UNE DES FENÊTRES DE LA TOUR DE TORDOUET
dans le style Louis XIV, a été composé et habilement exécuté, par M. Léonard, sculpteur à Lisieux.
Cette église a pour premier patron saint Michel. On a fait la remarque que presque toutes les églises et chapelles dédiées à saint Michel , sont placées sur un monticule et dominent une certaine étendue de pays.
La commune de Tordouet , qui comptait autrefois 1 ,400 habitants, n'en n'a plus aujourd'hui que 900. Le nombre des métiers à lisser s'élève à 1 50 environ.
Manoir. Le manoir se trouve au-dessous de l'église, à l'extrême pointe du coteau. Bâti sur une motte importante , dont les fossés étaient alimentés par le petit ruisseau qui serpente au fond du vallon, il a le caractère des constructions du XVIe siècle : rez-de-chaussée en échiquier de pierre et de silex taillé ; partie supérieure en bois. Les sablières des encorbellements sont moulurées; du reste, pas de sculptures. Les combles sont d'une dimension exagérée. Au milieu du paysage boisé qui l'environne , avec son pignon garni d'un lierre vigoureux et l'eau qui baigne ses bases, ce manoir produit un effet pittoresque presque grandiose.
LE RONCERAY.
Le Ronceray , Ronchereyum , Roncherez , Les Roncerets, Le Roncerey.
L'église du Ronceray, située sur uu plateau, entre les deux vallées de la Touque et de l'Orbiquet , est des plus insignifiantes. Composée, comme les autres églises de campagne , d'une simple nef et d'un chœur en retrait à chevet droit , ses parties caractérisées ne remontent pas au-delà du XVP siècle. Peut-être, cependant, sous les crépis, trop
bien entretenus, du chœur et d'une partie de la nef, trouverait-on des traces d'une construction romane , que nul indice ne révèle aujourd'hui.
Le portail , percé dans le pignon occidental construit en grand appareil , date de la dernière période ogivale. La porte cintrée a pour toute ornementation deux gros tores, qui tombent sur des bases polygonales. Au-dessus , s'ouvre une fenêtre ogivale , dont tout récemment on a fait disparaître les meneaux et les traceries , qui obstruaient le passage de la lumière. Cette mutilation et certaines autres modifications très-regrettables, que je ne détaillerai pas, rentrent dans l'ensemble d'un programme modernisateur, exécuté de 1843 à 1853 , dont le résultat a été de faire disparaître le peu de cachet religieux que possédait cette église.
Toutes les ouvertures ont été , ou déformées ou refaites , soit à la fin du dernier siècle , soit récemment.
Le clocher est placé en avant du chœur , à l'extrémité orientale de la nef; il date du XVIe siècle. C'est une svelte pyramide à pans coupés , garnie de lucarnes dentelées sur les faces , couverte d'essentes.
A l'intérieur , rien absolument qui puisse captiver l'attention. Les voûtes de bois ont été enduites , comme les murs , d'une épaisse couche de mortier et de badigeon.
Les rétables des trois autels appartiennent au règne de Louis XV.
Les seuls objets d'ameublement ancien , échappés à la rage novatrice , sont un pied de lutrin de forme hexagonale d'un vaste diamètre, à panneaux plissés ; les fonts baptismaux, cuve cylindrique sans ornements , et un bénitier à cuvette hémisphérique godronnée.
La cloche est moderne.
L'église du Ronceray est sous l'invocation de saint Cyr et de saiule Julitte,
Elle était comprise dans l'archidiaconé du Lieuvin , doyenné d'Orbec, comme au civil, dans l'élection de Lisieux, sergenterie d'Orbec. Cette paroisse compte 345 habitants; sa population n'a pas sensiblement diminué depuis cent ans. Ce fait trouve peut-être son explication dans la nature des occupations de ses habitants , la plupart tisserands.
La terre seigneuriale du Ronceray faisait partie du fief de Tordouet , et fut possédée successivement , comme lui , par les du Bysson , les de Saint-Ouen et les Chaumonl-Quitry. Le 17 décembre 1774, Antoine-Anne-François de Chaumont, comte de Quitry , mestre de camp de cavalerie , chevalier de l'ordre royal de St-Louis , vendit la terre du Ronceray , moyennant 28,300* , à Jean Moulin, laboureur. Elle lui était échue dans ies partages faits, le 15 mai 1770, entre lui et son frère , le marquis de Quitry , seuls enfants mâles de Jacques-Antoine de Chaumont , marquis de Quitry , et de Mme Anonyme du Fay.
Cette vente fut résiliée l'année suivante par clameur féodale, introduite au nom du marquis de Quitry, seigneur d'Orbec et Bienfaite , dont relevait le fief de Tordouet.
LA CROUPTE.
La Croupte, Crupia, Croupta.
L'église de la Croupte est dédiée à saint Martin. On sait que ce vocable remonte aux temps mérovingiens , et lorsqu'on a parcouru la gorge étroite , enserrée de coteaux sauvages et boisés , au milieu de laquelle elle s'élève , on est prédisposé à rencontrer un édifice d'une haute antiquité et d'un grand intérêt. La déception est grande : on se trouve en présence d'une mauvaise bâtisse sillonnée de nombreuses lézardes , dont les parties les plus anciennes datent du dernier gothique :
murs en grand appareil avec contreforts en retraite. Toutes les ouvertures ont été refaites au dernier siècle. Le clocher est en charpente , carré, avec pyramide octogone , recouverte d'essente. A l'intérieur, le chœur a subi une décoration complète en plâtre , dont la date est donnée par l'inscription suivante qui court sur la frise :
DOMINE. DILEXI. DECOREM DOMUS TVJR. F. LE FltONT. CURÉ DE LA CROUPTE. 1786.
On a néanmoins conservé le rétable du maître-autel , qui remonte au règne de Louis XIV. Il est porté par deux petites colonnes torses, entourées de ceps de vigne. Au centre, un cadre à angles rentrants, représentant un miracle de saint Martin. Dans le fronton trapézoïdal , soutenu de caryatides , est une colombe sculptée en relief, sortant d'une guirlande de feuilles de chêne.
Les deux petits autels de la nef sont insignifiants. Rien à indiquer qu'une statue de saint Martin , qui peut remonter au moyen -âge.
La voûte de la nef est en merrain et date du XVe siècle. Sur deux des poutres qui supportent le clocher sont des blasons, sculptés à plein bois, chargés de trois fasees ondées. Ces pièces correspondent aux armoiries des Hautemer , seigneurs de Fervaques. En effet, la paroisse de la Croupte était comprise dans le plein-fief de haubert de Fervaques, membre lui-même de la baronnie de Ferrières.
La Croupte n'a donc jamais eu de seigneur particulier , et aucune Recherche de la noblesse ne mentionne de gentilhomme y résidant. Toutefois, le pouillé du XIVe siècle inscrit comme patron Petvus Coquaigne que je n'ai point vu figurer comme seigneur de Fervaques. Dans la suite, les possesseurs de la terre de Fervaques exercèrent les droits de patronage.
L'inscription de la cloche est intéressante, elle a été l'œuvre d'un fondeur célèbre :
f M,re AVGVSTE • DE BVLLION • MARQ. DE BONNELLES • ET SEIGNr DR FERVAQVES • LA CROVTTE ET AVTRES LIEVX • Me DE CAMP • DVN REG1. DE DRAGONS * DE SON NOM • REPte PAR • NORLE • PERS ''*■ • IEAN • BAP- TISTE • DE BONNE • CHOSE • CVRE • DE • CE • LIEV • ET • PAR • NOBLE • DAME • MARIE • BARBE • BEGAV1) • EPOVSE • DE • Me CHARLES • LEBAS • CONSer • DV ROY • RECEVEVR • DES • TAILLES • A LISIRVX • ANT. BOVRG TRESORIER.