elle soit presque complètement dressée. Une torsade élégante qui se retrouve souvent à Bayeux, décore la corniche près de la toiture, et un chien en pierre , très-élégamment ciselé , anime encore l'extrémité d'un cordon au rez-de-chaussée. Près de cette sculpture , sous une petite fenêtre garnie de sa vieille claire-voie de fer, deux têtes servent de modillons. Enfin, si l'on en juge à certaines traces évidentes , toute cette façade avait été décorée d'un semé de fleurs de lis en relief. Il y a aussi dans la cour une tourelle à six pans pour l'antique escalier. — N'est-ce pas là l'ancienne maison mentionnée par Béziers, dans son Histoire de Bayeux, maison dont il avait vu mutiler la façade toute couverte d'hermines et de fleurs de lis , et présentant à son centre un grand arbre chargé des écussons de France , de Bretagne , du Dauphin et des Médicis? Car c'est dans le voisinage de l'église St.-Malo, que Béziers signalait cet édifice , où il supposait ( parce qu'il lui paraissait avoir été élevé vers ce temps-là ) que furent tenus les Grands- Jours assemblés à Bayeux, pendant un an, après l'interdiction du Parlement de Normandie, en 1540; celte construction datait assurément du règne de François Ier. , le Dauphin Henri , son fils , ayant épousé Catherine de Médicis en 1533.

« Revenons aux maisons à devantures de bois. L'une d'elles, rue Bienvenu , n°. 6, presque en face de la cathédrale , offre

tant d'analogie avec celle de la rue St.-Malo, qu'on peut l'attribuer au même architecte. Elle est toutefois moins considérable. — Ses grosses poutres verticales sont aussi ornées de statues de moyenne grandeur , dont le premier rang, au sommet de la façade, représente l'histoire de la chute du premier homme. On voit , en commençant toujours à la gauche , 1°. l'ange armé du glaive à l'entrée du Paradis terrestre ; 2°. Adam ; 3°. l'arbre autour duquel s'enroule le serpent ; U°. Eve déjà coupable. Mais le dernier groupe est étranger aux scènes que reproduit cette série; il représente la lapidation de saint Etienne. Au rang inférieur , c'est-à-dire au couronnement du premier étage , les sujets sacrés font place aux sujets chimériques; on y remarque : 1°. une Mélusine, espèce d'être fantastique à buste de femme finissant en queue de poisson , et tenant un miroir à la main ( c'est peut-être la fée d'Argouges ) ; 2°. une licorne ; 3°. un berger faisant paître son troupeau; U°. une femme qui sort de la corolle d'un lis ; 5°. un animal mutilé assez semblable à un lion. Toutes ces figures , qui sans doute avaient une signification allégorique, sont exécutées en bois. Le rez-de-chaussée est dépourvu de tout intérêt.

« Si de là nous allons au carrefour formé par les rues St.-Martin et St.-Malo et par celle des Cuisiniers, nous trouverons des maisons de bois d'un style très-différent, beaucoup plus sévère etsans figures, mais qui ont conservé jusqu'à nos jours leur antique rez-de-chaussée. La maison à l'encoignure des rues St.-Martin , n°. 43, et des Cuisiniers, n°. 1, est à deux étages surplombant vigoureusement l'un au-dessus de l'autre. De massives colonnes en pierre , engagées au rezde-chaussée, supportent l'encorbellement des étages en bois, et une cheminée dont le conduit carré présente au-dessus de la toiture une rangée de trèfles taillés en creux dans la pierre, annonce le XIVe. siècle. La maison voisine, rue des Cuisiniers,

n°. 3, qui n'a qu'un étage, paraît appartenir à la même époque ainsi que celle du coin opposé, qui ne consiste qu'en un très-ancien rez-de-chaussée. M. du Caumonl, qui a figuré cette maison dans le tome Ve. de son Cours d'antiquités , pi. LXXXVI , n°, 2 , en a signalé les caves monumentales. Elles ont des voûtes semblables à celles dune église, supportées non par des colonnes , mais par des chapiteaux sculptés qui reposent immédiatement sur le sol. Leur date serait difficile à déterminer ; mais tout donne à penser qu'elles remontent au moins au XIVe. siècle. La petite porte d'une de ces maisons, rue des Cuisiniers, n°. 1 , surmontée d'un écusson non blasonné et garnie d'un vanleau dont la menuiserie représente une étoffe plissée , ne remonte pas au-delà du XVe. siècle , comme l'indique son chambranle terminé en accolade.

« Il y a aussi, rue Franche , n°. 1 , au coin de la rue St.- Malo, presqu'en face de cette maison n°. 4 dont la construction en bois historié a fixé la première notre attention , une maison du XIVe. ou XVe. siècle, dont chaque étage forme une saillie prononcée. Les fragments de pierre de tuf, non revêtus de mortier, entassés entre les pièces de sa charpente lui donnent une tournure rude et sombre qui doit singulièrement déplaire aux amateurs des façades modernes. Le rez-de-chaussée de celte antique maison est du même style que ceux que nous avons déjà signalés aux deux coins de la rue des Cuisiniers.

« Enfin, nous indiquerons, rue Laitière, n°. 8, une vieille maison remarquable seulement par l'excessif encorbellement de ses deux étages et qui va , dit-on, être démolie.

2°. Maisons de pierre. « La ville de Bayeux est presque entièrement bâtie en pierre de taille ou au moins en moellons. C'est parmi les anciennes constructions ainsi édifiées que se

trouvent toujours les plus beaux hôtels. Les maisons de pierre, échues en général à des particuliers plus riches , sont moins délabrées que celles de bois ; mais elles ont aussi plus souffert des restaurations.

« La rue St. -Nicolas est peut-être celle des rues de Baveux qui a le plus de caractère. Elle garde encore toute la solennité du XVIIe. siècle. Au n°. 16, un grand et noble pavillon du règne de Louis XIII , avec son haut toit d'ardoise , commence vers la place une série de vieux hôtels. Ici , au n°. 9 , c'est un logis du style de la renaissance ; là, au n°. 10 , c'est une des plus majestueuses habitations de la fin du règne de Louis XIV , l'hôtel de la Tour-du-Pin ; au n°. 13, une porte cochère, encore de la renaissance, où passèrent peut-être les premiers carosses vus dans Baveux ; aux n09. 23 et 25 une petite et vieille maison avec une cour irrégulière, le tout rempli de fragments curieux des XIVe. et XVe. siècles.

« La rue Franche est ensuite l'une de celles où l'on trouve le plus grand nombre de maisons anciennes et dignes de remarque. Outre la maison de bois déjà signalée au coin de la rue St.-Malo, on y rencontre, au n°. 13, la maison dite de St.-Manvieu, ayant dans la cour des restes bien conservés du XVe. siècle. Le savant bibliothécaire bayeusain, M. Lambert, se rappelle avoir vu, sur la façade maintenant défigurée de cet hôtel, cette curieuse inscription qu'on y lisait en caractères gothiques carrés : maison de monsieur saingt

MANVIEU.

« Le n0. 18, à l'encoignure de la rue de la Juridiction , présente une maison importante du XVe. siècle , bâtie en pierre de taille , à deux étages avec fenêtres à chambranles prismatiques dans le goût du temps.

« Enfin, au n°. 5, il existe une tour d'escalier, carrée , comme il y en a tant à Caen , mais couronnée 4'unc corniche

CANTON DE BÀYËUX. 691

avec moulure en forme de câble ou de torsade ; motif architectural qui paraît avoir été en vogue à cette époque , particulièrement à Baveux.

« Dans la rue Bourbeneur on trouve une très-remarquable maison du XVe. siècle , qu'on désigne sous le nom de maison du Gouverneur ( V. la page 692 ). L'élévation de ses planchera, son grand pignon qui domine la rue , ses fenêtres à croix, son voisinage de l'emplacement du château, justifieraient assez cette origine. Nous y signalerons deux très-jolies petites fenêtres , à chambranle de la renaissance, qui éclairaient le rez-dechaussée sur la rue , et dont le fronton est décoré d'écussons non armoriés. — La tour où est placé l'escalier en hélice , hexagone à sa base et quadrangulaire à son sommet, serait en entier du XVe. siècle, si on ne l'avait surélevée sous Louis XIII. Elle a maintenant un couronnement à bossages, avec une tourelle carrée accolée à ce couronnement. Un grand écusson du XVIIe. siècle , sommé d'un casque et entouré de lambrequins, sculpté sur cette partie supérieure, était sans doute destiné à recevoir les armes du maître de ce logis.

« Il y a dans la rue de la Maîtrise, nom qui annonce à lui seul le voisinage de la cathédrale , un hôtel formé de deux corps de logis dont les bossages, non moins que les cheminées ornées surmontant la toiture, annoncent encore ce règne de Louis XIII , où l'architecture , épuisée par la renaissance , jeta cependant un dernier éclat. Un écusson sans armoiries , timbré d'un heaume et environné de panaches , sculpté dans le vestibule , une crête en terre cuite placée au sommet du comble et citée par M. de La Quérière, dans son Essai sur les décorations des anciennes toitures, se remarquent encore dans cette habitation placée en face d'une rue dont le nom altier et pittoresque Quinquengrogne est tout plein du parfum des vieux âges.

■S.igot del. Dardeîet sculp

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