‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 131 sur 203 · V. Petit del · texte numérisé non relu

V. Petit del

plan de l'église abbatiale de saint-pierre-sur-dive. quera d'abord le peu de saillie des transepts; à l'est de chacun

5£l0 STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

d'eux existe une chapelle carrée qui s'ouvrait sur le transept ; dans cette partie, les arcades des bas-côtés ont été fortifiées au XIVe siècle par des remplissages ou arcs destinés vraisemblablement à alléger le poids de la tour centrale.

Les chapelles placées autour du chœur ont une sailie considérable, se détachent complètement les unes des autres et se terminent par des absides garnies de contreforts.

On peut analyser ainsi l'édifice d'après ses caractères architectoniques : la façade occidentale, en y comprenant les tours, doit être de trois époques, en faisant abstraction de quelques parties refaites : ainsi , la tour du sud ou de St- Michel est du XIIe siècle probablement. Le sommet seulement a été réparé ; la tour du nord est du XIVe siècle.

L'enlre-deux des tours, qui est du XIVe siècle, a reçu au XVIe une niche élégante qui renfermait une statue de la Sainte-Vierge.

Si l'on examine le même entre-deux, à l'intérieur de la nef, on verra desarcatures élégantes dont les colonnettes à doubles bouquets de feuillage sont tout-à-fait caractéristiques du XIVe siècle ( V. la page suivante ). L'orgue nouvellement placé masque aujourd'hui cette partie, qui était une des plus intéressantes de l'édifice au point de vue de la sculpture. On doit regretter que la grande et belle fenêtre occidentale qui surmonte cette arcature soit également dissimulée par la tribune et la boiserie de l'orgue : cet instrument eût été mieux placé dans une arcade près du transept.

Si nous avançons dans la nef, nous verrons qu'elle appartient au XIIIe siècle pour les parties basses ( 1er étage et triforium), à la fin du XVe ou au XVIe siècle pour les parties supérieures (clérestory et voûtes). L'élévation d'une des travées de la nef montrera ces deux époques (V. la page 5&2 ). Les fenêtres flamboyantes du clérestory sont toutes assez élégantes , divisées en quatre baies ; elles présentent quelque

SréCTMP.N DES ARCATCRF.S Qli GARNISSANT LE MUR OCCIDENTAL DE LA NP.F

A I.'iN'mill.l II.

A, B , C. Coupes des saillies des rolonues et des moulures de la frise

variété dans leur tracerie.

ItV' Peut-être sont-elles dues mvm

à Jacques de Silly. JmS

Jacques de Silly fut jgj|,| nommé abbé de St-Pierre j en 1 5 0 1 ; il occu pa ce siège jusqu'en 1538.

Il fit faire des travaux d'une grande importance, tant pour la consolidation de l'édifice que pour son embellissement. Aussi ses armes se voient-elles de tous côtés ; elles sont cinq fois reproduites sur les i deux premières croisées du j clérestory de la nef; et elles s'y trouvaient primitivement huit fois; il y avait un écusson dans chaque baie. On remarque encore le même écusson sur la clef de voûte de la deuxième travée de la nef, parce que ce fut lui qui fit édifier ces voûtes. A la troisième , quatrième et cinquième clef de voûte , ce sont les armes de personnes mariées appartenant à la famille de Silly , qui ont été bienfaitrices de l'abbaye.

CNE TRAVEE DE LA TSEF DK SAINT-PIERRE.

Àfrivés à l'entrée du chœur , nous verrons dans le passage qui communique au transept du nord quelques colonnes romanes , et des appareils à larges joints qui pourraient bien être un reste des constructions du XIe siècle. On voit aussi , du côté opposé , des traces d'une maçonnerie à larges joints dans les reconstructions postérieures.

Le chœur comme la nef (sauf les voûtes et le clérestory) et les chapelles qui l'entourent , annoncent le XIIIe siècle. Mais les voûtes du chœur , les voûtes et les fenêtres des deux chapelles qui avoisinent la chapelle absidale , sont du XVIe ou de la fin du XVe, et appartiennent à la grande restauration que je signalais dans la nef.

Ce coup-d'œil général donné, nous ferons remarquer que la tour établie sur le transept , ouverte à l'intérieur et terminée par un toit couvert d'ardoises, appartient également au XIIIe siècle.

On ne voit d'architecture romane que dans les piliers qui portent la tour centrale, du côté du nord, et dans une des tours du portail ( côté du sud).

Les colonnes qui ornent les piliers de la nef ont des chapiteaux couverts d'une seule feuille de vigne, épanouie sur la corbeille , système très-simple que je n'ai pas souvent vu employé ; les chapiteaux des colonnettes sont garnis de trois feuilles. Les sculptures ont été très-sobrement distribuées et n'ont rien de très-remarquable à St-Pierresur-Dive.

Pavé émailté. — Le magnifique pavé en briques émaillées, qui occupe le sanctuaire ( Voir la page suivante), est peutêtre ce que l'église de St-Pierre offre à présent de plus intéressant , quoique depuis trente ans il ait perdu beaucoup de son éclat par le peu de soin qu'on a pris de le- couvrir.

Signalé d'abord par moi il y a bien longtemps , puis des-

PARQUET DU SANCTUAIRE M Abstraction faite des larges bandes en pierre calcaire blanche, qi

R-DII ! ' U.VAPOS ), quatre parties et qui tont indique» s ici par de simples lignes. 55

sine par M. Victor Petit, il a depuis été étudié par plusieurs archéologues très-instruits, notamment par M. Ramé, de Rennes, qui lui a consacré un article dans les Annales archéologiques de M. Didron.

Des cerfs passants, des fleurs de lis, des aigles à deux têtes, des lions, des chimères forment l'ornementation principale des carreaux, avec des feuillages, des fleurons et d'autres figures d'un très-beau style.

Deux couleurs existaient dans celte rosace : le jaune et le noir; les figures sont jaunes sur fond noir, noires sur fond jaune, et l'on a disposé avec intention ces oppositions de teintes pour varier l'effet des mêmes formes dans les rangs circulaires concentriques. Ainsi, les carreaux dont les fonds sont de diverses nuances alternaient entre eux , ce que M. Victor Petit a essayé d'indiquer dans le dessin précédent en ombrant les fonds de couleur brune et détachant en clair les fonds jaunes ; seulement cette alternance n'est pas régulière partout à présent , et cela tient sans doute aux dérangements qui ont eu lieu lors du remaniement des pièces quand le pavé a été réparé.

Pour le jaune, on a étendu sous la couverte de plomb une couche mince de terre blanche formant transparent qui, après l'usure de rémail , a persisté sur beaucoup de pavés; pour le noir, le transparent est une terre qui se détache de la pâte de la brique, quand on la regarde à l'aide d'une cassure, et qui très-certainement a été appliquée après coup.

La rosace est coupée en quatre parties égales par deux bandes en pierre calcaire : l'une dans l'axe du chœur, l'autre perpendiculaire à cet axe et dont l'intersection occupe le centre du cercle.

La rosace était au milieu d'un carré de pavés émaillés. On retrouve, dans les pavés qui composent cet encadrement , à peu près les mêmes sujets que ceux de la rosace : ainsi , des

CANTON DE SAINT-PIERRE-SUK-EMYE. 5/l7

lions, des fleurs de lis, des cercles entrelacés, ornés de diverses

SPÉCIMEN DES CARREAUX D'UN DES COMPARTIMENTS DU PAVÉ ENCADRANT LA ROSACE DE SAINT-PIERRE-SU R-DIVE.

figures dans leurs intersections; des chimères, des aigles à deux têtes s'y retrouvent avec quelques autres ornements.

Stalles. — Les stalles sont remarquables par leur bel état de conservation ; elles sont couronnées de leurs dais , et si l'on a cru devoir les couvrir d'une couche de peinture jaune pour masquer la couleur noire du chêne , il serait possible de leur restituer leur couleur naturelle.

Ces stalles, qui garnissent les deux côtés du chœur jusqu'à la belle rosace du sanctuaire dont je viens de parler, ont 8m de longueur, lm,68 de profondeur et 2"\70 de hauteur.

Elles offrent deux rangs de sièges de chaque côté ; on accède au rang supérieur par trois portes , une médiane et deux latérales. Il y avait primitivement douze sièges et onze seulement au rang inférieur. Mais, au siècle dernier, les religieux eurent la fâcheuse idée de supprimer quatre sièges

STALLES DE SAINT-PIERRE-SDR-MVE.

pour faire élever deux pyramides tronquées , surmontées de boules , à la mémoire de leur premier abbé.

Ces applications sur les piliers qui supportent la tour, à l'entrée du chœur , sont du plus mauvais goût et de l'effet le plus déplorable.

On se demande ce que signifient les attributs de la musique sur ces espèces d'obélisques : il paraît que l'on a voulu rappeler par là que l'abbé Ainard était musicien.

Les stalles sont séparées les unes des autres par des accotoirs. Le dossier des sièges supérieurs est orné d'une arcade trilobée, reposant sur une colonnette carrée, qui indique la séparation de chaque place. Les sièges des quatre extrémités étaient autrefois plus larges que les autres, et deux arcades trilobées étaient figurées sur un seul panneau.

Le couronnement, en forme de dais, est surmonté d'une galerie à jour dans le style gothique flamboyant.

Les sièges inférieurs sont moins larges que les précédents : leur séparation est la même; un animal fantastique ailé se voit sur le premier accotoir à droite et à gauche.

Dix panneaux différents ornent les côtés des entrées. Sur deux panneaux qui se trouvent à rentrée du chœur , on voit les armes de l'abbé qui les fit construire ( Jacques de Silly ) surmontées d'une crosse tournée en dedans , qui sont : d'hermine à la fasce vivrèe de gueules , surmontée en chef de 3 tourteaux de même.

Quatre statuettes se voient aux extrémités des stalles , dans une arcade à plein-cintre :

A droite en entrant /saint Benoît est représenté debout, la figure austère , tenant de la main droite un livre qu'il appuie contre sa poitrine ; de la main gauche , il lient une crosse qui a été brisée. Il est vêtu d'une tunique recouverte d'un manteau à larges plis.

A gauche, la Sainte-Vierge (décapitée) tenant de son

bras gauche l'Enfant-Jésus endormi sur son sein; de la droite, elle soutient une draperie qui lui recouvre les épaules.

Dans le fond et à droite, sainte Marguerite , la tête voilée, terrasse un dragon ailé , en appuyant son genou gauche et le pied droit sur le dos du monstre , qui se retourne pour la mordre ( le bras qui tenait une lance a été brisé).

La statue de saint Paul lui fait pendant , elle est de plus grande dimension que les trois précédentes. La tête chauve est ornée d'une longue barbe, divisée symétriquement en deux parties égales ; il appuie ses deux mains sur une longue épée.

Les miséricordes offrent de l'intérêt par la variété de leurs sujets ; elles ont été dessinées par M. Pépin.

Vitraux. — Il reste de curieux débris des vitraux qui garnissaient autrefois toutes les fenêtres; ils sont de deux époques. M. Pépin les a étudiés avec attention.

Les débris qu'on voit encore dans quatre des fenêtres du bas-côté nord, et dans les fenêtres du transept sud, remontent au XIIIe siècle. Ce sont des grisailles. Au bas des baies de chaque panneau on voyait la représentation du donateur , qui est toujours à genoux, dirigé vers le chœur, offrant pieusement à Dieu son vitrail qu'il élève entre ses mains; une inscription accompagnait chacun de ces donateurs. Tout ceci est bien mutilé.

La bordure était formée de crochets jaunes, bleus ou verts sur fond rouge , ou de fleurs de lis d'or sur fond d'azur, qui est de France , ou de châteaux à trois tours d'or sur fond de gueules , qui est de Castille. Une série de cercles blancs contigus formait, dans la plupart des panneaux, une seconde bordure concentrique à la première.

Le fond présente ordinairement , dans chaque carreau en forme de losange, un simple trait noir reproduisant une fleur de lis ornée , ou une branche trifurquée terminée par des

feuilles enroulées autour de fruits, dont la base repose sur un espace triangulaire de couleur bleue ou jaune. Quelquefois il existe au bas un dessin qui se correspond d'un losange à l'autre, et au milieu une rangée verticale de roses de couleurs variées encadrée dans un espace alternativement circulaire et losangique.

A la première baie de la quatrième croisée du bas-côté gauche, en commençant par l'extrémité orientale , on voit le donateur ou la donatrice le front ceint d'un chaperon , avec jugulaire ; le justaucorps est recouvert d'un manteau couleur marron. Ce personnage est placé sous une arcade à plein-cintre, soutenue par deux colonnes ornées de chapiteaux feuilles , entourée d'une muraille surmontée d'une inscription à peu près illisible , en lettres capitales du XIIIe siècle.

Dans des réparations maladroites , on a placé , au-dessous de ce personnage , un autre donateur la tête en bas , surmonté d'une inscription sur laquelle on ne lit que :

. ERTV . EVILA

Peut-être Robertus de Tievitla.

A la deuxième baie de la même croisée, M. Pépin, à l'aide d'une lunette, a lu, au-dessus du donateur :

GERVASIV EDUNVILA

Ce qui pourrait désigner un Gervais de Donville.

A la troisième travée , on reconnaît facilement un moine à sa tête tonsurée et son froc gris.

Les lettres suivantes

DOM MCAII... o

désignent , sans doute, un Richard.

A la cinquième travée , le donateur est probablement un moine : il a la tête et le corps recouverts d'une draperie jaune ; une inscription mutilée indique son nom :

ROBERT PATK.

Un fragment de grisailles de la môme époque se voit encore dans la grande fenêtre arrondie et à trois baies qui éclaire le bas-côté du chœur , entre le transept et les chapelles rayonnantes de l'abside.

Dans les cinq chapelles qui rayonnent autour du chœur, en formant autant d'absides , on ne remarque à la première chapelle à droite , dédiée à saint Roch, qu'un fragment de bordure formée d'une tige enroulée et feuillée.

Dans la deuxième chapelle , consacrée à saint Sébastien , dont les vitraux sont du XVIe siècle , on remarque dans les trois compartiments flamboyants de la croisée du milieu , le supplice de saint Sébastien. De chaque côté , un homme , le corps incliné , bande un arc pour diriger une flèche sur le corps du Saint , qui est représenté nu , attaché à un poteau , les mains derrière le dos , le corps percé de flèches, dont la plupart y sont restées fixées. Des dais gothiques sont peints dans le haut de chaque baie.

A la troisième chapelle, celle de la Vierge, dit M. Pépin, on voit, dans une croisée adroite, un écusson, qui est celui du cardinal de Bourbon :

D'azur à trois fleurs de lis d'or brisé d'un lambel de gueules.

Charles de Bourbon, cardinal de Chrisogone , fut abbé de St-Pierre de 1558 jusqu'à 1573.

Les armes de l'abbé de Rupierre se voient dans la croisée du fond ; il portait : paie d'or et d'azur , surmonté d'une crosse tournée à droite.

Robert de Rupierre fut élu abbé au XVtt siècle, il mourut en 1447.

La quatrième chapelle, dédiée à sainte Barbe, est ornée de vitraux du XVI* siècle.

Le blason de Rupierre se voit reproduit une deuxième fois dans la croisée du fond.

A gauche, on remarque l'écusson suivant, surmonté d'une crosse : d'argent à la bande d'azur , chargé de trois chevrons renversés, à pointe mousse du même métal , accompagnés de deux oiseaux de sable.

La bordure des vitraux est formée de^ bandelettes entremêlées avec des feuilles découpées.

La sacristie , située à gauche, et qui autrefois était, comme nous l'avons dit, une chapelle annexée au transept, est éclairée par deux grandes croisées à quatre baies et à compartiments flamboyants , dans lesquels on voit des débris de vitraux du XVe siècle.

Dans le chœur, quatre croisées offrent aussi des fragments de vitraux du XVe siècle à leur partie supérieure. Ce sont des anges qui descendent du ciel que l'on voit constellé d'étoiles , et portant de longs phylactères.

Sur le vitrail du milieu du chœur , trois anges tiennent chacun un phylactère écrit ; celui du milieu a la chevelure divisée symétriquement et frisée ; une mèche de cheveux se dresse au-dessus du front.

Sur le vitrail gauche , un ange tient aussi un phylactère écrit; les quatre autres tiennent chacun des couronnes.

Dans une autre croisée plus à gauche , on ne voit que des anges qui apportent des couronnes.

On remarque encore quatre blasons , reproduits chacun deux fois sur les vitraux du chœur. L'un est : d'argent aux trois tourteaux de gueules à la bordure chargée de onze bcsans du même métal ;

Le 2e : de sable à deux fasces d'argent , accompagné en chef de trois étoiles du même ;

Le 3e : de sable à la bande d'or accompagnée de six coquilles du même , en orle ;

Le ke : de gueules à la croix d'argent cantonnée, dans chaque quartier , de cinq étoiles d'or , dont mie au milieu.

Ces blasons existent encore sur les clefs de voûte de la même partie de l'édifice , où ils sont sculptés et peints; mais ils ont subi de grandes mutilations. Ce sont évidemment ceux des personnages qui ont construit les voûtes et fait les vitraux de cette partie çle l'église.

Tombeaux. — Dans le transept septentrional, on voit un monument funéraire formé par une arcade à plein-cintre trilobée , pratiquée dans l'épaisseur du mur , destinée à recevoir une statue. Les caractères architectoniques de ce petit monument indiquent le XIVe siècle. (V. la page suiv.)

Cette arcade est peu profonde ; la voussure est ornée de nervures qui se croisent et retombent sur quatre colonnettes , deux en avant , deux en arrière. On a sculpté une rose à pétales dans l'espace triangulaire qui existe entre les lobes de l'arcade et le sommet du fronton.

Dans le chœur , du côté de l'évangile , on a gravé une dalle tumulaire en l'honneur de la fondatrice de l'abbaye , la comtesse Lesceline , pour recouvrir des ossements que l'on a attribués à cette princesse.

Cette dalle , quoique d'une époque peu reculée , est actuellement très-fruste ; elle est entourée d'une bordure autour de laquelle s'enroule un ruban ; des feuilles découpées ornent les angles et se voient aussi au milieu de chaque face. On remarque , en tête , un blason dont on ne distingue plus que le fond d'azur.

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