‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 23 sur 203 · L'HOTELLERIE · texte numérisé non relu

L'HOTELLERIE

L'Hôtellerie, Hospitalaria, Sanclus JSicolaus de Hospùalaria.

Le village de l'Hôtellerie, situé à la limite orientale du département du Calvados, est traversé dans toute sa longueur , qui est d'un kilomètre , par la route impériale de Paris à Cherbourg.

Cette commune , enclavée dans les paroisses voisines , forme une véritable lisière.

L'église, bâtie sur le bord même de la route, appartient à la dernière période ogivale.

La nef, soutenue par des contreforts saillants, reconstruits en briques dans la seconde moitié du XVIIIe. siècle , est éclairée au midi par deux fenêtres ogivales , flamboyantes , à

(t) Noies par M. Arlliêmc Pannier, de la Société français»] d'archéologie.

deux baies trilobées, séparées par un meneau prismatique, et par une fenêtre de même dimension que les précédentes, offrant les mêmes moulures, mais qui a perdu sa tracerie et son meneau.

Deux fenêtres seulement éclairent la nef du côté septentrional. L'une de ces. fenêtres a perdu sa tracerie.

Une corniche en pierre , formée d'un quart de rond , supporte la charpente du toit.

Le chœur, faiblement en retraite sur la nef, se termine par un chevet à trois pans , avec contreforts sur les angles.

L'un des pans coupés est percé d'une jolie fenêtre flamboyante , semblable à celles qui éclairent la nef. A travers le léger crépi qui recouvre le mur oriental, on aperçoit les traces de l'ancienne fenêtre qui éclairait autrefois le sanctuaire. Les autres ouvertures, de forme ogivale, qui laissent pénétrer le jour à l'intérieur , sont modernes. Elles occupent la place des anciennes fenêtres.

Contre le mur méridional du chœur est appliquée une ancienne sacristie en bois. Ce mur présente , dans sa partie supérieure (à gauche de la sacristie), plusieurs assises de pierre calcaire, dont la structure poreuse ressemble beaucoup à celle du tuf ou travertin qu'on rencontre dans un grand nombre de constructions des XIIe. cl XIIIe. siècles. Les autres pierres qui entrent dans la construction du mur

124 STATISTIQUE MONUML.YrALE DU CALVADOS.

(pierres de taille et silex) sont moins anciennes. Tous ces matériaux , de nature différente , ont-ils été employés simultanément ou à des époques diverses ? INe pourrait-on pas faire remonter l'appareil primitif au XIIIe. siècle , ce qui serait , du reste , conforme à la tradition locale , qui attribue la fondation de l'église à la reine Blanche , mère de saint Louis ? C'est une question à étudier.

La façade occidentale , qui se développe sur le chemin communal, offre une porte entourée d'une ogive en accolade, dont les nervures prismatiques sont séparées par des gorges étroites et profondes. Cette porte, d'une forme peu gracieuse et d'une exécution peu soiguée , est flanquée de deux petits contreforts prismatiques.

La pierre qui forme le seuil est une ancienne dalle funéraire , dont l'inscription est effacée.

Au-dessus du gable s'élève un clocher en charpente , terminé par une pyramide en ardoise, autrefois couvert en essente. La cloche, qui porte la date de 1838, a été fondue par Mahuet (1).

La voûte de la nef, dont M. Bouet a fait un dessin , est construite en merrain, avec entraits et poinçons. Cette voûte, qui attire les regards par sa forme gracieuse et sa riche décoration polychrome, est dans le style de la Renaissance (V. la page suivante ).

Les peintures dont elle est couverte, quoique altérées par le temps , sont encore apparentes. Les nervures ou couvrejoints présentent deux couleurs différentes : le milieu est bleu-azur et les bords rouges et vice versa. Deux rangs de trèfles, exécutés au poncis et formant festons, décorent les

(1) L'intéressante cloche du beffroi de Dreux, qui datait du règne de Charles IX (1559), a été refondue, en 1846, par le même fondeur. Sur sa zone centrale est représentée la curieuse procession des Flarobards.

CANTON DE L1SIEUX , lre. SECTION. 125

douves. Une petite bande noire ou fdet sépare les trèfles des couvre-joints. Le sous-faîte , formé d'une nervure longitudinale peinte en bleu et bordée de rouge , est décorée de pendentifs faits au tour. Les uns, garnis de consoles, ressemblent à une lyre renversée ; les autres pendentifs , décorés de godrons, ressemblent à des stalactites. Les couleurs de ces pendentifs sont les mêmes que celles des couvre-joints qui leur correspondent. Ainsi, lorsque la partie centrale du couvrejoint est rouge , le pendentif est également rouge avec une bordure blanche à son point d'attache et vice versa. Des écussons peints, dont on aperçoit les traces, étaient placés entre les pendentifs. Près de la poutre crucigère, on remarque un chapeau de cardinal qui surmontait un écusson, probablement celui du cardinal d'Annebault. Le milieu du sous-faîte présente un rageur qui tire la langue, lequel servait à sus-

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pendre un lustre ou une couronne de lumière,

\'H) STATISTIQUE MONUMENTALE DtJ CALVADOS.

Les sablières, couvertes d'imbrications et décorées de feuillages et d'entrelacs, sont également terminées par des rageurs. De curieux mascarons, ou têtes grimaçantes, se montrent à l'extrémité des blochets ou sabots.

Les poinçons qui supportent le sous-faîte offrent , à leur point de jonction avec les entraits , des têtes grotesques.

D'énormes rageurs, ou engoulements, terminent la poutre

crucigère qui marque la séparation du chœur et de la nef. Cette poutre, sculptée sur toutes ses faces, est décorée de feuillages.

La voûte du chœur, plus ancienne que celle de la nef, a été badigeonnée. Le sous-faîte est décoré de rosaces et de croix fleuronnées. A l'une de ses extrémités, au-dessus du maître-autel, on aperçoit l'écusson du cardinal Leveneur, ancien évêque et comte de Lisieux.

Nous avons décrit avec soin cette belle voûte, l'une des plus remarquables que nous connaissions , et indiqué exactement les couleurs dont elle était jadis couverte; ce genre de pein-

CANTON DE l.ISIÈUX , 1". SECTION. 127

ture décorative, d'un si gracieux effet, tendant à disparaître de jour en jour par Faction destructive du temps.

SOUS-FAITE DE LA VOUTE Dl CHOEUR.

On remarque , à l'entrée du chœur , deux bâtons de confrérie. L'un d'eux supporte une petite niche ou chasse, formée par quatre colonnettes cannelées, ioniques, décorées, dans leur tiers inférieur, de feuilles de vigne. L'entablement, surmonté de petits vases faits au tour , supporte un fronton circulaire , au milieu duquel est représenté un cœur soutenu par deux palmes. Les colonnettes se terminent inférieurement par des pendentifs, également faits au tour. Au centre est placée la statuette de saint Roch , patron de la Charité. Ce bâton de confrérie paraît dater du règne de Louis XIV.

L'autre bâton, dans le style Louis XV, est surmonté d'une niche formée par quatre colonnettes d'ordre composite. Celle niche renferme une statuette de Vierge, sculptée par un menuisier de village.

Le maître-autel offre quelques fragments d'un ancien ré-

table Louis XIII. Le tabernacle est décoré de colonnes accouplées qui reposent sur le même stylobate. Il est surmonté de deux anges adorateurs.

A la voûte du chœur est suspendue une jolie lampe en cuivre repoussé, dans le style Louis XIV.

Les deux petits autels placés à l'extrémité de la nef datent de la fin du règne de Louis XIV, ou des premières années du règne de Louis XV. L'entablement , supporté par deux colonnes cannelées et rudentées, d'ordre composite, est surmonté de vases à flamme garnis de godrons et terminé par un gracieux couronnement portant un vase rempli de fruits. Au

milieu on lit le monogramme du Christ I rM V

Dans le mur méridional de la nef est pratiquée une petite piscine, surmontée d'une ogive en accolade.

Du même côté est placée une ancienne statue de sainte Barbe.

Les fonts baptismaux datent du XVIIe. siècle. La cuve, de forme elliptique , est ornée de godrons et supportée par un pédicule octogone. Ces fonts proviennent de l'ancienne église de Canteloup.

On voit, dans un jardin situé à peu de distance de l'Hôtellerie, les anciens fonts baptismaux de cette paroisse. Ces fonts, sauvés de la destruction par M. Laillier , ancien maire de l'Hôtellerie et ancien membre de l'Association normande, remontent au XVIe. siècle. Ils représentent une jolie vasque aplatie et godronnée dans la partie inférieure, laquelle est supportée par un gracieux pédicule. L'écusson gravé sur la cuve est celui du cardinal Jacques d'Annebault, qui occupa le siège épiscopal de Lisieux de 15&3 à 1560. Il porte : de gueules à ta croix de vair. Cet écusson est aujourd'hui presque entièrement fruste ( V. la page suivante ).

CANTON DE LISIEUX , l'\ SECT10Î*.

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