DE • SON • AME
Le rétable du maître-autel a conservé ses peintures primitives; il offre un véritable intérêt et peut servir de type pour la décoration des meubles du même genre qui ornent encore le sanctuaire d'un grand nombre d'églises rurales.
Ce rétable date de la fin du règne de Louis XIII ou des premières années du règne de Louis XIV.
Deux colonnes corinthiennes , cannelées dans la partie intermédiaire et garnies, dans le tiers inférieur et la partie supérieure , de guirlandes de roses dessinant des rinceaux , supportent le fronton qui est coupé et surmonté d'un attique composé d'une niche avec entablement trapézoïde. Le tableau, placé entre les colonnes , est cintré dans le haut avec angles rentrants. Au milieu de la corniche et au-dessus du tableau, se détache un cul-de-lampe servant de support à une statue de la Vierge-Mère , placée dans la niche dont nous avons parlé. Les deux niches cintrées qui accompagnent le rétable sont décorées de pilastres offrant des pentes de fruits , ces niches sont surmontées d'un fronton en forme de trapèze.
(1) Le Dictionnaire historique de Moréri ( t. III, p. 739 ) contient la généalogie de la maison de Melun. Cette ancienne famille, qui compte un grand nombre de hauts personnages, plusieurs officiers de la couronne et des prélats , se divise en deux branches. A la seconde branche, celle des princes d'Espinoy , appartient Mme Elisabeth de Melun , inhumée dans le chœur de la Cressonnière.
Celle de droite renferme la statue de sainte Marguerite ; dans l'autre niche est placée la statue de saint Charles. Au-dessous sont des portes cintrées avec moulures du temps. Au centre de ces portes est peint un grand médaillon entouré de feuilles de chêne, lequel représente un ange à genoux sur un nuage et balançant un encensoir.
Ce médaillon est surmonté d'un magnifique vase formé de rinceaux.
Le tabernacle , de forme hexagonale , offre deux étages. Le premier étage est décoré de colonnes torses, dont deux placées sur la face principale et deux autres en retraite. Sur la porte est représenté le Père-Éternel bénissant de la main droite et tenant dans l'autre un globe surmonté d'une croix. Les autres statuettes, placées dans des niches cintrées, représentent les quatre évangélistes avec leurs attributs. Chaque niche est surmontée d'un fronton trapézoïde sous lequel se détache une petite tête d'ange. Ce premier ordre est surmonté d'un second orné de bouquets de fleurs. Le dôme supporte une petite lanterne , terminée par une croix formée de petits fuseaux renflés et tournés. La base de la coupole est composée de trois panneaux à, angles rentrants. Le fond est semé de jolis bouquets. La partie supérieure des panneaux est décorée de médaillons en forme de cartouches.
Ces rétables sont décorés de peintures polychromes , or , rouge, bleu , vert, blanc, qui, sont bien conservées et trèsintéressantes à observer.
Les deux petits aqtjels.de la nef sont du même style et du même ordre d'architecture que celui du chœur. Ils sont terminés par un fronton circulaire. Le centre est occupé par une niche avec cul-de-lampe, rouge et or, entourée de bouquets de fleurs; l'un des deux pendentifs représente un ange entouré de guirlandes. Les colonnes de l'un de ces autels sonl rudentécs; celles de l'autre sont décorées de
feuilles de vigne dans le tiers inférieur. L'autel , placé au sud, est décoré d'une statue du moyen-âge représentant saint Claude.
Les couleurs de ces autels ont subi des restaurations qui , cependant, n'ont point altéré l'ordonnance primitive.
Les voûtes de la nef sont en merrain , avec entraits et poinçons.
On lit dans les Rôles de l'Échiquier de Normandie de 1184:
« Gillebertus de Cressoneria reddit compotum de 70 lib. quia interfuit sponsalii uxoris Roberti de Sakenvilla. »
En 1195 :
ce Engerrannus de Cressonaria. »
La Cressonnière faisait partie , avant la Révolution , du doyenné d'Orbec et de l'archidiaconé de Lisieux. La cure valait 600* et était à la présentation du seigneur laïque et du gouverneur d'Orbec. Le curé Chéradame, dans sa déclaration du 30 mars 1751 , en vertu de l'ordonnance royale de Tannée précédente , mentionne , comme bienfaitrice de la paroisse, la princesse d'Épinoy de Langhac. Il donne aussi le détail des dîmes qui formaient son revenu , savoir : 250 gerbes de blé ;
— de seigle ;
— d'avoine;
*— de pois ;
— de vesce ;
— d'orge , etc. , etc.
(Arch. Calv.9 Bénéf.),
Château. — A peu de distance de l'église , au fond du vallon , s'élève un vieux bâtiment en pierre dont la construction remonte à la fin du XVe siècle ou aux premières années du XVIe. Ce bâtiment, seul vestige encore debout de l'ancien
château de la Cressonnière , offre des ouvertures surmontées d'ogives en accolade. Il est entouré de douves, autrefois remplies d'eau vive.
Le château moderne , bâti sur une éminence et couronné de bois, appartient à M. le comte Durey de Noinville. Il est entouré d'un beau parc dessiné à l'anglaise.