SAINT-PAUL-DE-COURTONNE
St-Paul-de-Courtonne , Sanctus Paulus de Courthonna, Cortonna villa.
St-Paul-de-Courtonne n'est, à proprement parler, qu'une paroisse du bourg de Courtonne-la-Ville : les maisons bordent la rue qui conduit d'une église à l'autre, sans solution de continuité; seulement, tandis que l'église du bourg avait pour patron l'abbé de Bernay , le patronage de St-Paul était laïque. L'une , comme l'autre , était comprise dans le doyenné de Moyaux.
Bien que les états de population dressés au dernier siècle accordent à la paroisse St-Paul 15U feux, c'est-àdire plus de 750 habitants ( aujourd'hui 365 ) , l'église était dans de petites proportions. La nef ne mesure que ZU pieds de longueur sur 28 de largeur ; le chœur était en rapport, et, par conséquent, fort restreint. L'ensemble, au premier coup-d'œil , offrait tous les caractères du XVIIP siècle, et, en effet, la nef date de cette époque; elle est construite en pierres de craie de grand appareil, sans contreforts , avec pilastres peu saillants , une énorme corniche en doucine, et fenêtres carrées. La porte s'ouvre dans Je pignon de l'ouest, que surmonte le clocher en ardoise. Elle est précédée d'un porche en bois assez large , clos du côté du nord.
Le chœur , percé aussi de fenêtres carrées , avait pourtant conservé quelques parties bien caractérisées de l'époque romane. On y voyait, au nord, un contrefort plat; et le chevet tout entier appartenait à l'époque primitive. On avait encastré dans son pignon un petit bas-relief en pierre , du XVIe siècle, représentant l'Annonciation. Les figures sont
délicates , le travail finement exécuté ; on ne voit pas de traces de peintures.
Ce chœur a été détruit il y a cinq ans , et remplacé par une bâtisse en briques fort laide , malgré sl'S prétentions gothiques, et hors de proportion avec la nef, qu'on démolira sans doute, à son tour. Quand j'ai visité la localité en 1863, j'ai trouvé le joli bas-relief jeté dans un coin du cimetière, au milieu d'un tas de décombres et d'immondices. Je suis sûr que l'auteur de ce méfait a la prétention d'être un artiste !!!
Le château, tout moderne, est situé à une certaine distance de l'église , sur le coteau , de l'autre côté du chemin de fer. Il est habité par M. de Gassart. Les pouillés du diocèse de Lisieux font mention de Henri de Courtonne, au XIVe siècle. En 1463, Montfaut trouva à St-Paul, Thomas Euslache ; mais il est probable que la famille de Belleau possédait déjà la terre , car les montres de la noblesse du bailliage d'Évreux de 1469, six ans plus tard, font mention de Jean de Belleau , escuyer, seigneur du lieu et de Courtonne. Toutes les recherches subséquentes fournissent des noms de seigneurs de la même famille , laquelle ne s'est éteinte qu'en 1834 dans la personne de M. Charles-Prudence de Belleau, dont on voit le tombeau dans le cimetière.
On trouve aussi, de l'autre côté de l'église, les sépultures de madame Marie Claude de Vauquelin , baronne de Cauvigny , décédée à St-Paul le 26 octobre 1838, et de Élisabeth-Constance-Stéphanie-Louise de Belleau, décédée le 26 juin 1850.
Il y avait à St-Paul-de-Courlonne un moulin de la Motte , qui appartenait en 1342 à Jehan d'Orbec ; et une maladrerie, nommée St-Clair-des-Bois, réunie, le 13 juillet IC96 , a l'hôpital d'Orbec.
On y a trouvé aussi des vestiges de constructions romaines, en 1841 et 1849.
8M) STATISTIQUE MONUMENTALE Dl; CALVADOS.
St-Paul-de-Courlonne faisait partie de l'élection de Lisieux, sergenterie d'Orbec.
COURTONNE-LA-VILLU.
Courlonne-la- Ville , Cowthona abbatis , Cwtona , Cortona villa.
De l'élection de Lisieux, sergenterie de Moyaux, Gourtonne-la-Ville comptait , il y a cent ans, plus de 1,000 habitants ; la population est réduite aujourd'hui à 76fr.
Bien que le patronage appartînt à l'abbaye de Bernay , l'église est médiocre. Le chevet remonte à l'époque romane : il est bien caractérisé ; deux contreforts plats construits, partie en travertin, partie en grison , soutiennent un blocage en arêtes de poisson. On distingue encore la trace de deux petites fenêtres cintrées, bouchées probablement au XVIIIe siècle. Le mur latéral du nord est caché par la sacristie ; celui du sud a été refait au XVIIIe siècle ; les deux fenêtres en briques datent de cette époque. Deux chapelles, probablement aussi du dernier siècle , forment transept en avant du chœur. Le clocher , octogone , peu élevé , mais assez élégant, est assis à l'intersection de ces chapelles et de la nef.
La nef offre en grande partie les caractères du XVe ou XVIe siècle, dans les contreforts et les fenêtres ; mais le grosœuvre remonte à l'époque romane comme le chevet ; on constate notamment au sud des parties de blocage ancien , et au-dessus de la porte à anse de panier , percée au XVIe siècle dans le pignon occidental , on trouve deux fenêtres cintrées , évidemment romanes.
L'intérieur est aussi peu intéressant que l'extérieur. Les voûtes du chœur et des chapelles sont plâtrées. Celle de la
CANTON D'ORBIïC. 8M
nef a conservé les douvettes ornées de son berceau ; mais on a coupé les entraits de la charpente, suivant la mode adoptée par le clergé de la contrée. Aussi les murs sont-ils lézardés et poussent-ils au vide.
Le maître-autel date du règne de Louis XIV : il est petit et bien inférieur, comme exécution , à la plupart de ceux que nous avons rencontrés.
Dans la chapelle de la Vierge est une statue en bois de sainte Anne, d'un assez bon travail.
Les fonts baptismaux , en pierre , probablement du XVI0 siècle , sont mutilés. Une fenêtre de la nef a conservé quelques fragments de vitraux de la Renaissance, parmi lesquels se trouve une tête nimbée délicatement dessinée.
Au mur est appendue une vieille bannière paroissiale en soie rouge avec broderies de fil d'or et d'argent mélangé de soie. Ces broderies , assez grotesques, figurent, d'un côté, Si-Martin à cheval partageant son manteau; de l'autre, une Vierge posée sur un sol semé de fleurs de lis.
Cette église , dédiée à saint Martin , était comprise dans le doyenné de Moyaux.
En même temps que le patronage , les moines de Bernay possédaient « la seigneurie ou baronnie de Courthonne, Sainct Mards de Fresnes et le Planquey , » qui avait des extensions jusque sur la Chapelle-Hareng. Aussi trouve-t-on peu de gentilshommes résidant sur celte paroisse , et je ne connais aucun manoir qui mérite être signalé.
CORDEBUGLE.
Cordebugle , Ecclesia de Cornu Bubali (1).
Avant la Révolution , la paroisse de Cordebugle portait
(1) Notes par M. Pannier.
le nom de St-Pierre-des-Bois. Le territoire de cette commune est très-accidenté et coupé par de nombreux vallons.
L'église est sous l'invocation de saint Pierre et de saint Paul.
La partie la plus ancienne est la tour, placée au midi, entre le chœur et la nef: elle remonte au XIIe siècle. Cette tour, construite en poudingue, est terminée par une pyramide en ardoise , du XVIe siècle.
Le chœur est de la fin du XIIe siècle. Le mur septentrional est percé de jolies fenêtres en lancettes, entourées d'un tore. Au midi, le mur est flanqué d'un large contrefort qui présente peu de saillie. Les fenêtres, de ce côté, sont modernes et attestent le mauvais goût de la fabrique. Du même côté et près de la tour , se trouve une petite porte ogivale entourée d'un tore et sur le tympan de laquelle est figurée une croix de consécration, Le mur du chevet est percé d'une large fenêtre trilobée , en partie masquée par la sacristie.
La nef et le portail appartiennent à la dernière période du style ogival. Les fenêtres de la nef ont conservé leurs armatures. Une seule de ces fenêtres, au nord, a été refaite. Les contreforts de la nef et ceux du chœur, à l'exception de celui que nous avons signalé , ont été reconstruits en brique.
Le portail offre une jolie porte à linteau encadrée dans une grande ogive en accolade, dont les rampants sont décorés de larges feuilles de chou frisé. Elle est flanquée de deux contreforts prismatiques surmontés de clochetons. Le portail est précédé d'un porche du même style. Sur un des piliers sont sculptées les armoiries de l'évêque de Lisieux.
A l'intérieur, le maître-autel, dans le style Louis XIV, avec un beau rétable, est décoré de quatre colonnes rudentées , d'ordre composite. Le tombeau est carré , avec un parement en perles longues, en verre, diversement
coloriées. Le fond est en perles blanches. Au milieu est un médaillon de forme elliptique dont les bords sont ornés de perles blanches et de perles jaune-or , alternant entre elles. Au centre du médaillon est représenté un cœur enflammé en perles jaune-or, avec une bordure de perles rose-carmin. Nous avons déjà signalé un autel orné de perles, à Ammeville, canton de St-Pierre-sur-Dive ; celui de Cordebugle est loin d'offrir autant d'intérêt.
Cordebugle avait pour patron le seigneur du Gange et dépendait du doyenné de IVloyaux.
Avant la Révolution, cette paroisse faisait partie de l'élection de Lisieux et comptait 28 feux. Son revenu était de 700*.
Par ordonnance du 31 mars 1825, Courtonnel , dont l'église a été démolie, a été réuni à Cordebugle.
Ici finit notre revue de l'arrondissement de Lisieux et le cinquième et dernier volume de notre Statistique monumentale du Calvados ; travail intéressant, mais ingrat, fatigant , pour lequel il a fallu un certain courage. Sans doute , il existe bien des omissions dans cette revue de plus de 700 communes; mais je n'ai jamais eu la prétention de tout voir ni de tout dire.
Il faut qu'une Stalistique monumentale, qui ne laisse de côté aucune paroisse, qui les examine toutes l'une après l'autre, ne soit pas chose facile, car depuis vingt ans que j'ai donné des spécimens de celle-ci , et que j'ai invité les archéologues français à entreprendre de semblables travaux , la Statistique monumentale du Calvados est la seule encore qui ait paru.
Shf4 STATISTIQUE MOlNUMEN J ALt DU CALVADOS.
Je sais bien que plusieurs ouvrages descriptifs ont pris le titre de Statistique monumentale, mais ils se bornent à décrire une partie des monuments de la contrée qu'ils parcourent : ce ne sont pas là des Statistiques monumentales complètes.
Il faut du temps et du courage surtout pour faire la Statistique monumentale d'un département tout entier. Je remercie de nouveau MM. Bouet, Ch. Vasseur, Pannier et tous ceux qui m'ont si bien secondé dans cette entreprise longue , fatigante et ingrate.