CERNAY
Cernay , Cernaium , Sarnaium , Serneium.
L'église de Cernay , dans son état actuel , peut se décomposer en constructions de différents âges, par suite des reprises qui ont été faites à diverses époques.
La partie occidentale de la nef, si l'on excepte quelques portions refaites du mur de la façade et des murs latéraux, appartient au style de^transition, caractérisé dans les campagnes de Lisieux par des lancettes étroites et courtes , dans lesquelles se dessine l'ogive. On voit dans le mur du nord , qui a conservé ce caractère, près de l'extrémité occidentale, une de ces fenêtres primitives intacte dans sa forme , mais bouchée ; le contrefort voisin montre des joints de mortier assez épais et un appareil se l'apportant aussi à la deuxième moitié du XIIe siècle ou au commencement du XIIIe. Le mur latéral sud , en regard , renfermait la porte principale , dont on distingue très- bien les traces dans la maçonnerie récrépie de chaux.
La porte occidentale actuelle ne doit effectivement dater que du siècle dernier , d'après sa forme ; le mur avait été auparavant percé d'une fenêtre qui pourrait appartenir à la deuxième moitié du XVIe siècle et qui surmonte cette porte moderne. Si nous revenons au mur latéral de la nef, côté nord , nous y voyons vers le centre une partie moderne en briques avec fenêtres modernes, puis, à l'extrémité qui avoisine 1*' < IxBur , une maçonnerie tir grand appareil »'ii
craie , qui nous paraît du XVIe siècle , aussi bien que la fenêtre et le contrefort qui s'y trouvent.
Du côté du sud , le mur latéral a été refait en grande partie et toutes les fenêtres appartiennent à la période moderne.
Le chœur , en retrait sur la nef , devait être aussi primitivement du XIIIe siècle ou de la fin du XIIe ; mais il a subi les mêmes transformations que la nef , par suite de reprises dans les murs dont quelques parties cependant montrent l'appareil ancien , et par suite du remplacement des fenêtres par des ouvertures modernes plus larges; le chevet a été complètement masqué par l'application d'une sacristie ; on voit, sur une porte moderne à pilastres ouverte près du chevet du côté du sud, la date 1678.
La tour quadrangulaire en bois , revêtue d'ardoise, s'élève à l'extrémité occidentale de la nef ; un assez bel if , remarquable surtout par sa forme régulière , existe dans le cimetière au nord de la nef.
Intérieur. — A l'intérieur, celle-ci a conservé sa voûte en bois, une partie avec traverses et poinçons, le reste sans entraits ; celle du chœur a été plâtrée. Dans la nef, on a figuré des pilastres modernes le long des murs ; enfin , dans le chœur , l'autel est couronné d'un entablement en fer-à-cheval porté par des colonnes, comme quelques églises en ont eu au siècle dernier. C'est , à ce qu'il paraît , un don de l'abbaye du Bec, qui nommait à la cure , percevait les dîmes et possédait à Cernay un manoir dont nous allons parler tout à l'heure. Le patron de la paroisse est saint Aubin.
L'église et la terre de Cernay faisaient partie du domaine d'Ansgot, père d'Herluin de Conteville. Ce dernier, en fondant l'abbaye du Bec , l'aumôna à son monastère, et depuis cette époque jusqu'à la Révolution , les moines du Bec en ont conservé la possession.
Cernay faisait partie de l'élection de Lisieux, de la sergen-
terie d'Orbec ; on y comptait 90 feux ; la population actuelle est de 250 habitants environ.
Manoir. — A six ou sept cents mètres environ au nord de l'église existe le manoir de Cernay , qui offre un certain intérêt, parce qu'il est construit complètement en pierre et qu'il remonte , je crois, ûu XI Ve siècle, peut-être même à la fin du XIIIe.
Ce manoir montre encore aujourd'hui un corps-de-logis principal, dont toutes les fenêtres étaient à croisées de pierre surmontées d'un tympan* et d'une voûte surbaissée ; les croisées de pierre ont été coupées, mais les traces en sont toutes apparentes. La porte d'entrée, du côté de la cour, était couronnée d'un cordon dessinant aussi un cintre surbaissé.
Du côté de l'est, un bâtiment un peu moins élevé fait suite au précédent; il est garni . à son extrémité, de contreforts étages qui ont le galbe des contreforts du XIIIe siècle , et me paraît , du reste , du même temps que le précédent.
Un bâtiment moderne accompagne, du côté opposé (côté de l'ouest), le bâtiment central; il est très-possible qu'il n'ait fait que remplacer une construction ancienne ; quelques restes de maçonnerie, sur lesquels on paraît avoir soudé les murs modernes en briques, sembleraient l'indiquer.
Ce manoir appartenait à l'abbaye du Bec, et devait être habité , au XIVe siècle et longtemps après, par les religieux qui administraient le prieuré ; ils y avaient , m'a-t-on dit , une chapelle. Le jour où je suis allé visiter ce manoir , les fermiers étaient absents, et il ne m'a pas été possible de visiter l'intérieur ; la distribution ancienne a , d'ailleurs, été modifiée pour approprier les pièces à l'exploitation rurale qui dépend du manoir.
Les granges dîinières du prieuré s'élèvent au nord du manoir et servent , de ce côté , de clôture à la cour. Elles oui été reconstruites nouvellement.
Cernay est au milieu d'une plaine qui a dû , anciennement comme aujourd'hui , produire des céréales et la dîme devait être assez importante , si l'on en juge par l'étendue des bâtiments qui remplacent les anciens.
Ce fief étant purement ecclésiastique, peu de gentilshommes s'établirenl sur son territoire. Monifaut y trouva, en 1463, Cardin Le Forestier ; mais les Recherches faites par les élus en 1524 et 1560 restent muettes. Un titre authentique donne le nom de Charles d'Autigna, écuyer, sieur de Courlon demeurant à Cernay , en 1651. En 1666, Julien de L* Londe résidait aussi dans cette paroisse.