COUPE DU CHATEAU DU PIN
trée , alla s'emparer du fort du Pin , défendu par Taupin du Mesnil et le fit détruire (V. Canel , Histoire de l'arrondissement de Pont- Audemer, t. II, p. 370).
Charles-le-Mauvais était seigneur de Pont-Audemer, c'était pour le Pin un voisin dangereux.
À ce premier château en a succédé un autre , qui mérite aussi de fixer l'attention. Il a été reporté de l'autre côté de l'église, vers le Faulq. Je crois qu'on doit l'attribuer au règne de Louis XIV.
Le principal corps de logis, avec deux gros pavillons formant ailes, est construit en briques et chaînages de pierre en bossages. Des lignes de briques noires vernissées dessinent dans le plein des murs des figures variées, comme losanges, etc. On y distingue aussi, dans un encadrement de pierre blanche faisant cartouche , si l'on peut s'exprimer ainsi , trois figures en briques noires que l'on peut prendre pour des maillets, et qui probablement ont une signification héraldique. Les combles , en ardoise , sont mouvementés par des lucarnes circulaires. Les pavillons sont couronnés par un bel épi en plomb repoussé. Les deux façades sont identiques.
Deux petits bâtiments, à usage de communs, forment deux ailes séparées ; mais je les crois seulement du règne de Louis XV.
Un puits avec armatures de fer contournées se trouve au centre du préau. Des avenues considérables existent encore.
Ce château n'est plus habité. L'une des salles, cependant, a conservé sur ses murs quatre magnifiques pans de tapisserie de haute-lice, à personnages, qui peuvent remonter au règne de Louis XIII.
CANTON DE L1SIEUX , ^lr'. SECTION. 61
La bordure qui les entoure se compose d'une série de médaillons contenant des petits sujets , répétés symétriquement dans chacun des quatre pans de tapisserie. Des inscriptions, tissées dans l'étoffe, indiquent la signification de ces représentations ; ce sont six des merveilles du monde :
M AN* • EPHBSI*. MAVSOL^VM •
TRMPLVM. PHAROS •
PYRAMIDES «CÏPTI ■ OLYMPY • IOVIS
SIMVLACRVM.
DABYI.OXIS • MVRÎ.
Les grands sujets, qui occupent le centre, sont aussi indiqués par des inscriptions :
ASDRVBAL. ROMANI*
FILIAM • SVAM* PVCSANIT.S •
REGI • SYPHACI • CVU • HAMBAI.F. • IV
IX • VXOREM • XT\ • PLVMRN • TUT.
TRADIT. IMAM . UCTI.
SAGVNTINÏ • ROMANI- POS T •
CQMBYRVNT • SVAS ♦ M VIT A • PR/KUA • TRI
OPES * DVM \MPHANTES • ROM
HAMRAL • RXPVGXA AM • REDEVÎNT.
RF.T ■ VRBRWT.
Les dessus de porte sont ornés de trumeaux à personnages peints sur toile, dans le genre de Bouclier. Ils ne sont pas sans valeur. Enfin une belle glace, en rapport par son style avec le reste de la décoration, surmonte la cheminée.
Ce château, qui ne mérite pas l'état d'abandon dans lequel il est laissé et le sort qui l'attend , a aussi son passé historique. Mgr. de La Feronnaye, dernier évêque de Lisieux , l'un des plus illustres prélats de ce siège, qui en compte tant d'illustres, y fit momentanément sa résidence pendant la tourmente révolutionnaire , avant son départ définitif de son diocèse. M. de Boismont , chanoine , archidiacre de l'église métropolitaine de Rouen, l'habitait déjà depuis quelque temps. M. l'abbé de Boismont, abbé commendataire de Gretain , au diocèse de Lisieux , avait été prédicateur du roi et l'un des Quarante de l'Académie. C'est lui qui avait fait, le 1er. juin 1781, dans la chapelle du Louvre, l'oraison funèbre de Marie- Thérèse , archiduchesse d'Autriche, impératrice douairière , reine de Hongrie et de Bohême.
Tout porte à croire que ce nouveau château du Pin a été construit par la famille Achard, qui possédait cette terre aux XVIIe. et XVIIIe. siècles. Divers actes originaux m'ont fourni les noms de noble seigneur messire Charles Achard, chevalier, seigneur et patron du Pin, y résidant; de messire Joseph Achard , prêtre; de François Achard. Les deux premiers firent leurs preuves de noblesse avec un autre de leurs frères, lors de la recherche de de Marie, en 1666. Charles Achard figure aussi dans V Armoriai manuscrit de d'Hozier avec Marie-Antoinette Le Petit , sa femme. Il eut probablement pour fils , dans tous les cas pour successeur, noble seigneur messire Marc- Au rèle- François Achard , chevalier, seigneur et patron du Pin et autres terres et seigneuries , demeurant en son manoir seigneurial dudit lieu du Pin , suivant des actes de 1703 et 1712. Maintenant cette terre appartient à Mme. du Prat , née de Nouant.
Il existe aussi sur cette même paroisse, tout près de l'église, une belle habitation moderne , construite il y a quelques années par M. du Hauvel. Elle est entourée d'un beau parc.
CANTON DE LISIEUX , lre. SECTION. 63
Ce château occupe remplacement d'un ancien fief, car on voit encore dans les dépendances un colombier octogone du XVIe. siècle ; mais j'ignore le nom qu'il portait.
Outre les familles qui ont déjà été nommées, les Recherches mentionnent plusieurs gentilshommes qui faisaient leur résidence au Pin, et probablement y possédaient fief. Ainsi, en 1666, avec les Achard , se trouvent inscrits : Philippe Le Mire, sieur des Forest, et Robert et Charles Le Bachelier, tous qualifiés d'ancienne noblesse.
Maladrerie. — Il y avait encore au Pin une maladrerie qui fut réunie, en 1698, avec les autres établissements de ce genre à l'Hôpital général de Lisieux. Le protocole d'un acte du 26 mai 1676 fournit le nom de « messire Joseph Achard, prêtre, bachelier en théologie de la Faculté de Paris, abbéadministrateur de la Madeleine du Pin , curé-recteur de la paroisse de Notre-Dame dudit lieu , prothonotaire du Saint- Siège apostolique, conseiller du Roy , aumosnier ordinaire de Sa Majesté. ->
En dépit de celte pompeuse énumération , la Madeleine du Pin ne fut jamais une abbaye , mais une simple léproserie d'un mince revenu.