IRVILLE
L'église de Berville a été reconstruite par parties à diverses époques, et ses murs n'offrent pas de caractères précis ; mais il paraît qu'une église avait existé là dès le XIIe siècle , car la porte conservée avec quelques parties des murs primitifs dans le mur occidental actuel annonce cette époque, et l'archivolte est bordée d'un larmier portant la moulure que voici.
Du reste, cette porte est très-simple et sans colonnes.
La plupart des fenêtres de la nef et du chœur sont modernes et carrées ; on vient d'en refaire deux de forme ogivale, à deux baies , dans la nef.
Une fenêtre de la nef (côté sud), quoique de forme carrée, peut dater du XVIe siècle; elle est bordée d'un tore qui se prolonge sur les quatre côtés de cette ouverture.
Le mur du chevet paraît plus ancien que les murs latéraux; on y voit une fenêtre ogivale qui a été bouchée.
L'église de Berville est voûtée en bardeaux. Un clocher en bois recouvert d'ardoise ou d'essente existait à l'extrémité de la nef, à l'entrée du chœur ; on vient de le supprimer, je ne sais pourquoi , et l'église n'a plus de tour.
M. Besnou, membre de la Société française d'archéologie, a bien voulu nous donner le texte de deux inscriptions tumulaires, rétablies par ses soins à l'intérieur de l'église; la première, devant l'autel Si-Jacques, est ainsi conçue:
CI GIT NOBLE DAMOISELLE CATHERINE JEAN EN SON VIVANT FEMME D'EXMES DE MAI ECUYER Sr DES ESSARS LA QUELLE DÉCÉDA LE 2e DE
7bre 1656.
Il y a sur la tombe un écusson composé d'un lion et de deux étoiles.
Voici la seconde , devant l'autel de la Vierge :
CI GIT EXMES DE MAI ECUVER ST DES ESSARS CONSEILLE!» DU ROI CON- TROLEUR eleu fn l'élection de falaise le quel décéda le 6 de 9** 46x2.
Je possède, m'écrit M. Besnou, l'acte authentique passé le 21 août 1657 devant Noël Le Poutrel et Louis Marguerin , tabellions royaux pour le siège et tabellionnage de St-Pierre-sur-Dive, par lequel « 16 paroissiens dénommés « de Berville , pour eux et les autres paroissiens absents , « ont baillé en pure fieffé et à rente inéquitable, à Exmes « de May écuyer , sieur des Essais , pour lui et ses hoyairs « et ayant cause, une portion de terre à prendre dans l'église « paroissiale de Berville, au costé de lepistre , vis a vis cl « contre Ihostel saint Jacques, de onze pieds de longueur « et huict de large , pour par le dit sieur des Essais la « faire clore et ballustrer, et y prendre séance lui et les « siens ; après leur deceds y être inhumés sans payer aucun « terrage. La ditte fieffé ainsi faitle moyennant le prix et « somme de sept livres deux sols dix deniers tournois de m rente foncière et perpétuelle , que le dit sieur des Essars « pour lui et les siens , c'est obligé faire et payer chacun an « au trésor de la ditte églize. »
Il paraît, continue M. Besnou, qu'antérieurement, des membres de la famille de May avaient déjà été inhumés dans l'église, car j'ai, jointe à mes titres anciens, une vieille copie de la donation d'un pré de l'Aumône d'où il résulte :
« Que toute la famille de May, dont les membres sont dé-
« nommés, donnent, pour satisfaire au vœu de feu leur frère,
« le 22 juin 1654, et afin de participer aux prières qui se
« font en l'église de Berville en laquelle sont inhumés leurs
« défunts père, mère et frère, au curé de ladite église une
« portion de terre en herbe, contenant environ trois vergées
« et jouxtant le cimetière , pour dire à perpétuité une messe
« au jour où fut inhumé feu Jacques de May , sieur de la
« Bigne, qui est le U novembre 1641 ; une le 26 février,
« jour où Charlotte Voine , leur mère , fut inhumée, et trois
« messes le 19 novembre, jour où Pierre de May, leur frère,
« fut inhumé ; la dernière doit être de Requiem, chantée en
<( plain -chant et dite par le curé de Berville ou son vicaire. »
Cette note ajoute que Jean de May ayant eu deux enfants :
le premier , Exme de Mai , sieur des Essarts , contrôleur aux
aides et tailles à Falaise, que représentent les sieurs delà
Bertrie; le deuxième, Jacques de Mai, sieur de la Bigne, que
représentaient M. Dunot-Duquesnay et autres ; les deux frères
ont partagé sa succession en 1600.
A la suite de ces copies et mentions, se trouvent copiées les épitaphes des tombes qui sont dans la chapelle de Berville. En 1865, l'épitaphe de la femme existait presque en entier, et il a été facile , à l'aide de ces notes , de retrouver la trace de quelques lettres plus ou moins altérées ou effacées par le frottement des chaussures. Toute la partie de derrière , garantie par l'autel, était, telle qu'on la voit encore, parfaitement intacte.
Seulement, en 1864 et 1865, on a eu la fâcheuse idée de recouvrir ces pierres par la première marche d'autels en bois sans style , en plaçant ces autels en biais au lieu de les appliquer sur le mur comme étaient les précédents. M. Besnou a profité du moment où on allait compléter ce regrettable travail , pour faire rétablir les deux inscriptions par M. Dupont, sculpteur à Caen.
Il résulte de là que l'inscription de la femme , telle qu'elle
CANTON DK SAINT-PIERRÊ-SUR-DIVE. 573
existe, est bien parfaitement authentique, sauf les quelques lettres effacées et retrouvées à l'aide de la note dont il vient d'être parlé. C'est de cette fidélité certaine pour l'inscription de la femme, que l'on est parti pour croire à la fidélité de celle qui concernait le mari et que l'on a fait regraver en entier, car il ne restait aucun vestige de l'ancienne inscription.
Quelques tombeaux se voient dans Je cimetière. Le plus remarquable est celui de M. Dutilleul, décédé il y a peu d'années.
Berville dépendait du diocèse de Séez , de l'élection de Falaise , de la sergenterie de St-Pierre-sur-Dive ; on y comptait 60 feux.
Manoir de Berville appartenant à M. Besnou. — Le manoir de Berville , dont je donne un croquis fait par M. Bouet (V. la page suivante), date du XVJ Ie siècle. On entre dans la cour par deux portes cintrées à bossages, l'une pour les piétons, l'autre pour les charrettes ; la plus grande a perdu son cintre : on l'a démoli, je suppose, pour faciliter l'entrée des charrettes. Les montants ont été conservés et surmontés d'un couronnement semblable à celui des piliers modernes; mais la petite porte est intacte et la grande n'en différait que par sa hauteur et sa largeur.
D'après les renseignements que je dois à M. Besnou, cette maison ne paraît pas sortie de la main de ceux qui l'ont fait bâtir, ou de leurs successeurs. Elle porte sur une fenêtre de grenier de la façade, dans sa partie antérieure, la date de 1666. J'ignore si c'est là la date de son origine ou si elle remonte à une époque plus reculée. Elle doit pourtant remonter plus haut , puisque ses possesseurs se font enterrer dans la chapelle dès 1656.
Elle est entrée par succession dans la famille Gigon , à la date du 15 décembre 1688, en vertu d'un acte de partage que
57ft STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.
possède M. Besnou , entre « M,e Fleury Philippes , prêtre , « curé de St-Laurenst et maistre Ollivier Gigon, sieur de « Livet , advocat à Falaise , héritant de maistre Sebastien « Demay , sieur Dubut , conseiller du roi esleu à Falaize. »
Olivier Gigon eut le premier lot , et dans ce premier lot, avec les autres bâtiments de la cour, se trouve la maison étant le logis;
Plus la chapelle fieffée en l'église de la paroisse , parce qu'il paiera la rente due pour icelle. (Chapelle fieffée à Exmes de May en 1657. )
Elle est entrée dans la main de M. Stanislas Gigon La Bertrie, par suite du partage fait entre lui et M. Alphonse, son frère , des successions de Charles-François, leur père , et de Sébastien Noël, leur oncle. Enfin elle est échue à Mme Besnou, née Flavie Gigon La Bertrie, par suite du décès de son père, mort le 9 novembre 1851, membre de l'Assemblée législative.
M. Besnou a trouvé à l'intérieur de ce manoir , près des murs, des pavés émaillés qui avaient été garantis par les meubles et dont il a fait paver une antichambre, en reproduisant le dessin primitif. On accède à celte antichambre par un escalier en pierre, construit en spirale dans une tourelle à pans surmontée de deux épis.