DE 63 ANS : PRIEZ DIEU POUR
SON AME
On a trouvé dans des cercueils qui ont été exhumés dans le cimetière des pots de différentes formes et dont plusieurs étaient percés de trous : j'ai expliqué l'usage de ces vases dans le sixième volume de mon Cours d'antiquités et dans Y Abécédaire d'archéologie (p. 192). Les uns contenaient de l'eau bénite, les autres du charbon qui avait servi à brûler de l'encens au moment de l'inhumation.
On voit, près de l'église de Louvières, les vestiges d'un grand château.
M. de Pierre , dont la famille possédait la seigneurie de Louvières au siècle dernier (V. l'inscription de la cloche de Colleville, citée page 661), vient de faire reconstruire le château de *a famille par M. l'architecte Delaunay.
FORMIGNY.
Formigny , Formengneium , Fwmignetwn.
Le plan de l'église de Formigny que je présente d'abord
CANTON DE TRÉV1ÈRF.S. 673
facilitera l'analyse que je vais faire de cette église. On remarquera d'abord, parallèlement à la nef , du côté du Nord , un bas- côté comme en avaient eu deux églises que nous venons de décrire , Colleville et St.-Laurent-sur-Mer. Le bas-côté, qui paraît dater du XIVe.
siècle , communique avec la nef par six arcades. Celle-ci (la nef) est romane dans les parties qui n'ont pas été refaites; la porte occidentale, dont l'archivolte est ornée de zigzags , est surmontée d'une niche dans laquelle on voit une statue de saint Martin à cheval, assez remarquable, portant la date 1601. L'écusson des Marguerye se trouve sous les pieds du cheval , ce qui prouve qu'elle a été donnée par un membre de cette famille (1).
Le mur méridional de la nef a été reconstruit de fond en comble par M. Delaunay. Nous avons fait , M. Victor Petit et moi , quelques observations sur les fenêtres cintrées ouvertes dans ce mur et qui ne nous ont pas paru d'un roman bien caractérisé (2). La tour, entre chœur et nef, occupe une travée spéciale comme les tours assez nombreuses que nous avons citées. La porte par laquelle on y entre est romane avec des archivoltes ornées de lozanges et de zigzags. Les étages supérieurs appartiennent au style ogival primitif. Le toit à double égout en pierre ne date vraisemblablement que du XVIe. siècle.
(1) Sur la porte de bois qui existait quand j'ai visité l'église de Formigny et qui , probablement , existe toujours , étaient deux écussons effacés avec un outil probablement pendant la Révolution, accompagnés de la devise : JSul ne s'y frotte.
(2) Séances générales tenues en 1848 par la Société française d'archéologie.
TOUK DE L fclCLISb DK FORMIGNY.
CANTON DE TRÉVlfcRES. 675
Le chœur, qui fait suite à la tour et qui se compose de trois travées voûtées, appartient au premier style ogival comme la tour , et les modillons de la corniche portent une arcature à plein-cintre avec sous-arcatures ogivales.
Une crédencc , composée de deux arcades en lancettes , existe dans le mur du sanctuaire , du côté de l'épître. Le chevet était autrefois éclairé par une grande fenêtre dans le style du XIVe. siècle , qui , comme tant d'autres , a été murée par suite de l'établissement du contre-rétable de l'autel.
L'église de Formigny est sous l'invocation de saint Martin. L'abbaye de Cerisy nommait à la cure.
Chapelle St. -Louis. Ce fut à Formigny que, comme chacun sait, fut livrée, le 15 avril 1450,1a sanglante et décisive bataille qui eut pour résultat de délivrer la France de la domination anglaise. M. Lambert a publié un mémoire trèsintéressant sur cette bataille.
Plus tard, un jeune savant, M. G. Villers , que nous avons eu plus d'une fois déjà l'occasion de citer , écrivit pour le Bulletin monumental un mémoire qui a été imprimé dans le tome XI de ce recueil et auquel nous allons emprunter quelques passages :
« Dans cette mémorable journée , le jeune Jean , duc de Bourbon, comte de Clermont, lieutenant-général du roi Charles VII , commandait l'armée française ; c'était son premier fait d'armes. Après l'action il fut armé chevalier sur le champ même de la bataille , où , vengeur fortuné des longs malheurs de son pays , il avait vaillamment combattu à côté du connétable de Richemont , de l'amiral de France , Piègent de Coëtivi, et d'un grand nombre de gentilshommes de Normandie et de Bretagne, accourus sous sa bannière. Moins heureux que lui , le chef des troupes anglaises n'avait sur-
vécu que pour assister à la défaite de ses soldats, et au nombre des prisonniers tombés au pouvoir des vainqueurs se trouvait messire Thomas Kyriel, chevalier de grand renom, suivant les Chroniques contemporaines.
« Pour éterniser le souvenir de sa victoire, autant que pour honorer la mémoire de ceux qui avaient succombé , le comte de Clermont, en i486, c'est-à-dire trente-cinq ans après l'action, fit ériger sur le lieu même de ses exploits, et sur les bords du ruisseau (1) dont les eaux avaient été rougies par le sang des combattants , une chapelle en l'honneur de Monsieur sainct Loys , chef et protecteur de la couronne de France , ainsi que le dit l'acte de fondation.
« Entretenus par l'effet de ses pieuses libéralités , deux chapelains la desservaient , offrant chaque jour leurs prières au Dieu des armées en faveur des victimes du combat.
« Celte fondation subsista jusqu'en 1789. A cette époque, devant la tourmente révolutionnaire qui entraînait avec elle trône et autel, le modeste, mais glorieux monument ne put trouver grâce : vers 1 793 il fut vendu comme bien national. Toutefois, la sainteté du souvenir qu'il était chargé de perpétuer et le respect général dont il était l'objet de la part de tous les habitants de la contrée , l'abritèrent contre les coups
(1) Ce fui sur l'emplacement actuel de la chapelle qu'eut lieu un des épisodes les plus importants de celte journée. Au commencement du combat, les Français avaient placé prés du pont deux couleuvrines dont le feu fit pendant long-temps beaucoup de mal aux Anglais: ceux-ci à la fin s'en emparèrent après une lutte acharnée; mais le Connétable qui accourait de Trévières, les enleva à son tour, ainsi que le pont occupé par l'aile gauche de l'armée anglaise ; dès lors le sort de la bataille, fut décidé. Une partie des troupes ennemies, sous les ordres de Mathieu God , battit en retraite sur Bayeux , où elle s'enferma dans le château, abandonnant ainsi Thomas Kyriel qui succomba bientôt après une résistance désespérée.
CANTON DE TRÈVIÈRES. 677
du génie destructeur. La chapelle St. -Louis devint un magasin à bois; elle devait rester long-temps affectée à celte profane destination; mais enfin elle était sauvée (1). Pendant la durée de sa courte , mais magique puissance , l'Empire avait eu assez que de songer à la consécration de ses gloires sans en chercher dans le passé ! Absorbé par ses luttes intestines durant tout le cours de son orageuse existence , le Pouvoir qui lui succéda, oublia aussi le monument commémoratif de la victoire remportée sur l'usurpation anglaise, monument qui , du reste , ne lui appartenait point , étant resté une propriété particulière. Cependant le dernier propriétaire, M. Duny, mu par un sentiment de généreux patriotisme , en fit hommage au roi Louis-Philippe , qui donna des ordres afin qu'une complète restauration vint sauver l'édifice élevé pour perpétuer la mémoire d'un des faits les plus glorieux de nos annales.
« La volonté royale a été obéie , et après des travaux exécutés avec une inconcevable lenteur , la chapelle St. -Louis de Formigny , enfin terminée , a pu être inaugurée le 2 du mois de décembre 18&5. »
Les restaurations faites à la chapelle n'ont pu être approuvées par les membres que la Société française d'archéologie avait chargés de les visiter. « C'est avec tristesse , dit M. G. « Villers dans le mémoire précité , que nous avons vu déna- « turer comme à plaisir le modeste, mais correct monument, « pour n'arriver à reproduire qu'un édifice rajeuni. — Sur « le milieu de la chapelle s'élève prétentieusement une cam- « paniie couronnée d'une sorte de toit coupé en gradins ,
(i) La famille Sansrefus l'acheta dans un louable but de conservation.
« comme on en voit en Belgique et en Allemagne. La cam-
CHAPIXLE S'.-LGUIS, A FOKMIGNY.
« panile primitive était sur le mur de face à l'entrée de la « chapelle , pourquoi ne pas l'y avoir rétablie ? »
Nous ne suivrons pas M. Villers dans les critiques qu'il a faites des restaurations de la chapelle St. -Louis deFormigny au sujet de l'ameublement , on les trouvera dans le XIe. volume du Bulletin monumental , p. 671 et suivantes. Je
CANTON DE TRÉVIÈRLS. 679
me borne à donner la vue de la chapelle telle qu'elle existe.
Borne monumentale commémorative de la bataille de Formigny, Dix ans avant la restauration de la chapelle St.- Louis , j'avais , avec la coopération de M. Lambert , érigé à mes frais la borne monumentale que l'on voit sur l'acotement droit de la route de Paris à Cherbourg , au sommet du coteau qui domine la chapelle St.-Louis, et à 226 mètres de distance de cet édifice. Cet emplacement a été choisi de préférence , parce que l'engagement décisif qui termina la bataille de Formigny eut lieu sur ce point et au passage du ruisseau , ce qui est attesté par les historiens contemporains et par les noms que portent encore aujourd'hui les pièces de terre voisines, désignées par les noms de Champ aux Anglais et de Tombeau des Anglais.
On lit sur la partie antérieure du monolithe l'inscription suivante, gravée en lettres capitales romaines de deux dimensions différentes :