‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 18 sur 203 · PLAN DU CHATEAU D OUILLÎF · texte numérisé non relu

PLAN DU CHATEAU D OUILLÎF

Évidemment toutes ces constructions ne sont point d'une seule époque. Les parties les plus anciennes , qui datent de l'époque gothique , sont , à l'extérieur , les tours circulaires qui occupent l'angle nord-ouest , le bâtiment qui leur sert de courtine vers le nord , et les autres tourelles circulaires qui défendaient l'angle nord-est , ainsi que toutes les parties basses du mur qui les sépare; le long mur plein qui regarde le levant, et, on peut le présumer, toutes les parties inférieures du reste de l'enceinte. A l'intérieur de la cour , une

seule partie est bien caractérisée , c'est la tourelle octogone terminée par le campanille de l'horloge et les "bâtiments adjacents, à droite et à gauche. On peut en juger par le dessin.

Le reste accuse, dans son ensemble , la fin du XVIe . siècle ou le commencement du XVIIe. ; en un mot , le règne d'Henri IV. La chapelle, qui est maintenant détruite, devait dater aussi à peu près de cette époque.

Les matériaux employés sont la pierre de taille et même le moellon pour les parties anciennes ; la pierre et la brique pour les autres parties. L'étage supérieur du bâtiment, qui se trouve entre le pavillon d'entrée et le grand escalier , est en pans de bois.

Les constructions de l'est sont occupées par des écuries et des communs; elles ne sont élevées que d'un rez-de-chaussée avec greniers. Il n'y a, vers l'extérieur, d'autres ouvertures qu'une série de meurtrières qui correspondent aux greniers. Les appartements d'habitation sont situés dans le bâtiment parallèle. La grande porte d'entrée est pratiquée dans un pavillon élevé, qui fait partie de la seconde époque , dont voici l'aspect extérieur (Voir le dessin page suivante). L'accès consistait en deux ponts-levis jetés sur les fossés : l'un conduisait à la grande porte, l'autre à la poterne qui accédait dans le corps-de-garde. Il n'y a aucune autre porte que celle de ce corps-de -garde dans le couloir qui, de la grande porte, mène à la cour intérieure. L'escalier qui conduit à la grande salle de l'étage supérieur, d'où l'on devait manœuvrer les chaînes des ponts , s'ouvre immédiatement sur la cour. De l'autre côté est un appartement avec une cheminée, peut-être la cuisine de la garnison.

La chapelle s'appuyait contre ce pavillon d'entrée , et son chevet faisait saillie dans la cour (1). Elle n'était donc point

(1) Celle chapelle, sous l'invocation de saint Jean cl de saint Phi-

8/i STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

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CANTON DE LISIEUX , lre. SECTION. 85

orientée*; mais sa disposition contribuait encore aux moyens de défense , en permettant de tirer des fenêtres sur le flanc gauche des assaillants , qui , les portes rompues , se seraient précipités, dans la cour. Le bâtiment en bois dont nous avons

parlé n'est guère , jusqu'à l'angle des grands logis , qu'une galerie conduisant à la tribune de la chapelle. Le bas est ouvert et servait de remises pour les équipages de guerre ou de

lippe, était un bénéfice dont le titulaire était présenté par le baron dWillie.

voyage. Le châtelain et sa suite assistaient aux offices dans la tribune ; la chapelle était petite et une foule nombreuse n'aurait pu y trouver place.

Le rez-de-chaussée du corps d'habitation ne comprenait que deux grandes salles. La principale avait , sur le manteau de sa vaste cheminée , une peinture fort détériorée , qui paraissait représenter le Jugement de Paris. Elle est maintenant presque indéchiffrable. On accède à l'étage supérieur par deux escaliers principaux : le grand escalier en pierre à rampes droites et un escalier à vis qui remplit la tourelle octogone. Un escalier de service est contenu dans une des petites tourelles de l'angle , et un autre conduit au pavillon de l'angle opposé. La disposition de ces appartements a été sensiblement modifiée sous le règne de Louis XIV. A gauche du grand escalier, on trouve diverses chambres et boudoirs. Dans la chambre qui remplit le pavillon d'angle , on doit remarquer les pavés émaillés qui garnissent le contrecœur de la cheminée. Leur dessin est fort bon, et leurs vives couleurs flattent l'œil bien mieux que les marbres ou les carreaux blancs qu'il est de mode d'employer aujourd'hui. Ils proviennent des fabriques du Prédauge et de Manerbe , dont les fours n'ont été éteints que par la Révolution. La plaque de fonte porte des armoiries. Deux lions servent de support à l'écu qui est sommé d'un casque à lambrequins, taré de face. Le champ de l'écu est parti : au 1er. , trois étoiles ; au 2e. , une croix , avec peut-être quatre pièces aux cantons.

Le premier ne laisse pas de doute : ce sont les armoiries de la famille du Houlley, que nous avons déjà trouvées à l'église.

L'appartement précédent était encore dernièrement tapissé de cuirs gaufrés et dorés , d'un dessin remarquable , et qui étaient loin d'avoir perdu leur éclat.

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A droite du grand escalier , on entrait dans un vaste salon dont la décoration paraît n'avoir jamais été terminée. Ensuite se trouvait la salle à manger ; elle était aussi très-vaste , mais de forme irrégulière. On l'avait placée dans les deux tourelles circulaires de l'angle. Sa disposition était assez heureuse. Ses murs étaient lambrissés, avec sujets peints sur les panneaux. Dans un des angles se trouve encore un lavabo en marbre.

Dans les bâtiments du retour, on ne trouvait que de petits appartements.

Le plus ancien des seigneurs d'Ouillie dont le nom soit conservé est Martin d'Ouillie , qui figure dans les rôles de l'Échiquier de Normandie à la date de 1180 : Martinus de Oilleia 10 solid. pro duello Lexov.

Depuis cette époque jusqu'à la fin du XVe. siècle, je n'ai pu découvrir les noms d'aucun seigneur d'Ouillie. Le registre de Philippe-Auguste n'en fait pas mention. En 1464, Philippe Le Veneur , baron de Tillières , fit partage de la seigneurie &'Omllé-le-Ribaut avec Philippe de Manneville et Catherine Le Baveux, veuve de Louvel-L'Estandart.

Philippe Le Veneur avait épousé, en 1450, Marie Blosset, fille de Guillaume Blosset , seigneur de Carrouges et de Marguerite de Malestroit.

Il avait une part d'hérédité dans la terre d'Ouillie, parce que Jean, son père, seigneur du Homme, qui fut tué à Azincourt, en 1415 , avait épousé Jeanne Le Baveux, fille de Robert Le Baveux, baron de Tillières et d'Agnès Paynel. C'était une héritière. Je suis porté à croire pourtant, sans en avoir de preuve , que la terre d'Ouillie venait des Paynel , qui possédèrent beaucoup de terres de ce côté.

C'est Philippe de Manneville qui resta en possession d'Ouillie.

Monseigneur Jehan de Manneville, sans doute son fils, chc-

valier, seigneur et baron d'Ouillie et d'un fief assis à Lieuray, nommé Tillière, n'ayant point comparu aux montres de la noblesse du bailliage d'Évreux ordonnées par Louis XI en 1469 , ses fiefs furent « prins et mis en la main du Roy... « sous laquelle ils seront régis et couvergnez jusques à ce qu'il « ait fait apparoir comme et du lieu ou il s'estoit présenté. » ( Voyez les Monstres du bailliage d'Evreux , publiées par M. Bonnin, p. Zi3. )

En 1540, René de Maintenon était seigneur et baron d'Ouillie. Pour justifier sa noblesse devant les élus de Lisieux, il produisit « plusieurs lettres et écritures, la première desquelles est une grande lettre en parchemin en forme de rôle commençante le lundi 24 juin 1409, sous le nom de Etienne Loresse , escuyer de l'écurie du Roy , duquel il a dit fournir être descendu par plusieurs lettres et écritures. Et si a fourni comme la différence du nom de Loresse à celui de Maintenon venoit de ce que Mc. Jean Costereau thésorier de France , possesseur de leur chatellenie de Maintenon, qui avoit appartenu aux prédécesseurs dudit baron , avoit voulu usurper les noms et armes dudit Maintenon, à laquelle usurpation s'étoit opposé ledit baron, jouxte ce que contient l'acte d'opposition. )) ( Recherche des Élus de Lisieux , publiée par M. de La Roque, p. 30-31. )

Gaston de Maintenon, baron d'Ouillie-la-Ribaude, épousa, en 1551 , Marguerite de Nollent, la dernière des quatre filles de Florent de Nollent, seigneur de St.-Contest, et de Louise de Chançaux Le Breton. (Lachesnaye des Bois, t. XI, art. Nollent.)

Dès le commencement du XVIIe. siècle , la baronnie d'Ouillie est dans les mains de la famille de Longchamp, issue de la paroisse de St. -Léger, dont plusieurs membres furent gouverneurs de la ville de Lisieux au XVIe.- siècle.

Dansla transaction déjà citée, faiteavec le receveur de Charles

CANTON DE LISIEUX , lre. SECTION. 89

de Clercy , écuyer, sieur de Mortemer et des Louverets , relativement à des droits de treizièmes à prélever sur des terres situées à Moyaux , messire Jehan de Longchamp prend les qualifications suivantes : « chevallier de l'ordre du Roy , conseiller en ses Conseils d'Estat et privé , gouverneur de la ville de Lisieulx , baron et chastellain d'Ouillie , seigneur de Fumichon, Baudet, La Lande , Baratte et autres qualités et sieuries. » Il avait épousé noble dame Jehanne Dumoulin , qui mourut vers \6\U; car, le 27 août de cette année, ses biens furent partagés par François Lambert d'Herbigny, d'une part ; Nicolas, Jean et Louis de Bigars, d'une autre part, et enfin par Abraham de Combault , héritiers chacun pour un tiers. (Titres originaux aux archives de l'Hospice de Lisieux.) Jehan de Longchamp ne laissa point d'héritiers mâles , et sa fortune fut partagée entre Louis de Rabodanges et César d'Oraison , qui avaient épousé ses deux filles. La femme du marquis de Rabodanges eut Fumichon; celle du sieur d'Oraison, Ouillie. C'est ce qui résulte de protocoles d'actes où l'on voit figurer : « haut et puissant seigneur messire Louis de Rabodenge, chevallier, marquis de Crévecœur et baron de Fumichon (27 septembre 1650); messire César d'Oraison, chevallier, marquis de Livarot, baron et chastellain d'Ouillie, seigneur du Mesnil-Godemen et plusieurs autres terres, soubz- lieutenant des gendarmes bourguignons, gouverneur, pour le service de Sa Majesté, de la ville de Lisieux (1637- 1672-1683). »

César d'Oraison fit sa résidence ordinaire au château d'Ouillie. Il y produisit dans la recherche de la noblesse de 1666. On y lit :

(( Ouillie. — Cezar d'Oraison, chastelain de Livarot, antien noble. »

Il laissa postérité. Néanmoins la baronnie d'Ouillie ne tarda pas à passer , par acquêt , à la famille du Houlley , qui lui a

laissé son nom. Messire Alexandre- François-Pierre du Houlley, chevalier, seigneur, baron, châtelain et haut -justicier du Houlley, seigneur, baron et patron de Fumichon, Firfol, La Lande, Baudet, Barole, Thillières et autres lieux, mourut entre 1785 et 1787 , laissant pour seule héritière sa sœur , noble dame Anne-Renée-Cécile du Houlley , épouse de messire Daniel de Loynes , chevalier , seigneur de Mazères et autres lieux, chevalier de l'ordre royal et militaire de St. -Louis, demeurant ordinairement à Orléans.

M. de Mazères possédait encore ces terres au moment de la Révolution.

M. Baguenault, qui a épousé Mme. Adélaïde-Zoé de Loynes du Houlley, nièce de M. de Mazères, vient d'aliéner la terre et le château.

La baronnie d'Ouillie , qui se composait de quatre fiefs de haubert et avait une haute-justice, s'étendait sur les paroisses de Moyaux, d'Hermival et autres environnantes. Au moment de la Révolution , elle valait , en rentes et redevances féodales et en fermages de terres non fieffées, environ 80,000 fr. de rente.

Le Houlley faisait partie du doyenné et de la sergenterie de Moyaux. On y comptait 45 feux , environ 225 habitants. Comme on y a réuni la paroisse de St. -Léger, dont nous parlerons tout à l'heure , et qui comptait 63 feux ou 315 habitants, on devrait, en totalisant, trouver une population de 540 âmes. Les états officiels n'en accusent que 436. Là , comme presque partout, la diminution est sensible.

SAINT-LÉGER-D'OUILLIE (1).

St.-Léger-d'Ouillie , S. Leodcgarius, S, L. de Ouilleia, S. Léger du Houlley.

(1) Noies de M. Ch. Vasscur.

Comme on vient de le voir , le territoire de St. -Léger est réuni à Ouillie-du-Houlley. L'église a été détruite , mais le cimetière est conservé.

C'était l'abbé de St.-Laumer de Blois qui présentait à la cure. Il y avait un prieuré régulier dépendant de cette abbaye.

St.-Laumer étant devenu évêché en 1697 , l'évêque de Blois a remplacé l'abbé dans tous ses droits.

Je n'ai pu trouver que le nom d'un seul prieur de St.- Léger, Léonor du Merle , quatrième fils de Jean du Merle et d'Esther de Chaumont, cbef de la branche d'Auval. Il vivait à la fin du XVIIe. siècle.

FIRFOL (1).

Firfol, Fier fol, Frafolium.

Dans son état actuel, l'église de Firfol ne présente aucun

vie de l'église de firfol.

intérêt. Tout le mur méridional a été refait à la fin du XVIe. siècle ou a l'époque moderne. Les murs du chœur ont été recon-

i) Noirs fie at. eh. Vasieur.

struits récemment ; lors de"ce travail, on a mutilé les deux contreforts plats qui remontaient à la construction primitive. Le nord a conservé , dans son intégrité , ses caractères d'antiquité. Absence de contreforts et de fenêtres à la nef ; deux contreforts plats et une fenêtre étroite , cintrée , romane , au choeur.

L'appareil est Yopus spicatum, bien caractérisé. La porte principale s'ouvre à l'extrémité de la nef, au midi.

Vis-à-vis , dans le mur du nord, était pratiquée une petite porte romane, maintenant bouchée ; c'est probablement

la porte du prêtre. Le presbytère est encore situé de ce côté ; le cimetière ne s'étend que du côté du midi.

Les voûtes sont en merrain, mais on les a recouvertes d'une couche de plâtre.

Près du maître-autel , qui date du dernier siècle , est pratiquée une piscine ogivale subtrilobée , qui date du XIIIe. siècle.

Il y avait autrefois un arc triomphal, il a disparu ; les murs de la nef et du chœur sont sur la même ligne.

Il faut remarquer, dans le mobilier, une petite statuette placée sur le mur latéral du chœur , du côté de l'évangile. Elle porte sa date :

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