‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 65 sur 296 · ER · texte numérisé non relu

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Au côté nord de la nef et du transept était le cloître maintenant détruit, dont le niveau était bien inférieur à celui de la nef; il communiquait avec cette dernière au moyen d'un escalier débouchant au milieu de la seconde travée du bas-côté Nord. Cette partie de l'église se nommait, on ne sait pourquoi, la Charbonnerie. Les voûtes du bas-côté sont en bois.

Une grande partie des bâtiments de l'abbaye sont détruits. Ceux qui restent sont occupés par le presbytère , les écoles et la gendarmerie. Dans les greniers du bâtiment occupé par l'école ; il existe encore quelques anciennes tentures ou toiles peintes.

Tous ces bâtiments ainsi que l'église sont en granit.

Château. L'emplacement de château que l'on remarque dans la forêt de St.-Sever est vraisemblablement un ouvrage du XIe. siècle, époque à laquelle cette contrée appartenait

aux vicomtes d'Avranches (1). Ce château n'a rien qni le distingue de ceux que l'on peut incontestablement rapporter au XIe. siècle. Cependant plusieurs écrivains lui ont attribué une origine bien plus ancienne, et il est regardé dans le pays comme l'habitation d'un certain Corbecenus , qui vivait au VIP. siècle , et chez lequel saint Sever aurait été domestique avant de devenir évéque.

« Quand Sever fut en âge de gagner son pain, dit l'his- « torien Trigan , dans son histoire ecclésiastique de Nor- « mandie, ses parents le mirent au service d'un grand « seigneur qui paraît avoir eu le gouvernement de cette « basse province sous nos premiers rois. Ce seigneur, appelé « Corbec, avait un château placé sur la pente d'une mon- « tagne, près de la Brevogne , petite rivière qui prend sa « source dans la forêt de Saint-Sever et va se rendre dans « la Vire , environ à une lieue au-dessous de la ville de ce « nom. Il aimait fort cet endroit, à cause de la commodité « des forêts et des pâturages, et y venait tous les ans passer « un temps considérable. Il y faisait nourrir une grande « quantité de cavales et de poulains , et la garde de ces « cavales fut l'emploi qu'il donna au jeune Sever (2). »

Il existe près du château un pré nommé Pré de Saint- Sever , parce que , dit-on , le saint y avait fait des miracles, et l'histoire rapportée par Trigan est encore très-répandue dans le pays. Les habitants appellent l'emplacement du vieux château le Château de Corbecenus.

(t) Ranulf Briquessart, vicomte deBayeux, était, au XIe. siècle, possesseur de ce château.

Renouf, vicomte du Bessin , avait pour cri de guerre, à la bataille d'Hasling :

Sl.-Sevcrl sire St.-Sever!

(2) V. l'Hist. ecclésiastique de Trigan.

Je n'ai nulle confiance dans la tradition précédente, car de ce que saint Sever habitait la contrée où nous trouvons le château, il ne s'ensuit point que cet ouvrage militaire existât alors, et tout porte à croire au contraire qu'il ne remonte pas aussi loin.

Il est question, dans le Roman de Rou de Robert "Wace, d'une famille de Saint-Sevcr, à laquelle il serait assez naturel d'attribuer ce château (1) ; mais M. Auguste Le Prévost ne pense pas que celte famille eût son établissement àSaint-Sever qui d'ailleurs, comme nous l'avons dit, appartenait , à cette époque , au vicomte d'Avranches (2).

Quoi qu'il en soit , si , partant du bourg de Saint-Sever, on suit le chemin qui conduit au Champ-du-Boult , on trouve sur le bord de la forêt , à 1/2 lieue du bourg, une langue de terre formée par la réunion de deux vallons étroits, et qui se termine en pointe. Le château dont je viens de parler était établi sur cette éminence.

Dans ce château , comme dans plusieurs autres , le donjon était au centre de la place, sur une motte en forme de cône tronqué. Il restait des deux côtés de la motte assez d'espace pour communiquer facilement d'une extrémité de la cour à l'autre.

A l'Ouest , vers les terres , une seconde ligne de remparts et de fossés formait une deuxième cour. L'ensemble de la forteresse offrait l'image d'un coin.

Un ruisseau coulant dans le vallon , où l'on voit encore un étang , n'était pas sans utilité pour la défense de la place.

J'ai publié le plan de ce château dans l'atlas de mon Cours d'antiquités (pi. LXV ).

(!) Cil de Saint-Sever de Caillie.

Roman de Rou, vers 13,659.

(2) Voir la note de M. Le Prévost sur le passage cité du Roman de Rou , édition de M. Pluquet, tome 2, p. 2i9.

Je suppose qu'il y avait d'autres douves dans le vallon marécageux , où je crois avoir distingué le barrage qui servait à maintenir les eaux. Ce barrage servait peut-être en même temps de chaussée pour accéder au château.

L'Hermitage. — A moitié chemin de St.-Sever au Gasl , caché dans un des replis de la forêt, se trouve un ancien couvent de Camaldules.

M. Bouet est allé le visiter et m'a remis quelques notes sur l'état des bâtiments qui subsistent :

Ces bâtiments sont d'une grande simplicité et n'offrent d'ancien qu'une petite fenêtre en accolade éclairant une salle qui servait de sacristie.

L'église porte la date de 1776 surmontée d'un écusson mutilé; elle a dû être bâtie par Augustin Le Ménager, de Montgautier , qui est qualifié , dans son épitaphe , de « restaurateur ». Les autres bâtiments ne paraissent guères plus anciens, et sauf une fontaine surmontée d'une statue et une porte d'entrée dont une statue de la Sainte Vierge enfermée dans une boîte occupe le tympan , rien dans ces constructions n'annoncerait un couvent.

L'église est précédée, à l'Ouest, d'un petit cimetière carré au milieu duquel s'élève une croix de granit, et elle se compose d'un vaisseau central dans lequel les divisions du chœur et de la nef ne sont pas indiquées (cet oubli d'un de» principes les plus importants de l'architecture religieuse , se remarque au reste dans plusieurs des églises de cette contrée) , et d'une petite chapelle formant transept au Sud.

Le devant de l'autel de celte chapelle est peint sur bois. Au milieu de rinceaux , une bonne peinture représente les disciples d'Emmaiïs.

« Le rétable , dit M. Bouet , est orné d'un bas-relief dans lequel on a réuni la Résurrection et les Saintes Femmes au

tombeau. C'est un assez bon morceau qui m'a rappelé les étables de l'abbaye de Lonlay. De chaque côté sont les statues de saint Léonor et de saint Germain.

« Le tableau du maître-autel , représentant l'Assomption , est un bon tableau malheureusement en mauvais état. On le regarde comme le type de ces nombreuses assomplions peintes aux environs de Vire par les de la Vente. Le rétable et le cadre sont assez beaux. De chaque côté de cet autel sont deux assez bonnes statues du siècle dernier , représentant la Sainte Vierge et saint Joseph.

« Outre deux mauvais tableaux représentant des abbés et une statue de saint Jean, il y a encore une Annonciation signée : f. lucas carmelita. pinxit.

« Ce tableau n'est pas dépourvu de mérite , mais paraît l'œuvre d'un peintre qui n'avait pas l'habitude des grandes toiles. »

L'église est entièrement pavée , sauf le sanctuaire et la chapelle , de tombes en granit comme on en rencontre tant dans l'arrondissement de Vire.

Je donne ici , d'après M. Bouet , dans leur ordre , celles qui ne sont pas cachées par les bancs.

On lit au haut de la nef :

C Y GIT Fre.

C Y GIT

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