‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 183 sur 296 · VUE DE LA MAISON DK LA RUE BOURBENEUR · texte numérisé non relu

VUE DE LA MAISON DK LA RUE BOURBENEUR

« M. Lambert nous a indiqué dans cette rue de la Maîtrise une maison du XIIIe. siècle, mais qui attire peu les regards, parce qu'on en a malheureusement transformé la façade. Sa date est cependant encore reconnaissable surtout au caractère de l'appareil des gros murs.

« En revenant dans la rue St.-Malo, on trouve au fond d'une impasse , entre les n09. 27 et 29 , une maison à bossages du temps de Louis XIII , dont les tuiles faîtières forment une sorte de crête à jour, régnant sur l'arête du toit. Dans la même rue St.-Malo , n°. 60, il y a une cour digne d'être vue, parce qu'elle renferme des constructions des XVe. et XVIe. siècles; on y voit des fenêtres très-richement sculptées, surmontées de grands écussons effacés. — Une fenêtre ogivale, placée dans l'arrière-cour , semble avoir été celle d'un oratoire. Cet ensemble de constructions serait, pour un architecte artiste , un précieux modèle de presbytère dans le goût du moyen-âge.

« N'oublions pas enfin , dans un des faubourgs, au coin des rues St. -Loup et de la Gambette, une cour entourée d'édifices du XVe. siècle avec un escalier placé dans une de ces tours dont la partie supérieure , carrée sur un fût à pans coupés , et flanquée d'une tourelle en encorbellement , semble former une énorme tête. — Quoique petit et peu élevé , ce manoir à proportions exiguës a cependant une apparence féodale. D'après la coutume locale de Bayeux , les héritages de la banlieue étaient tenus en franc-alleu, c'està-dire qu'ils ne relevaient d'aucun seigneur : les constructeurs des édifices chefs-lieux de ces francs-alleus semblent s'être efforcés de leur donner une tournure accusant leur indépendance. Moins fier que les grands hôtels du centre de Bayeux , l'ensemble de celui que nous citons est cependant complet et pittoresque. »

li9U STATISTIQUE MONUMENTALE OU CALVADOS.

A l'extrémité occidentale de la longue rue qui traverse toute la ville de l'Est à l'Ouest , on remarque un hôtel ou un grand manoir appelé la Caillerie , de la famille à laquelle il appartenait autrefois. La porte de celte maison est monumentale, et la date 16UU , qui se trouve sur le cartouche de l'extrados, correspond au style qui domine dans l'édifice. La famille de La Caillerie, dont nous aurons occasion de reparler bientôt , n'existe plus ; cet ancien hôtel appartient à présent à M. Douesnel , ancien député, membre du Conseilgénéral du Calvados.

Ancien èvcchè. L'ancien évêché, dans lequel se trouvent aujourd'hui les tribunaux et la mairie , présente un assemblage de constructions de différents âges.

Quelques parties basses , du côté de la cathédrale , appartiennent au style roman ; d'autres peuvent ne dater que du XIIIe. ou du XIVe. siècle: tels sont le couronnement et l'encadrement des fenêtres , surmontés d'une corniche de modifions aplatis que l'on voit dans la cour. Mais il y a eu bien des retouches , au XVIe. siècle et à des époques postérieures , dans tous les bâtiments de l'aile droite qui méritent d'être visités et étudiés.

La partie la plus intéressante du second corps de logis , de celui qui est parallèle à la cathédrale , est la chapelle de la renaissance, remarquable par ses voûtes ornées de pendentifs et par ses peintures , qui est devenue dépendance du Tribunal de première instance. M. G. Villers est auteur d'un mémoire descriptif de cette chapelle , du style le plus riche : nous renvoyons à sa Notice. Cette chapelle avait été construite, à ce que l'on croit, par l'évêque de Canossa , mort en 1531.

La partie qui est occupée par l'Hôtel-de- Ville, se détache des constructions précédentes en formant un corps de logis

particulier , parallèle à la rue Laitière, elle date du siècle dernier : il suffit de la voir pour s'en convaincre. La grande porte d'entrée et les parties qui bordent la rue de la Chaîne, ne sont guère plus anciennes.

En 1846, M. Lambert signalait à l'attention de la Société française d'archéologie l'existence de plusieurs chapelles domestiques , placées dans des maisons canoniales situées aux environs de la cathédrale de Bayeux : la première , dans la rue ou impasse Prud'homme , détruite et remplacée aujourd'hui par l'institution des Frères de la Doctrine chrétienne, renfermait, dans les combles élevés de son ancienne construction , une vaste chapelle ou oratoire dont la partie supérieure , disposée en arc brisé , contenait un lambrissage avec nervures et pendentifs ornés dans le genre de la grande salle des Procureurs du Palais-de-Justice à Rouen. On y remarquait des vestiges de peintures et de dorures;

La seconde , placée dans une maison , au fond de l'impasse Glatigny , contre les anciens murs de la ville , vers le Midi , occupait le sommet d'une tourelle centrale , à pans , servant d'escalier à un antique manoir clérical dont les fenêtres étaient décorées de croisées de pierre. Celle-ci , mieux conservée que la première , avait une voûte simulée , de forme ogivale , qui avait reçu des décorations peintes. On voyait au fond , vers l'Est , l'emplacement qu'avait occupé l'autel; deux évêques , crosses et mitres, servaient d'accompagnement de chaque côté de la fenêtre absidale. Sur le côté droit, et dans l'appui d'une petite fenêtre , se trouvait une piscine destinée à l'écoulement des eaux qui avaient servi au sacrifice.

Mais la partie la plus intéressante était la voûte ; on remarquait au milieu une grande figure barbue , assise , coiffée d'une tiare à triple couronne , ayant une colombe sur la

poitrine, et Jésus crucifié entre ses genoux. C'est le symbole de la Trinité. Aux quatre coins de ce groupe , on voyait les animaux symboliques de l'Evangile avec les caractères qui les distinguent. Sur les côtés, des processions d'anges avec des phylactères partant de leurs bouches , sur lesquels on avait inscrit, en lettres gothiques, le commencement de plusieurs versets des psaumes, indiquaient assez que ces esprits célestes étaient occupés à célébrer les louanges du Très-Haut. Au fond de ce petit oratoire , sur le mur à l'Ouest , étaient peints deux personnages debout , en habit de docteurs, coiffés l'un et l'autre d'un bonnet ayant la forme d'un cône tronqué. Celui de droite avait un camail rouge , et une robe de couleur gris-bleu ; il tenait de la main droite, élevée à la hauteur de la tête , une fiole de verre , de forme elliptique, avec orifice un peu large; la main gauche était placée sur la poitrine. Son compagnon , vêtu d'une robe rouge, avait un camail gris-bleu et un bonnet de même couleur; il tenait, dans la main droite, un étui de dimension, paraissant renfermer des instruments ; la main gauche était disposée de manière à laisser penser qu'il prononçait son aphorisme. Quoique ces personnages ne portassent point le nimbe ou cercle lumineux , signe de la béatitude céleste , il y a cependant lieu de croire qu'ils représentaient saint Côme et saint Damien: telle est du moins l'opinion de M. Lambert. La maison qui renfermait ces peintures ayant été concédée par l'autorité ecclésiastique à M. l'abbé Guérin, ancien secrétaire de l'évêché, après la mort de M. de Beaumont, à charge de reconstruction, les peintures ont dû disparaître entièrement.

Il existe encore tout près de la cathédrale , entre la rue des Chanoines et l'impasse Prud'homme, une cheminée cylindrique en forme de colonne , coiffée d'une pyramide conique assez élancée , percée de trous , portée sur des colonneltes ,

et qui paraît appartenir au XIIIe. siècle. M. Lambert a cru y reconnaître un de ces fanaux de cimetière que j'ai décrits le premier , il y a long-temps , dans mon Cours d'antiquités monumentales. Cette pyramide devait , dans l'origine , être placée dans un cimetière qui existait près de la cathédrale. Le cylindre de cette espèce de colonne a été empâté dans la construction postérieure ; il ne paraît pas se lier avec elle , ce qui vient à l'appui de cette opinion. Quelle qu'ait été la destination de cette pyramide , elle a de l'intérêt et mérite d'être signalée.

Hôpital. La partie de l'Hôtel- Dieu de Bayeux , consacrée aux malades, a été reconstruite en 1823; elle a remplacé une construction assez remarquable, attribuée, comme je viens de le dire , à Robert des Ablèges ( Voir la note , page ^82). Le bâtiment qui la renfermait, se terminait, comme à Caen, du côté de la rue, par un pignon élevé. Je regrette de n'avoir pu dessiner ce monument, dont malheureusement il n'existe, je crois, aucune esquisse. La partie de l'Hôtel-Dieu qui n'a pas été reconstruite en 1823, et qui est occupée par les religieuses et la chapelle , date de la fin du XVIIe. siècle et du commencement du XVIIIe. (1699- 1701 ).

Le grand séminaire, près de l' Hôtel-Dieu , a été bâti, en 1693 , sous l'épiscopat de M. de Nesmond , mort en 1715.

Il en est de même de l'Hôpital-Général, pour les vieillards et les enfants trouvés, rue St. -Jean, fondé par ce prélat en 1676.

Nous aurons encore à citer, parmi les constructions civiles importantes de Bayeux :

1°. Le collège , ancien couvent des Ursulines , bâti dans le XVIIe. siècle et en partie dans le XVIIIe.;

2°. L'ancien couvent des Bénédictines, aujourd'hui la manufacture de porcelaine, fondé, au XVIIe. siècle (16^6) ,

par Robert de Valois , seigneur d'Ecoville , et Magdelaine de Boivin, son épouse. J'ai figuré le château d'Ecoville dans le tome II de la Statistique, p. 36, et publié l'inscription que l'on voyait à Bayeux sur le tombeau du fondateur. Le tombeau et l'inscription ont été long-temps conservés dans la cour de la manufacture de porcelaine, où, je crois, on les trouve encore.

Je reviens aux notes de M. R. Bordeaux :

Maisons historiques. « Si les vieux logis que nous avons visités, dit notre savant confrère, n'offrent à l'historien et au poète que des pierres muettes , parce qu'il ne s'y rattache aucune tradition , aucune chronique ; parce que l'histoire se tait sur leurs vicissitudes et sur les générations qui les ont successivement occupés , l'artiste au moins peut y recueillir d'intéressants détails. — On voit une vieille maisonnette fort humble et bien peu monumentale , rue de la Poterie ; mais l'inscription suivante qu'on y lit depuis quelques années, sous les festons de vigne dont la muraille est tapissée , rappelle de religieux souvenirs :

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