‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 169 sur 203 · CHAPELLE DE LA PIPARDIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPELLE DE LA PIPARDIÈRE

tous les caractères du style flamboyant de la meilleure époque. Le dessin , de M. Bouet , peut dispenser de toute description.

Cette chapelle ne sert plus au culte, et elle a perdu tout son mobilier. Une belle tribune, dont l'appui se composait de panneaux sculptés, représentant les ' douze Apôtres, séparés

par des pilastres cannelés, dans le goût de la Renaissance , vient d'être enlevée par le propriétaire et transportée dans l'église de Soquence; ces boiseries étaient remarquables.

La charpente , visible à l'intérieur , mérite une étude approfondie. Les enlraits sont sculptés, sur toutes leurs parties, d'oves, d'entrelacs, et de ces capricieuses décorations familières aux artistes du règne de François Ier. Les sablières sont également sculptées, et quatre blochets dont l'extrémité figure des mascarons remplacent, aux angles de l'abside, les enrayures que l'on rencontre ordinairement. La charpente du clocher est restée aussi visible , jusqu'au haut de la flèche : l'œil s'égare, non sans plaisir, au milieu de ce labyrinte de pièces de toute dimension , dont plusieurs sont sculptées , et dont l'ensemble est un magnifique spécimen de l'art du charpentier II faudrait un grand nombre de dessins pour en donner une idée (1).

Le fief de La Pipardière doit son nom à la famille Pipart , distinguée au XIIe siècle et qui a possédé aussi la terre de Manneville-la-Pipard , près de Pont-l'Évêque. Gilbert Pipart était dapifer de Milon Crespin , en 1107. Un de ses descendants épousa une fille ou petite fille de Goscelin Crespin, baron de Livarot, et il paraît en avoir reçu un démembrement de cette terre où il fit construire un manoir , qui fut nommé La Pipardière. Ce fief appartenait , en 1^27, à Jean de La Haye , descendant par les femmes des Pipart. Un de ses successeurs , Philippe de La Haye , sieur de La Pipardière, était en procès en 15^2, contre Nicolas d'Arces, baron de Livarot, qui lui disputait le droit d'avoir banc et séance dans le chœur de l'église de cette paroisse : ce procès, porté au Parlement de Normandie, ne fut terminé qu'en 1601 , par un arrêt favorable aux prétentions des barons

'A) Notes de M. Ch. Vasseur.

de Livarot. La famille de La Haye, alliée à celles de Hautemer, de Tournebu , de Courseulles , s'éteignit dans le cours du XVIIe siècle, dans la maison de Fresnel, qui a possédé la terre de la Pipardière, jusqu'à la Révolution. Elle a appartenu depuis à Mn,e de La Rivière, et est aujourd'hui la propriété de ses héritiers, MM. du Val de Bonneval.

Château moderne. — Le château de Neuville , situé sur le penchant du coteau qui domine le côté droit de la vallée , est un des plus considérables du département et des mieux situés: il a été construit en 1824, par feu M. le marquis de Neuville, pair de France, dans le style qui était alors à la mode : aujourd'hui on ferait quelque chose de plus léger dans un autre style ; mais chaque époque a son goût et son cachet.

L'ancien château , dont il reste encore quelques parties près du nouveau , était précédé de deux tours cylindriques : lune, destinée au colombier; l'autre était, dit-on, une chapelle. Elles portent les dates 1677 et 1678.

Deux épis émaillés couronnent les combles de cette construction et des tours.

Des sources limpides coulent de la partie supérieure du coteau et sont amenées dans les appartements du château : une végétation luxuriante distingue les plantations qui ornent le coteau. Du château , la vue s'étend sur une vallée magnifique et sur le bourg de Livarot.

M. le comte de Neuville, gendre de M. de Villèle , qui habite son château une grande partie de l'année , est un des hommes les plus recommandables, les plus désintéressés et les plus dévoués aux intérêts moraux et industriels du pays.

La population du canton lui a témoigné sa reconnaissance en l'appelant, il y a quelques années, à siéger au Conseil général.

M. de Neuville a deux fils qui habitent avec lui, et dont l'un, M. le vicomte Louis de Neuville, membre de la Société française d'archéologie, nous a fourni de précieux documents historiques sur les fiefs du canton. C'est lui, qui, pour ne pas s'éloigner de son frère aîné, auquel appartiendra le château de Neuville, vient d'en faire construire un autre, sur le côté opposé de la vallée.

Le fief de Neuville , où se trouve le château dont nous parlons, doit son nom à l'ancienne famille de Neufville qui a elle-même pris le sien de Neuville-sur-Touque, commune du canton de Gacé. Le fief de Neuville paraît avoir d'abord fait partie d'un fief, nommé la Loisinière, possédé au XIIIe siècle par une famille de chevaliers, du nom de Loison.

Un peu avant 1550, il devint la propriété de maître Guillaume Maquerel , avocat à St-Pierre-sur-Dive , natif de Bellou , auquel il fut encore disputé : Robert de Neuville, seigneur des Loges , le revendiquait en justice , en 1570; mais il resta entre les mains de la famille Maquerel, qui prit le nom des Mogerets et fut anoblie , en 1637, dans la personne de Pierre des Mogerets, sieur de Neuville", avocatgénéral à la Table de marbre de Rouen et maître des requêtes de la Reine. Les enfants de ce dernier donnèrent en échange, en 1675, contre des herbages situés à La Brevière, la terre de Neuville à Jacques Rioult , sieur d'Ouilly , fief dans lequel celui de Neuville était presque complètement enclavé. Cette terre est restée, depuis, en la possession de la famille Rioult de Neuville, qui y fait sa résidence. Le fief de Neuville relevait de la seigneurie de Sle-Marguerite-des- Loges.

Le fief d'Ouilly , dont le manoir est situé dans un vallon au sud-est et à un kilomètre et demi du bourg de Livarot , doit son nom à la famille des seigneurs d'Ouil!y-le -Tesson : aussi, ce fief était-il resté dans la mouvance féodale de cette

seigneurie d'Ouilly , près de Falaise. Il avait originairement porté le nom du Val-Herboult, sans doute emprunté à une famille Herboult, qui subsistait encore à La Brevière, au XIIIe siècle.

Dans le cours du XIVe siècle, Richard d'Ouilly était seigneur du fief de ce nom, à Livarot. A la fin du même siècle, la terre d'Ouilly avait été démembrée : le manoir , le bois d'Ouilly et la plus grande partie du domaine utile étaient entre les mains de la famille Rioult, tandis que le corps du fief et les droits seigneuriaux étaient la propriété d'une branche cadette de la maison de Courcy.

Gabriel Quesnel de Coupigny , marquis d'Alègre , vendit en 1611 le fief d'Ouilly, pour /i,000' livres, à Jacques Rioult , qui le réunit ainsi au domaine qui en avait été séparé. Le manoir d'Ouilly offre les caractères généraux des constructions en bois du XVIe siècle : son principal mérite est de porter une date certaine, le millésime 1518 étant gravé dans un cadran solaire en pierre se détachant en cartouche, d'une de ses massives cheminées. L'intérieur offre quelques traces des peintures murales qui le décoraient autrefois.

Ce manoir a été élevé par Pierre Rioult , fils de Jean Rioult, qui fit preuve d'ancienne noblesse devant Montfaut , dans la recherche de 1463 et père de Nicolas Rioult, qui de son mariage avec Agnès de Manoury eut pour fils un autre Pierre Rioult ; celui-ci épousa en 1567 Catherine Toustain, des sieurs de Billy, dont il eut Jacques Rioult, devenu sieur d'Ouilly en 1611. Les Rioult avaient succédé à la famille d'Astin qui possédait des terres au Val-Herboult, aux XIP et XIIP siècles ;vun de ses membres, Foulques d'Astin fut évèque de Lisieux sous le règne de saint Louis.

Livarot a servi de résidence, aux XVIe et XVIIe siècles,

à des membres des familles Toustain de Billy , Le Vallois et de Cintrey. C'est à Livarot qu'est né l'abbé Dufresne, curé de Mesnil- Durand, député du clergé aux Élats -Généraux de 1789 et membre du côté droit à l'Assemblée constituante.

Pierre levée. — Les hauteurs qui s'étendent à l'est de Livarot sont couvertes, sur une longueur de 3 kilomètres sur 1 kilomètre environ de largeur, par des bois appartenant à M. le comte de Neuville. Il s'y trouve, tout près de l'ancien chemin de Livarot à Fervaques, un menhir ou pierre-levée, cachée dans l'épaisseur du taillis. C'est une roche en poudingue siliceux, de 2 mètres de hauteur environ, d'une longueur un peu moindre sur une largeur de 60 centimètres à peu près. Cette pierre est complètement brute, sauf une de ses faces latérales dont on semble avoir voulu faire disparaître quelques parties anguleuses à l'aide d'un instrument grossier. A une centaine de mètres plus au sud de l'autre côté du chemin, se trouvent quelques pierres de nature et de dimensions analogues, mais occupant une position horizontale.

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