‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 130 sur 203 · SAINT-PIERRE-SUR-DIVE { CHEF-LIEU · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE-SUR-DIVE { CHEF-LIEU

St-Pierre-sur-Dive , Espinetum , Sanctus Petrus super Divam , Sanctus Petrus Divensis.

St-Pierre-sur-Dive est une localité d'une certaine importance , une petite ville bien bâtie et dont les marchés sont très-considérables. Comme je l'ai fait pour d'autres villes , je déclare que je ne veux que jeter un coup-d'œil sur ses principaux édifices : donner l'histoire de la localité , nous conduirait beaucoup trop loin. Déjà M. Hurel a publié , il y a quelques années, un volume sur St-Pierre. C'est à M. Pépin,

aujourd'hui habitant de St-Pierre-sur-Divo , que revient tout naturellement le soin d'écrire une histoire complète de St-Pierre et de ses monuments , et nous pouvons compter sur son zèle pour accomplir cette œuvre.

St-Pierre doit, sinon son origine, au moins toute son importance, à l'abbaye de Bénédictins qui y a existé depuis le XIe siècle jusqu'à la Révolution.

Si l'on en croit la légende, il y aurait eu, dès le IXe siècle, une paroisse à St-Pierre-sur-Dive : elle s'appelait alors Lépinay ; le prêtre Vambert , qui desservait l'église , aurait été massacré par les Normands , qui remontaient les rivières et pillaient les villages riverains.

Pour trouver des documents certains sur l'histoire de St Pierre, il faut se reporter à la fin du Xe siècle.

Le frère de Richard If , Guillaume, fils de Richard-sans- Peur , était alors seigneur de St-Pierre ; il épousa Lesceline , fille de Turketil } gouverneur du château de Rouen , et reçut du duc Richard, son frère, le comté d'Eu et le gouvernement du Pays-d'Auge et du comté d'Ex mes.

Il faisait bâtir un château sur les bords de la Dive , dit la chronique , quand une femme de Vaux , qui allait en pèlerinage à Courcy pour y prier saint Ferréol ? s'arrêta à St-Pierre et déclara que le château qu'on construisait deviendrait bientôt une église consacrée à la Sainte-Vierge. Celte prédiction fit une certaine sensation. Le comte d'Eu mourut en 1011 , laissant sa femme et trois fils, dont un , Hugues, devait devenir évèque et gouverneur de Lisieux.

La comtesse Lesceline, peut-être influencée par le souwnir de la prédiction que nous venons de rapporter, fonda sur les bords de la Dive une communauté de religieuses bénédictines , et leur abandonna le château que son mari avait fait construire. Mais elles eurent peu à se louer de leurs rapports avec les habitants du ,pays ; elles demandèrent , au bout de quelques années, à être transférées à St-Désir de

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Lisieux , où la comtesse Lesceline possédait des terrains. Leur demande fut agréée et la translation se fit vers 10^6. La comtesse songea ensuite à remplacer les religieuses , par des moines. Isembard , abbé du Mont-Ste-Catherine de Rouen , lui envoya quelques bénédictins qui , sous la direction d'Ainard , s'établirent à Nolre-Dame-de-Lépinay de St-Pierre-sur-Dive; la cérémonie de l'installation eut lieu avec pompe en présence de Guillaume-le-Conquérant et de Henri Ier, roi de France ; après quelques difficultés élevées par les évêques de Séez et de Lisieux , l'établissement des bénédictins à St-Pierre et la translation des bénédictines à St-Désir furent définitivement approuvés par ces prélats. La comtesse Lesceline , à la fin de sa vie , prit le voile à St- Désir ; elle le reçut des mains de son fils Hugues , alors évoque de Lisieux, et mourut dans ce monastère en 1058. Elle fut enterrée dans l'église de l'abbaye , à St-Pierre ; Hugues accompagna le corps de sa mère et l'abbé Ainard célébra les funérailles.

En 1067, l'abbaye de St-Pierre, enrichie de nouveaux terrains, fut établie dans des constructions plus vastes ; la consécration de la nouvelle église eut lieu en présence de Maurille, archevêque de Rouen, des évêques de la province et de Guillaume-le-Conquérant.

Le mérite de l'abbé Ainard avait beaucoup contribué à la prospérité et à l'accroissement rapide de l'abbaye ; il la gouverna jusqu'en 1078 , époque de sa mort. Je n'ai pas plus l'intention d'écrire l'histoire de l'abbaye de St-Pierre que celle des autres abbayes du département. Le Gallia christiana , les Cartulaires fournissent, à ceux qui voudront s'en occuper, de nombreux documents ; et, pour l'histoire de celte abbaye comme pour celle de Ste-Barbe (1), il existe une

(1) M. Guilnieth a publié, sur St-Pierre, un Précis qui n'a pas élé achevé ; ce Précis se compose de 48 pages in-8°.

histoire manuscrite de l'abbaye, divisée eu plusieurs livres.

L'église, consacrée en 1067 , fut incendiée, en 1105, par Henri Ier qui, trompé par l'abbé de St-Pierre et invité par lui à souper à l'abbaye , la trouva garnie par les troupes de Robert-Courte-Heuse , son frère , avec lequel il était en guerre. On commença à reconstruire l'église trois ans après. M. de Glanville a publié , avec un commentaire très-intéressant , la lettre souvent citée de Haimon , abbé de St-Pierresur-Dive , aux religieuses de Tenkesbury , pour leur annoncer avec quel zèle la foule , composée du peuple et des personnes les plus notables , s'attelait sur les chariots pour transporter les matériaux nécessaires à la construction de l'église (1). Ces faits se passaient dans la première moitié du XIIe siècle, avant 1U0.

Il est difficile d'indiquer ce qui reste aujourd'hui des constructions d'Haimon ; au XIIIe siècle, l'abbaye fut presque entièrement reconstruite ; les travaux étaient en grande activité dans la seconde moitié de ce siècle , puisque l'archevêque Odon Rigaud , faisant sa visite de l'abbaye (1255) , visite dans laquelle il trouva 38 moines, dit que la clôture ne pouvait être observée à cause des ouvriers qui travaillaient aux constructions : Claustrum non bene servatur propter operarios. De grands travaux furent faits plus tard, au XIVe siècle et au commencement du XVIe.

L'église abbatiale de St-Pierre-sur-Dive est aujourd'hui celle de la commune. L'élévation ci-jointe ( page 538 ) montre que cette église a trois tours, deux à l'ouest et une sur le (ransept ; que la grande nef est garnie de bas-côtés; que les bas-côtés font le tour du chœur et donnent, à partir des transepts , accès à plusieurs chapelles qui rayonnent autour de l'abside. Mais le plan par terre montrera mieux

(i) V. Dom Bouquet, Uistoirc des Gaules, t. XIV.

encore toutes ces dispositions: en l'examinant, on reniai -

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